L'incendie des BPC de Saint-Basile-le-Grand, 25 ans plus tard

Sébastien Cloutier fait le parallèle entre l'incendie de Saint-Basile-le-Grand et la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic

Il y exactement un quart de siècle, le 23 août 1988, un épais nuage toxique s'échappe d'un entrepôt de Saint-Basile-le-Grand, près de Montréal, où des barils d'huile contaminée par des biphényles polychlorés (BPC) ont pris feu.

L'explosion ne fait aucune victime. Elle entraîne néanmoins l'évacuation de 5200 résidents, certains pendant plus de deux semaines. Le sol, l'air et l'eau sont contaminés.

L'incendie est d'origine criminelle. Son auteur est Alain Chapleau, un employé municipal. Il est arrêté à la suite des événements, mais est acquitté en janvier 1989 par la Cour supérieure de Longueuil. Malgré la confession de l'accusé lors d'interrogatoires serrés, le juge Réjean Paul demande aux jurés de l'acquitter, faute de preuves. Le poids de sa conscience lui fera avouer son crime 14 ans plus tard. Quant au propriétaire de l'entrepôt, Marc Lévy, il s'enfuit vers la Floride pour éviter d'affronter la justice et d'acquitter la facture de 30 millions de dollars de nettoyage. Il ne revient jamais au Canada.

En fin de compte, Québec assume seul l'ensemble des coûts liés à la catastrophe.

Catastrophe écologique

L'utilisation commerciale des BPC avait été interdite quelques années auparavant. Soixante-quinze mille litres de ce produit toxique cancérigène étaient entreposés à Saint-Basile-le-Grand le jour de l'incendie dans des conditions douteuses.

Les dégâts sont majeurs, mais finissent par être contenus. Une firme spécialisée récupère presque toutes les eaux usées sur place.

L'explosion de Saint-Basile-le-Grand ouvre néanmoins les yeux de la population sur les dangers d'entreposer de tels produits. S'ensuit un long débat sur l'élimination des BPC. Le choix d'un incinérateur est au cœur de la polémique. Finalement, c'est à l'incinérateur de Swan Hill, en Alberta, de même qu'au site d'enfouissement de Grandes-Piles, en Mauricie, que les 25 000 tonnes de terre et de matériel contaminés se retrouvent.

Il faudra attendre 10 ans avant que les terres où se trouvait l'entrepôt se transforment en un champ bucolique.

On qualifiera cet événement de pire catastrophe écologique de l'histoire du Québec. Jusqu'à la tragédie de Lac-Mégantic, le 6 juillet 2013.