La Ville de Montréal annule trois contrats avec Tony Accurso

L'entrevue d'Anne-Marie Dussault avec Gérald Tremblay, maire de Montréal

La Ville de Montréal a annulé mercredi trois contrats qui avaient été accordés à l'entreprise Louisbourg SBC, propriété de Tony Accurso, mais lui en a accordé d'autres pour 33 millions de dollars.

Peu avant cette décision, la Ville avait reçu une mise en demeure de la part des avocats de l'homme d'affaires.

Dans cette mise en demeure, les avocats de Tony Accurso menaçaient la Ville de poursuites judiciaires si elle ne lui accordait pas les contrats remportés selon la règle du plus bas soumissionnaire. Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est défendu mercredi de céder à l'intimidation.

Les avocats de Louisbourg SBC soulignaient également que les dirigeants de l'entreprise n'avaient commis aucune infraction à la loi sur le bâtiment.

Si le comité exécutif a finalement décidé d'accorder la majorité des contrats à Louisbourg SBC, le maire de Montréal s'est justifié. « Je peux vous dire que d'aucune façon nous serons intimidés ou influencés par des mises en demeure de quelque entreprise que ce soit », a soutenu M. Tremblay.

Pour accorder 33 millions de dollars de contrats à Louisbourg SCB, l'exécutif montréalais a invoqué la sécurité des citoyens. « Nous devons [...] aller de l'avant avec certains travaux jugés prioritaires, notamment les travaux de réfection routière, d'égouts et d'aqueduc », a déclaré Richard Deschamps, le responsable des infrastructures et des grands projets au comité exécutif.

« Montréal, c'est le moteur économique du Québec [...] Je ne peux pas et je ne paralyserai pas Montréal sur la foi d'allégations de collusion et de corruption et d'accusations », a de son côté indiqué M. Tremblay.

Le comité exécutif a tout de même décidé d'annuler quatre appels d'offres, dont trois à Louisbourg SBC. « Cette décision exceptionnelle a été prise en raison de la préoccupation de l'administration municipale concernant l'application de la loi 35 », a indiqué la Ville dans un communiqué. La loi 35 vise à combattre certaines pratiques frauduleuses dans l'industrie de la construction.

Les quatre contrats ont été annulés « en raison des prix de soumission trop élevés par rapport à l'estimation interne de la Ville ou en raison des réserves exprimées par la Commission sur l'examen des contrats de la Ville », a précisé l'exécutif municipal dans un communiqué.

En conférence de presse, Gérald Tremblay a déclaré que la Ville continuera d'accorder des contrats au plus bas soumissionnaire. Toutefois, une entreprise pourrait se voir retirer son contrat si elle impose un prix qui est 15 % plus élevé que les évaluations municipales.

La veille de l'arrestation de l'entrepreneur Tony Accurso pour fraude, la semaine dernière, Montréal avait suspendu l'octroi de 14 contrats d'une valeur de 29 millions de dollars à sa firme Louisbourg SBC, le temps de « procéder à des vérifications ».

L'opposition pas convaincue

Mais cette annulation de trois contrats d'un total de 18,5 millions de dollars ne convainc pas l'opposition de la volonté de l'administration Tremblay de changer les façons de faire dans l'octroi de contrats.

« Il ne prend aucune mesure pour corriger la situation », a estimé le maire de l'arrondissement Rosemont-Petite-Patrie, François Croteau de Projet Montréal.

Climat d'incertitude

Par ailleurs, le maire de Montréal enjoint aux politiciens des formations provinciales à « cesser de laisser planer des doutes sur l'intégrité de tous élus ». Après avoir rappelé que tous les élus sont soumis à un code d'éthique, il exige que des faits soient avancés plutôt que des allégations, qui créent un « climat d'incertitude » et rendent la gestion difficile.

Le maire Tremblay exige aussi que les formations politiques clarifient leur position sur la loi 35 avec des engagements et un échéancier. Il se dit d'ailleurs « satisfait des engagements du Parti libéral » qui a dit vouloir revoir et colmater les brèches de la loi 35.

« Je ne veux plus entendre "on verra", ou encore [...] "ce sont ci, ce sont ça". Est-ce qu'on peut avoir des faits? Est-ce qu'on peut parler de vraies choses? » a ajouté M. Tremblay.

Avec un reportage de Benoît Chapdeleine