Les fusions, 10 ans après : trop d'élus à Montréal?

Dix ans après les fusions municipales dans la métropole, plusieurs Montréalais estiment qu'il y a toujours trop d'élus au conseil municipal. Pourtant, leur nombre a chuté radicalement au cours des dernières années.

Un reportage de Philippe Schnobb

Avant les fusions, les 13 anciennes villes montréalaises possédaient 175 élus. Aujourd'hui, on dénombre 103 maires, conseillers municipaux et conseillers d'arrondissement.

La Ville de Longueuil comptait pour sa part 47 élus il y a 10 ans. Ils sont aujourd'hui 26 et ne seront bientôt plus que 15. La championne des grandes villes fusionnées est sans aucun doute la Ville de Shawinigan, qui est passée quant à elle de 51 à 9 élus.

Dans la Vieille Capitale, le conseil municipal est passé de 103 élus à 28. Et ce n'est toujours pas assez pour le maire de Québec, Régis Labeaume, qui a l'intention d'abaisser le nombre d'élus à 21 aux prochaines élections.

Les partis d'opposition à l'Hôtel de Ville de Montréal plaident eux aussi pour une réduction du nombre d'élus. Ils citent en exemple la Ville de Québec et dénoncent notamment une grande disparité en terme de représentativité d'un arrondissement à l'autre.

La réduction du nombre d'élus ne fait toutefois pas l'unanimité et l'administration du maire Gérald Tremblay a refusé en septembre 2011 de rouvrir le débat. « Moi je préfère une personne qui est élue, une personne qui est responsable, une personne qui est imputable », a déclaré le maire Tremblay en entrevue, le 4 novembre dernier.

L'ancien maire de Québec, Jean-Paul L'Allier, abonde dans le même sens. « Il y a deux choses : ou bien les conseillers travaillent, et si on réduit leur nombre, il y a quelqu'un qui devra faire le travail qui était fait, et il va falloir engager quelqu'un; ou alors, les conseillers ne travaillent pas, et il faut réduire leur nombre. Mais le nombre n'est pas important en soi si tu as une mécanique démocratique », explique-t-il.

Moins d'élus qui coûtent plus cher

L'hôtel de ville de Montréal L'hôtel de ville de Montréal   © Luc Lavigne

Les conseils municipaux des grandes villes fusionnées comptent certes moins d'élus depuis 10 ans, mais leur coût a augmenté de 14 %. En tenant compte des salaires, des charges sociales et des allocations de dépenses, un élu coûte en moyenne 87 000 $ par année aux contribuables, comparativement à 29 000 $ il y a 10 ans. Il s'agit d'une hausse de 232 %, soit 11 fois plus que l'inflation.

À Montréal, le coût des élus est passé à 121 000 $ par année, ce qui représente une hausse de 169 % en 10 ans. C'est à Québec que les élus coûtent le plus cher, soit 136 000 $, alors que les élus de Saint-Jérôme ne coûtent que 49 000 $ par année aux contribuables. Même à Laval, où la fusion municipale date des années 60, le salaire des élus a augmenté de 113 % depuis 10 ans.

« Je pense qu'on a commencé à prendre conscience que le métier d'élu municipal dans des villes de certaines tailles, c'est un métier à temps plein. [...] Je pense que ça fait aussi partie d'un air du temps où on vit une sorte de dévalorisation du politique », affirme Jean-Pierre Collin, chercheur à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Quoi qu'il en soit, même si plusieurs déplorent la lourdeur de la bureaucratie municipale et plaident pour une diminution du nombre d'élus, leur salaire ne représente tout de même que 0,5 % du budget des villes.

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