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Le vin politiquement acceptable
[5 septembre 2003]

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Le débat est animé autour du bio. Les connaissances superficielles, le contrôle inexistant et le manque d'information (désinformation) sont flagrants. Selon Jean-François Bazin, le bio, « ce n'est pas un produit, c'est un marché. D'autant que le produit est dépourvu de contrôle sérieux ». Selon bon nombre de connaisseurs, de spécialistes, d'oenologues et de journalistes interrogés, les idées seront difficiles à changer : « Le vin bio n'existe pas », « C'est un attrape-gogos », « Je n'en connais qu'un : le vinaigre ». Le bio n'est pourtant pas une aventure si récente. L'agriculture biologique est arrivée en Allemagne avant les années 20, puis en France en 1962, avec la formation d'une association, pour aboutir, en 1980, grâce à Max Léglise, à un décret en France et, finalement, à un règlement de la CEE en 1991. Le bio existe donc depuis un siècle, mais la « mode bio », elle, n'existe que depuis une petite décennie. Voici les mots en « cides » qui font fuir les consommateurs : pesticides, herbicides, fongicides, insecticides, etc. Et ceux qui marchent à tout prix : fermier, agriculture paysanne, agriculture durable ou agriculture pérenne (ceux qui limitent les intrants). Mais il y a aussi la nouvelle ère du vin macrobiotique, macrobiologique, macrodynamique. Pourtant, à regarder la liste des nouveaux produits de synthèse pour 2003, on peut s'attendre à de grands crus d'indoxacarbe, de metoxyfernoride et de spinozad. Certifications : Ecocert (la plus connue et la plus pratiquée), Qualité France, Afaq-Acert, Ulase, Acab. L'agriculture biologique représente actuellement 1,4 % de la surface agricole française! Les contrôles coûtent chers, ils n'ont pas les moyens de bien suivre l'ensemble de la production, et les cahiers de charges sont précis et évolutifs, ce qui les rend encore plus difficiles à contrôler. Qui va payer? Le consommateur? Il n'y a rien de gagné, car les poursuites valsent dans un secteur où il n'y a pas de jurisprudence et où le vin n'est même pas traité! Tout pour la viticulture et rien ou presque sur les vinifications! Il y a en fait quatre familles d'agriculture où le vin tente de se retrancher : Agriculture traditionnelle ou conventionnelle, où la production et la loi du marché sont roi et reine. Agriculture raisonnée ou intégrée (décret de 2002) : la mise en oeuvre de moyens techniques dans une approche globale de l'exploitation (maîtrise des risques sanitaires, bien-être animal, conditions de travail, etc.), basée surtout sur la bonne foi, la « bonne dose » et le « au bon moment ». Agriculture biologique : refus d'utiliser les produits de synthèse chimiques, fertilisants, pesticides, fongicides, avec une approche globale de la terre, du végétal, de l'animal, de l'ensemble du milieu vivant, une approche des produits naturels et du milieu naturel. Il faut trois ans pour être certifié bio! Agriculture biodynamique : selon la doctrine de Steiner-Pfeiffer, où s'entrecroisent le respect des sols et le souci du paysage, la nature est nourrie sainement et développe une nouvelle forme d'économie et une personnalité propre appuyée par la foi dans l'influence des astres (ces adeptes représentent 5 % des entreprises converties en agrobiologie). Le bio, c'est donc entre les deux oreilles que ça se passe, et pas sur un label bidon! Le village de Correns, en Provence, est le « premier village bio de France ». Selon le maire, le bio ça marche. « Nous sommes maintenant le village de proue, dit-il. On vient à nous. » On y trouve : boulangerie bio, bière bio, plantes aromatiques, auberge haut de gamme, architecture et solaire, des idées à la pelle, et elles se réalisent. La démarche se globalise et dépasse les 200 hectares de viticulture bio en appellation Côtes de Provence. « L'évolution du village s'est vraiment produite grâce au bio, ajoute le maire, M. Latz. Je suis parti d'une idée de marketing. Mais le bio est un état d'esprit et un immense progrès. [C'est] apprendre à respecter l'environnement tout en faisant un vin meilleur, plus attractif. » M. Latz souligne aussi que « si on s'en tient à l'alimentation de l'humanité, la démarche bio est un mythe. Ce n'est pas ce qui donnera à manger - je parle de céréales - aux affamés de la terre! ». Et au-delà de tous les préjugés favorables ou défavorables, il faut s'intéresser, avoir une oreille attentive à ces débats et un oeil sur ces recherches. Il en va de notre bien-être et de celui des générations à venir. Il faut y voir et s'informer pour que les démarches gardent le bon sens, pour éviter de se faire avoir par les charlatans, mais aussi pour tenter d'adapter cet équilibre à notre mode de vie actuel. Vive les apôtres du vin naturel, à condition qu'il y ait à boire... mais à boire bon! Quelques références Jean-François Bazin, Le Vin Bio, mythe ou réalité?, Éditions Hachette. Rudolf Steiner, L'Homme dans ses rapports avec les animaux et les esprits des éléments. J. Rigaud et C. Bon, Les nouveaux Vignerons : le réveil des terroirs. P. Paillard, La quête du vin : au-delà des méthodes biologiques. Max Léglise, Les méthodes appliqués à la vinification. Nicolas Joly, Le vin du ciel à la terre, Sang de la Terre. J. Fouin et J-C. Estève, Le guide des vins bio : connaître, choisir, déguster. En plus des vins dits biologiques de la semaine dernière, voici mes recommandations en rouge : Château Lionel Faivre 1999 Rouge, France, Corbières, Certifié Ecocert 19,20 $ Élevage en fûts issu de carignan, syrah, grenache. Épicé, complet et corsé. Château des Seigneurs de Pommyers 2001 Rouge, Bordeaux, Certifié Qualité-France 21,70 $ Un vrai beau Bordeaux de Bistro. Frais, fruits et corps. Beaucoup plus difficile à trouver! Bonterra / Merlot 1999 États-Unis, Californie, Certifié Soil Association-organic standard 24,40 $ Riche, capiteux et toujours aussi bien élevé dans le style des grands vins californiens! Tablas Creek Vineyard Rouge 1998 États-Unis, Californie, Paso Nobles 47 $ La famille Perrin inaugure, en 1990, un nouveau vignoble biologique. Style californien et l'encépagement Côte du Rhône, mourvèdre, grenache, syrah, counoise. Solide et équilibré.
 » Jean-François Demers



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