Quelques heures après la paralysie du métro en raison d'engins fumigènes, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a livré un plaidoyer en faveur du dialogue et de la responsabilité sociale. Sans blâmer le mouvement étudiant pour les gestes posés, il a néanmoins sous-entendu qu'il avait un lien avec la crise actuelle, estimant que le conflit avait assez duré.
Il est temps que les étudiants et le gouvernement du Québec trouvent une solution, a-t-il argué. « Je suis certain que plus on retarde, plus ce sera difficile de rétablir les conditions de succès [pour la reprise du dialogue] », a avancé le maire.
Il a lancé un appel aux Montréalais « pour qu'on reprenne notre ville » et fait « appel à la responsabilité individuelle et collective [...] des familles pour qu'on puisse parler à nos jeunes ». « Est-ce qu'on peut parler à nos jeunes et à toute personne qui peut avoir une influence sur une solution à ce conflit? » a-t-il demandé.
La situation actuelle est en train de « causer un préjudice sérieux » à Montréal et à l'ensemble de la société québécoise, a-t-il soutenu. « Les villes du Québec ne doivent plus être une cible », a-t-il plaidé, arguant que la paix sociale et la sécurité étaient « les fondements mêmes d'une société démocratique ».
« Je fais tout ce qui est humainement et financièrement possible, avec le Service de police de Montréal, avec la Société de transport de Montréal. Ma responsabilité, c'est d'assurer la sécurité des Montréalais [...] dans un contexte de plus en plus difficile », a dit M. Tremblay. C'est possible d'assurer la sécurité pendant « encore 180 jours », mais ce qu'il faut, c'est « régler le problème », a-t-il ajouté.
À un journaliste qui lui demandait s'il n'était pas temps que l'armée intervienne, le maire a opposé un non catégorique. Il a également refusé de formuler des demandes au gouvernement Charest, faisant plutôt appel à l'ensemble de la société civile pour « rétablir un dialogue constructif ».
Le maire a aussi été invité à commenter les messages circulant sur les réseaux sociaux appelant à des actions d'éclat lors du Grand Prix de Montréal.
Visiblement exaspéré, le maire Tremblay a par ailleurs refusé de chiffrer les impacts économiques, estimant qu'il en avait suffisamment parlé dans les dernières semaines.
Une visibilité policière accrue dans le métro
Gérald Tremblay a par ailleurs estimé que les incidents de la journée ne révélaient pas de problèmes de sécurité dans le métro. Il a fait valoir qu'il y avait 133 policiers dans le métro.
À ses côtés, Pierre Brochet, le directeur adjoint au chef de la direction des opérations du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), a de son côté indiqué que depuis les premiers incidents survenus dans le métro, le service de police avait mis en place un « plan de visibilité accru au niveau de la sécurité ». Il a assuré que les policiers seraient « très présents sur le terrain ».
Michel Labrecque, président du conseil d'administration de la Société de transport de Montréal (STM), a voulu se faire rassurant. « La sécurité dans le métro n'est absolument pas compromise. Le protocole de sécurité a été suivi à la lettre », a-t-il assuré. Il a annoncé une présence accrue des inspecteurs et des employés.
Québec doit régler la crise, dit Louise Harel
La chef de l'opposition officielle, Louise Harel, a qualifié le déroulement des procédures d'urgence de « catastrophe ». Les opérations de la STM « n'ont pas du tout été à la hauteur de ce qu'il fallait ». « Ce qu'il faut, c'est un plan de sécurité accrue », pas de visibilité, a-t-elle soutenu.
« Le maire doit interpeller Québec », a-t-elle ajouté. Même si la municipalité subit les contrecoups de la crise étudiante, « c'est une sortie de crise que Québec doit régler », a-t-elle martelé. Évoquant un moratoire ou médiation, elle a estimé que le gouvernement devait poser « un geste fort ».
Elle a en outre fait écho aux propos du maire Tremblay, soutenant qu'il n'y avait pas de cause qui justifiait le recours à la violence.
Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron
De son côté, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, a salué la façon dont M. Tremblay avait assumé son rôle de maire lors du point de presse.
Il a toutefois rappelé qu'on ne pouvait pas hors de tout doute établir un lien avec le conflit étudiant. « Ce n'est pas encore établi, ça peut être un geste isolé », a-t-il souligné.
Dénonçant la « stupidité inouïe » des gestes posés, il a néanmoins parlé d'événements difficiles à éviter dans les circonstances actuelles. Dans une démocratie, « on ne peut pas s'armer contre tous les méfaits potentiels », a-t-il soutenu.
« Temporairement, il faut prendre des dispositions spéciales dans la foulée des 13 semaines qu'on vient de vivre et l'événement de ce matin. Mais je ne veux pas que nous changions notre manière de vivre plus que de besoin. [...] Il faut revenir le plus rapidement possible à ce qui est si précieux à Montréal , c'est-à-dire la paix sociale et la convivialité exemplaire des Montréalais ».
Plus tôt, les incidents ont également fait réagir à l'Assemblée nationale, où les députés ont adopté à l'unanimité une motion condamnant sans réserve les actions menées dans le métro de Montréal. Le premier ministre Jean Charest a condamné des gestes « d'intimidation et de violence ».