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Le 18 décembre 2008

Religion : jusqu'où le droit de parole?

Dans son livre L'islam ou l'intégrisme, diffusé sur Internet, l'imam salafiste montréalais Abou Hammaad Sulaiman Dameus Al-Hayiti cible notamment les homosexuels, les juifs et les femmes non musulmanes. On y trouve les affirmations suivantes : les homosexuels méritent qu'on leur coupe la tête; les juifs sèment le désordre sur terre, et la plupart d'entre eux ne recherchent que les intérêts matériels et l'argent; l'impudeur des femmes non musulmanes mène aux viols, au sida et à l'éclatement des familles. 
 
L'éditeur du site Point de bascule, Marc Lebuis, a porté plainte pour propagande haineuse à la Commission canadienne des droits de la personne. La Commission a rejeté cette plainte parce que les écrits de l'imam ne représentent pas un acte de propagande haineuse au sens de la Loi canadienne des droits de la personne. 
 
Est-ce qu'un imam, un prêtre ou un rabbin peut dire n'importe quoi au nom de leur religion?  
 
Les invités de Pierre Maisonneuve : Marc Lebuis, éditeur du site Internet Point de bascule, Rachad Antonius, sociologue à l'UQAM, et François Crépeau, avocat et professeur de droit à l'Université de Montréal.



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La décision ne me surprend pas. Il ne pouvait en être autrement depuis l'amendement au Code criminel de septembre 2003 au sujet duquel je vous transmettais le texte suivant  : 
 
"Passe-droit pour la haine 
 
Le 17 septembre 2003, la Chambre des communes a adopté des modifications aux dispositions du Code criminel concernant la propagande haineuse. Le projet de loi, présenté par le député Sven Robinson, comporte deux articles.  
 
Le premier est tout à fait raisonnable. Il ajoute les gais, lesbiennes et bisexuels aux groupes contre lesquels il est interdit d'inciter à la haine ou de fomenter volontairement de la haine.  
 
 
VOIR SUITE DANS UN MESSAGE SUBSÉQUENT
Michel Bessette
Montréal


SUITE ET FIN  
 
Le second article est cependant carrément révoltant. Il a pour effet d'étendre encore davantage la défense de justification religieuse aux accusations de propagande haineuse, défense qui était déjà inacceptable dans une société civilisée. Ainsi, à l'avenir, il sera permis à quiconque non seulement d'exprimer de bonne foi « une opinion sur un sujet religieux », mais aussi « une opinion fondée sur un texte religieux auquel il croit. »  
 
Cet amendement élargit tellement la brèche que, par exemple, un catholique conservateur qui croit en l'ancienne liturgie pourrait s'autoriser de l'ancien texte de l'office du Vendredi-saint, pour affirmer publiquement que les juifs sont perfides. 
 
En somme, la modification apportée par le deuxième article rend légitime et légal de prêcher la haine en autant que ce soit au nom d'une religion.  
 
Aussi bien dire que la religion justifie la haine. 
 
Quid novi sub sole?
Michel Bessette
Montréal


La plainte de l'éditeur semble justifiée.  
La réponse de la Commision sur les Droits de la Personne est un refus d'affronter les conséquences.  
Les lois sont des instruments auquels on peut faire dire presque n'importe quoi. C'est le juge qui intérpète et tranche ! 
 
Le prêtre, imam ou sorcier de toute religion ou doctrine est imputable des paroles condamnables qu'il profère au nom de son mouvement doctrinaire. 
 
Refuser de voir l'évidence, c'est se boucher les yeux bien dur... et se préparer des lendemains difficiles.
Georges LeSueur
St-Ambroise


Oui, la liberté religieuse dépend fondamentalement de la liberté d'expression. Bien que je sois en parfait désaccord avec les propos de l'imam, je ne voit pas sur quelles bases l'État a le droit de décider ce qui constitue un discours acceptable ou non.  
 
Il faut d'abord comprendre que l'idée même des droits de la personne et de la liberté d'expression découle, en occident, de l'héritage chrétien et de la réforme. Sans base religieuse, ces droits sont, ce qu'appelle le philosophe anglais Bertand Russell des "absurdités sur des échasses".  
 
Une des raisons pour lesquelles nos sociétés sont venues à poser l'idée de la liberté d'expression relève des problèmes engendrés par son application. Lorsqu'on traite de religion, l'État n'a qu'une place secondaire, rendre ces discours illégaux ne feraient que les rendres sous-terrains, elle ne les élimineraient pas
Jean-Christophe Jasmin
lachenaie


Depuis qu'il y en a, les imams, les prêtres et les rabbins disent ce qu'ils veulent au nom de leur religion. Ils disent impunément n'importe quoi et cela n'a rien d'étonnant puisque les religions c'est n'importe quoi. Les religions sont justement la justification pour dire n'importe quoi. C'est comme pour la folie. Les gens qui commettent des actes criminels et qui peuvent démontrer qu'ils n'étaient pas sains d'esprit au moment de la commission de ces actes sont exonérés, en toute légitimité, de la responsabilité des accusations portées contre eux. 
 
Lorsqu'ils parlent au nom des religions les imams, les prêtres et les rabbins disent n'importe quoi et il est difficile de les blâmer simplement parce qu'ils reprennent les propos qui leur ont été enseignés et qui sont largement diffusés à travers toute la littérature religieuse. 
 
Ce sont les religions elles-mêmes qui ont développé et entretenu des discours condamnables et il serait plus que temps de songer à les interdire toutes, pour le bien de tous.
Paolo Mitriou
Lac-Mégantic


Je soumets à votre réflexion un texte de Karl Popper, la Société ouverte et ses Ennemis,  : 
« Si l'on est d'une tolérance absolue même envers les intolérants, et qu'on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront annéantis et avec eux la société tolérante.»
Michel Paquin
Québec


Bonjour 
 
 
Selon moi,toutes religions ( ses représentants) qui véhiculent la haine,devraient être sensuré. 
 
Et si cela n'est pas possible,alors ''les Droits de l'homme'' devrait permettre la libre expression,à toutes les communautés extrémistes. 
 
Une triste logique non  
 
Vive les droits de l'homme !
Suzie Lévesque
Château-Richer (Québec)


Ce n'est pas en réprimant l'expression d'opinions aussi répugnantes que celles de l'imam qu'on les combattra efficacement. Tout ce que l'on arrivera à faire c'est à lui donner une image de martyr et à asperger ses écrits du parfum attirant du fruit interdit. 
 
Il faut y répondre par des opinions encore mieux élaborées, afin de démolir ses arguties discriminatoires. 
 
Mais puisque notre système juridique prévoit une répression de l'expression, il est tout à fait scandaleux que l'on accorde un passe-droit aux personnages religieux, leur accordant ainsi une liberté dont le citoyen ordinaire ne dispose pas.
Luc Pomerleau
Gatineau


Suite à l'appel du premier auditeur, je sursaute sur ma chaise  : quand on parle de "musulmans", c'est exactement comme lorsqu'on parle de "chrétiens". C'est plus général, certes, mais il reste que je n'ai pas entendu un seul prêtre depuis ma naissance qui ait prôné l'exécution des non croyants ou qui aurait proclamé qu'il ne faut pas mêler les enfants de différentes croyances ensemble! 
 
Je ne suis pas pour une chasse aux sorcières ciblant uniquement les musulmans, mais pour une chasse à la religion sur la place publique.  
 
Le respect de son prochain, et l'égalité des individus devraient être notre religion, point. 
 
Pour les autres croyances, elles devraient prendre place uniquement dans la vie privée.
Vincent Myette
Lorraine


Aussi détestables et outrancières que soient les idées exprimées par cet individu, il détient le droit de les exprimer, non pas en tant que dirigeant religieux, mais en vertu de la liberté d'expression individuelle. Il n'appartient pas à l'État de censurer les idées et les propos des citoyens. Seules les incitations à la haine et à la violence doivent faire l'objet de poursuites et de condamnations pénales. La société doit néanmoins dénoncer les propos racistes, sexistes, homophobes, antisémites, antimusulmans et tout autre propos irrespectueux, comme elle le fait à cette occasion. La marginalisation de ces idées constitue une peine suffisante et respectueuse de la liberté d'expression individuelle.
François Leyrac
Montréal


Cette question relève directement du débat philosophique entre Jurgen Habermas et Hanna Arendt, à savoir est-ce que la tolérance doit aller jusqu'à protéger et tolérer l'intolérance. Je suis d'accord avec Arendt qu'en qu'elle que sorte l'expérience de la Shoah et de la deuxième guerre mondiale, nous oblige à conclure que nos sociétés de droit démocratiques doivent être vigilantes et dénoncer, voir punir si il y a eu dommages, les discours, programmes politiques et appels à la violence basés sur l'intolérance. la tolérance et le droit d'expression ne doivent pas servir de justification et de couvert aux crimes haineux.
Anne Tamara Lorre
Ottawa


L'émission d'aujourd'hui me semble poser une question à laquelle je n'ai malheureusement pas de réponse  : Doit-on tolérer les intolérants?
Philippe Gaudet
Granby


Je ne comprends pas votre avocat qui ne fait pas de différence entre l'expression d'une condamnation morale d'un comportement p. ex les catholiques qui dénoncent l'avortement et quelqu'un qui dirait il faut lapider les femmes qui ont opté pour un avortement et les médecins qui le pratiquent. 
 
Dire que l'on méprise les mécréants est une chose mais de dire que les mécréant doivent être tués, il y a une sacrée différence selon moi. L'incitation à la violence envers une catégorie de personnes identifiables ou envers des personnes ayant un comportement avec lequel nous sommes en désaccord devrait être condamné par la commission mais non pas un discours dénonçant le comportement en soi.
Chantal Ouellet
Joly


Ô liberté d'expression, que ne faut-il pas entendre en ton nom !  
 
L'immunité religieuse a de ses privilèges. 
 
Dire que ce charmant monsieur, s'il avait charge publique éligible, automatiquement serait destitué.  
 
Deux poids deux mesures.  
 
Rien de nouveau sous le soleil  : la religion est et a toujours été un terreau fertile pour la haine.
Hermann Gagnon
Longueuil Qc


Les religions, quelles qu'elles soient, relévent de la vie privée et ne doivent d'aucune façon s'infiltrer dans l'espace public. Quand une déclaration de quelque représentant religieux vient porter atteinte à la dignité et aux droits de la personne, la commission canadienne des droits de la personne se doit de réagir fermement quand une telle situation atteint, par médias interposés, la vie citoyenne. Dans le cas qui nous occupe aujourd'hui elle se déresponsabilise et ça n'augure rien de bon pour la suite des choses.
Jacques Léger
Montréal


Suite... 
En clair, les lois ne sont que des guides servant à déterminer les choix moraux et logiques.  
Pour l'attitude personnelle responsable, au bout du compte c'est notre conscience qui doit seule guider nos actes.  
 
Donner plus de dents aux lois, c'est finir par vivre dans une prison niant nos responsabilités.  
Mais permettre la libre expression sans frein et le faire au nom d'une sotte idéologie, d'une éthnie ou d'une religion, cela mène à ce qu'on a vu au Rwanda. 
 
Comment d'une part refuser de faire taire des appels au meurtre et d'autre part poursuivre un caricaturiste qui dessine un turban en l'identifiant à Mahomet ? 
 
Le sens de la mesure m'échappe !
Georges LeSueur
St-Ambroise


En fait, c'est plutôt le contraire  : au nom de la religion, on ne devrait pas dire n'importe quoi. À mon avis, c'est quand on laisse n'importe qui dire n'importe quoi qu'il peut arriver n'importe quoi. La pensée mène à la parole et la parole mène aux actes. Entre la pensée et la parole, il n'y a qu'une seule volonté. Mais entre la parole et les actes, il peut y en avoir plusieurs. Plusieurs pour et plusieurs contre, il faut le souligner. Mais parce qu'on prêche le plus souvent aux convertis et qu'on musèle la dissidence, les voix contre ne sont pas comptées. Il faudrait prôner un débat ouvert sur toute question politique, quelle qu'en soit l'origine, parce que nous sommes en démocratie. Parce que le droit d'expression protège avant tout le droit à la dissidence, pas le droit de tenir un discours pernicieux.
Jean-Victor Côté
Saint-Bruno-de-Montarville


Bonjour M. Maisonneuve, 
D'abord, JOYEUSES FÊTES à vous ainsi qu'à toute votre équipe. 
 
Pour le sujet du jour «Religion  : jusqu'où le droit de parole?», voici mon commentaire  : 
 
Je suis un démocrate musulman du Maroc. 
J'estime que la liberté d'expression est un acquis fondamental de la démocratie, un acquis qui ne doit souffrir aucune atteinte ou restriction, sauf dans les cas où les propos appellent à commettre la violence contre des personnes humaines. 
 
Cela dit, je condamne sans aucune hésitation les propos de ce soi-disant imam. Un imam qui, si j'ai bien compris, a été mis à la porte par ses ouailles pour ses propos incendiaires. 
 
Cordialement.
Azim Moslih
Quebec


Pierre Falardeau peut-il dire n'importe quoi au nom de "sa religion"?
Marie Lauzier
Montréal


 


Est-ce qu'un imam, un prêtre ou un rabbin peut dire n'importe quoi au nom de leur religion?
 
[Écoutez l'extrait>>>]
 


 
L'article du Devoir
 
Point de bascule
 
Commission canadienne des droits de la personne


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