Les nouvelles zones inondables de Laval créent angoisse et frustration

Sylvain Daoust et sa conjointe rêvaient depuis plusieurs années de se construire une maison neuve à Laval, idéalement au bord de l'eau. En 2012, ils dénichent la perle rare : un grand terrain dans Fabreville, branché sur tous les services, avec un bras de la rivière des Mille Îles en arrière-cour.

Un reportage de Vincent Champagne

Pour obtenir son permis de construction, M. Daoust a dû se plier à une série de formalités. Un urbaniste, un arpenteur et même un biologiste ont rempli des papiers, soumis des évaluations, envoyé des rapports. Les frais professionnels se sont élevés à plus de 12 000 $.

Un an et demi après l'achat, alors qu'il ne restait plus que des détails à régler, le téléphone sonne. « C'était l'arpenteur. Il m'a dit : "Sylvain, ça ne va pas bien! Il y a un décret du gouvernement qui vient de tomber. On ne peut plus bâtir sur le terrain!" »

Sylvain Daoust est l'un de ces quelque 700 propriétaires lavallois affectés par l'imposition d'un nouveau tracé des zones inondables. En juillet, le ministère de l'Environnement a en effet forcé la Ville de Laval à modifier son schéma d'aménagement pour respecter les plus récentes cotes de crues, datant de 2005, alors que l'administration se basait jusqu'alors sur celles de 1995.

Censée empêcher la construction de nouvelles résidences ou de tours à condos dans des secteurs à risque d'inondation, la mesure a surtout créé la commotion chez les propriétaires. La valeur de leurs maisons risque grandement de chuter et ils pourraient avoir des problèmes avec leurs assureurs.

Aujourd'hui, Sylvain Daoust est pris avec un terrain vacant qu'il a payé 160 000 $, sur lequel il ne peut rien construire.

« Qu'est-ce que je vais faire avec un terrain comme ça si je ne peux plus bâtir? Je vais aller faire du camping? Le terrain ne vaut presque plus rien! Tu ne payes pas ce prix-là si tu veux juste mettre un "winnebago"! Tu ne vas pas camper sur un terrain qui te coûte 160 000 $! » — Sylvain Daoust, Lavallois

« Ma maison, c'était mon plan de retraite »

Danielle Gosselin, résidente de Laval Danielle Gosselin, résidente de Laval  Photo :  Vincent Champagne

Danielle Gosselin habite quelques rues plus loin. En 1998, elle s'est installée dans Fabreville pour être proche de ses parents et par commodité pour le travail.

« J'ai travaillé toute ma vie et j'ai tout mis dans ma maison », dit-elle. « J'espérais qu'elle prenne de la valeur pour un jour m'acheter une maison intergénérationnelle, pour prendre soin de mes parents. » 

« Si ma maison perd la moitié de sa valeur, ce sont tous mes plans de retraite qui tombent à l'eau. J'ai l'impression de m'être fait avoir! » — Danielle Gosselin, Lavalloise

Lors du conseil municipal de novembre, les nouveaux élus lavallois ont adopté les règles établies par Québec au sujet des zones inondables. Le maire Marc Demers a toutefois réaffirmé son intention de faire modifier le tracé en soumettant au ministère de l'Environnement les résultats d'une étude en cours. Il espère ainsi démontrer que le tracé de 2005 n'est pas exact et régler du coup les problèmes « d'une majorité » de citoyens.

La Ville tiendra une séance d'information et de consultation publique le jeudi 5 décembre à 19 h 30 au Château Royal, afin de renseigner les citoyens à propos des zones inondables.