L'erreur de 6,5 millions de dollars

Steven Truscott Steven Truscott

L'Ontario verse 6,5 millions de dollars à un homme condamné à mort en 1959 pour un meurtre qu'il n'avait pas commis.

Steven Truscott, victime d'une erreur judiciaire qui lui a valu une condamnation à mort en 1959, sera dédommagé par le gouvernement ontarien.

La Cour d'appel de l'Ontario a acquitté Steven Truscott l'an dernier des accusations liées au meurtre et au viol de sa camarade de classe, Lynne Harper. Le tribunal a décidé de façon unanime qu'il y avait eu erreur judiciaire.

Le jour de son acquittement, le juge à la retraite Sydney Robins avait été mandaté par la province pour étudier la question d'une compensation pour M. Truscott. Le procureur général de l'Ontario, Chris Bentley, a mentionné lundi qu'il accepte les recommandations du juge Robins et qu'il s'y conforme.

La femme de Steven Truscott, Marlene, qui a lutté pendant trois décennies pour rétablir la réputation de son mari, obtient quant à elle 100 000 $.

Le juge Robins a proposé que le dédommagement soit partagé entre les gouvernements fédéral et ontarien, mais le procureur général Bentley a déclaré ne pas avoir voulu faire patienter davantage Steven Truscott et tentera de négocier ultérieurement avec Ottawa.

Par voie de communiqué, Steven Truscott s'est déclaré content qu'on lui accorde une compensation, mais il ajoute qu'aucune somme ne peut faire oublier l'horreur d'être condamné à mort à 14 ans, la perte de son adolescence et le fardeau d'avoir été faussement considéré comme meurtrier durant près de 50 ans.

Une saga interminable

En juin 1959, le corps d'une fillette de 12 ans, Lynne Harper, est retrouvé dans le fossé d'une route de campagne du sud de l'Ontario. Les soupçons se tournent immédiatement vers Steven Truscott, qui a été vu en sa compagnie le jour de sa disparition.

L'adolescent de 14 ans est jugé par un tribunal pour adultes, reconnu coupable et condamné à être pendu, une peine ensuite commuée en prison à vie. Il est libéré après 10 ans, vit sous un nom d'emprunt, mais ne cesse de clamer son innocence.

En 1997, l'Association de défense des personnes injustement condamnées remarque des failles dans le dossier de la Couronne. Les avocats affirment notamment que certains éléments de preuve n'ont jamais été dévoilés à la défense et que des témoins ont été influencés par les policiers.

Après avoir mené une enquête de deux ans, la télévision anglaise de Radio-Canada raconte l'histoire de Steven Truscott en 2000. Le réalisateur, Julian Sher, découvre de nouveaux faits, notamment sur l'heure de la mort de la victime.

En 2002, Steven Truscott demande au gouvernement fédéral de revoir sa condamnation, afin d'être blanchi de toutes accusations, pour rétablir sa réputation et pour rendre justice à la famille de Lynne Harper. L'ancien ministre fédéral de la Justice, Irwin Cotler, reconnaît que des motifs raisonnables de conclure à une erreur judiciaire existent et renvoie le dossier devant la Cour d'appel de l'Ontario, qui conclut à une erreur judiciaire.