 |
 |

|
|
 |
Bérénice et Christian Einsberg sont l’épicentre
de la guerre que se mènent leurs parents. Bérénice,
jeune adolescente fragile, sera élevée par son père
très religieux. Christian, lui, sera couvé par sa
mère aimante. La jeune fille se révolte alors, violente,
elle ne rêve que de guerres et d’incendies. Devant
les bêtises de Bérénice et l'amour immodéré qu'elle
porte à son frère, M. Einsberg décide de l'exiler à New
York chez un oncle fanatique.
- Prix du Gouverneur général, 1966
Écrivain secret, Réjean Ducharme hante la scène
littéraire depuis près de quarante ans. Le théâtre
(Ines Pérée et Inat Tendu), la chanson (Charlebois),
le cinéma (Les bons débarras) sont pour lui un
terrain fertile d’expression. Son œuvre évoque
un univers sombre où l’humour et la révolte
de ses personnages sont porteurs d’un certain espoir.
À l'émission Indicatif présent, Caroline Morin nous parle de l’auteur de L’avalée des avalés.
Réjean Ducharme est né à Saint-Félix-de-Valois, en 1941. Il a donc 64 ans et il vit à Montréal. À sa sortie en 1966, le roman L’avalée des avalés a reçu des critiques dithyrambiques.
La magie de Réjean Ducharme reste le langage. Les thèmes de l’enfance, de l’adolescence et de l’anticonformisme marquent son œuvre.
Notons aussi que Réjean Ducharme a écrit des chansons pour Robert Charlebois et des scénarios de film (Les bons débarras). Sous le pseudonyme de Roch Plante, Réjean Ducharme est aussi un artiste visuel. Encore en 2005, il vit de ses œuvres et dans l’anonymat le plus complet.
[Écoutez l'extrait audio »]

|
| |
|
|
 |
|
 |
 |
 |

20 mars, 5 h 30 - Mon ancien prof de poésie serait content de lire quelques commentaires du 18 mars dernier. Lorsque que j'étudiais en poésie, on constatait en analyse que la vie du lecteur influence sa perception d'un texte. Or, dans deux des commentaires du 18 mars, je constate la même chose. Une personne nous parle du titre et de sa signification pour elle i.e. Bérénice et le devenir adulte et l'aliénation alors qu'une autre nous parle de la mer des vagues etc. C'est pour moi la preuve qu'il fallait pour déclarer le livre de Ducharme un grand livre car il laisse la liberté au lecteur de l'influencer. Dans dix ans, ces même personnes le liront d'une autre manière. C'est un des nombreux privilèges que nous donne la lecture : celui d'être libre. Jean-Marc Ostiguy
Boucherville


19 mars, 8 h 03 - Salut, Belle idée que vous répétez. On est habitué à la compétition dans le monde sportif; on subit celle du monde du travail et du reste des champs de la vie. Pourquoi les livres. Bravo à tous! Louise Coutu
Gatineau


18 mars, 13 h 24 - Bravo, ça valait la peine de faire un combat des Livres pour faire gagner Réjean Ducharme. Aussi bien faire un concours des chansonniers et faire gagner Félix L. Sophie, c'est un peu ennuyant ce que tout le monde sait déjà. Lucie M
Montreal


18 mars, 11 h 27 - À mes yeux, le livre n’est pas compris par la plupart des lecteurs et, en particulier, par celle qui s’est chargée de le défendre : ils n’envisagent pas ce qui compte dans une oeuvre, sa trajectoire complète. Or cette Bérénice qui ne veut pas être «avalée» (autre façon de dire «aliénée») par les choses, par les autres, par l’amour, par «l’adulterie», est victime du «titan» (en fait, le temps), devient donc forcément une adulte et est même «l’avalée des avalés» (on ne parle jamais du sens du titre) car, à la fin, elle se conduit de façon ignoble! André Durand
Montréal


18 mars, 10 h 52 - L'avalée des avalés n'est-ce pas la mer telle qu'elle se présente en surface, immense, puissante et vertigineuse?Parfois douce et caressante, plus souvent agitée et quelquefois furieuse et terrible. Cependant, il faut y plonger pour que se révèle à nous ce fantastique univers intérieur, sorte de microscope qui livre le lecteur à lui-même, frôlé qu'il est par les ombres de ces Nietzsche, Lautréamont, Baudelaire, les Poètes maudits et... Nelligan bien sûr. Le plongeur pourra même explorer l'épave du Vaisseau d'or".Bérénice résistera pourtant à l'attrait du mal des profondeurs et reviendra finalement à la réalité, hors de l'eau. L'appel de la vie sera entendu. Bérénice accèdera à l'âge adulte, survivante cynique certes, mais fabuleusement lucide. À n'en point douter, un chef d'oeuvre de la littérature française! François Turmel
Val-des-Monts


18 mars, 10 h 02 - Je n'ai pas lu les deux derniers livres, mais, je veux surtout vous parler du choix de vos participants qui est excellent. Avec leur verve et leur enthousiasme, ils donnent tous l'impression d'être en vacances et heureux d'être là. C'est réjouissant et contagieux. Hourra! Ça fait du bien de nos jours... J'ajoute que malgré sa jeunesse, Sophie Cadieux est une grande comédienne. Je l'aime beaucoup en tant qu'artiste. Merci Marie-France pour votre émission, c'est un must!! Rose Marie Boudreau Robichaud
Petit-Rocher N.-B.


18 mars, 0 h 20 - C'est le meilleur livre québécois de sa génération. Super et très haut calibre de la langue et des idées. Je travaille dans une biblio et mes enfants l'ont lu et en sont sortis grandis. Gisèle ÒConnor
Riviere-au-Renard


17 mars, 22 h 28 - En décembre 2003 je vivais une dépression. J'ai vécu des moments extrêmement difficiles ou j'ai perdu mes deux plus grands amis. L'un d'eux est décédé d'un cancer et l'autre est partis pour Toronto. J'ai également perdu mon appartement. Pour couronner le tout, alors que je demeurais chez un troisième ami, je fus pris d'une hernie discale qui dura tout le mois de décembre 2003. Impossible de me déplacer sans marcher à quatre pattes sur le plancher. Un soir, je fouillais dans sa bibliothèque pour trouver ce livre aux vieilles pages jaunies qu'il n'avait jamais lu, m'avoua-t-il. L'avalée des avalés. Évidemment comme tout le monde j'avais entendu parlé abondamment de ce livre et l'envie me pris de le lire et de m'y plonger à fond. Je J'ai donc parcouru ce livre et ce fut pour moi un réconfort. Certains passages sont vraiment d'une très beaux. D'ailleurs, j'ai cru reconnaître un de ces passages à votre première émission lu par Sophie. Finalement, pour faire une histoire courte, quand est arrivé Noël, j'ai envoyé un courriel à mon dernier et plus grand ami qu'il me restait toujours et qui vit maintenant à Toronto. Dans ce courriel, j'écrivis un extrait du roman qui m'avait tout simplement bouleversé. Un peu hors contexte sans doute pour cet ami qui avait certainement autre chose à vivre en cette veille de Noël. Il me répondit : Hein! kessé ca! Une réaction normale face à un ami attristé par le fait de devoir passer Noël totalement seul et sans pouvoir se déplacer normalement. Tout ça pour dire que certains passages de ce livre m'ont beaucoup touché et oui c'est un livre magnifique qui m'a aidé à traversé une période extrêmement difficile. Je veux simplement dire un grand merci à Réjean Ducharme. C'est un extraordinaire privilège de pouvoir laisser derrière soi une si belle empreinte de son existence dont on reparlera peut être dans 100, 500 voir 1000 ans qui sait. Jocelyn Cossette
Montreal


17 mars, 20 h 50 - J’avais autour de quinze ans lorsque M. Tranquille de la Librairie Tranquille m’a suggéré le livre de Réjean Ducharme, L’avalée des avalées. Ma vie a basculée… un monde imaginaire... une voix à ma révolte... un espace s’ouvrait à l’intérieur de moi... quelque chose de complètement différent à ma vie d’adolescente de banlieue. Ce langage si particulier si inédit m’a donné une permission d’exister dans mon univers à moi. Ce livre fut un livre choc dans ma vie. Jocelyne Cardinal Jocelyne Cardinal
Montreal


17 mars, 19 h 47 - Le point qu'a soulevé monsieur Lefèvre était très intéressant et pertinent. Il soulevait le fait que le vocabulaire utilisé ne serait plus acceptable aujourd'hui donc que l'oeuvre de monsieur Ducharme ne subsisterait pas au temps. Les autres panélistes frileux ont frissonné puisque l'on ne peut interpréter l'oeuvre d'un point de vue raciste. Nous avons affaire à un panel d'intellectuels, quand aurait-il été si ce même combat avait eu lieu à une émission de Jeff Fillion avec des panélistes issus de l'auditoire de cet animateur? Les réactions auraient pu être totalement inverses. Le point de vue de monsieur Lefèvre soulève aussi la notion de l'altérité, la notion de l'autre dans la littérature québécoise. Monsieur Trudeau fait partie d'une des deux solitudes, les deux dames de l'autre et monsieur Thomas de part son orientation sexuelle (je présume) d'un univers décrit par Michel Tremblay. Tout les panélistes se retrouvent dans l'imaginaire romanesque québécois, alors que monsieur Lefèvre fait partie «l'autre» l'inconnu celui qui n'est pas reconnu (le maudit français) dans la littérature québécoise. En ce sens, notre pianiste a démontré une sensibilité et soulevé une question importante : le roman de Ducharme passe-il l'épreuve du temps? L'oeuvre de madame Smart bien que remarquable n'est pas un roman et pour cette raison il ne devrait pas être choisi. Nous pourrions qualifier monsieur Ducharme que, de par son absence dans la vie publique et que par sa présence dans l'univers artistiques (arts visuels, romans, scénario), qu'il est un «faux-fuyant». Jacques Fortin
Montréal


17 mars, 18 h 18 - Lire L'avalée des avalés est une aventure multidimensionnelle en soi. C'est devenir Bérénice, voir au travers de son regard, vibrer au rythme de son Amour intarissable, de sa révolte intérieur et, eh oui, au rythme de sa violence profonde, indissociable de son caractère idéaliste et sans compromis Longue vie à L'avalée, qui n'a que faire des critiques absurdes et déconnectées! Constance Harrison (et non Chlore!)
Montréal


17 mars, 18 h 04 - Il ne faut pas oublier la révolte, la violence et le désir de s'opposer à l'adulte, à l'ordre établi, de Bérénice : dans cette perspective, l'utilisation de l'adjectif «nègre» s'inscrit peut-être, voire probablement, dans ce rapport violent au monde. Enseignante au collégial, j'ai souvent mis au programme cette oeuvre sur laquelle les étudiants avaient à disserter et à présenter un exposer oral. Un des exposés oraux les plus mémorables avait été sur cette oeuvre : une étudiante avait détesté le personnage de Bérénice... mais elle parlait des caractéristiques de ce personnage (notamment violence, révolte, refus de l'adulte, mépris des autres, désir de destruction....) avec un tel feu que plusieurs étudiants ont voulu lire le livre pour voir si Bérénice était aussi exécrable que l'étudiante le prétendait. L'étudiante avait dit de Bérénice qu'elle était «l'antéchrist sans pouvoir»… et j'avais beaucoup aimé cette image! Bonne chance! Julie-Mélanie Michaud
Québec


17 mars, 17 h 14 - Chère Sophie Cadieux! on parle tellement de la «langue» de Ducharme qu'on oublie quel fantastique structuraliste il est. Sous ses dehors rebelles, c'est un auteur qui construit ses livres comme des monuments d'architecture gothique. Tout se tient, tout a une place, tout a une raison, tout a des conséquences. C'est un maître es dominos. C'est très touchant d'en voir les balbutiements dans L’avalée pour retrouver la pleine maîtrise de son récit dans «Va Savoir»... Qui est son «Avalé» de la maturité. Geneviève Lefebvre
Montréal


17 mars, 16 h 57 - Vous ne pouvez savoir à quel point je suis heureuse que ce maître-livre de Ducharme se retrouve en finale, aux côtés du non moins grand livre Grand central station. Ducharme est sans conteste un auteur dont le souffle, l'inventivité et la pertinence demeurent indifférents au passage du temps. Malgré ce que M. Lefèvre peut en penser, ce livre coup-de-poing fait partie des rares oeuvres littéraires - aux côtés de celles de Céline, de Salinger et de quelques autres -qui peuvent véritablement changer la manière de vivre de ses lecteurs. En ce sens, il se donne d'emblée comme gagnant de ce concours dont le but est précisément de faire entrer la littérature dans la vie. Jacinthe Bédard
Montréal


17 mars, 12 h 52 - Salut Sophie, Juste une petite idée comme ça. Si jamais tu ne mets pas la main sur Ducharme pour demain (je ne voudrais surtout pas te laisser croire que je doute de tes contacts mais...), tu peux toujours tenter ta chance en faisant appel à un autre Réjean Ducharme dixit les pages blanches. Il me semble que cela serait une victoire triomphante, digne de tes talents de comédienne! Salut et bonne chance pour demain! Lucie Trudel Montréal Lucie Trudel
Montréal


17 mars, 12 h 34 - Oui, je me souviens du jour où j'ai acheté L'Avalée des avalés, de Réjean Ducharme. Je m'en souviens à cause de ma déception, quelques jours plus tard. Je n'ai pas l'habitude de jeter un livre, mais celui là est allé à la poubelle... plusieurs anées plus tard. Je l'ai gardé tout ce temps parce que je tenais à tenter de le relire, ce qu j'ai fait à quelques reprises. Mais rien à faire. La Platitude des platitudes est un livre cactus pour moi. Touffu, violent, tordu et surtout plattte. J'aime mieux regarder pousser mon gazon que de perdre mon temps dans cet univers en cul de sac. Jean-Guy Gauthier
Gatineau


17 mars, 10 h 08 - Ce livre donne du courage aux timides, de la force aux démunis et de la conviction aux marginaux de notre société. Il nous donne des arguments et nous confirme dans nos sentiments les plus intimes face à la lâcheté, à l'hypocrisie, au mensonge et à la trahison dans ce monde pervers. Un livre à lire à l'adolescence, pour la quête d'identité. Je ne comprends pas qu'il soit possible de ne pas entrer facilement dans ce livre. C'est une vraie nourriture pour l'âme dès les premières lignes. Ne dit-on pas qu'un bon auteur se reconnaît au fait que le lecteur a le sentiment d'avoir lui-même écrit le livre? Ducharme décape les vieux meubles! Il fait du neuf avec du vieux! Sophie Cadieux est étonnante, dans ce rôle, on la redécouvre et on l'aime! Elle personnifie bien le combat de Bérénice et exprime bien ce que j'ai vécu à la lecture de ce livre magnifique. Bravo pour le combat des livres! Le moment est bien choisi dans l'année pour cet évènement : la fin de l'hiver enfin! Francine Gauthier
Ile Nepawa


17 mars, 9 h 14 - Après avoir lu la «nétiquette» il m'est impossible de répondre de façon franche au commentaire de Lefèvre sur l'Avalée des avalés. Qu'on soit petit fils, qu'on soit grand père... Francis Vidal
montreal


16 mars, 22 h 18 - C'est ce passage de L'Avallée Des Avallés qui me tient. Passage d'ailleurs employé dans le film Léolo : «Je trouve mes seules vraies joies dans la solitude. Ma solitude est mon palais. C'est là que j'ai ma chaise, ma table, mon lit, mon vent et mon soleil. Quand je suis assise ailleurs que dans ma solitude, je suis assise en exil, je suis assise en pays trompeur.» Encore plus important pour moi, car je suis aux États-Unis. Stephen Aubuchon
Garner, Caroline du Nord, USA


16 mars, 16 h - Je n'arrive toujours pas à comprendre comment l'on peut interpréter comme antisémite ce roman de Ducharme; dans L’avalée des avalées, la religion est vécue comme une incompréhensible barrière entre Bérénice (juive soit dit en passant) et son frère catholique, pour qui elle voue un amour inébranlable! Cette rébellion envers TOUTE religion est au contraire issue d’un amour pour l’autre, au-delà des croyances. Pour ce qui est des propos racistes… Si le roman sélectionné avait été «Dévadé», dirait-on que Ducharme prône le multiculturalisme du fait que Bottom est dans ce cas amoureux «d’une femme de race nègre»?? Ce roman ne peut mal vieillir, puisqu'il est avant tout le refus de l’âge adulte. Il sera lu et relu aussi longtemps que sera conservé le souvenir d’avoir un jour été enfant. David Malenfant
Amos


16 mars, 12 h 29 - Il n'est pas facile pour moi de comprendre l'argument moral de M. Alain Lefèvre autour du mot «nègre» utilisé par Ducharme. Certes, c'est un mot vieilli (dans le langage courant) mais pas tout de go, pas fatalement désobligeant, blessant, méprisant, chargé de crachat. Ce «vocabulaire» passerait-il aujourd'hui en littérature? Tout dépend du contexte. Aimé Césaire, un nègre fondamental, un nègre inconsolé, dirait peut-être : ma négritude n'est pas une cathédrale, elle est simplement moi. Dans un texte récent intitulé À l'Ami Rond et qui fut créé par Michel Garneau sur les ondes de Radio-Canada en 2000, j'ai écrit ceci en référence à Miron, en référence, de loin en loin, à «Nègres blancs...» : «C'était encore au temps des otages et des flèches/Les poètes, grands tonseurs d'alcyons/ronflaient dans la soute à bagage/Je chus en ces quartiers apolinaires/avec une odeur de vie nègre collée sur la peau comme un frère/ Je dis «je» avec un accent foule de moyens rage.» Qu'on m'envoie à l'enfer si ce texte - bras ouverts - est condamnable à cause du mot nègre... Par ailleurs, il existe un tel sens de la poésie chez le romancier Ducharme, petit frère de Nez Lit Gant. C'est mon préféré. Parce qu'il compose ma langue en une parfaite opération de solitude partagée. De toutes les naissances parmi les montagnes de mots, Ducharme est un cadeau laissé sur le bord du chemin par des sauvages amoureux. Jacques Desmarais
Montréal


16 mars, 12 h 13 - Bonjour, À la suite du débat d'aujourd'hui sur le racisme contenu dans L'Avalée des avalés, j'aimerais soumettre cette défense à Sophie Cadieux : Bérénice s'exprime sans licence, avec toute l'innocence - et la méchanceté- d'une enfant (voire d'une adolescente). Ses propos «racistes» doivent être lus et compris dans cette perspective. Il est fort probable qu'elle reproduise innocemment un discours tenu par des adultes. Lues dans cette perspective, les paroles de Bérénice seraient davantage une dénonciation de ce que les adultes et la société inculquent aux enfants. J'aimerais aussi spécifier que le roman de Ducharme est, par définition, une fiction, qui doit être comprise comme telle et qui ne peut donc être comparée au manifeste d'Hitler. Doit-on imputer à un auteur de fiction les propos tenus par un personnage dans son oeuvre? Dira-t-on de Michel Marc Bouchard, par exemple, qu'il est homophobe parce qu'il met en scène quelques personnages homophobes dans Les Feluettes? Une oeuvre littéraire doit être comprise dans son ensemble, et non en parties détachées de leur contexte. Peut-on réellement soutenir que le roman de Ducharme est raciste parce que l'héroïne tient parfois des propos racistes? Peut-on résumer Bérénice à ces propos? Je ne crois pas! Bonne chance pour la suite! Julie Martin
Montréal


16 mars, 12 h - Alain Lefèvre erre (délire?) en parlant de racisme à propos de l'Avalée des avalés et faisant un rapprochement avec Mein Keimpf!!! Wo!!!!!!!!! Rappel à l'ordre!!!! Il faut faire la différence entre désespoir et malveillance! Même pas besoin de remettre le roman dans son contexte de création : ces allusions sont totalement justifiables (je pourrais concéder : pas nécessairement excusables) dans l'univers de Bérénice. On pourrait interpréter le plaidoyer de monsieur Lefèvre de façon tout aussi fantaisiste : son livre est sorti du combat, il tire dans le tas... Richard Boivin
Chicoutimi


16 mars, 11 h 30 - L'opinion d'Alain Lefebvre est totalement inculte et brouillonne. Il tente par là de faire valoir sa propre morale, adulte et consentante, contre celle d'un personnage adolescent qui, dans le cadre de ce roman, se doit d'être libre, insultante, arrogante et presque immorale. A-t-on idée de ce que le mot nègre signifie en littérature? La Saison en Enfer, de Rimbaud, devait s'appeler d'abord Livre Païen, ou Livre Nègre. Au-delà de tout ça, c'est une critique de Ducharme lui-même, conservatrice et bien-pensante, qui tente d'en faire un auteur à proscrire... ce n'est pas la première fois que je l'entends. Maxime Catellier
Montréal


16 mars, 10 h 27 - L'Avalée des avalés est pour moi la naissance d'une voix qu'on n'avait jamais entendue dans la littérature québécoise, une véritable révolution en soi. De tous les romans de Ducharme, c'est le plus fort, le plus cruel, le plus délirant, d'une poésie décoiffante. Sa Bérénice exprime son amour / haine avec une véhémence adolescente destructrice complètement ahurissante. Je ne connais pas Smart, mais parmi les autres livres au combat, Ducharme s'impose pour le jalon qu'il a posé dans notre littérature, un cri d'amour qui détruit tout sur son passage. Richard Boivin
Chicoutimi


16 mars, 9 h 06 - Avec ce livre (et bien d'autres par la suite) Ducharme m'a fait entrer en littérature. Bérénice est un personnage universel et qui ne vieillira jamais (ni en littérature ni dans son cœur). Elle incarne le difficile chemin de la liberté et de la vie avec les autres. Malgré une attitude radicale, Bérénice est un être complexe et plein de nuances. J'aime Ducharme pour cette capacité à livrer du vrai par la caricature, à tout démolir pour reconstruire. Si, à sa sortie, le livre innovait au regard du langage, il demeure, encore aujourd'hui, une formidable exemple d'imagination et de plaisir de la langue. Et cela se fait plutôt rare en ces temps de réalité extrême! Camille Allaire
Montréal


15 mars, 18 h 23 - La rébellion selon Réjean Ducharme. Détruire, dit-il. Et sur un ton impérieux. Et dans une langue ivre de poésie, d'humour et de violence. Ça titube en frappant dans le mille, cette langue-là! Ça blesse en caressant. Ça glisse, ça fugue et ça vous met le coeur en pièces. Notre attrape-coeur, au Québec... un livre sur l'absolu, sur la difficulté d'atteindre le réel, sur l'adolescence... mais un attrape-coeur qui ressemble un peu à un crève-coeur! C'est cinglant. Mais ce n'est qu'un jeu. Et le jeu du langage est là pour nous rappeler l'artifice. Ceci n'est pas une pipe, ceci n'est pas la vie, c'est un roman, c'est du langage, des mots, pirouettes cacahouettes, ceci est une belle saloperie, un joyeux coup de masse. Lilli Dessoral
Montréal


15 mars, 14 h 08 - Bonjour Sophie, Bravo! Tu te défends bien... Lequel de tes adversaires peuvent se vanter que deux pages de leur livre est chantées par une artiste du Québec?? Tu savais??? Nathalie Lessard et ses Têtes de contre -- Pièces d'identité Je suis sûr que c'est toi qui l'emporte, merde! Danielle Danielle Demers
Longueuil


15 mars, 12 h 58 - Il faut défendre Ducharme jusqu’au bout. Je ne connais pas Smart. De Huston, je ne connais que son dernier essai à propos des professeurs de désespoir, livre courageux. Quant à l’ouvrage de Tremblay, la dimension littéraire ou stylistique en est exclu comme pour tous ceux qui ont suivi La Grosse femme d’à…, ce n’est que de la chronique linéaire, une série de situations + ou - loufoques. Du pittoresque! Tandis que le livre de Ducharme fut et, semble-t-il : est, une bombe dans le paysage littéraire québécois. Ce livre va déterminer tout ce qui va suivre par la suite. Même Godbout va sentir le vent et changer sa manière en écrivant «D’Amour, P.Q.». Pas de «Maryse», de Francine Noël sans Ducharme. Pas de… (la liste serait longue). Cet ouvrage contient déjà une des manies de Ducharme : l’abus du jeu de mots (qui passe mieux ici à cause de l’âge du personnage), mais il contient aussi tout le reste. Une famille étouffante construite autour des religions (la catholique et la juive). Le lien Québec-Israël. C’est un roman où ça bouge : des nuages qu’elle observe dans la roue du carrier à la cousine Mingrélie qui vient de Russie et rappelle à Bérénice sa triste condition. Ce roman c’est l’énergie farouche de Bérénice et l’image de la vie qu’on sent vivre quand on la tient dans sa main. Bérénice c’est toute la fureur de la jeunesse qui ne veut pas se faire avaler par la vie, mais avaler la vie. Cela se termine en plein conflit israélo-palestinien, quand Bérénice se saisit du cadavre de son amie lesbienne pour devenir une héroïne parce que les gens ont besoin de héros. Que dire des autres personnages, comme celui de la mère amoureuse folle de son fils Christian (l’épisode de l’aquarium), le personnage falot de ce frère, Constance Chlore, l’amie, qui morte devient Constance Exsangue. Cette île ancrée au milieu du fleuve. La vision qu’elle a de la religion. New York et son pornographe. Et la fin en Israël. Ça voyage! Ce roman est une comète dans notre histoire comme Rimbaud en fut une dans la littérature mondiale. Le Clézio, que plusieurs ont décrété être le plus grand styliste de la langue franc, a dit peu après la parution de ce livre que c’était l’un des grands livres du 20e siècle. Ça pèse lourd à côté du pittoresque de l’ancien Plateau ou du nouveau Plateau. Serge Mercier
Saint-Jérôme


15 mars, 11 h 16 - Je trouve malheureux qu'un livre de cette stature soit parmi la sélection. Il est déjà auréolé de son statut de «classique» de la littérature québécoise, ce qui risque de porter injustement préjudice à des oeuvres plus récentes, en particulier un ouvrage relevant de la littérature «de genre» comme le Pelletier, qui a déjà fort à faire contre les préjugés habituels. Luc Pomerleau
Gatineau


15 mars, 9 h 23 - Bonjour à tous, L'avalée des avalés Puisqu'au cégep on m'avait affirmé que c'était un chef-d'oeuvre, je l'avais acheté. Pendant vingt ans, j'ai essayé de le lire. Incapable. Je le trouvais extrême, je n'aimais pas la langue, je le trouvais tiré par les cheveux, impossible, trop symbolique. Je n'arrivais pas à dépasser les premières pages. Mais je le gardais... Puis un jour, moi, qui avait de 14 à 16 ans réussi à jeter la catholique qui m'habitait, moi, je me suis retrouvée enseignante dans une école privée juive sioniste. Par hasard... presque par hasard. Et pendant quelques années, j'ai essayé de m'adapter. Je connaissais le lieu, je tombais dans un univers similaire à l'école de mon enfance. J'ai tenté, non pas d'aimer, mais de comprendre. Je redevenais en surface la croyante que j'avais été. Je me suis habillée en manche longue et jupe longue. J'ai accepté de ne pas dénoncer les mensonges qu'on contait aux enfants au nom de la religion. J'entrais à l'école comme on part en Israël. Sur les murs de l'école, une affiche incitait à investir quelques dollars dans le reboisement. Merveilleux, mais il s'agissait de planter des arbres en Israël. Je continuais à avoir du respect pour la force de quelques traditions juives : l'éducation poussée, l'entraide, la forte vie communautaire, mais dans mon pays à moi, les femmes ont le droit de chanter autant que les hommes. Chante, ma belle, dans les corridors de cette école, seule, parce tu aimes chanter. Parce que tu as toujours chanté, partout, tout le temps. Parce que ton père disait tout le temps, comme une déclaration de liberté, «Chantez les enfants». Fais semblant que tu ne sais pas qu'ici, dans cette école, dans cette religion, les femmes ne doivent pas chanter seules en public, que c'est de la provocation... Fais semblant que tu n'a jamais été une brillante adolescente et que tu n'a pas, toute ta vie, jusqu'ici, débusqué l'erreur et le mensonge. Tranquillement, j'ai craqué. C'était insupportable et je suis devenue insupportable. Je ressentais une pression comme je n'en avais jamais sentie. Chaque été, je voulais démissionner. Pourquoi ne pas l'avoir fait? J'étais subjuguée, J'essayais de comprendre et d'aimer. Erreur. Qu'y a-t-il à comprendre dans le mensonge? Le corps a lâché avant la tête. Je pleurais tout le temps, douleurs dans la poitrine dès que je prenais l'autobus pour me rendre là. Dans ma dépression, j'avais besoin de la parole. Je savais la puissance des mots. J'ai lu, c'était un moyen d'oublier cette douleur. Puis je suis tombée sur l'Avalée des avalés. J'ai lu et je me suis vue. J'étais Bérénice, les deux religions présentent dans sa maison, c'était moi l'ancienne catholique dans mon école juive. J'avais été avalée. Avalée par une machine à mensonges. Plus jamais. Je suis aux aguets tout en essayant de retrouver ma santé. Ça s'en vient. Mais j'ai encore à fuir... d'autre chose... Le mensonge est partout. Sortir de la machine catholique, de la machine juive, de l'armée, identifiez la machine à mensonges et fuir. Où? J'avais jeté la machine catholique et je croyais avoir jeté tout le mensonge avec elle. Le mensonge isolé est facile à débusquer, mais lorsqu'on tombe dans la soupe, que tout l'environnement est une machine à mensonge, il n'y a qu'une seule chose à faire, en sortir au plus vite avant que cette machine ne vous amène à sauver votre peau comme Bérénice doit le faire à la fin. Et voici le dernier paragraphe, le sujet est incontestablement la machine à mensonges : «Gloria est enterrée mardi. Je m'en tire avec les bras en écharpe. Je leur ai menti. Je leur ai raconté que Gloria s'était d'elle-même constituée mon bouclier vivant. Si vous ne me croyez pas, demandez à tous quelle paire d'amies nous étions. Ils m'ont crue. Justement, ils avaient besoin d'héroînes.» Après la religion, une autre grande machine à mensonges : l'armée. Bérénice est encore coincée. Quelle énergie, on souhaite qu'elle s'en sorte, qu'elle n'oublie pas qu'elle ment, qu'elle continue à chercher le chemin de la sortie. Puis cette semaine, M. Alain Lefèvre est là. Je crois qu'il comprend ce que j'exprime ici puisqu'il nous présente un roman de Jean-Jacques Pelletier, grand débusqueur de la machine à mensonges qu'est la mafia. Quel moment. Seule une émission comme la vôtre pouvait permettre cela! Merci Montréal, Québec 15 mars 2005 nomi capi
Montréal


14 mars, 19 h 01 - Ne serait-ce que pour le personnage lui-même, Réjean Ducharme en l'occurrence, ce livre devrait être le grand gagnant : un auteur vrai qui ne s'est pas laissé pervertir par le vedettariat et dont les ouvrages nous ont menés sincèrement et profondément au coeur même des préoccupations les plus fondamentales de la vie humaine. Let's go Sophie, je suis de tout coeur avec vous! En passant, vous êtes franchement une comédienne rafraîchissante et pleins de talents!!! Julie Hamelin
Montréal


10 mars, 21 h 34 - L'avalée des avalés, premier roman québécois universel parce que culotté et sans complexe, entre le Rimbaud d'Une saison et la Yourcenar des Mémoires d'Hadrien! D'aucuns, dont le fameux Gallimard, ont cru même un temps que c'était l'oeuvre de Queneau! Le choc de ceux qui l'ont lu à l'époque se reproduit sans cesse chez les lecteurs dignes de ce nom. Toujours contemporain parce que s'assumant déjà comme posthume, Ducharme, frère en cela d'Aquin, fait signe à Rimbaud de son hiver de force, cette saison du confort. En fait, et n'en déplaise à ceux qui ne veulent voir en lui depuis le début que le pur écrivain léger, sa plume virtuose est mise au service d'un discours critique cherchant à saper les illusions de son temps, le notre, en fait. Le terrorisme d'état qu'il nous y décrit sévissant au Moyen-Orient et déjà soutenu par l'oncle Sam, c'est celui du monde actuel. Comme chez Joyce, sa fiction nous réfère à une histoire en tant que cauchemar dont on ne saurait se réveiller. Donc, le livre le plus fort de tous ceux présentés parce qu'il ne vous laisse pas indemne. René Brisebois
Vancouver


10 mars, 17 h 38 - LE livre. J'avais treize ans à sa sortie. On me l'a confisqué au pensionnat. Imaginez, l'édition originale... Heureusement ma mère est intervenue et il siège toujours dans ma bibliothèque réservée aux livres importants. Juste de voir sa tranche toute jaunie par les ans m'inspire. J'entends ce livre, je le sens, il a gravé plus que tout autre en moi le goût des mots. D'oser des mots. Prenez votre livre. Ouvrez-le au hasard et lisez! Même pas besoin de recommencer l'histoire pour apprécier cette écriture. C'est de la poésie. Voilà mon cri du coeur pour L'Avalée des avalées. Ce matin dès l'ouverture de la radio, juste au moment où vous en parliez, j'ai su de quel livre vous parliez. Nicole-L. Pepin
Montréal


9 mars, 16 h 11 - Comment décrire le choc ressenti à la lecture de ce roman, alors que j'avais dix-sept ans? C'était dans les années 80, quelles années mornes et grises, dans une banlieue tout aussi désespérément apoétique, terne, dénuée de sacré, d'élan, et tout à coup, le souffle de l'écriture de Ducharme, enfin, m'arrachait à moi-même en même temps qu'il me parlait de ce qu'il y avait de plus intime en moi! La solitude magnifique et douloureuse, l'absurdité et l'étrangeté du monde, la quête d'absolu et la révolte contre les normes abêtissantes, le désir entêté d'amour et la peur de n'être pas digne d'un tel don, la nature consolatrice et indifférente : moi aussi, comme Bérénice, j'étais bouleversée par ces forces et, tout à coup, des mots, de simples mots me racontaient ce que j'étais et que je n'avais pu voir si clairement jusque-là! Ainsi, il y avait ailleurs une âme qui, comme la mienne, était bouleversée par des difficultés et des beautés semblables! Et s'il y en avait une, sans doute y en avait-il d'autres, peut-être même une multitude? Oui, à la lecture passionnée de L'avalée des avalés, pour la première fois dans ma vie, une oeuvre d'art m'a donné le sentiment que nous, tous les humains du monde, nous partagions un espace commun, que nous n'étions pas si absolument seuls que je l'avais cru jusque-là, que des profondeurs palpitantes, invisibles au quotidien, nous unissaient! Après, j'ai lu tous les romans de Ducharme, et puis je suis passée à d'autres auteurs, d'autres textes, sans oublier toutefois mon premier coup de foudre. En fait, je crois que l'authenticité, l'intensité et la lucidité de l'écriture de Ducharme sont restées pour moi un idéal. Bien sûr, les Chroniques du Plateau de Michel Tremblay ont donné à Montréal une dimension supplémentaire, faisant notamment de la rue Fabre un lieu quasiment mythique, à cheval entre la réalité et la fiction. Évidemment, Dolce agonia est une aventure d'écriture originale et fascinante, une exploration des profondeurs qui témoigne de la sensibilité et de l'audace d'une écrivaine fantastique. Quant à l'univers de Jean-Jacques Pelletier, il est le fruit de la manipulation et de l'entrecroisement hallucinants d'un grand nombre de données qui nous offrent des clés pour mieux comprendre notre société et les mécanismes par lesquels elle nous influence, nous façonne. Oui, ces trois oeuvres ont chacune des qualités inestimables. Cependant, je ne crois pas qu'elles ont l'ampleur et la transcendance du roman de Ducharme. Je ne crois pas qu'elles parviennent à s'élever aussi haut ni à plonger dans les abîmes de l'être tel que le fait l'écriture lyrique et déjantée, maniérée et insupportable pour certains, de Ducharme. Pour ma part, L'avalée des avalés est incontestablement l'oeuvre la plus forte parce que... parce que quoi au juste? Parce qu'elle est un don, une grâce, un cri, une expression de l'homo quebecus dans ses limites les plus exaspérantes comme dans ses envolées les plus sublimes! Vacherie de vacherie, elle fesse et réveille, elle est dégoût du monde et jubilation! Enfin, bonne chance à tous et que le meilleur gagne! P.S. Je n'ai malheureusement pas lu le lire d'Élisabeth Smart, mais ça ne saurait tarder. Isabelle Bas-Saint-Laurent Isabelle Fournier
Saint-Anaclet


6 mars, 13 h 45 - Il n'y a aucun doute pour moi quant à l'issue de ce combat. Réjean Ducharme est le plus fort. Non que Elisabeth Smart ou Michel Tremblay ne soient de vrais bons écrivains. Smart m'a rappelée combien la prose poétique était nécessaire. Tremblay m'a ravie avec sa description d'un monde qui n'existe plus. Dolce Agonia a les qualités d'un écho percutant du Zeitgeist. Mais L'Avalée des avalés a marqué un tournant dans la littérature québécoise. Il y a eu avant L'Avalée des avalés et après. Ducharme, c'est le début de la modernité dans notre littérature. Son premier livre a créé la commotion. Il avait les deux pieds dans notre réel et son style corrosif, sa langue flamboyante et son regard amoureux ont fouetté le romanesque. Il a mis le doigt sur le bobo, n'a pris aucun raccourci pour nous parler -avec force et tendresse- de nous-mêmes, dans le blanc des yeux. Il est lyrique et quotidien à la fois; baveux et peureux; savant et niaiseux. Je l'ai lu toute jeune adulte à peine sortie de l'adolescence; je l'ai lu en marchant sur le trottoir, le coeur battant, ayant l'impression qu'il avait écrit ça pour moi! Un auteur si puissant était là, tout près et il comprenait quelque chose du Québec qui nous échappait. Et son ton, sa façon de tordre notre français; quelle joie, des milliers de pépites de couleurs au fil des pages. Et si la douleur pointe parfois, elle a toujours un pouvoir de rédemption. Il a donné une voix débridée à notre imaginaire hybride. Il a écrit le Montréalais comme personne. Je l'aime et lui suis infiniment reconnaissante d'avoir tenu bon, d'avoir continué. D'avoir écrit aussi l'Hiver de force et l'Océantume et des chansons qu'on ne peut s'arracher de la tête. D'avoir enfanté Les Bons débarras. Mais revenons au combat. L'avalée des avalés est un livre immortel. Il se pose sur une tablette tout en haut de la bibliothèque mondiale avec les chefs-d'oeuvres incontournables de Camus, de Céline, de Kundera et de Gary. Et avec tout Garcia Marques aussi. Sophie Cadieux, vous puiserez votre force en Bérénice. Je vous remercie de l'avoir choisie. Et vous vaincrez! Hélène Dumas
Morin Heights


4 mars, 11 h 24 - Lire L'avallée des avalés c'est entrer de pleins fouets dans l'univers particulier de Réjean Ducharme. Un univers peuplé d'enfant qui refuse de grandir, de parents tous plus irréel les uns des autres, et une peuplade de gens plus ou moins détraqué. Mais quel monde!!! Comment faire pour ne pas être envoûté par temps de talent, tant de lyrisme. Ducharme possède ce je ne sais quoi qui accroche dès les premières pages d'un livre. Une fois débuté, comment arrêter la lecture d'une de ses oeuvres. Moi, j'y arrive difficilement. Donc, pour ce qui est de ce roman en particulier. Il s'agit rien de moins que mon livre chétif ou fétiche, je ne sais plus trop. Lu pour la première fois au Cégep, il a marqué pour moi un tournant important; depuis ce jour, je ne suis plus tout à fait le même. Ma perception de la littérature québécoise c'est à jamais métamorphosé depuis ce jour où j'ai terminé ma lecture de L'avalée des avalés. Sophie, je suis persuadé que tu vas réussir (avec ton talent indéniable)à contrer les autres livres inscrits à ce combat, qui, à mon humble avis, demeure inégal. Yanick Rocheleau
Rouyn-Noranda


4 mars, 9 h 50 - À la première lecture, ce livre peut être qualifié de quasi incompréhensible. J'ai eu d'autant plus de difficulté à saisir toutes les subtilités ne connaissant de Réjean Ducharme que ce qu'il a bien voulu dévoiler sur sa vie! Cet auteur est des plus discret, mais je retiens surtout qu'il a écrit ce roman précurseur il y a 40 ans, à l'âge de 20 ans! On passe tous à travers la crise du «spasme de vivre», et Ducharme a su trouver les mots pour crier notre révolte. Oui, ce livre fait rêver. Étant moi-même une adolescente, je me reconnaissais en Bérénice. Qui n'a pas rêvé intensément de ne dépendre de personne, de vivre sa vie sans s'appuyer sur aucune béquille? Je crois que c'est impossible... tout comme Bérénice-Réjean le croit aussi. Ce livre est critique de multiples facettes de la vie. J'ai eu une âme de révoltée, alors j'ai très vite embarqué dans le roman. Mais c'est le pessimisme de la fin qui m'a le plus marqué. La fin de L'avalée des avalés est noire et choquante mais oh! combien réelle. Je ne crois pas être la seule à avoir été déçue de l'issu du roman. Voilà bien la preuve que la quête de Bérénice était irréaliste et idéaliste. Pour terminer, j'aimerais mentionner que je n'ai pas lu les autres romans du Combat des livres, mais je n'ai pas l'impression qu'ils sont comparables. Ici, c'est de la vie que l'on parle, pas d'une peine d'amour, pas d'un problème précis, mais de l'ensemble de ce qui caractérise une vie. C'est un questionnement (qui trouve une réponse à la fin qui ne me satisfait pas) de notre façon de vivre. Tomber de l'enfance à l'adolescence c'est nébuleux, mais tomber de l'adolescence au monde adulte c'est un réveil brutal. Moi, je dors encore, car je sais que ce qui m'attend est décourageant... Je ne baisse pas les bras comme Bérénice le fait, mais je n'ignore pas que ce n'est que partie remise. Une fois L'avalée des avalés relu, on en reparlera. Peut-être me réconcilierais-je avec la vie. Pascale de Montigny


3 mars, 11 h 27 - C’est tout simplement le meilleur livre que j'ai jamais lu. Je l'ai lu la première fois à 13 ans et relu au moins cinq fois depuis. Les personnages sont tellement réels, je croyais pouvoir les rencontrer en marchant dans la rue! Ce livre m'a ouverte un peu plus sur moi-même, sur certaines réalités que j'ai vécues et sur le monde qui m'entoure. De plus, il est merveilleusement écrit. Ce livre m'a permis de rêver. Myriam Villeneuve
Montreal


2 mars, 15 h 24 - Sans blague, c'est tout un honneur qui est fait aux quatre autres livres que d'avoir la chance d'être considérés plus (ou aussi) importants que l'Avalée de Réjean... Mais peu importe s'ils sont «bons» ou «bien écrits» : aucun d'eux n'est vraiment incontournable. Tremblay a fait mieux, Huston aussi : meilleure chance la prochaine fois (désolé, il fallait choisir un autre titre). Je reconnais que je n'ai pas lu les deux autres, mais voyez si ça m'empêche de les disqualifier tout de même : Smart? Sûrement un bon livre qui devrait être plus connu, mais de là à être proclamé «le livre que tous devraient avoir lu»?... non. Pelletier? Sûrement un autre bon livre qui gagne à être plus connu, mais «le livre que tous devraient avoir lu»?... non plus. Aussi géniaux que soient peut-être ces romans, ils ne sont que des «bons livres», avec ou sans guillemets. Ce n'est pas suffisant, pas du tout. Un livre qu'on peut sincèrement recommander à TOUS, particulièrement à ceux qui ne l'aimeront pas, doit être beaucoup plus qu'un simple bon livre. Que doit-il être? Dur à dire, puisqu'il doit être absolument unique... Impossible de dresser un portrait-robot du livre incontournable, puisque chaque livre vraiment incontournable crée ses propres critères. Mais sans aucun doute, l'Avalée des avalés est un de ces livres. Regardez la facilité avec laquelle les gens s'emportent en tentant d'en décrire la portée, le délire que seuls comprennent les heureux qui ont également été touchés, le culte sincère et profond que lui vouent ses lecteurs emportés. Non, ce n'est pas un livre dont on ne peut trouver rien de mieux à dire que «c'était ben bon, j'ai ben aimé ça». (*détail en passant : voulez-vous bien arrêter d'essayer de trouver QUI est Réjean Ducharme? J'ai un scoop pour vous : c'est Réjean Ducharme.) Et ceux qui n'aiment pas Ducharme? Je serais bien curieux de savoir pourquoi... Mais quoi qu'il en soit, s'ils n'aiment pas, ils sont mal pris : ils sont encore plus obligés de le lire que les autres, pour savoir à quoi ils s'opposent, et justifier leur choix. On ne peut pas impunément cracher sur une oeuvre que d'autres portent aux nues sans au moins s'expliquer, tout de même. Quel autre livre dans cette liste est si génial qu'il doit absolument être lu par ceux qui ne s'y intéressent pas? Exactement, aucun autre. Vas-y, Sophie, dis-leur. Avec Bérénice et Réjean de ton bord, tu vas les avoir, c'est sûr. Marco Simonsen
Montréal


2 mars, 11 h 15 - Je n'ai pas lu Huston et l'auteur choisi par Dennis Trudeau. Le Pelletier applique la recette traditionnelle des thrillers, c'est à périr d'ennui, comme dit R H-Roy. Le Tremblay, c'est bien, mais ce n'est pas un livre immortel. Par contre le Ducharme vaut le détour, encore que je préfère Ulysse de Joyce, ou un Beckett, ou un Céline ou un Jean Ray, par exemple Malpertuis. Ou même un Borgès. Des cinq, c'est le moins pire, alors je lui souhaite de gagner, car, au moins Bérénice Einberg est un personnage inoubliable. Voilà. Je suggèrerais également le livre de Jeannoel Chouinard : <i>La Réalisatrice et ses bernaches</i>. Jeannoel Chouinard
Anse-au-Griffon


2 mars, 10 h 50 - Bonjour! Je veux mettre «dans la balance» tout le poids d'humanité que m'a laissé la lecture de ce livre. Ce que j'y ai trouvé (rage de vivre, chaleur organique, délire ordinaire, solitude, désarroi) sont toutes des expériences tellement bien décrites que je les vivais aussi. Madeleine Barry
Saint-Eugène (L'Islet)


23 février, 17 h 27 - Sacré! R.G. Sansoucy
mtl


23 février, 14 h 38 - Je l'avoue, j'aime autant Michel Tremblay que Réjean Ducharme. Ils ont tous deux l’immense talent d’aller puiser leur inspiration dans les tréfonds de l’âme humaine et de nous entraîner à leur suite pour en découvrir ses grandeurs et ses failles, tout en levant le voile sur des univers souvent marginaux et inattendus. Deux grands philosophes parfois cyniques, mais couvant toujours leurs personnages d'un regard tendre, profondément humain, tellement unique et personnel qu’il en devient universel et intemporel. Mais puisque c'est un combat amical et qu’il faut choisir une seule oeuvre, je choisis l’Avalée des avalés de Réjean Ducharme, guidée par ma curiosité et espérant ainsi découvrir enfin qui est ce mystérieux écrivain. Pour ma part, je crois que c'est le talentueux acteur Marcel Sabourin qui manie la plume du grand Réjean Ducharme depuis toutes ces années. Mais qui sait vraiment... Johanne Johnson
montréal


23 février, 14 h 02 - Si choisir ce roman relève de la concurrence déloyale, voter contre lui relèverait du sacrilège. Je conseille aux autres panélistes d'opter pour un changement de dernière minute s'ils désirent sortir vainqueur du combat... <I>L'hiver de force</i>, <i>Le nez qui voque</i>, <i>L'Océantume</i> et <i>Dévadé</i> sont encore libres... Leo Martel
Québec


23 février, 7 h 32 - Cette oeuvre a révolutionné la littérature au Québec, tant par son propos que sa forme. La langue est sans cesse explorée et expérimentée par Réjean Ducharme. Ses personnages sont complets, savoureux et très étudiés psychologiquement!!! Qui ne voudrais pas passer une heure en compagnie de Bérénice Einberg? Sincèrement, je ne verrais pas d'autres oeuvres remporter ce concours : on se souviendra longtemps de Réjean Ducharme, l'auteur «invisible» qui nous livre ici une histoire séduisante qui nous rappelle qu'on a déjà été enfant et qu'on a déjà eu tous ces questionnements et remises en question!! Kathleen Murphy
Mirabel


23 février, 0 h 30 - J'ai 57 ans. Je devais en avoir 18 ou 19 quand j'ai lu L'avalée des avalés, dans son édition piratée, vendue en librairie une semaine environ et retirée ensuite. Moi qui ne relis jamais un livre, je l'ai relu 2 fois encore. J'ai même pris un cours sur l'écriture ducharmienne à l'université, cours donné par Mme Jeanne Lapointe, je crois. Le livre était revu d'un point de vue psychanalytique. C'était la mode, à l'époque... Je dirais que c'est le premier livre pur, et un des rares depuis, que j'ai lu. Ce seul livre a fait de moi une inconditionnelle de Ducharme, de ses univers sans compromis, sans maquillage et sans réserve. L'amour des mots et des jeux de mots, des expressions réinventées... (En ce sens, les procédés de Pennac me rappellent un peu les procédés de Ducharme.) L'écrivain était jeune, c'était un premier roman publié, mais l'écriture était déjà cohérente, le style affirmé et le vocabulaire extrêmement riche (c'est dans ce roman que j'ai appris, par exemple, le mot valétudinaire). C'est ce roman qui m'a sensibilisée à la condition humaine et sociale (les classes sociales, Israël [ou devrais-je parler de la communauté juive ?], la rébellion et la soif d'amour, la tendresse et la cruauté, l'enfance plus encore que l'adolescence, l'attachement, la liberté, l'universalité, l'Oedipe, etc.) tous des thèmes du roman, parfois embryonnaires. L'Avalée des avalés m'a toujours semblé écrit d'une seule traite. Nulle part, on ne sent une pause dans la narration, un recul dans l'écriture, une analyse, une rupture. On s'attache aux deux enfants comme s'ils étaient un peu nous, derrière notre réserve. Ce n'est pas un roman rose, doux, ni drôle. C'est un roman... je ne pourrais dire violent, mais où la colère et la révolte sont omniprésentes, mais aussi une tendresse qui a soif. Un roman très audacieux, à l'époque. Ces enfants seraient-ils punks, aujourd'hui ?L'écriture de Ducharme est déjà universelle. Depuis ce roman, j'ai lu la plupart des autres Ducharme (L'océanthume, La fille de Christophe Colomb [écrit en alexandrins], Le nez qui voque, L'hiver de force... jusqu'aux Gros mots). L'écriture de Ducharme reste inventive, l'imaginaire reste pur... Je vous prierais de ne pas divulguer mes coordonnées. Merci !
Québec


22 février, 23 h 35 - Réjean Ducharme... mon espoir de vie, mon idole depuis ma inconstante adolescence... voulant vivre ma mort chaque jour senti qui passe... Réjean Ducharme, ma raison irraisonnable de vouloir vivre pour cette même passion... souffrances et peines incluses... Réjean, le langage fait coeur, fait vie, fait souffle... pour la rédemption du sacrifice... pour la raison de vivre blessé et d' y trouver un sens... une vérité… un langage propre... se dire comme on est, se dévoiler avec notre passion... aimer sans retour… aimer la langue… créer ses mots, ses phrases... sa façon de dire ses intensités... Créer sa voie, sa langue... ses valeurs... son langage... Réjean mon idole totale et inaltérable!!!!! L'ultime Québécois... Mon génie du sentiment... mon amour des mots… mes fantaisies du langage... Indéclassable... Absolu pour moi... merci Réjean l'invisible... Mimi mimi metal
montréal qc


22 février, 18 h 43 - L’avalée des avalés demeure sans aucun doute le livre qui aura marqué le plus profondément mon existence. Acheté dans une vieille librairie française de Jérusalem, ce livre au langage débridé, créateur et vivifiant a frappé mon âme esseulée comme les foudres du dieu des armées. «Vacherie de vacherie!», Ce bouquin étonnant a su sortir ma langue de son hiver de force et depuis cette lecture fondatrice, je sais que derrière chaque mot se cache une vie, un torrent prêt à vous avaler. alexis Bélanger
Montréal
|
|
|
|