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Une réflexion autour du 6 décembre 1989
[6 décembre 2004]

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Le 6 décembre 1989, Marc Lépine abattait froidement 14 jeunes étudiantes. Quinze ans après la tuerie de l'École polytechnique, qu'est-ce qui a changé? Quel sens donner à cet événement? Sur quoi réfléchit-on? Doit-on parler de violence contre les femmes, de contrôle des armes à feu, de féminisme ou de masculinisme? Pour explorer le sujet, Marie-France Bazzo reçoit, en deux tables rondes distinctes, des hommes et des femmes, touchés de près ou de loin par la tuerie. Le point de vue des femmes avec: Francine Pelletier, journaliste, documentariste; Ruba Ghazal, conseillère en protection de l'environnement chez Bombardier, militante au sein d'Option citoyenne; Pascale Navarro, journaliste, auteure, collaboratrice à la revue littéraire Entre les lignes. Pascale Navarro se sent exactement comme il y a 15 ans. «Je sentais la confusion s'installer. Tout le monde l'a vécu après. Je suis incapable de donner des réponses dans ce genre de débat». «Pour moi, la tuerie de l'École polytechnique marque le coup d'envoi d'un antiféminisme », croit Francine Pelletier. Ruba Ghazal était toute jeune lors des événements. «Je considère que le 6 décembre est le 11 septembre des femmes. Marc Lépine a commis un crime contre l'accès à l'égalité des femmes». Ruba Ghazal est persuadée qu'il faut continuer à débattre du contrôle des armes et de l'égalité des femmes dans la société. Les événements du 6 décembre 1989 ont-ils été détournés, récupérés politiquement ou idéologiquement? Pascale Navarro est féministe. «Malgré tout, je ne pouvais pas ne pas voir la maladie mentale (de Marc Lépine). Ce n'est pas un geste uniquement antiféministe.» Francine Pelletier ne croit pas en la «maladie mentale» de Marc Lépine: «S'il était un fou, il ne faisait pas partie de la société. Pourtant, son discours n'était pas fou», dit-elle. Quinze ans plus tard, Ruba Ghazal pense que le regard que nous portons sur la violence conjugale a changé. Francine Pelletier n'est pas convaincue que le fossé entre les hommes et les femmes s'est comblé. Enfin, Pascale Navarro propose que les hommes défendent des points de vue de femmes. Le point de vue des hommes avec: Joseph Facal, professeur, HEC Montréal; Stéphane Baillargeon, journaliste au quotidien Le Devoir; Akosh Verbocy, commissaire scolaire du quartier Westmount-Côte-des-Neiges-Sud, président du comité de l'éducation et des relations interculturelles, responsable du projet «Prends ta place!», pour l'engagement civique des jeunes dans toutes les sphères de la société. Joseph Facal estime que «cette tuerie est un événement repère pour lequel nous allons continuellement faire de nouvelles lectures». Akosh Verbocy avait 14 ans le 6 décembre 1989. Il a longtemps perçu ce drame comme un fait divers. C'est plus tard qu'il a compris le sens premier du geste de Marc Lépine. «C'était un geste dirigé contre le féminisme», explique-t-il. Pour Stéphane Baillargeon, «Effectivement, ce crime était misogyne. Mais il aurait été souhaitable de développer des perspectives concernant le mal dans la société». Joseph Facal estime que cette tuerie marque l'appauvrissement du dialogue entre les hommes et les femmes. «Mon regard sur cet événement s'est modifié le jour où j'ai eu des enfants. J'ai ressenti que la vie ne tient qu'à un fil. Le 6 décembre évoque l'extraordinaire fragilité de la vie», explique le professeur. Stéphane Baillargeon refuse que cet événement social incontournable le marque trop. «Je ne suis pas un enfant du 6 décembre», dit-il. «Cet événement représente une occasion de se rappeler où nous en sommes rendus dans l'égalité entre les hommes et les femmes», affirme Akosh Verbocy qui croit en l'importance de cette commémoration. «Il faut négocier avec l'histoire, ses bons et ses mauvais côtés.» Aujourd'hui professeur à l'École des HEC de Montréal, Joseph Facal se désole du manque de progrès dans les relations hommes-femmes, 15 ans plus tard.

Écoutez la table ronde des femmes (28:55)

Écoutez la table ronde des hommes (30:57)



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