Construction d'un nouveau pont Champlain : péage et PPP

Le reportage de Davide Gentile

Le ministre fédéral des Transports, Denis Lebel, a annoncé mercredi que son gouvernement a pris la décision de construire un nouveau pont Champlain, une nouvelle saluée notamment par les élus de la grande région montréalaise.

Ce nouveau pont, dont la valeur est estimée à environ 5 milliards de dollars, devrait être opérationnel d'ici une dizaine d'années, a déclaré le ministre. Il comportera huit voies, contre six actuellement. Il y aura aussi une place pour le transport en commun, mais les modalités restent cependant encore à définir.

Denis Lebel a assuré que son équipe est au travail depuis un bon moment déjà sur l'élaboration de ce projet. L'hypothèse d'un tunnel sous le Saint-Laurent pour remplacer le pont Champlain est désormais exclue, a précisé M. Lebel.

En ce qui a trait à la réalisation et au financement des travaux du nouveau pont, Denis Lebel a déclaré que son gouvernement avait « une préférence marquée » pour la réalisation du projet en partenariat public-privé.

Ottawa songe à instaurer un péage

Le ministre des Transports a aussi affirmé que son gouvernement envisageait d'instaurer un péage sur le nouveau pont en vertu du principe utilisateur payeur.

« L'objectif de notre gouvernement est de bâtir un nouveau pont sur le Saint-Laurent avec très peu ou pas de coûts pour les contribuables. » — Denis Lebel, ministre des Transports du Canada

À l'origine, il y avait un péage sur le pont Champlain, mais il a été aboli en 1990.

Même si le processus de construction d'une nouvelle structure pourrait s'enclencher sous peu, les automobilistes ne devraient pas pouvoir y rouler avant 2021.

En attendant le nouveau pont, le ministre assure que le pont Champlain est sécuritaire et que son gouvernement a déjà agi en investissant 380 millions de dollars pour en assurer la sécurité et l'entretien.

« Parole de Bleuet. Il y aura un nouveau pont
sur le Saint-Laurent ! » — Denis Lebel, ministre des Transports du Canada

D'une longueur d'environ 6 km, le pont Champlain est le plus achalandé du Canada. Plus de 100 000 personnes le traversent matin et soir.

En semaine, 400 autobus y transportent chaque jour 18 000 passagers matin et soir. Au moins 20 milliards de dollars de marchandises y transitent aussi chaque année.

L'opposition à moitié satisfaite

Unanimes à proposer un nouveau pont pendant la campagne électorale du printemps dernier, les partis d'opposition à Ottawa se réjouissent de la volte-face du gouvernement conservateur, qui était alors le seul parti à privilégier les réparations de la structure actuelle.

Le NPD a essentiellement reproché au gouvernement Harper de recourir au péage en refilant ainsi la facture aux familles montréalaises. « Normalement, une infrastructure publique comme celle-là doit justement rester publique »,a déclaré le leader parlementaire du NPD, Thomas Mulcair.

« Les conservateurs ont offert des dizaines de milliards de dollars en réductions d'impôt pour les banques et les grandes pétrolières », a-t-il ajouté.

Faisant valoir que la construction devrait prendre 10 ans, le Parti libéral du Canada a de son côté exprimé des préoccupations par rapport à la sécurité de la structure actuelle. « La parole de Bleuet », a dit le député libéral Denis Coderre, ne devrait pas se contenter d'affirmer que la structure actuelle est sécuritaire, elle devrait aussi le prouver en dévoilant les documents pertinents.

« Rappelez-vous qu'en 2006 un rapport de Genivar disait que la vie utile de ce pont était de 10 ans. 2006 plus 10 ans, c'est 2016 », a-t-il fait valoir. Or, la construction sera terminée en 2021, a-t-il souligné.

Des études préoccupantes

Depuis quelques années, le pont Champlain a fait l'objet de plusieurs rapports d'experts, qui ont émis de sérieux doutes sur l'état de la structure, ce qui soulève des questions sur la sécurité de l'ouvrage.

En 2006, la firme d'ingénierie Genivar a déposé une étude recommandant la construction d'un nouveau pont devant remplacer le pont Champlain pour les années 2014-2016. L'année suivante, un rapport de la firme Dessau qualifiait les structures d'acceptables, mais évaluait que certains éléments, dont les fameuses poutres de rive, étaient dans un état critique à médiocre. Selon une étude de la firme Oxand de 2008, certains éléments du pont sont dans un état critique très élevé. En début d'année, deux rapports d'experts remis en décembre 2010 à Transports Canada et au ministre fédéral des Transports, Chuck Strahl, obtenus par le quotidien La Presse, montraient que le pont Champlain est si fragile qu'il pourrait s'écrouler.

Le ministre Lebel « n'a pas parlé de la situation - qui va être très, très sensible - des cimetières mohawks », a déploré M. Coderre. Le député a aussi critiqué au passage l'absence de ministres provinciaux lors du point de presse. « Ça part mal », a-t-il dit.

Des absences remarquées

En effet, aucun représentant du gouvernement de Jean Charest, qui est actuellement en France, n'était présent aux côtés du ministre Lebel pour cette annonce très attendue dans la grande région de Montréal.

Le ministre québécois des Transports, Pierre Moreau, s'est contenté d'exprimer mercredi matin, à Québec, son opposition à l'instauration d'un péage sur le nouveau pont Champlain.

Interrogé sur l'absence du gouvernement du Québec à cette importante conférence de presse, Denis Lebel a expliqué que le pont Champlain était une infrastructure à 100 % fédérale.

« Depuis plusieurs mois, j'entends le gouvernement du Québec interpeller le fédéral de prendre ses responsabilités. Depuis ma première journée au ministère, c'est ce que nous faisons. » — Denis Lebel, ministre des Transports du Canada

Aucun représentant de la Société fédérale des ponts Jacques-Cartier et Champlain, qui gère pourtant la structure, n'avait par ailleurs été invité à la conférence de presse du ministre Lebel.







info en continu

Facebook