BPR veut une correction du rapport

Les explications de Davide Gentile

La firme d'ingénieurs BPR menace le vérificateur général de Montréal de poursuites s'il ne corrige pas dans un délai de 30 jours la portion technique de son rapport sur les compteurs d'eau.

Radio-Canada a appris que la firme d'ingénieurs BPR menace d'intenter des poursuites contre le vérificateur général de Montréal s'il ne corrige pas la portion technique de son rapport sur le contrat des compteurs d'eau. L'entreprise affirme que les données qui ont été utilisées sont erronées, ce qui fausse les calculs.

Selon BPR, l'ingénieur qui a été embauché n'avait pas l'expertise nécessaire pour réaliser cette tâche. La firme promet de poursuivre le vérificateur si des rectifications ne sont pas apportées d'ici 30 jours.

En septembre dernier, le vérificateur général démolissait le processus d'octroi et la pertinence technique du contrat des compteurs d'eau. C'est la firme BPR qui s'occupait du volet technique du rapport.

Or, l'entreprise d'ingénierie, qui compte 2400 employés à travers le monde, accuse le vérificateur d'avoir bâclé l'analyse du volet technique du contrat. Celui-ci contiendrait des erreurs et des omissions.

« Erreurs, ommissions ... »

« [La partie technique] est très allégée, elle n'est pas complète, il y a des erreurs, il y a des omissions. Et ça a biaisé l'interprétation finale qui en est faite. On est malheureux de cela, parce que le projet aurait eu droit à un meilleur traitement », explique Pierre Lavallée, président de BPR.

Le contrat visait à installer des compteurs d'eau, mais aussi des régulateurs de vannes pour permettre de réduire la pression dans le réseau d'eau vieillissant, et ce, afin de prolonger sa durée de vie.

Le système devait aussi permettre de mesurer le débit d'eau dans les différentes portions du réseau pour mieux localiser les fuites et donc mieux cibler les interventions de réparation. La firme BPR que affirme les pertes d'eau à Montréal sont sous-estimées par le vérificateur. Dans son rapport, ce dernier parle de pertes avoisinant 20 % du total produit, alors que les derniers chiffres disponibles font état de pertes qui se situent entre 40 à 50 % de l'eau produite.

Pierre Lavallée, président de BPR Pierre Lavallée, président de BPR

« C'est le meilleur projet à réaliser pour que dans la prochaine période de 5 à 10 ans on puisse maîtriser le réseau et par la suite améliorer les choses », souligne M. Lavallée.

Toutefois, le vérificateur a plutôt proposé d'accélérer le remplacement des conduites. Selon BPR, il en coûterait chaque année 160 millions de dollars pour remplacer 150 kilomètres de conduites, ce qui serait une mauvaise solution.

Selon M. Lavallée, cette solution est en « théorie intéressante, mais en pratique inapplicable ».

De plus, le vérificateur estimait que les économies réalisées avec ce contrat seraient inférieures à son coût, soit 600 millions de dollars sur 25 ans. Or, BPR parle plutôt d'un calcul incomplet et avance le chiffre de 1,15 milliard de dollars sur la même période.

D'après le président de BPR, le vérificateur général s'est fié à une petite équipe de l'École de technologie supérieure, qui « n'a jamais réalisé de projets dans le domaine de la distribution de l'eau ».

Menace de poursuite

C'est pourquoi BPR exige que les présumées erreurs techniques du rapport soient corrigées d'ici 30 jours, faute de quoi la firme menace d'intenter des poursuites contre le vérificateur général de Montréal.

BPR affirme que personne au sein de l'entreprise n'a rencontré le vérificateur général, mais uniquement ses mandataires.

« Personne au bureau du vérificateur général ne nous a présenté leurs conclusions, ne nous a présenté d'éléments de réflexion technique qu'ils avaient pour qu'on les critique. On nous posait une question, sans qu'on comprenne ni les tenants ni les aboutissants », dit le président de BPR.

Jusqu'à maintenant, Radio-Canada n'a pas réussi à joindre le vérificateur général de Montréal à ce propos.

Des coûts qui débordentLe contrat des compteurs d'eau a été signé en 2007 avec le consortium GÉNIeau, formé du groupe Dessau et de l'entreprise Simard-Beaudry, propriété de l'homme d'affaires controversé Tony Accurso.

En septembre dernier, le vérificateur général de la Ville de Montréal avait estimé que les coûts du contrat avaient presque doublé, passant de 350 à 618 millions de dollars en tenant compte des frais supplémentaires.

D'après un reportage de Davide Gentile