Exclusif - Radio-Canada a appris que l'Office québécois de la langue française (OQLF) enquête à Urgence-santé après que des employés du service ambulancier eurent porté plainte. Ils dénoncent le fait que la transmission d'informations sur l'état des patients se fait de plus en plus souvent en anglais.
Ces employés, qui travaillent à Montréal et à Laval, imputent cette situation à l'utilisation du nouveau système informatique qui pourrait coûter jusqu'à 12 millions de dollars, selon sa durée de vie.
Selon le syndicat représentant les répartiteurs d'Urgence-santé, une fois sur trois, les gens qui font des appels d'urgence à Montréal et à Laval le font en anglais.
Depuis février dernier, les répartiteurs utilisent un nouveau système informatique pour transmettre l'information sur l'état du malade dans le véhicule des ambulanciers paramédicaux.
Pour se conformer au protocole américain qu'elle utilise, Urgence-santé exige que ce soit fait dans la langue du patient afin d'éviter les erreurs d'interprétation. Si le patient dit qu'il souffre d'un « chest pain », une douleur thoracique, l'information ne doit pas être traduite, selon les directives du service.
Les syndicats des répartiteurs et des ambulanciers paramédicaux dénoncent cette situation. « Ça fait 20 ans que j'exerce, je n'ai jamais vu de dimension anglaise dans la carte d'appel. [...] À Urgence-santé, on a toujours travaillé en français, et ça, c'est nouveau, c'est la première fois qu'on voit ça », affirme Réjean Leclerc, président du Syndicat du préhospitalier (CSN).
« Il arrive parfois que les paramédics nous questionnent : " Écoute, dis-moi qu'est-ce que ça veut dire, ce qui est écrit là. C'est en anglais et je ne comprends pas ". Alors moi, j'ai eu personnellement à intervenir dans ça », indique de son côté Alain Bissonnette, président du Syndicat des employés d'Urgences-santé (FSSS-CSN).
Les dirigeants d'Urgence-Santé, qui ont refusé d'accorder une entrevue à la caméra, admettent que les procédures de transmission de l'information écrite par informatique devront être modifiées pour se conformer à la Charte de la langue française, mais que ça prendra du temps : au moins un an.
Ils disent qu'ils doivent demander une dérogation aux Américains qui gèrent le protocole d'urgence pour avoir la permission de traduire le descriptif de l'état du patient.
Urgence-santé assure qu'entre-temps, la sécurité des usagers n'est pas mise en péril.
D'après un reportage d'Alain Gravel