Le centre de détention de Guantanamo (archives)
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AFP/Paul J. Richards
Un ancien haut responsable de la diplomatie canadienne, Gar Pardy, rapporte, dans une entrevue publiée vendredi par le quotidien The Globe and Mail, qu'Ottawa a tenté à plusieurs reprises, en 2002 et 2003, d'éviter qu'Omar Khadr soit transféré au camp américain de Guantanamo.
Un diplomate à la retraite soutient, dans une entrevue au Globe and Mail, qu'Ottawa a tenté sans succès, en 2002, d'éviter qu'Omar Khadr soit transféré à Guantanamo en faisant valoir qu'il n'avait que 15 ans à l'époque.
En effet, M. Pardy soutient qu'il a fait parvenir aux autorités américaines, dès septembre 2002, pendant qu'Omar Khadr était toujours détenu en Afghanistan, une note diplomatique demandant à Washington de ne pas transférer un enfant soldat canadien âgé de 15 ans au camp de détention de Guantanamo.
« Nous étions opposés au transfert; nous le voulions de retour au pays », a expliqué Gar Pardy, qui ajoute qu'il a tenté sans succès de faire valoir l'âge d'Omar Khadr pour convaincre les autorités américaines de ne pas envoyer un enfant à Guantanamo.
Jeudi, le premier ministre Harper a refusé de s'engager à exiger le retour d'Omar Khadr, comme l'ont fait toutes les autres nations occidentales pour leurs propres citoyens détenus au camp américain de Guantanamo.
« Franchement, on n'a pas une vraie alternative à ce processus », a soutenu le premier ministre conservateur depuis le Japon, où il a participé plus tôt cette semaine au sommet du G8. Il a ensuite expliqué qu'il revient maintenant à Omar Khadr de faire valoir ses arguments devant la justice américaine.
Le lieutenant-commandant William Kuebler
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PC/Tom Hanson
Ces déclarations ont fait bondir l'officier américain William Kuebler, qui représente Omar Khadr devant la justice militaire américaine. Il a indiqué que le gouvernement Harper est « complètement responsable » de ce qui arrive présentement à son client.
William Kuebler reproche au Canada de ne pas avoir réclamé le rapatriement au pays de son client, et ce, même s'il savait depuis 2004 qu'Omar Khadr était torturé à Guantanamo.
Privé de sommeil
Les avocats du Canadien détenu à la base américaine affirment qu'Ottawa était au courant que leur client a été privé de sommeil pendant des semaines. Le procédé visait à le rendre plus docile lors des interrogatoires.
La défense se base sur des documents militaires américains nouvellement rendus publics. On y apprend que les autorités militaires américaines avaient informé un responsable canadien, Jim Gould, des mesures prises pour que l'adolescent, âgé à l'époque de 17 ans, devienne plus souple et davantage disposé à parler. Ce responsable a rendu visite à Omar Khadr à Guantanamo, en 2004.
Un dessin représentant Omar Khadr dans une audience devant la justice militaire américaine à Guantanamo en novembre 2007 (archives)
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AFP/Janet Hamlin
« Dans les trois semaines ayant précédé la visite de M. Gould, [Omar Khadr] n'est pas resté plus de trois heures au même endroit. Toutes les trois heures, il était transféré dans un autre pavillon cellulaire, ce qui l'empêchait de profiter de sommeil ininterrompu et le forçait à changer continuellement de voisins », lit-on dans le rapport.
D'après les documents, M. Gould avait aussi été informé qu'Omar Khadr serait isolé pendant une période prolongée avant la tenue de son prochain interrogatoire.
Le gouvernement Harper pressé d'agir
L'avocat du détenu, Dennis Edney, estime que le traitement révélé dans les documents est assez grave pour inciter Ottawa à demander à Washington de libérer Khadr et de le renvoyer au Canada.
« Nous voulons que les Canadiens soient au courant des agressions subies par ce jeune homme. Le gouvernement fédéral, au nom des Canadiens, doit ramener ce jeune homme à la maison », a expliqué Me Edney à La Presse canadienne.
Il a ajouté que « pendant des années le gouvernement du Canada a menti au peuple canadien en répétant, encore et encore, que le gouvernement américain l'avait assuré que ce jeune homme était bien traité ».
Le mois dernier, un juge de la Cour fédérale du Canada a statué que le traitement réservé par les autorités militaires américaines au jeune Omar à la base de Guantanamo allait à l'encontre des lois internationales sur la torture.
Arrêté à l'âge de 15 ans par l'armée américaine en Afghanistan, en 2002, Omar Khadr est accusé d'avoir tué un soldat américain. Il a donc passé plus du quart de sa vie en détention. Son procès doit s'ouvrir en octobre.
Le Canada est le seul pays occidental à ne pas avoir rappatrié son ressortissant emprisonné à Guantanamo.
Le manque de sommeil, une forme de torture
La privation de sommeil, comme l'a déjà expliqué le Rapporteur de l'ONU sur la torture Theo Van Boven, est de la torture qui contrevient clairement à la législation internationale.
Dans un rapport rendu public il y a quelques années, M. Van Boven expliquait que « ces méthodes consistent notamment à maintenir les détenus dans des positions douloureuses ou pénibles, à les priver de sommeil et de lumière pendant des longues périodes, à les exposer à des extrêmes de chaleur, de froid, de bruit et de lumière, à leur recouvrir la tête d'une cagoule, à les priver de vêtements, à les dénuder et à les menacer avec des chiens » explique le rapport.
Et, comme le prévenait le haut responsable onusien, « la jurisprudence des mécanismes internationaux et des mécanismes régionaux relatifs aux droits de l'homme est unanime pour dire que de telles méthodes enfreignent l'interdiction de la torture ».