Pollution tolérée

Égout

Pendant cinq ans, un égout pluvial a rejeté, dans le fleuve Saint-Laurent, des eaux usées contenant des coliformes fécaux, sans que les pêcheurs ou les promeneurs soient mis au courant.

Un égout pluvial a rejeté des eaux usées de la compagnie Pratt et Whitney dans le fleuve Saint-Laurent pendant cinq ans sans que la Ville soit mise au courant par l'entreprise, ni par le ministère de l'Environnement.

La situation était causée par des bris de conduits et un branchement défectueux à l'usine Pratt et Whitney, ce qui fait que l'égout sanitaire se déversait en partie dans l'égout pluvial. L'entreprise était au courant, tout comme le ministère de l'Environnement du Québec.

Toutefois, la Ville de Longueuil, où est située l'entreprise, ignorait la situation. C'est pourtant la Ville qui édicte la norme de rejet sur son territoire. Il a fallu la plainte d'un citoyen pour que la municipalité soit alertée. « On a des inspecteurs pour nos réseaux d'égout, mais comme c'est un déversoir pluvial qui est privé, ça ne fait pas partie de notre réseau », explique François Laramée, de la Ville de Longueuil.

Depuis 2003, la quantité de coliformes fécaux rejetés dans le fleuve par Pratt et Whitney dépasse largement la norme du ministère de l'Environnement, qui est de 400 coliformes fécaux par 100 millilitres d'eau. Un pic de 110 000 coliformes pour 100 millilitres d'eau a été atteint en juin 2006, et un autre de 370 000 pour 100 millilitres a été atteint en septembre 2007.

« La norme est là pour contrôler les contrevenants et on compte sur les pollueurs eux-mêmes pour se dénoncer eux-mêmes. Le ministère n'a plus les ressources pour enquêter », déplore Michel Bélanger, avocat spécialisé en droit de l'environnement.

Pierre Paquin, directeur régional pour la Montérégie au ministère de l'Environnement, précise toutefois que, s'il s'était agi d'une contamination toxique, le ministère aurait réagi différemment dans ce dossier.

Depuis, Pratt et Whitney a réparé son système sanitaire. Toutefois, les bris et les mauvais branchements de ce type seraient fréquents, le long du fleuve, et continueraient de le polluer.