Que se passe-t-il dans le monde du crime organisé pour qu'au cours d'une même fin de semaine, deux vétérans des gangs de rue soient atteints par balle dans la région de Montréal? Faut-il s'attendre à une escalade de violence? André Cédilot, spécialiste du crime organisé, nous livre son analyse.
Chénier Dupuy, chef présumé des Bo-Gars, a été abattu dans le stationnement des Galeries d'Anjou vendredi soir. Environ sept heures plus tard, Lamartine Paul Sévère, lui aussi membre du gang des Rouges, était tué de façon similaire à son domicile de Laval.
Ces assassinats annoncent un retour en force des motards en vue de contrôler la distribution de la drogue à Montréal, explique André Cédilot en entrevue à Radio-Canada.
André Cédilot, spécialiste du crime organisé
Entre 2001 et 2009, les vagues d'arrestation ont dégarni les rangs des motards. Aujourd'hui ceux-ci libérés, M. Cédilot suppose que « ce sont ces mêmes personnages qui tentent de reprendre le contrôle du centre-ville de Montréal », territoire ardemment convoité pour la distribution de la drogue.
M. Cédilot ne croit donc pas que les événements de la fin de semaine soient le fruit d'un affrontement entre les différents clans des gangs de rue, bien que les hommes impliqués soient issus des gangs de rue.
Ayant dépassé la trentaine, Chénier Dupuy et Ducarme Joseph « sont devenus de véritables criminels, des criminels endurcis, » qui forment des alliances avec les motards et la mafia, explique le coauteur de Mafia inc.
Ces vétérans de gangs de rues auraient profité du vide laissé par l'incarcération des motards et le crime organisé serait donc « en train de faire le ménage des indésirables » et d'« éliminer les principaux concurrents ».
Retour de Vito Rizzuto?
Ces assassinats pourraient aussi être reliés au remue-ménage qui a lieu depuis un an dans le monde interlope avec la mort de Salvatore Montagna et l'arrestation de Raynald Desjardins, deux personnes qui avaient été pressenties pour reprendre la tête de la mafia montréalaise.
Incarcéré aux États-Unis, Vito Rizutto est le fils de Nick Rizzuto, parrain de la mafia jusqu'à son assassinat en novembre 2010. L'incapacité des autres figures importantes à reprendre le contrôle du crime organisé laisse croire à un retour éventuel de Vito Rizzuto et du clan sicilien à la tête de la mafia.
André Cédilot prévoit qu'il y aura d'autres assassinats, mais qui se résumeront à des « meurtres ciblés », contrairement à la guerre entre les Hells Angels et les Rock Machine qui avait fait quelque 160 morts entre 1994 et 2002. « Peut-être qu'il peut y avoir deux ou trois autres personnages à éliminer, mais pas plus que ça. »
Les personnes visées sont généralement celles qui ne veulent pas se retirer du marché, ou qui sont devenues indésirables par leur manque de loyauté, selon M. Cédilot.