Semaine du 30 janvier au 5 février 2012
Le ministre devra livrer la marchandise.
Contrairement à la locution anglaise to deliver the goods, livrer la marchandise n'a pas de sens figuré. En français, livrer la marchandise, c’est littéralement faire la livraison de la marchandise. Au figuré, dans la plupart des contextes, on peut remplacer livrer la marchandise par les locutions tenir parole, tenir ses promesses ou respecter ses engagements. Ici, par exemple, on aurait pu dire : Le ministre devra respecter ses engagements.
Elle s’est permise d’intervenir…
Le participe passé du verbe permettre, à la forme pronominale, est invariable s’il n’y a pas de complément d’objet direct. On dira, par exemple : Elle s’est permis de partir (elle a permis à qui?). En revanche, le participe passé s’accorde avec le complément d’objet direct si celui-ci est placé avant le verbe. On dira par exemple : Les libertés qu’il s’est permises à notre égard (il a permis quoi?). Enfin, si le verbe se permettre est précédé d’un complément d’objet direct, mais qu’il est suivi d’un verbe à l’infinitif amené par la préposition de, l’accord ne se fait pas : Les remarques qu’il s’est permis de faire (il a permis à qui?). Ici, puisqu'il n'y a pas de complément d'objet direct, on aurait dû dire : Elle s’est permis d’intervenir.
On pouvait voir des trous de balles dans le mur.
En principe, il n’est pas fautif de dire qu’un projectile d’arme à feu laisse un trou dans un mur. Il faut toutefois tenir compte d’un certain usage. La locution trou de balle est considérée comme vulgaire dans les autres pays francophones. On l’utilise dans la langue familière pour désigner une partie intime de l’anatomie humaine… Chez nous, bien sûr, cette acception du terme n’est pas tellement courante, mais puisque nos propos sont susceptibles d’être lus ou entendus par des gens de toute la francophonie, il vaut mieux tenir compte de cette réalité et remplacer trous de balles par traces de balles, traces de projectiles ou trous de projectiles.
Il est très adepte dans sa manière d’aller chercher des fonds…
En français moderne, adepte est un substantif et son emploi adjectival est rarissime. Comme on le sait, un adepte est une personne qui s’adonne à un sport ou à un loisir. Ce terme désigne également un partisan d’une doctrine quelconque. Ici, on a donné à adepte le sens de l'adjectif anglais adept. Il aurait mieux valu reformuler la phrase et dire : Il est passé maître dans l’art d’aller chercher des fonds, Il est expert en matière de collecte de fonds, Il sait bien comment aller chercher des fonds, etc.
On fait de l'esprit de bottine!
Dans chaque pays francophone, il existe des expressions imagées qu’on ne trouve pas ailleurs. Quand ces locutions sont conformes au génie de la langue française, il n’y a aucune raison de les condamner. L’expression régionale faire de l’esprit de bottine fait partie de ces expressions sympathiques qu’on peut employer dans la langue familière. D’ailleurs, en français européen, il n’existe pas vraiment de tournure aussi pittoresque pour exprimer le fait d’avoir recours à un humour un peu facile pour amuser l’entourage. Dans la langue surveillée, on peut remplacer faire de l’esprit de bottine par les verbes bien connus plaisanter, rigoler, blaguer ou badiner.
Nota : L’expression faire de l’esprit a une connotation péjorative. Faire de l’esprit, c’est chercher à montrer la finesse qu’on pense avoir, mais qu’on n’a pas toujours.
Guy Bertrand, premier conseiller linguistique