La présence policière était impressionnante
Le calme est revenu lundi soir dans l'arrondissement de Montréal-Nord, théâtre de violentes émeutes dans la nuit de dimanche.
La Sûreté du Québec va rencontrer aujourd'hui les familles des personnes impliquées dans l'intervention policière de samedi soir, qui s'est soldée par la mort d'un jeune homme de 18 ans.
Un impressionnant dispositif de sécurité avait été déployé dans le secteur, où seulement quelques actes mineurs ont été signalés.
Dans la journée de lundi, les appels au calme ont été nombreux, émanant notamment de la famille du jeune Fredy Villanueva, dont la mort, samedi soir, a déclenché les émeutes à Montréal-Nord.
Le jeune homme de 18 ans a été tué par balle par un policier dans des circonstances qui restent à élucider.
La Sûreté du Québec (SQ) va rencontrer, mardi, les familles des personnes impliquées dans l'intervention policière de samedi soir.
Le ministre de la Sécurité publique et de la Justice, Jacques Dupuis, a indiqué que l'émeute de dimanche soir était le fait de casseurs et non de résidents du quartier. Il souhaite que les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) profitent de l'expérience pour prévenir ce genre de débordements à l'avenir.
M. Dupuis a demandé à la SQ de tenir la population informée du déroulement de l'enquête. Il a précisé que l'événement avait eu lieu dans un parc et qu'il avait été relativement public. Il estime que l'enquête devrait se dérouler avec transparence. Il assuré la population de l'impartialité de l'enquête, même si ce sont des policiers qui enquêtent sur les agissements d'autres policiers.
Le maire veut rassurer les citoyens
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay
« Je ne tolérerai pas que des policiers, des pompiers et des ambulanciers soient victimes d'atteintes physiques à leur personne », a déclaré le maire de Montréal, Gérald Tremblay, en réaction aux événements qui ont secoué l'arrondissement de Montréal-Nord dans la nuit de dimanche à lundi.
M. Tremblay soutient qu'il est inacceptable que des citoyens de Montréal ne se sentent pas en sécurité dans leur quartier.
Le maire Tremblay a demandé au directeur du SPVM, Yvan Delorme, et au président du comité exécutif de la Ville, Claude Dauphin, de donner la priorité à la sécurité des citoyens.
Le maire a souligné que la Ville et le SPVM allaient continuer de travailler de concert avec les leaders de la communauté.
La colère engendrée par la mort de Fredy Villanueva a dégénéré en émeute dimanche. Le maire Tremblay a d'ailleurs amorcé son point de presse de lundi en présentant ses condoléances à la famille de M. Villanueva.
Visiblement choqué par la tournure des événements, M. Tremblay a indiqué avoir demandé une enquête transparente et rapide pour faire la lumière sur les événements qui ont conduit à la mort d'un jeune de 18 ans, vendredi soir.
L'annonce de l'enquête de la SQ a toutefois laissé la Ligue des Noirs de glace. La Ligue des Noirs demande plutôt une enquête publique indépendante qui pourrait être confiée à un juge à la retraite. Le président de la ligue, Dan Philip, estime que la société ne peut tolérer que des policiers enquêtent sur d'autres policiers.
Sept véhicules de pompiers ont été incendiés.
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PC/Peter McCabe
Un manque de ressources
Le président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal, Yves Francoeur, soutient qu'il faut augmenter le nombre d'agents dans les quartiers « sensibles » de la métropole québécoise. M. Francoeur estime que le SPVM devrait déployer des effectifs policiers plus importants dans les secteurs où des jeunes criminalisés et des gangs de rue sévissent.
Le président du syndicat des policiers montréalais précise que trois duos d'agents en plus d'un patrouilleur seul assuraient la sécurité du quartier de Montréal-Nord, où un jeune de 18 ans a été abattu par la police. Le plan de patrouille prévoyait également que la surveillance tombait à trois duos de policiers, puisque les patrouilleurs uniques ne travaillent pas la nuit.
Une vingtaine d'incendies ont été allumés.
« Il n'est pas normal que deux agents aient eu à intervenir seuls pour interpeller un suspect, samedi soir, au parc Henri-Bourassa, alors qu'il y avait plusieurs jeunes dans le parc, et alors que l'on sait très bien qu'il s'agit d'un secteur où les gangs de rues sont actifs », a déploré M. Francoeur. « Il ne s'agit pas d'interpeller ni de harceler indûment les citoyens de Montréal-Nord, mais il faut quand même que les policiers soient assez nombreux pour marquer une certaine présence dans les parcs et dans les lieux publics. »
Une opinion partagée par plusieurs citoyens du quartier qui reprochent aux policiers leur lenteur à intervenir lors de l'émeute de dimanche soir. Plusieurs d'entre eux ont déclaré ne plus se sentir en sécurité dans leur quartier.
Le président du SPVM rappelle qu'une voiture de police a été la cible d'un tireur dans ce même quartier dans les dernières semaines. Une policière a été visée par un tir lors de l'émeute de la nuit de dimanche à lundi. Un autre policier, qui rentrait chez lui après un quart de travail, avait également été la cible d'un tireur il y a un an. Le tireur a toutefois été acquitté il y a quelques semaines.
Le président du syndicat a également montré du doigt le ministère de la Sécurité publique qui a mis près de trois ans, selon lui, à soutenir financièrement le SPVM dans la lutte contre les gangs de rue. « Si nous n'avions pas tant attendu, nous n'en serions peut-être pas là aujourd'hui », conclut M. Francoeur.
Plus qu'une tension, un cri du coeur
Un autre son de cloche provient d'un représentant de la communauté haïtienne de Montréal. Membre de l'Équipe Rivière-des-Prairies, qui travaille à l'intégration des jeunes à risque de la communauté, Pierreson Vaval estime que le problème est plus profond qu'une simple tension entre les jeunes du quartier et le SPVM.
Pierreson Vaval
Il estime que les événements de dimanche étaient prévisibles dans le contexte tendu du quartier conjugué à la mort du jeune Villanueva. M. Pierreson soutient que la colère des jeunes de la communauté noire de Montréal-Nord est exacerbée par le profilage racial. « Les gens n'acceptent pas d'être traités comme des criminels », déplore M. Vaval.
« C'est une révolte contre l'ensemble du système », explique M. Vaval, en soulignant que ce ne sont pas seulement les policiers qui ont été pris à partie, mais l'ensemble des institutions. Le président du syndicat des policiers réfute toutefois cette affirmation en soulignant qu'il n'y avait que quelque 250 émeutiers - dont certains venus de Laval - sur une population de près de 85 000 habitants.
Il faut que des adultes représentatifs de la communauté s'impliquent, selon M. Vaval. La répression policière, seule, demeure insuffisante. Il faut davantage de prévention. D'après lui, les gangs de rue ne sont pas les seuls responsables de l'émeute de dimanche et il croit que des jeunes du quartier étaient également sur les rangs pour manifester leur ras-le-bol.
La présence policière sera accrue en prévision de la nuit prochaine dans le quartier, mais le maire de Montréal a refusé de dévoiler la stratégie de son corps policier.
Réactions politiques
Line Beauchamp et Denis Coderre
Les députés provincial et fédéral Line Beauchamp et Denis Coderre, qui représentent la population de l'arrondissement de Montréal-Nord, ont tenu à rencontrer la presse, lundi après-midi, pour lancer un appel au calme.
Mme Beauchamp, qui habite la circonscription, a déclaré qu'elle avait déjà rencontré une cinquantaine d'intervenants pour trouver des solutions aux événements qui ont secoué l'arrondissement. Elle a aussi réitéré que la Sureté du Québec avait commencé son enquête sur la mort du jeune Fredy Villanueva.
De son côté, le député fédéral Denis Coderre, qui habite aussi Montréal-Nord, a déclaré qu'il s'agissait d'un événement isolé et que Montréal-Nord était un havre de paix. Il a lancé un appel à la solidarité de la population locale.
L'Action démocratique du Québec dit que les événements sont une preuve du manque chronique d'effectifs policiers au Québec. Selon la porte-parole de l'opposition officielle en matière de sécurité publique, Sylvie Roy, c'est aussi l'illustration de l'échec des programmes de lutte contre les gangs de rue.
Au Parti québécois, le porte-parole en matière de sécurité publique, Jacques Côté, croit que ce qui s'est produit en fin de semaine montre qu'il faut mieux intégrer les communautés, surtout les immigrants. Pour s'assurer de la confiance de la population touchée, M. Côté suggère aussi de confier l'enquête sur la mort du jeune Villanueva à un comité indépendant plutôt qu'à la Sûreté du Québec.
Quant à la formation politique Québec solidaire, elle propose une vaste politique de prévention et d'intégration pour les jeunes Québécois issus des communautés culturelles. Québec solidaire propose de mettre l'accent sur l'éducation et l'accès à l'emploi. Il propose notamment de diminuer le nombre d'élèves par classe à l'école. Selon le parti politique, 40 % de la population de Montréal-Nord vit sous le seuil de la pauvreté.
La gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, a aussi commenté les émeutes. Selon elle, il ne faut pas donner de couleur à cet événement et cibler uniquement les communautés ethniques.
Une tragédie à l'origine de l'émeute
Fredy Villanueva est mort samedi lorsqu'un agent de police a fait feu sur trois jeunes qui, selon la version des autorités, se seraient rués sur une policière. Deux autres personnes ont été blessées.
Selon la police, les agents, qui cherchaient à appréhender un individu recherché qu'ils venaient de repérer, auraient été encerclés par une vingtaine de jeunes dans un parc. Le jeune homme interpellé aurait été le frère de Fredy Villanueva, Danny.
Ce qui s'est passé ensuite reste confus. Selon des témoins, Fredy Villanueva aurait vivement protesté contre l'arrestation de son frère. D'autres racontent que des jeunes se sont rués sur un agent de police et qu'un des suspects aurait même tenté de l'étrangler. Un policier aurait alors utilisé son arme pour protéger son collègue.
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PC/Peter McCabe