Dos d'âne : La Ville de Montréal revoit sa position

Des piétons traversent une rue Des piétons traversent une rue

La Ville de Montréal revient sur sa décision d'obliger les arrondissements à consulter le Service des incendies avant d'installer des mesures d'atténuation de la circulation.

L'administration du maire Gérald Tremblay a retiré sa motion du conseil municipal et a décidé de renvoyer le dossier devant la Commission de la sécurité publique de Montréal.

Vendredi dernier, le comité exécutif de la Ville de Montréal a approuvé des mesures destinées à encadrer les pouvoirs des arrondissements en ce qui a trait à la circulation, à la signalisation et à la voirie, afin d'assurer une circulation sans entraves aux véhicules d'urgence.

Cette décision de l'administration Tremblay a été prise à la suite de plaintes du directeur du Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) et coordonnateur de sécurité civile de l'agglomération de Montréal, M. Serge Tremblay, qui dénonçait récemment l'installation non coordonnée de mesures d'apaisement dans certains arrondissements.

Les dos-d'âne : une nuisance, selon les pompiers

Mardi, Serge Tremblay a expliqué aux membres du conseil municipal que certaines mesures d'atténuation de la circulation, particulièrement les dos-d'âne, compliquaient les déplacements des véhicules d'urgence.

Selon lui, l'intervention des pompiers est retardée de 7 à 10 secondes chaque fois que les camions rencontrent un dos-d'âne.

Ces obstacles représenteraient aussi un risque de perte de contrôle pour les conducteurs des véhicules d'urgence qui doivent circuler à haute vitesse pour rejoindre les lieux d'intervention. La situation serait particulièrement problématique l'hiver, lorsque la neige empêche de bien voir les dos-d'âne sur la chaussée.

Dans une lettre au directeur général de la Ville, Serge Tremblay signale des bris de suspension sur les camions de pompiers de même que 25 accidents de travail attribuables aux dos-d'âne, selon le service des incendies.

Selon M. Tremblay, il existe d'autres mesures d'atténuation de la circulation tout aussi efficaces qui n'entravent pas le passage des véhicules d'urgence.

Les pompiers ont trouvé des traces d'accélérant sur les lieux.

L'opposition n'adhère pas à ce point de vue

Ces arguments sont contestés par des maires d'arrondissement tout comme par des représentants de Vélo Québec et du Conseil régional de l'environnement, qui rappellent que les dos-d'âne et les arrêts obligatoires sauvent beaucoup de vie en forçant les automobilistes à ralentir près des parcs, des écoles et des zones piétonnières.

Pour le maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, et pour François Croteau, maire de l'arrondissement Rosemont-Petite-Patrie, les dos-d'âne sont des mesures utiles sur lesquelles comptent les piétons pour les protéger, surtout aux abords des parcs et des écoles.

La conseillère municipale de Villeray et vice-présidente de la Commission municipale des Transports, Elsie Lefebvre, a pour sa part signalé qu'il existait de nombreux dos-d'âne depuis plusieurs années dans l'arrondissement d'Outremont et dans d'autres villes de l'île de Montréal.

Or, les pompiers, souligne Mme Lefebvre, semblent surtout dénoncer les arrondissements centraux plus peuplés, tels le Plateau-Mont-Royal, Rosemont-Petite-Patrie ou encore Mercier Hochelaga-Maisonneuve.

Pour plusieurs maires d'arrondissement membres de partis d'opposition, l'administration du maire Gérald Tremblay utilise les plaintes des pompiers comme un prétexte pour s'approprier le contrôle de la circulation dans les arrondissements.

Elsie Lefebvre et le parti de Louise Harel, Vision Montréal, proposent quant à eux au gouvernement du Québec d'amender le code de la sécurité routière pour autoriser l'ajout de panneaux d'arrêt obligatoire dans la métropole, actuellement limités à une certaine distance les uns des autres.

Mme Lefebvre précise qu'environ la moitié des piétons blessés chaque année au Québec sont heurtés par des voitures ou des camions sur l'île de Montréal.

D'après un reportage de Benoît Chapdelaine