Vendredi 19 mai 2006 Table ronde et bilan avec Pierre Thibault et Patrick Beauduin Selon Pierre Thibault, notre rapport à l'image est chrétien, l'image est sacrificielle : « on voit l'apocalypse, on a l'image du martyr, on a l'image de la Passion ». Pour lui, le palmarès en dit long sur le type de société dans laquelle nous vivons. En quoi le politique peut-il incarner un espoir par rapport à ce décor?, lance-t-il. Patrick Beauduin se demande quand à lui si cette accumulation d'images puissantes, douloureuses et noires participe à une victimisation du citoyen : « Quand on a un tel afflux d'images, comment ne pas se poser la question : est-ce que j'ai encore une place là-dedans, est-ce que je peux faire bouger les choses, jusqu'où je peux encore réagir? »
L'image-choc, l'image non expliquée comme nous la trouvons de plus en plus aujourd'hui, c'est aussi l'image de l'information qui recherche l'impact et qui s'inscrit dans une logique de surenchère. Patrick Beauduin s'interroge donc sur cet impact trop fort qui peut entraîner une démission. Ainsi, le citoyen « devenu plus individualiste se réfugie dans des valeurs qui peuvent être totalement marginales ».
Pierre Thibault enchaîne avec ce qu'il appelle la « postsociété » du spectacle : « le rapport au politique que trace cette bande-annonce d'images suggère une désaffection du citoyen parce qu'il se sent impuissant face à cette avalanche d'images non expliquées ». L'animatrice souligne que très peu d'images d'ici ressortent dominantes.
Patrick Beauduin craignait et confirme que cet exercice démontre que l'image a définitivement enterré l'écrit : « aujourd'hui, c'est l'image qui parle, ce ne sont plus les mots, s'il n'y avait pas d'image, l'événement n'existerait pas ». Le fait réel existe à travers l'image : la banquise qui fond par l'effet de serre ou la décapitation des otages en direct sur Internet. Ils font un constat navrant : l'absence totale de l'art dans les images proposées. « Nous sommes dans la pornographie de l'image, souligne Patrick Beauduin, un traitement extrêmement cru sans aucune transcendance ». En fin de compte, nous ressentons un sentiment d'impuissance face à pratiquement chacune des images.