L'Agence canadienne des services frontaliers dément que l'imam Saïd Jaziri a été torturé physiquement et psychologiquement par des Canadiens lors du vol qui l'a ramené dans son pays natal, la Tunisie.
L'Agence canadienne des services frontaliers dément les allégations de l'imam, qui soutient avoir été torturé lors de son vol de retour. Elle admet que M. Jaziri a dû être maîtrisé lors d'une escale.
Selon un porte-parole de l'agence, Érik Paradis, un médecin a jugé son état de santé excellent avant que l'avion le transportant ne décolle de l'aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, lundi, à midi, et un autre a fait le même constat à son arrivée à Tunis.
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La Presse/famille Jaziri
Ce médecin a toutefois noté une « boursouflure au poignet », admet M. Paradis. Le quotidien La Presse a d'ailleurs obtenu des photos de cette blessure.
M. Jaziri portait des menottes de métal standard et était accompagné de trois hommes et une femme à bord du vol nolisé à destination de Tunis, explique le porte-parole de l'agence. Il a bien coopéré jusqu'à Santa Maria, au Portugal, une île de l'archipel des Açores qui appartient au Portugal.
À cet endroit, il s'est laissé choir dans une zone publique de l'aéroport, où il a crié et offert une résistance passive, selon M. Paradis. Les agents l'ont maîtrisé avant de le ramener à bord de l'appareil. Aucun autre problème n'est survenu jusqu'à l'arrivée à Tunis, où M. Jaziri s'est mis à crier dans l'aéroport.
Allégations de torture
Dans une entrevue exclusive accordée au Réseau de l'information moins de six heures après son arrivée en Tunisie, l'imam Saïd Jaziri a prétendu avoir été torturé physiquement et psychologiquement lors d'un vol avec quatre escales qui a duré plus de 12 heures.
Saïd Jaziri (archives)
Même s'il affirmait encore récemment qu'il serait torturé à son retour en Tunisie, M. Jaziri a admis que les autorités l'ont laissé libre de se rendre chez ses parents, d'où il a accordé une entrevue parsemée d'allégations qui n'ont pu être vérifiées au sujet de ses conditions de retour.
Interrogé sur le fait qu'il était libre, il a répondu: « Quand je suis arrivé en Tunisie... vous comprenez... La pression est tellement... euh... la Tunisie m'a lâché. Le problème, ce n'est pas la Tunisie. Mon problème, c'est pourquoi le Canada m'a traité comme ça? Pourquoi des vols secrets? Pourquoi la torture psychologique et physique? »
M. Jaziri a expliqué avoir été privé de téléphone en matinée, avant que l'avion ne décolle de Montréal. « Ils m'ont bloqué exactement comme ils l'ont fait à Saddam Hussein. [...] Ils jouaient beaucoup sur mon psychologique. Et j'avais tellement peur. » L'imam raconte qu'il était retenu par « sept attaches » et ne connaissait pas sa destination. Il soutient avoir été « tiré » par ses gardiens alors qu'il était menotté.
« Je croyais qu'on [allait] m'amener à Guantanamo », affirme M. Jaziri. « Il n'y même pas de médicaments, il n'y a rien. Imaginez. J'ai été attaché 13 heures. Qu'est-ce que j'ai fait moi de mal? Pourquoi ils me font ça? », s'est-il plaint lors d'une entrevue de près de 7 minutes. « J'ai cru qu'ils [allaient] me tuer. »
L'imam raconte avoir été torturé physiquement lors de son escale à l'île portugaise de Santa Maria. Il a soutenu qu'un médecin qui l'a examiné à son arrivée à Tunis a pris des photos de ces blessures. Un rapport à ce sujet sera d'ailleurs acheminé au Canada, a soutenu M. Jaziri, qui affirme que ses gardiens ont été grondés par le médecin.
Casier judiciaire
L'expulsion de l'imam Saïd Jaziri survient au lendemain de la décision d'un juge de la Cour fédérale, qui a rejeté sa requête en sursis. Il s'agissait de l'ultime recours de M. Jaziri pour lui éviter la déportation vers la Tunisie.
Les autorités canadiennes lui ont retiré son statut de réfugié parce qu'il a omis de révéler qu'il avait un casier judiciaire en France et qu'il aurait exagéré la menace qui pèse sur lui en Tunisie. Il faisait l'objet d'une ordonnance d'expulsion depuis juillet 2006.
L'imam Jaziri a allégué qu'il sera torturé dès son arrivée en Tunisie en raison des critiques qu'il a émises contre le régime politique de son pays d'origine.
De son côté, la femme de Saïd Jaziri, qui est enceinte de huit mois, est entrée à l'hôpital le jour même. Selon un ami du couple, Mohammed Alaoui, Nancy-Ann Adams ressent des contractions et doit rester à l'hôpital sur ordre des médecins.
Saïd Jaziri a été informé de la situation avant son départ. Nancy-Ann Adams a déjà indiqué qu'elle irait rejoindre son mari en Tunisie après la naissance de leur enfant.
Un comité de soutien à l'imam de la mosquée Al-Qods de Montréal a été mis sur pied. Bien qu'Amnistie internationale ne partage pas les idées de M. Jaziri, l'organisation se range derrière lui. « La personne aidée par Amnistie internationale est avant tout un être humain qui a des droits fondamentaux, dont celui de ne pas être soumis à la torture », a indiqué Claudette Cardinal.