Les 260 employés en lock-out du Journal de Montréal lancent officiellement un site Internet appelé ruefrontenac.com, alors que des députés provinciaux annoncent leur intention de ne plus collaborer avec le quotidien tant que le lock-out est en vigueur.
Les employés en lock-out du Journal de Montréal ont officiellement lancé, mercredi, leur site Internet appelé ruefrontenac.com.
Les quelque 250 syndiqués affiliés à la CSN entendent ainsi imiter leurs collègues du Journal de Québec, qui ont publié un journal pendant leur long conflit.
Les syndiqués de Montréal se contenteront pour l'instant d'une édition uniquement disponible sur Internet.
Le conflit se politise
Le ministre du Travail du Québec, David Whissell
Pendant ce temps, le conflit de travail au Journal de Montréal trouve des échos dans la Vieille Capitale, où des députés provinciaux ont indiqué qu'ils ne collaboreraient plus avec le quotidien montréalais tant que le lock-out est en vigueur.
Marisol Schnorr, attachée de presse du ministre du Travail du Québec David Whissell, a déclaré que son patron agirait ainsi. Elle estime que d'autres députés imiteront son patron pour éviter de faire des gestes qui pourraient être perçus comme des prises de position dans le conflit.
Le député péquiste François Rebello, porte-parole de l'opposition officielle en matière de travail, n'accordera aucune entrevue au Journal de Montréal, car il estime que cela équivaudrait à traverser un piquet de grève. La directive a également été transmise à l'ensemble des députés péquistes. Le Parti québécois avait observé la même ligne de conduite pour le lock-out au Journal de Québec.
Du côté de l'Action démocratique du Québec (ADQ), le député Éric Caire soutient qu'une évaluation sera faite au cas par cas.
La FPJQ s'inquiète
La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) dénonce le boycottage des députés pourtant destiné à soutenir la presse. « Aujourd'hui, c'est parce qu'il y a un conflit de travail, demain, ce sera parce qu'on n'aime pas les questions du journaliste ou son angle », a déclaré le président de la fédération François Bourque. « Bref, je ne vois pas comment ne pas répondre à un journaliste permet de mieux servir le public », a dit M. Bourque.
M. Bourque estime que les politiciens devraient se préoccuper davantage de leur transparence plutôt que de bouder des journalistes. « Il y a des lois sur l'accès à l'information qui mériteraient d'être revues, des lois sur la protection des sources et du matériel journalistique », a-t-il poursuivi.
Une majorité de chroniqueurs vedettes continueront de collaborer avec le Journal de Montréal durant le conflit. Plusieurs ont évoqué la crainte de perdre leur emploi une fois le conflit terminé s'ils interrompaient leur collaboration.
Gilles Proulx a, quant à lui, indiqué que les syndiqués du Journal étaient des enfants gâtés qui possédaient, malgré les demandes patronales, la meilleure convention collective dans les médias québécois.
Seuls Martin Brodeur, Jacques Demers et Daniel Green ont indiqué qu'ils interrompraient leur collaboration.
Rappel des faits
Rappelons que la direction du Journal de Montréal a décrété un lock-out contre les 260 employés du quotidien de Quebecor dans la nuit de vendredi à samedi. Ensuite, réunis en assemblée générale, lundi, les employés ont voté à plus de 99 % contre les offres patronales et pour une grève générale illimitée.
Les employés ont donné un mandat de grève à leur syndicat pour éviter d'être forcés par la direction de retourner au travail sans contrat. En outre, les membres du personnel ne veulent pas rentrer au travail sans une entente négociée et satisfaisante à leurs yeux.
C'est le premier conflit de travail pour les employés du Journal de Montréal depuis la création de leur syndicat, il y a près de 40 ans.
La durée de la semaine de travail est au nombre des principaux points en litige. La direction veut qu'elle passe de 30 à 37 heures.
Le Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal accuse l'employeur d'avoir rompu les discussions en quittant la table des négociations jeudi. Selon le président du syndicat, Raynald Leblanc, la direction n'a jamais tenté de trouver une solution négociée.
Du point de vue du syndicat, Quebecor réclame le licenciement d'environ 75 employés du journal, l'élimination du service de la comptabilité, des diminutions de salaire de 25 % pour le personnel des petites annonces, une augmentation de 25 % de la semaine de travail sans rémunération additionnelle, une réduction de 20 % des avantages sociaux pour l'ensemble des travailleurs et des conditions inférieures pour les nouveaux employés.
Lire la nouvelle: Journal de Québec, Quebecor blâmé