Le choc passé, les questions fusent à la suite des deux meurtres perpétrés dans l'aile psychiatrique de l'Hôpital Notre-Dame du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Alors que le syndicat rappelle les coupes budgétaires de l'an dernier, le Conseil pour la protection des malades s'interroge sur le processus d'admission des patients en psychiatrie de l'établissement.
Le président du Syndicat des professionnels en soins de santé (SPSS) du CHUM rappelle qu'il avait mis en garde la direction de l'établissement, l'an dernier, lorsqu'elle a annoncé des compressions budgétaires en psychiatrie. Sur le plan salarial, ces compressions s'élèvent à 200 000 $. « Évidemment, on a supprimé des postes d'infirmières et de soignantes, et on leur avait dit que nous étions inquiets de la structure, du nombre de personnes qui participaient aux soins de l'unité », explique Guy Brochu.
M. Brochu refuse toutefois de tirer des conclusions hâtives : « Que s'est-il passé? Je l'ignore », dit-il. « Il faut revoir de A à Z le fonctionnement de l'unité et essayer de voir ce qui n'a pas fonctionné », poursuit-il.
Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, soutient qu'avant toute chose, il faut attendre les résultats de l'enquête du coroner. « Il ne faudrait pas se servir d'un dossier comme ça pour servir d'autres intérêts, a-t-il prévenu. Nous allons attendre les conclusions du rapport du coroner et le rapport d'investigation interne de l'établissement. [...] Avant de conclure comme ça rapidement, il faut aller chercher les faits. »
De son côté, le Conseil pour la protection des malades s'interroge sur les procédures d'admission en psychiatrie à l'Hôpital Notre-Dame. « Cette personne a-t-elle été bien diagnostiquée quand elle a été admise? Si elle était violente ou avait un passé violent dans son dossier, pourquoi ne l'a-t-on pas confinée à un lieu sécuritaire pour elle et surtout pour les autres? », dit le président de l'organisme, Paul Brunet.
Le président du syndicat estime que l'informatisation des dossiers médicaux aiderait à prévenir de tels événements. « Quand un patient arrive [à l'hôpital], on a l'histoire soit de l'ambulancier ou des policiers de l'événement qui s'est produit cette journée-là, mais on n'a pas l'historique du dossier », souligne M. Brochu. Il croit que les médecins devraient avoir accès au dossier criminel du patient afin d'avoir une meilleure idée du danger qu'il représente.
Deux meurtres passés inaperçus
L'affaire a été mise au jour lorsqu'une dame de 71 ans, hospitalisée en psychiatrie à l'hôpital Notre-Dame, a porté plainte à la police vendredi dernier. Elle prétendait qu'un autre patient, un homme de 31 ans, avait tenté de la tuer.
La dénonciation a aiguillé les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) vers deux autres décès survenus les 16 et 22 juin dernier. La mort de ces deux dernières personnes, des hommes âgés de 69 et 71 ans, avait jusque-là été jugée naturelle.
Après discussions avec le personnel de l'aile psychiatrique et l'étude des résultats des autopsies des deux hommes, les enquêteurs des crimes majeurs du SPVM ont conclu qu'ils étaient morts par asphyxie. Il s'agit des 13e et 14e meurtres à survenir sur le territoire du SPVM depuis le début de l'année.
L'homme de 31 ans a été arrêté et il a comparu en cour mercredi dernier. Il demeure détenu, et une évaluation psychiatrique a été ordonnée par la cour.
Le CHUM a fait état de l'enquête seulement mercredi, indiquant avoir pris le temps de rejoindre les familles concernées.