Richard Marcotte quitte la mairie de Mascouche

Richard Marcotte à sa sortie du quartier général de la Sûreté du Québec, à Montréal, au printemps dernier. Richard Marcotte à sa sortie du quartier général de la Sûreté du Québec, à Montréal, au printemps dernier.  Photo :  Archives

Le maire de Mascouche, Richard Marcotte, annonce qu'il quitte ses fonctions pour « prendre soin de sa famille, particulièrement de son beau-fils qui est gravement malade ».

Dans un communiqué dont il a remis copie au Trait d'Union, le maire Richard Marcotte explique qu'il « faut savoir bien choisir ses batailles » et que c'est l'état de santé du fils de sa conjointe qui le pousse à déposer les armes.

« Si depuis plus de 22 ans, ce sont les batailles publiques que j'ai choisies, aujourd'hui, au seuil de mon 65e anniversaire, j'ai décidé de privilégier la santé de ma famille. C'est pourquoi, à partir de ce 30e jour de novembre 2012, j'ai décidé de démissionner du poste de maire de la Ville de Mascouche. » — Richard Marcotte, extrait d'un communiqué

Dans une entrevue accordée au Trait d'Union, Richard Marcotte explique que s'il a attendu aussi longtemps pour quitter ses fonctions, c'est pour éviter aux citoyens de Mascouche les coûts financiers d'une nouvelle campagne électorale.

« C'est une décision que l'on attendait depuis plusieurs mois, ici, à Mascouche », a déclaré le porte-parole du parti Vision démocratique de Mascouche, Stéphane Handfield, sur les ondes du RDI.

« C'est un côté sombre de Mascouche qui est maintenant derrière nous et on va regarder vers l'avenir », a-t-il ajouté.

Indemnité de départ

En vertu des lois actuelles, Richard Marcotte pourra toucher une indemnité de départ de « plusieurs centaines de milliers de dollars », selon M. Handfield.

« Ce sera peut-être difficile pour les citoyens de Mascouche de concilier le fait que M. Marcotte touche une prime de départ et le fait qu'il soit accusé au criminel dans le cadre de ses fonctions, convient M. Handfield. Mais, la loi prévoit ces allocations et ce n'est pas un traitement de faveur que M. Marcotte va recevoir. »

Le maire de Montréal et le maire de Laval ont également touché ces primes, souligne M. Handfield. « Maintenant, c'est peut-être une belle occasion pour le gouvernement du Québec de procéder à des modifications législatives pour éviter qu'une telle situation se reproduise à l'avenir », poursuit-il.

En ce qui a trait au projet de loi 10 du gouvernement Marois, qui permettra à Québec de relever provisoirement de ses fonctions un élu municipal qui fait l'objet d'une poursuite, Richard Marcotte estime que c'est « une loi carrément politique » et « très discutable au plan constitutionnel ».

Le porte-parole de Vision démocratique de Mascouche, Stéphane Handfield. Le porte-parole de Vision démocratique de Mascouche, Stéphane Handfield.

En vertu du projet de loi 10 que le gouvernement souhaite faire adopter, l'ancien maire de Mascouche aurait risqué de devoir rembourser sa prime de départ. « À la fin du processus judiciaire, s'il était reconnu coupable des accusations criminelles qui pèsent contre lui, il aurait dû rembourser non seulement les allocations de départ, mais également la portion de son salaire et de son fonds de pension qui aurait été comptabilisée dans le remboursement », explique M. Handfield.

« M. Marcotte a dû évaluer le tout et il a pris la décision en conséquence. Et je pense que c'était la meilleure décision à prendre pour lui et surtout pour les citoyens de Mascouche. » — Stéphane Handfield

Qui succédera à Richard Marcotte?

Selon le porte-parole du parti Vision démocratique Mascouche, Stéphane Handfiled, puisque la démission du maire survient moins de 12 mois avant la fin de son mandat, qui expire en novembre 2013, c'est aux membres du conseil municipal de gérer la Ville jusqu'aux prochaines élections.

M. Handfield souhaite que les élus imitent leurs homologues de Montréal et choisissent un maire intérimaire qui n'a pas l'intention de briguer la mairie aux prochaines élections.

M. Handfield affirme qu'il ne sera pas candidat à la mairie en prévision de l'élection de novembre prochain. « Je serai candidat à un poste de conseiller », a-t-il précisé.

Dans la mire de l'UPAC

Le maire de Mascouche a été arrêté le 20 avril dernier par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) au retour d'un voyage à Cuba.

M. Marcotte, qui était sous les feux de la rampe depuis des mois pour des allégations de fraude et de corruption, a été épinglé par les enquêteurs de l'UPAC lors de l'opération Gravier, qui visait à démanteler un réseau de partage de contrats municipaux.

L'ex-maire de Mascouche fait notamment face à des accusations de fraude, d'actes de corruption et d'abus de confiance.

Série de révélations troublantes

En novembre 2010, le maire Marcotte avait fait l'objet d'allégations de conflits d'intérêts, après que l'émission Enquête eut révélé qu'il avait obtenu des avantages personnels auprès de l'entrepreneur Normand Trudel.

Transport et Excavation Mascouche, qui a obtenu des contrats municipaux d'une valeur de près de 40 millions de dollars en 2008 et 2009, aurait réalisé gratuitement des travaux de plusieurs milliers de dollars à la résidence personnelle du maire Marcotte, et aurait posé pour lui des pancartes électorales lors de sa campagne.

Un autre entrepreneur, Jean-Guy Ouellet, avait affirmé que le maire Marcotte « lui avait laissé sous-entendre que, pour travailler à Mascouche, on devrait participer au financement du parti politique », et lui avait même demandé de lui fournir « une maison gratuitement ».

Quelques semaines plus tard, une enquête du journal La Presse avait révélé que Transport & Excavation Mascouche avait reçu plus de 400 000 $ pour déneiger les 617 bornes d'incendie de la ville, ce qui revient à 650 $ l'unité. Ailleurs au Québec, ces déneigements s'effectuent selon un tarif variant entre 45 $ et 85 $ de l'heure.

Le maire Marcotte siège comme indépendant depuis qu'il a été expulsé des rangs de son parti, quelques jours après les premiers reportages d'Enquête. Une coalition de citoyens a aussi écrit au ministre des Affaires municipales pour exiger qu'il soit destitué, mais en vain.

Le maire Marcotte a toujours nié avoir mal agi et est demeuré en place, malgré une grogne populaire qui est demeurée palpable lors des séances publiques du conseil municipal de Mascouche.

Chronologie des événements

Automne 1991 : Richard Marcotte est élu maire de Mascouche sous la bannière du parti Ralliement Mascouche.

Octobre 2010 : Début discret d'une enquête de la Sûreté du Québec sur des allégations de collusion, de corruption et de favoritisme dans l'attribution des contrats municipaux à la Ville de Mascouche.

3 novembre 2010 : Radio-Canada révèle publiquement que le maire de Mascouche Richard Marcotte aurait obtenu des avantages personnels de l'entrepreneur Normand Trudel en échange de contrats municipaux. Des documents du directeur général des élections soupçonnent l'existence d'un système de caisse occulte au parti du maire Marcotte.

Selon les informations recueillies par Radio-Canada, l'entreprise de Normand Trudel, Transport et Excavation Mascouche, qui a obtenu des contrats municipaux d'une valeur de près de 40 millions de dollars en 2008 et 2009, aurait réalisé gratuitement des travaux de plusieurs milliers de dollars à la résidence personnelle du maire Marcotte.

Un autre entrepreneur, Jean-Guy Ouellet, déclare à Radio-Canada que le maire Marcotte « lui avait laissé sous-entendre que, pour travailler à Mascouche, on devrait participer au financement du parti politique », et lui avait même demandé de lui fournir « une maison gratuitement ».

Dans le même reportage, le député péquiste Guillaume Tremblay dit avoir fait l'objet d'une tentative d'intimidation de la part de M. Trudel, qui lui réclame par la suite 225 000 $ en dommages.

18 novembre 2010 : Le maire Marcotte est expulsé de son parti, Ralliement Mascouche. Il continue de siéger à titre d'indépendant.

13 janvier 2011 : Le quotidien La Presse rapporte que Mascouche verse 650 $ l'unité à l'entrepreneur Normand Trudel pour le déneigement de bornes-fontaines de la ville alors que d'autres villes ne paient que 15 $ l'unité pour le même travail.

8 février 2011: Radio-Canada révèle que la Ville de Mascouche a vendu des terrains à quatre entrepreneurs liés à une compagnie à numéro et avec qui le maire Richard Marcotte entretient de bonnes relations. L'entreprise les a revendus, réalisant un profit de 13 millions de dollars.

11 février 2011 : Le quotidien La Presse rapporte que le financement de l'ex-parti du maire de Mascouche est dans la mire des enquêteurs de l'escouade Marteau et du DGE, qui s'intéressent particulièrement à sa liste de donateurs. Ceux-ci ont versé la somme record de 48 500 $ en 2009, soit 19 000 $ de plus qu'en 2008 et 44 700 $ de plus qu'en 2007.

15 mars 2011 : La Fédération québécoise des municipalités exclut le maire de Mascouche, Richard Marcotte, de son conseil d'administration.

17 avril 2012 : L'Unité permanente anticorruption de la Sûreté du Québec démantèle un réseau de corruption et d'attribution de contrat à la Ville de Mascouche. Les entrepreneurs Antonio Accurso et Normand Trudel figurent parmi les 14 personnes arrêtées lors de l'opération baptisée Gravier. Le maire Richard Marcotte fait aussi l'objet d'un mandat d'arrestation.

20 avril 2012 : Richard Marcotte est arrêté par la Sûreté du Québec à l'aéroport Montréal-Trudeau au retour d'un voyage à Cuba.

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