Partenariat bancal

Un bloc opératoire

L'expérimentation du partenariat public-privé connaît déjà des ratés. Les anesthésistes de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal refusent de suivre les médecins à la clinique privée Rockland MD, où l'hôpital a déplacé ses interventions chirurgicales d'un jour.

L'émission Enquête révèle que malgré une entente, les anesthésistes de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal refusent de suivre les médecins à la clinique privée Rockland MD, où l'hôpital a déplacé ses chirurgies d'un jour.

Dans un reportage de l'émission Enquête, diffusé jeudi soir à la télévision de Radio-Canada, on apprend que la situation paralyse depuis des semaines la conclusion d'un premier partenariat public-privé de ce genre, auquel tient mordicus le ministre de la Santé Philippe Couillard.

Malgré les ententes signées, aucune opération n'a été réalisée pour l'instant, car aucun des 15 anesthésistes de l'hôpital n'est disponible. Ils se disent trop débordés. Résultat: 1500 patients sont en attente en ce moment pour des interventions chirurgicales d'un jour.

Si l'hôpital ne respecte pas ses quotas de chirurgies cette année, il risque de perdre 1 million de dollars de financement pour l'an prochain.

Contexte d'une entente

Hôpital du Sacré-Coeur L'hôpital du Sacré-Coeur (archives)

Il y a un an, faute d'infirmières, l'hôpital du Sacré-Coeur de Montréal fermait une salle de chirurgies. Pour régler leur problème, les chirurgiens de l'hôpital étaient prêts à opérer leurs patients à la clinique privée Rockland MD, qui mettait à leur disposition ses équipements, ses locaux et surtout des infirmières en nombre suffisant.

Selon l'entente conclue cet été, jusqu'à 1300 opérations en chirurgie générale, en orthopédie, en oto-rhino-laryngologie et en gynécologie devaient être réalisées à la clinique Rockland MD, libérant ainsi les listes d'attente.

En octobre, le premier partenariat public-privé en chirurgie devait déjà être en marche. Toutefois, ce n'est toujours pas le cas, parce que maintenant, c'est le manque de temps des anesthésistes qui pose problème.

Et on ne sent pas non plus un grand enthousiasme de la part de ces 15 spécialistes, qui demandent plutôt de nouveaux équipements pour faire plus d'opérations à l'hôpital même.

L'impatience d'un ministre

Pour tenter de calmer le jeu, le ministre de la Santé Philippe Couillard promet 2 millions de dollars pour ne pas nuire au projet de partenariat.

Le minsitre Philippe Couillard

« Je tiens à ce que cette solution, on lui donne toutes les chances de fonctionner. Et on ne veut pas créer de problèmes au niveau du bloc opératoire, on veut s'assurer que le bloc opératoire de Sacré-Coeur va continuer de fonctionner de façon optimale », dit-il.

De plus, le ministre ne tient pas à ce que l'impasse avec les anesthésistes nuise à ses projets de conclure rapidement d'autres ententes avec des cliniques privées dans la région de Montréal.

« Il serait très inadéquat de conclure après une ou deux expériences. Je pense qu'il faut qu'on ait trois ou cinq cliniques semblables, à Montréal, pour une expérimentation de cinq ou six ans, pour nous permettre d'en dégager les effets positifs autant que négatifs », souligne le ministre Couillard dans le cadre du reportage d'Enquête.