Québec montré du doigt

  |  Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Renaud Lachance Renaud Lachance (archives)

Le vérificateur général du Québec blâme le gouvernement Charest pour sa gestion déficiente du projet de construction du futur Centre hospitalier universitaire de l'Université de Montréal (CHUM). Renaud Lachance parvient à cette conclusion dans son rapport d'une quarantaine de pages rendu public mercredi.

Le vérificateur général blâme le gouvernement Charest pour sa gestion du projet de construction du futur mégahôpital. Il reproche à Québec son incapacité à arrimer les divers aspects du projet.

M. Lachance estime que Québec est toujours incapable d'arrimer les différents aspects du projet, soit l'ampleur et la nature des travaux, les coûts, le financement et l'échéancier à respecter.

Le rapport du vérificateur général porte sur trois projets de construction ou d'agrandissement de centres hospitaliers:

  • Le CHUM
  • Le CUSM (Centre universitaire de santé McGill)
  • Le CHU Sainte-Justine

Le vérificateur général reproche au gouvernement d'avoir procédé à l'envers dans ce projet. Il critique le fait que le gouvernement a alloué une enveloppe budgétaire prédéterminée pour trois hôpitaux avant d'avoir déterminé les besoins cliniques des hôpitaux. Les coûts de 3,6 milliards de dollars prévus en 2006 sont passés à 5,3 milliards en 2008.

Maquette du CHUM Maquette du CHUM   © CHUM

M. Lachance montre également du doigt l'échéancier établi par Québec. Le projet mettra deux fois plus de temps à se réaliser que ce qui était prévu, il y a deux ans. Alors que la date de livraison de l'hôpital était de 2011 en 2007, elle est aujourd'hui estimée à 2018. Il s'agit d'un autre signe de mauvaise planification, selon le vérificateur général.

L'incertitude entourant le financement du projet constitue un autre de ses talons d'Achille, selon M. Lachance. Il souligne que les sommes censées provenir du gouvernement fédéral et du secteur privé pourraient ne jamais se concrétiser.

« Le gouvernement du Québec risque de devoir assumer les portions de financement non garanties en plus des sommes qu'il s'est déjà engagé à verser. » — Renaud Lachance

Afin de redresser le projet, le vérificateur général propose de revoir la structure de gouvernance du projet des trois hôpitaux. Il suggère à Québec de s'assurer d'avoir une vue d'ensemble du projet et de s'assurer d'avoir l'argent requis pour mener les chantiers à bien avant d'entreprendre les travaux.

Le vérificateur général reproche également au gouvernement de ne pas avoir suivi ses recommandations formulées en décembre 2006 dans le dossier du CHUM.

Une chronologie du CHUM
  • 1er février 1995 - Le Conseil des ministres, dont le ministre de la Santé Jean Rochon, ordonne la fusion de trois hôpitaux montréalais (l'Hôtel-Dieu, l'Hôpital Notre-Dame et l'Hôpital Saint-Luc.
  • Septembre 1996 - Création du CHUM
  • 17 décembre 1999 - Le premier ministre Lucien Bouchard et la ministre de la Santé Pauline Marois annoncent la décision du gouvernement de construire le CHUM sur un seul site.
  • 25 janvier 2000 - Le site du 6000 Saint-Denis est retenu et l'ouverture du CHUM est prévue pour 2006.
  • Mai 2000 - Création de la Société d'implantation du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (SICHUM), société autonome dont la mission est de concevoir, de planifier et de construire, sur le site du 6000 Saint-Denis.
  • 8 mars 2001 - Le premier ministre Lucien Bouchard démissionne. Il est remplacé par Bernard Landry
  • Mars 2001 - Rémy Trudel devient ministre de la Santé
  • 22 janvier 2002 - Inauguration du site du 6000 Saint-Denis
  • 14 avril 2003 - Changement de gouvernement, le Parti libéral du Québec accède au pouvoir.
  • 29 octobre 2003 - Constitution de la Commission d'analyse des projets d'implantation du CHUM et du CUSM, coprésidée par messieurs Daniel Johnson et Brian Mulroney.
  • 23 juin 2004 - Le ministre de la Santé Philippe Couillard annonce l'abandon du projet de construction du CHUM au 6000 Saint-Denis au profit du site du 1000 Saint-Denis.
  • 29 juin 2004 - Présentation par le recteur de l'Université de Montréal du site de la gare de triage Outremont au conseil d'administration du CHUM.
  • 7 janvier 2005 - Création d'un comité d'analyse des deux projets du CHUM: le 1000 Saint-Denis et la gare de triage Outremont. Le comité est formé de deux experts indépendants Armand Couture et Guy Saint-Pierre.
  • 2 février 2005 - Dépôt du rapport Couture - Saint-Pierre qui recommande de retenir le site de la gare de triage d'Outremont.
  • 10 février 2005 - Le ministre de la Santé Philippe Couillard annonce la tenue d'une commission parlementaire sur le choix de l'emplacement du futur CHUM.
  • 24 mars 2005 - Le gouvernement annonce officiellement la construction du futur CHUM au 1000 Saint-Denis.
  • 18 juin 2007 - Le gouvernement annonce son choix de retenir le mode de réalisation de certaines composantes du CHUM en mode de partenariat public-privé.
  • 27 juin 2007 - Lancement des appels de qualification pour le choix de partenaires privés potentiels.
  • 14 novembre 2007 - Choix des candidats pour les appels de propositions du CHUM et du CRCHUM. Sont retenus les consortiums Accès Recherche CHUM et Axor-Dalkia.
  • 25 juin 2008 - Le ministre de la Santé Philippe Couillard démissionne. Il est remplacé par Yves Bolduc.
  • 2 juillet 2008 - Le directeur général du CHUM, Denis Roy, démissionne.
  • 18 mars 2009 - Le ministre de la Santé Yves Bolduc dévoile les rajustements au projet du CHUM qui comptera 772 lits , 43 salles d'opération et 2052 places de stationnement.

Secteur minier

Dans la deuxième partie de son rapport 2008-2009, le vérificateur général a également constaté du laxisme dans le contrôle de l'exploitation des mines.

« Il était prévu que le ministère des Ressources naturelles et de la Faune élabore une première stratégie gouvernementale du secteur minier avant la fin de 2007. Une telle stratégie n'avait toujours pas été rendue publique au moment où nous avons terminé nos travaux », peut-on lire dans le rapport.

M. Lachance estime que les mécanismes de contrôle de l'exploitation minière au Québec sont inexistants. Il constate aussi que les compagnies n'ont pas versé de redevances au gouvernement du Québec durant sept ans et qu'elles ont abandonné les sites miniers sans les nettoyer, ce qui a coûté 264 millions de dollars aux contribuables québécois.

« Quoique l'un des volets de la mission du ministère des Ressources naturelles porte sur la conservation des ressources, ce dernier ne s'est pas donné d'objectifs d'acquisition de connaissances en la matière. » — Renaud Lachance

M. Lachance constate aussi que l'exploitation de certaines mines s'est faite sans que leur plans aient été approuvés par le ministère de l'Environnement. Enfin, on peut lire que dans la quasi-totalité des dossiers, on ne retrouve aucune trace de collaboration entre les inspecteurs du ministère des Ressources naturelles et ceux du ministère du Développement durable favorisant « la cohérence, l'efficience et l'efficacité des activités d'inspection ».

D'autres critiques

D'autre part, M. Lachance estime que la Société d'habitation du Québec gère mal et n'évalue pas ses propres programmes destinés aux personnes à faible revenu. Elle n'aurait d'ailleurs jamais défini ce qu'est un « revenu modeste ».

M. Lachance croit aussi que la planification du transport laisse à désirer dans la région de Montréal. Même si la communauté urbaine de Montréal a été créée il y a huit ans, le rapport affirme qu'il n'y a toujours pas de schéma d'aménagement.