Des anglophones contre le renforcement de la loi 101

Le reportage de Pascal Robidas

Quelque 200 personnes se sont rassemblées dimanche devant les bureaux de la première ministre du Québec, au centre-ville de Montréal, pour protester contre le projet de loi 14, qui vise à renforcer la Charte de la langue française (la loi 101) et la Charte des droits et libertés de la personne.

Les manifestants sont opposés à plusieurs dispositions du projet de loi, notamment concernant l'utilisation de la langue française dans les petites et moyennes entreprises et la disparition des services en anglais dans les municipalités qui comptent une population anglophone en déclin. Ils acceptent mal aussi qu'on veuille imposer un examen de français aux finissants des collèges anglophones.

« On veut seulement l'égalité au Québec », affirme Dominico Monti, un manifestant pour qui les lois linguistiques nuisent au bilinguisme et empêchent des francophones d'apprendre l'anglais.

Un autre manifestant, Steve Théberge, est venu de la ville de Québec pour appuyer les revendications anglophones. L'homme, bilingue, se dit fier de parler deux langues. « Je ne crois pas que le français est en train de reculer », ajoute-t-il.

« C'est une question de respect. On est tanné d'être traités comme des citoyens de deuxième classe. » — Un manifestant anglophone

L'événement était organisé par des groupes qui représentent la communauté anglophone. D'autres organismes, qui n'ont pas participé à la manifestation, ont préparé un mémoire, contenant plusieurs de ces revendications, qui sera présenté dans le cadre d'audiences publiques à l'Assemblée nationale à partir du 12 mars.

Un manifestant pour l'indépendance du Québec, avenue McGill-College, à Montréal, dimanche

Au cours de la manifestation, un affrontement verbal s'est produit entre des anglophones et un activiste indépendantiste qui a lancé aux manifestants réunis qu'ils devaient s'intégrer. Selon lui, le projet de loi 14 critiqué par les manifestants « impose un minimum de respect pour la loi française au Québec ».

« Vive la loi 14! Vive le pays du Québec! » — Un manifestant indépendantiste qui a fait irruption dans la manifestation anti-loi 14

De Courcy invite les manifestants à participer à la consultation publique

En entrevue à Radio-Canada, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, a défendu le projet de loi 14 qui, dit-elle, cherche seulement à assurer la protection de la langue française « dans un îlot qu'est le Québec, devant une mer anglophone en Amérique du Nord ».

« Il serait sage, dans ce débat-là, de tenter de mettre un peu nos émotions en veilleuse et de concrètement examiner le projet de loi » — Diane De Courcy, ministre de la Charte de la langue française

Aux manifestants qui disent se sentir comme des citoyens de seconde classe, la ministre rappelle que lorsque la loi 101 a été mise en place il y a 35 ans, le projet avait suscité le même type de réactions. Or, aujourd'hui, on observe que la communauté anglophone a toujours sa place au Québec, dit-elle.

La ministre leur lance une invitation à participer à la consultation publique sur le projet de loi qui débute le 12 mars. Elle rappelle qu'il est également possible de participer à consultation en ligne dès maintenant.

Le projet de loi 14 en bref

Entre autres choses, le projet de loi fait de l'usage du français un droit inclus dans la Charte québécoise des droits et libertés.

Au travail, les entreprises employant de 10 à 25 personnes devront ainsi afficher les droits linguistiques de leurs employés, tandis que celles comptant de 26 à 49 employés devront s'assurer que la langue de travail est le français.

Aussi, pour avoir le droit d'obtenir des contrats gouvernementaux, toutes les entreprises soumissionnaires devront respecter certains aspects de la Charte de la langue française. Auparavant, seules les entreprises de 50 personnes et plus étaient visées par cette mesure.

Le projet de loi obligerait notamment les municipalités qui comptent moins de 50 % d'anglophones à renoncer à leur statut bilingue. Actuellement, 84 villes au Québec ont le statut de villes bilingues.

Enfin, les étudiants qui sortent des cégeps anglophones devront réussir un examen de français pour obtenir leur diplôme.