Droits de scolarité au Québec : un débat de société

Rentrée universitaire : 16 arrestations à l'UdeM

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
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Les explications de Jacques Bissonnet

La rentrée a de nouveau été perturbée à l'Université de Montréal (UdeM), où les policiers ont procédé à 16 arrestations lors de deux interventions controversées. Du nombre, 6 personnes ont été relâchées et 10 seront accusées de voies de fait. Aucune arrestation n'a été faite en lien avec la loi 12 (projet de loi 78).

Malgré l'intervention des policiers, 13 cours ont été suspendus en anthropologie, en histoire de l'art et en études cinématographiques, trois départements qui avaient voté en faveur de la grève.

En début de soirée, la direction a publié un communiqué annonçant le maintien de la levée des cours dans ces départements pour les trois prochains jours. Les cours des autres départements n'ont pas été levés.

Une première échauffourée a éclaté en avant-midi dans une classe de psychologie où les étudiants n'étaient plus en grève. Des étudiants militants y seraient entrés par erreur, croyant y trouver des étudiants en cinéma, qui eux avaient bel et bien voté en faveur de la grève.

Une autre altercation aurait opposé des étudiants et des agents de sécurité dans une classe de cinéma où quelques étudiants attendaient de recevoir leur cours. Cet autre incident aurait mené à une intervention musclée de la part des policiers, selon David Lewis du Syndicat des chargés de cours de l'Université de Montréal, présent sur les lieux.

La police dit être intervenue une première fois à la suite d'un appel d'étudiants, des témoins ayant rapporté beaucoup de « chahut et de grabuge ».

« Il y avait des agents de sécurité qui se faisaient pousser, rudoyer par des suspects », a rapporté Ian Lafrenière, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Des étudiants et des professeurs ont quant à eux rapporté avoir été bousculés lors de l'intervention policière.

Des étudiants et enseignants pris en souricière dans les escaliers du pavillon Jean-Brillant de l'UdeM après l'intervention policière en après-midi, le 28 août 2012 Des étudiants et enseignants pris en souricière dans les escaliers du pavillon Jean-Brillant après l'intervention policière en après-midi  Photo :  Françoise Miquet, responsable de l'information au syndicat des chargés de cours de l'UdeM

Seconde intervention

En après-midi, les policiers du SPVM ont de nouveau été appelés sur les lieux, cette fois à la demande de la direction de l'université.

Selon Françoise Miquet, porte-parole du Syndicat des chargés de cours, tous les cours visés par la grève avaient pourtant été suspendus par la faculté vers 12 h 30.

Le groupe d'intervention tactique de la police municipale est entré dans un pavillon de la rue Jean-Brillant autour de 13 h 30 pour se rendre au 4e étage, puis au 3e étage du pavillon.

Selon le SPVM, des manifestants bruyants se trouvaient dans les corridors et dérangeaient la tenue des cours, refusant de quitter les lieux. Cinq arrestations ont eu lieu à ce moment.

Des témoins ont affirmé avoir été pris en souricière au 3e étage par deux groupes de policiers alors qu'ils tentaient de quitter les lieux. Ils auraient tenté de sortir par le 4e, où des agents de sécurité bloquaient les portes. L'impasse aurait mené à une courte bousculade, selon ce que rapporte un témoin.

Une source policière a confirmé que des gens se sont effectivement retrouvés bloqués par l'arrivée d'un groupe de policiers venu en renfort, mais qu'aucune des personnes qui s'y trouvaient n'a été interpellée.

Selon des gens qui se trouvaient à l'intérieur, les policiers étaient beaucoup plus nombreux que les étudiants.

Ces informations ne peuvent être confirmées de source indépendante, car les journalistes de Radio-Canada n'ont pas pu pénétrer à l'intérieur du bâtiment lors de cette intervention. Selon le SPVM, la décision de laisser passer ou non les médias revient à l'établissement d'enseignement. Les photos à l'intérieur de l'université ont été prises par des témoins.

Sur les 45 000 étudiants de l'Université de Montréal, seulement 2000 étudiants sont encore en grève, a tenu à souligner Mathieu Filion, porte-parole de l'institution.

Intervention policière à l'intérieur de l'Université de Montréal, le 28 août 2012 Photo prise par un témoin à l'intérieur de l'Université de Montréal

Une présence policière controversée

Plusieurs personnes présentes sur les lieux ont dénoncé la décision de la direction de l'université de demander une intervention en après-midi, ce qu'elles considèrent comme de la « provocation ».

« À l'UQAM, il n'y a presque pas eu d'intervention policière et il y a cinq fois plus d'étudiants en grève qu'ici. Il y a moyen de gérer ça autrement [...] Est-ce qu'on est dans la Russie de Poutine ou dans un pays soi-disant démocratique? », s'est indigné un enseignant à l'extérieur du pavillon.

Pour les syndicats des professeurs, la présence policière sur le campus rend les conditions de travail inacceptables et leur fait craindre pour la réputation de l'université.

« On a plusieurs collègues très inquiets, affolés même devant le climat qui règne en ce moment pour les cours où il doit y avoir du rattrapage. On ne peut pas enseigner ou apprendre sous la contrainte », affirme Jean Portugais, président du Syndicat général des professeurs de l'Université de Montréal.

« Moi j'ai un cours cet après-midi. Comment vous pensez que je vais étudier tranquillement la philosophie de la religion alors que mes camarades se font arrêter et séquestrer dans une classe pendant cinq heures? », a déploré un étudiant.

La Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAÉCUM) a d'ailleurs envoyé un communiqué en début de soirée demandant à la direction « de prendre ses responsabilités pour que cessent les interventions policières sur le campus », dénonçant la « réponse disproportionnée pour la cinquantaine d'étudiants qui tentent de faire respecter leurs votes de grève ».

Les nouvelles échauffourées entre policiers et manifestants étudiants surviennent au lendemain d'une autre manifestation au pavillon Lionel-Groulx qui s'est soldée par 19 interpellations et une arrestation pour voie de fait, selon le SPVM.

Les policiers étaient d'ailleurs sur place mardi dès l'aube en prévision de nouveaux incidents.

Cours perturbés à l'UQAM

Du côté de l'UQAM, une trentaine de manifestants ont perturbé les cours mardi matin, selon la direction, dans un climat plus calme que lundi. Seuls les cours des facultés ayant reconduit la grève ont été touchés, soit sciences humaines, arts et sciences politiques.

De petits groupes sont entrés dans les classes de ces facultés pour y faire annuler les cours. Dans bien des cas, les classes étaient déjà vides. En général, les étudiants acceptaient de quitter le local dès l'arrivée des manifestants.

La direction de l'UQAM a tout de même déposé une plainte auprès du SPVM contre les auteurs « des actes d'intimidation et des perturbations », a-t-elle annoncé par communiqué.

Hier, une soixantaine de cours ont été levés pour la matinée.

L'UQAM se dit toujours préoccupée avant tout par la sécurité des personnes.

Par ailleurs, l'association des étudiants en sciences humaines a reçu une pétition pour qu'un nouveau vote de grève soit tenu. Les étudiants de la Faculté devront donc retourner en assemblée générale extraordinaire mercredi à 12 h 30 pour se prononcer de nouveau.

Des policiers à l'extérieur du pavillon Jean-Brillant de l'Université de Montréal Des policiers à l'extérieur de l'Université de Montréal

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