Tony Accurso arrêté de nouveau

Le reportage d'Alain Gravel

L'entrepreneur en construction Tony Accurso et quatre autres individus ont été arrêtés jeudi matin par les policiers de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour avoir présumément mis sur pied un subterfuge pour contourner l'impôt fédéral.

Antonio Accurso, 60 ans, Francesco Bruno, 50 ans, Francesco Fiorino, 53 ans, et Adriano Furgiuele, 43 ans, font face à six chefs d'accusation de complot, de fraude, de faux et d'abus de confiance par un fonctionnaire public. Un cinquième individu a été arrêté et interrogé par les enquêteurs de la GRC.

Tony Accurso a été arrêté à sa luxueuse résidence de Deux-Montagnes. Deux autres accusés, dont un chef d'équipe de vérificateurs de l'Agence du Revenu du Canada, Andriano Furgieule l 'ont précédé. Plus tard, l'entrepreneur en construction, Francesco Bruno de BT Céramiques s'est rendu lui-même à la police.

C'est la deuxième fois que Tony Accurso est arrêté pour fraude en près de trois mois.

Grâce à la complicité de fonctionnaires de l'Agence du revenu du Canada (ARC), les individus arrêtés auraient élaboré un stratagème de fausses factures et de prête-noms.

Un document intitulé Plan of action, qui détaille les étapes du subterfuge, aurait été rédigé par Adriano Furgiuele, ancien chef d'équipe à l'ARC et cousin de Francesco Bruno. Ce document aurait ensuite été découvert dans le bureau de Francesco Fiorino, qui était à cette époque le comptable de Francesco Bruno.

La fraude, impliquant une somme de plus de 3 millions de dollars, aurait permis de déjouer les vérifications de l'ARC concernant les entreprises de Tony Accurso et de Francesco Bruno.

Les suspects comparaîtront au palais de justice de Montréal le 19 septembre prochain.

L'opération Coche

L'opération Coche de la GRC a vu le jour il y a quatre ans, en septembre 2008, afin d'enquêter sur les allégations de corruption à l'ARC.

Elle a été lancée à la suite d'une longue enquête de l'ARC qui avait mené à des reconnaissances de culpabilité des entreprises de Tony Accurso et Francesco Bruno, visées par des accusations pénales. Les deux hommes d'affaires font aujourd'hui l'objet d'accusations criminelles.

Selon André Cédilot, spécialiste du crime organisé et coauteur du livre Mafia Inc., les arrestations de la GRC révèlent un malaise qui ne date pas d'hier. « On est en train de faire ce qui aurait dû être fait il y a 30 ans. Il y a eu un laisser-aller pendant 30 ans, c'est pour ça que c'est si grave et si profond », explique-t-il.

« Quand on est rendu à penser que Revenu Canada est infiltré par des membres du crime organisé, ça devient inquiétant. » — André Cédilot, spécialiste du crime organisé

Depuis 2009, une dizaine de vérificateurs et de patrons de l'ARC qui ont été soit congédiés, suspendus, ou interrogés par la police, dont certains ont attiré l'attention de l'équipe de l'émission Enquête.

Dès 2009, Radio-Canada commence à révéler que l'entrepreneur Tony Accurso aurait reçu des figures importantes de la FTQ-Construction et de la Ville de Montréal. L'entrepreneur en construction aurait reçu certaines personnes influentes sur son yacht aux Bahamas ou offert des cures de jeûne dans un luxueux centre de santé en Allemagne.

En décembre 2010, deux des entreprises de Tony Accurso, Constructions Louisbourg et Simard-Beaudry, se sont reconnues coupables d'une fraude fiscale de 4 millions de dollars à l'endroit du gouvernement fédéral. Environ 80 % du chiffre d'affaires de ces entreprises provenaient de contrats publics.

Le 17 avril 2012, Tony Accurso est arrêté par l'Unité permanente anticorruption (UPAC) dans le cadre du démantèlement d'un réseau de partage de contrats municipaux sur la Rive-Nord de Montréal. Il est accusé entre autres, de fraude, complot et abus de confiance.

Au début des travaux de la commission d'enquête Charbonneau, des diagrammes exposant les liens de sept entreprises influentes de l'industrie de la construction, dont celles de Tony Accurso, sont déposés en preuve.

Les entreprises de l'homme d'affaires continuent de décrocher une grande part de contrats à Montréal, puisqu'il jouit de la présomption d'innocence.