Un reportage de Davide Gentile
![]() Journaliste:Louis-André Bertrand Mise à jour le mercredi 31 août 2011 à 22 h 21 HAE Changer l'aménagement et les attitudesLa mort de deux cyclistes en trois jours, à la suite de collisions avec des véhicules, relance le débat autour de la sécurité des rues de la métropole québécoise. En fait, le désir d'augmenter le sentiment de sécurité des cyclistes et des piétons à Montréal s'inscrit dans une tendance observée dans plusieurs grandes villes du monde. La plupart du temps, cela passe par des mesures d'apaisement de la circulation, afin de diminuer le nombre de voitures qui se déplacent et de réduire leur vitesse. Mais ces mesures nécessitent d'importants investissements, qui ne pourront se concrétiser sans une volonté politique. Radio-Canada.ca s'est entretenu de la question avec Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec, et avec Daniel Bouchard, responsable des campagnes transport et aménagement du territoire au Conseil régional de l'environnement de Montréal (CRE-Montréal). Dans cet article :
La nécessité de revoir l'aménagement urbainIl n'existe pas de solution magique pour faciliter la cohabitation entre cyclistes et automobilistes en milieu urbain. On sait cependant qu'il existe un lien proportionnel entre le nombre de collisions, le nombre de véhicules et la vitesse de ceux-ci. L'objectif est donc de décourager les automobilistes de prendre leur véhicule pour de courts trajets. On doit les convaincre d'opter plutôt pour le transport actif, comme la marche et le vélo, et le transport en commun. Le problème, c'est qu'il est encore trop facile de se déplacer en auto à Montréal, résume Daniel Bouchard. Les villes qui ont le mieux réussi à réduire la circulation sont celles qui ont mis en place le plus d'entraves à l'utilisation de l'auto en solo. Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec Pour créer ces entraves, plusieurs mesures, souvent simples, existent. Le principe directeur : on tente d'éviter les corridors longilignes larges, car ils favorisent la prise de vitesse, les conducteurs s'y sentant en sécurité. « Une ligne droite, ça favorise la vitesse », résume Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec. On peut notamment réduire la largeur des rues, de façon virtuelle et réelle. Par exemple, on peut peindre sur la chaussée des lignes qui réduisent la largeur des rues et créent un effet d'entonnoir. On impose ainsi une contrainte aux automobilistes qui ressentiront le besoin d'être plus prudents et, par voie de conséquence, de rouler moins vite, explique Daniel Bouchard. Cet effet d'entonnoir peut aussi être obtenu en installant des bacs à fleurs au centre des voies ou des bollards (des poteaux pliants en plastique placés à un et deux mètres du trottoir) qui doivent être contournés. M. Bouchard avance que ça ne prend que quatre bollards, placés à quelques mètres les uns des autres, pour rendre une rue plus sécuritaire à un coût unitaire minime, soit quelques centaines de dollars, installation incluse. Les intersections sont des espaces cruciaux en termes de sécurité routière, car c'est là que se produisent la majorité des accidents. Le CRE-Montréal propose donc de sécuriser les intersections par la mise en place d'avancées de trottoir afin de dégager la vue pour tous les usagers de la route. Cela réduit aussi la distance que doivent traverser les piétons. Ces travaux sont assez coûteux lorsqu'ils sont effectués de façon isolée, mais ils diminuent lorsque les mesures d'apaisement de la circulation sont planifiées dans le cadre de la réfection des rues et des canalisations, selon M. Bouchard. En profitant des travaux de réfection routière et de canalisation et en investissant dans un fonds dédié aux mesures d'appaisement de la circulation, on est capable d'avoir un impact significatif sur les vitesses pratiquées dans les quartiers. Daniel Bouchard responsable des campagnes transport et aménagement du territoire Précurseur, l'arrondissement de Verdun a retiré 1300 espaces de stationnement de ses rues en juin dernier afin de rendre les intersections plus sécuritaires. Verdun est ainsi le seul arrondissement à appliquer à la lettre le Code de la sécurité routière, qui interdit le stationnement à moins de cinq mètres d'une intersection. Autant à Vélo Québec qu'au Conseil régional de l'environnement de Montréal, on note que Montréal a la volonté politique de prendre en compte ces mesures dans l'aménagement de la ville. « La volonté à Montréal, on la sent. Elle transpire dans le plan de transport [de 2008] », affirme Mme Lareau. Le problème, c'est qu'il n'y a pas qu'une seule autorité en aménagement urbain à Montréal : il faut faire le travail de sensibilisation auprès de chaque arrondissement. Selon M. Bouchard, les arrondissements les plus proactifs sont Hochelaga-Maisonneuve, Outremont, le Plateau-Mont-Royal, Rosemont-La Petite-Patrie et Ville-Marie. D'autres exemples de solution :
La circulation de transit et la circulation de quartierUne façon de réduire le nombre de véhicules dans les quartiers est d'empêcher la circulation de transit.
Changer les attitudes et les habitudesL'amélioration de la sécurité des cyclistes nécessite un changement d'attitude de la part de tous les usagers de la route. C'est un travail qui doit être fait autant auprès des automobilistes qu'auprès des cyclistes. « Il y a des torts des deux côtés. Il y a des automobilistes qui conduisent mal et il y a des cyclistes qui conduisent mal. Mais les dommages sont plus grands lorsque c'est un conducteur qui est insouciant », affirme Suzanne Lareau. Elle estime cependant qu'on « est très cowboy » au Québec, que beaucoup de cyclistes font aussi preuve d'imprudence. Vélo Québec aimerait qu'un cours pour les usagers de la route soit donné au primaire. Ce cours enseignerait, entre autres, aux jeunes les rudiments de la sécurité à vélo « pour qu'ils reviennent à la maison en un morceau ». « C'est lorsqu'on est très jeune que l'on prend de mauvaises habitudes et qu'on les conserve par la suite », dit Mme Lareau. Au cours de l'année prochaine, Vélo Québec entend rencontrer le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport afin d'entamer des discussions visant l'intégration de ce projet au cursus scolaire. Mais Mme Lareau ne se fait pas d'illusions : son organisme planche sur cette idée depuis des années et elle s'attend à ce qu'une éventuelle intégration nécessite plusieurs autres années d'efforts. La PDG de Vélo Québec déplore aussi le fait que les Québécois sont réfractaires au changement en matière de réaménagement urbain, notant qu'il arrive que les gens « crient au scandale » lorsqu'on annonce des mesures d'apaisement. Les Montréalais veulent que la ville soit plus sécuritaire, mais ils ne veulent pas d'entraves dans leur rue, dit-elle. C'est bousculant, mais c'est nécessaire. Suzanne Lareau, PDG de Vélo Québec Elle cite en exemple Paris qui était une ville « cacophonique » avant qu'on y prenne des mesures pour entraver la circulation. Avec la nouvelle approche des déplacements en ville, le climat y est devenu beaucoup plus calme. Les effets positifs du réaménagement se mesurent aussi ici, souligne Daniel Bouchard. Les mesures d'aménagement sur la rue Laurier dans le Plateau-Mont-Royal ont permis de doubler le nombre de cyclistes. M. Bouchard ajoute que le changement d'attitude doit aussi avoir lieu du côté des élus et des services policiers. « On a tendance à mettre l'accent sur la sensibilisation et la répression. Mais au lieu de seulement travailler sur le mauvais comportement, peu importe l'usager, ne peut-on pas avoir des aménagements physiques qui favorisent le bon comportement? », se demande-t-il.
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Réduction et apaisement de la circulation
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