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Montréal

Opération Diligence

Un ex-dirigeant de Grues Guay arrêté

Mise à jour le mercredi 4 novembre 2009 à 16 h 31

Exclusif

Un ex-dirigeant d'entreprise soupçonné d'avoir trempé dans une affaire de blanchiment d'argent et d'avoir contribué à l'infiltration du milieu de la construction par le crime organisé a été arrêté mardi soir.

Il s'agit de Louis-Pierre Lafortune, ex-vice-président de Grues Guay, qui est arrivé des États-Unis à l'aéroport Montréal-Trudeau sous escorte policière.

M. Lafortune intéressait les policiers depuis plusieurs mois déjà. Le 31 mars dernier, l'une des 12 succursales de l'entreprise Grues Guay, celle d'Anjou, avait fait l'objet d'une perquisition de la Sûreté du Québec.

Une entreprise montréalaise d'achat et de location de machineries que dirigeait Louis-Pierre Lafortune avait aussi été visitée par la même occasion, de même que sa résidence, à Terrebonne, où deux véhicules avaient été saisis.

Avec un parc de 450 grues, Grues Guay est la compagnie de grues la plus importante au pays, la 3e en Amérique du Nord et la 15e au monde.

Louis-Pierre Lafortune est réputé être un ami de Jocelyn Dupuis, un ancien directeur général de la FTQ-Construction, dont l'émission Enquête a révélé les énormes notes de frais et les relations troubles. Il est aussi ami avec un Hells Angels recherché par la police, Norman Marvin « Casper » Ouimet, depuis son enfance.

Guay Inc. fait le point

L'entreprise Guay Inc. a précisé qu'elle n'avait aucun lien avec l'arrestation de Louis-Pierre Lafortune.

Dans un communiqué diffusé mercredi après-midi, l'entreprise affirme que « ses pratiques d'affaires ne sont aucunement visées par les perquisitions et l'enquête qui ont finalement donné suite à l'arrestation de Louis-Pierre Lafortune ».

Elle ajoute avoir collaboré avec les autorités responsables de l'enquête dès le début et que « Louis-Pierre Lafortune n'a plus aucun lien avec Guay Inc. depuis déjà quelques mois ».

10 autres personnes arrêtées

Mardi, la Sûreté du Québec a procédé à l'arrestation de 10 personnes liées au secteur de la maçonnerie, dans le domaine de la construction.

Norman Marvin « Casper » Ouimet, membre du chapitre de Trois-Rivières des Hells Angels

Norman Marvin « Casper » Ouimet (archives)

En tout, la police provinciale avait en main 14 mandats d'arrestation, dans le cadre d'une opération baptisée Diligence, menée dans la grande région de Montréal. Six autres personnes avaient déjà été appréhendées.

Les personnes arrêtées auraient tenu le rôle de facilitateur ou encore auraient été complices ou à la solde du Hells Angels Norman Marvin Ouimet. Celui qui est considéré comme la tête dirigeante du réseau est déjà recherché dans le cadre de l'opération SharQc contre le crime organisé.

La SQ a commencé son enquête au printemps 2007 après la plainte d'un entrepreneur en maçonnerie, qui affirmait que les Hells Angels tentaient d'infiltrer son entreprise.

La police a ainsi dénoué la toile tissée par les Hells dans le milieu de la construction dans le but, entre autres, de blanchir de l'argent.

Les Hells avaient développé trois méthodes d'infiltration de l'économie légale:

  • repérer une entreprise en difficulté et proposer une aide financière, pour y injecter de l'argent sale. À titre d'exemple, la police a expliqué que Normand Marvin Ouimet facturait de faux services de consultations. Le travail au noir et l'embauche d'effectifs des Hells faisaient aussi partie du plan;
  • acheter des terrains avec de l'argent comptant pour ensuite y construire des complexes immobiliers;
  • des facilitateurs, comme le groupe Ste-Marie, permettaient que de l'argent comptant transite par l'entreprise pour ensuite se retrouver dans des paradis fiscaux.

Parmi les facilitateurs, la police compte des représentants syndicaux, des comptables, des gestionnaires de portefeuille et des agents immobiliers.

Un représentant syndical de la FTQ-Construction, Guy Dufour, aurait notamment servi a obtenir frauduleusement des cartes de compétences de la CCQ pour des employés.

Un agent d'immeuble, Roberto Amato, aurait permis à Ouimet d'acquérir des terrains avec l'argent du crime. Des comptables ont aussi été arrêtés, dont Jean Siminaro, qui a été radié temporairement en août de l'Ordre des comptables en management.

La SQ a précisé que les arrestations n'étaient pas liées à l'opération Marteau, qui s'intéresse aux liens possibles entre les milieux de la construction et de la politique municipale.

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