La Chine voit rouge

Le dalaï-lama en compagnie du premier ministre Harper Le dalaï-lama en compagnie du premier ministre Harper   © PC/Tom Hanson

La Chine condamne fermement la décision du premier ministre canadien Stephen Harper de rencontrer le dalaï-lama.

Pékin condamne la décision du premier ministre Stephen Harper de rencontrer le leader tibétain en exil. Ce comportement « dégoûtant », dit la Chine, constitue une grave ingérence dans ses affaires intérieures.

« Il s'agit d'une grave ingérence dans les affaires intérieures de la Chine », s'est offusqué le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Liu Jianchao.

« Ce comportement dégoûtant heurte sérieusement les sensibilités du peuple chinois et sapent les relations sino-canadiennes », a-t-il ajouté. Liu Jianchao somme le Canada de cesser de faire des clins d'oeil aux « forces tibétaines » ou de soutenir leurs activités antichinoises.

Le dalaï-lama, chef spirituel et religieux du peuple tibétain, a rencontré Stephen Harper pendant une quarantaine de minutes, lundi, dans ses bureaux, au parlement. Il a ensuite rencontré la gouverneure générale, Michaëlle Jean. Des rencontres avec les chefs des partis d'opposition sont prévues mardi.

Le dalaï-lama a en outre officiellement reçu le titre de citoyen honoraire du Canada. Seules trois autres personnalités ont obtenu cette distinction, soit le leader sud-africain Nelson Mandela, le diplomate suédois Raoul Wallenberg et, récemment, l'opposante birmane, Aung San Suu Kyi.

L'ex-premier ministre Paul Martin a aussi rencontré le dalaï-lama en 2004, mais la rencontre s'était déroulée dans une église et en présence de représentants d'autres religions.

Une visite présentée comme apolitique

En conférence de presse, lundi avant-midi, le dalaï-lama s'est défendu de venir au pays pour y tenir un discours politique. Il vient plutôt promouvoir les valeurs humaines et l'harmonie religieuse, dit-il.

Le dalaï-lama a toutefois déclaré qu'il ne s'empêcherait pas de dire ce qu'il pense si des sujets politiques devaient être abordés. Interrogé sur la guerre en Afghanistan, le leader tibétain a notamment réitéré que la violence ne constituait jamais une solution, puisqu'elle engendre elle-même la violence et exacerbe du coup les problèmes.

Visiblement mal à l'aise à ses côtés, le secrétaire d'État au multiculturalisme, Jason Kenney, a tôt fait de mettre un terme aux questions des journalistes, non sans avoir préalablement affirmé que 80 % des Canadiens approuvaient la visite du chef spirituel.

Le dalaï-lama fait son entrée au parlement Le dalaï-lama fait son entrée au parlement   © PC/Fred Chartrand

Rencontre avec Stephen Harper

Les visites du dalaï-lama dans des pays étrangers sont toujours vertement condamnées par Pékin, qui le considère comme un dangereux séparatiste dont les activités menacent son intégrité territoriale. Officiellement, le dalaï-lama milite pour une forme d'autonomie du Tibet.

Un spécialiste de la Chine, Loïc Tassé, s'interroge toutefois sur l'accueil réservé par le Canada au leader tibétain. Un projet de constitution publié par ce dernier en 1992 prônait l'instauration d'une théocratie au Tibet, alors que le Canada fait normalement la promotion de la démocratie, dit-il.

M. Tassé ajoute que la réception en grande pompe que lui fait le gouvernement canadien aura indéniablement des effets sur nos relations avec la Chine, alors que la politique officielle du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international consiste à tout faire pour aider les entreprises canadiennes à réussir dans l'Empire du Milieu.

Près d'un demi-siècle d'exil

À quelques mois des Jeux olympiques de Pékin, de nombreux gouvernements occidentaux ont récemment fait fi des habituelles gesticulations chinoises destinées à empêcher toute reconnaissance officielle du dalaï-lama.

Le président américain George W. Bush l'a rencontré la semaine dernière, une journée avant qu'il ne reçoive la médaille d'or du Congrès. La chancelière allemande Angela Merkel l'a aussi rencontré en septembre. Le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer et le premier ministre australien John Howard l'ont aussi reçu.

Le dalaï-lama dirige le gouvernement tibétain en exil depuis 1959, soit 9 ans après que la Chine eut envahi son pays. La révolte des Tibétains qui a précédé ce départ a été réprimée dans le sang. Dans les années qui ont suivi, la grande majorité des monastères ont été détruits. La répression politique et religieuse du peuple tibétain se poursuit encore à ce jour.