Patrick Henry
Les avocats de la firme d'ingénieurs-conseils à l'origine de la conception du viaduc, Desjardins-Sauriol, et ceux du ministère des Transports du Québec (MTQ), se sont affrontés, mardi lors des plaidoiries de la commission Johnson.
Bien que la commission ne cherche pas de coupable, les procureurs des diverses parties ont rejeté le blâme de l'effondrement sur autrui, mardi. Transports Québec et Desjardins-Sauriol se sont jetés la pierre par avocats interposés.
Dernière étape de la commission avant la rédaction de son rapport, les plaidoiries ont opposé deux thèses principales qui tentent d'expliquer l'effondrement du viaduc de la Concorde le 30 septembre 2006:
La thèse des concepteurs
Le procureur de la firme Desjardins-Sauriol, a rejeté la responsabilité de l'effondrement sur le MTQ. Lors de son passage devant la commission, l'avocat Patrick Henry a tiré à boulet rouge sur le MTQ tout en défendant le travail de ses clients.
M. Henry a soutenu que le viaduc de la Concorde respectait les normes de conception en vigueur à l'époque et qu'il avait été mal entretenu par le MTQ. Tout en reconnaissant que la surveillance, également sous la responsabilité de ses clients, avait été imparfaite, M. Henry a soutenu que le MTQ a eu trois occasions de déceler les erreurs de construction - notamment l'absence d'armature anticisaillement - et les faiblesses de la structure.
« Puisqu'aucune des occasions subséquentes n'a permis de rattraper cette erreur fondamentale, poursuit M. Henry, une mauvaise décision ou l'absence de décision appropriée à cette occasion devait avoir des conséquences directes sur l'effondrement 14 années plus tard. »
La thèse du MTQ
De son côté, le MTQ montre du doigt la conception et la construction du viaduc pour l'effondrement de la structure. Selon son avocat, Pierre Argouin, les experts consultés par la commission Johnson sont unanimes sur les 3 principales causes de l'effondrement soit :
« Il y a trois causes principales de l'effondrement qui ont été reconnues par les experts, et, c'est un consensus auquel tous les experts ont convenu. Et, évidemment ce sont les causes principales de l'effondrement, et, ce ne sont pas des causes autres qui sont les causes principales de l'effondrement contrairement à ce que Me Henry a mentionné tantôt », a déclaré l'avocat du MTQ, Pierre Argouin
Au-dessus de la mêlée
Le président de la commission, Pierre Marc Johnson, s'est dit préoccupé pour l'avenir des structures au Québec après les interventions des procureurs.
M. Johnson croit qu'il faudrait mieux encadrer les ingénieurs des firmes-conseils pour s'assurer qu'ils réalisent les travaux conformément aux normes exigées.
Une dernière voix s'est faite entendre à la commission quand la coalition pour l'entretien et la réfection du réseau routier du Québec a proposé la création d'une nouvelle société d'État responsable des infrastructures. Selon cette proposition, le MTQ serait ainsi scindé en deux parties pour que l'entretien et la réfection soient confiés à une société non assujettie à des pressions politiques. Elle propose également l'attribution des budgets du MTQ quatre ou cinq ans à l'avance pour lui permettre une meilleure planification à long terme.
La commission d'enquête sur le viaduc de la Concorde tente de trouver les causes de l'effondrement du viaduc de la Concorde survenu le 30 septembre 2006. La tragédie avait coûté la vie à 5 personnes en plus d'en blesser 6 autres.
Le rapport de la commission, qui aura coûté 5 millions de dollars à la fin de son mandat, est attendu pour le 15 d'octobre.