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L’eau

[Le mardi 8 mai 2007]

louise vandelac

Louise Vandelac

L’eau, source de vie, est aussi une source de conflits. On se bat déjà et on se battra encore plus, dans les prochaines années, pour l’eau. Aujourd’hui, les financiers veulent vendre l’eau, qui devient une ressource prisée comme le pétrole. 
 
Avec ses invités, Louise Vandelac, Hélène Pedneault, Sylvie Paquerot et Frédéric Lasserre, Serge Bouchard s’intéresse aux problèmes actuels et futurs de la gestion de l’eau.
 
 
 
Une conscience récente 
Pourquoi l’homme a-t-il pris conscience récemment de la valeur de l’eau?, demande l’animateur à ses invités. La raréfaction relative de l’eau dans certaines régions du monde et la « marchandisation » de l’eau depuis 20 ans ont réveillé certaines consciences, croit Louise Vandelac. 
 
Hélène Pedneault est catégorique: « Les êtres humains sont imprévoyants. » Depuis peu de temps, l’homme s’est rendu compte que la qualité de l’eau n’est plus ce qu’elle était. Il a donc commencé à s’inquiéter pour l’or bleu. 
 
Sylvie Paquerot juge que les consciences ont commencé à s’éveiller dès 1959. Cette année, les États ont demandé au secrétaire général de l’ONU de se pencher sur la question de l’eau. L’explosion démographique de l’après-guerre inquiétait déjà certains gouvernements. 
 
Frédéric Lasserre croit aussi que les États s’inquiètent de la gestion de l’eau depuis plusieurs décennies. « La population et les utilisations augmentant, les conflits et les tensions n’ont pas tardé à émerger, dès les années 70. C’est un petit peu comme les changements climatiques: ça fait plusieurs décennies qu’on en parle », explique le géographe. 
 
 
Le gaspillage 
Le Québec possède les plus grandes réserves d’eau douce par habitant sur la planète, rappelle Louise Vandelac. Sauf que cette eau est située dans le Nord du Québec et que son exploitation serait onéreuse. 
 
Avant de dénoncer le gaspillage de l’eau, il faut faire comprendre le cycle hydrologique aux usagers. Dans un monde idéal, la gestion de l’eau ne poserait aucun problème. Mais l’homme détruit continuellement la qualité de l’eau. Par exemple, le fleuve Saint-Laurent est rempli de médicaments que les usines d’épuration n’arrivent pas à éliminer. Les lacs se meurent à cause de l’agriculture et des aciéries qui rejettent des poussières et des acides. Les poissons sont affectés par le mercure. « Le changement de comportement ne vient pas du coût, il vient de l’éducation », soutient Louise Vandelac. Et la responsabilité des pouvoirs publics est cruciale dans le dossier de l’eau. 
 
Sylvie Paquerot décrit le comportement culturel des usagers en Amérique du Nord. Pour fabriquer une voiture, il faut 30 000 litres d’eau, soit une piscine olympique et demie. Pour un kilo de steak, cinq piscines olympiques sont requises. « Les gens ne sont pas conscients de l’utilisation industrielle de l’eau », affirme-t-elle. 
 
 
La « marchandisation » 
La « marchandisation » n’a rien à voir avec le respect de l’écosystème, soutient Serge Bouchard. « Si on confie la gestion de l’eau au marché, on va aboutir à des catastrophes », prédit Frédéric Lasserre qui pointe du doigt l’État aussi. « On n’a pas besoin de « marchandisation » pour aboutir à des catastrophes. » La gestion étatique des ressources naturelles laisse parfois à désirer, complète Frédéric Lasserre. 
 
Les États-Unis semblent convoiter l’eau canadienne, notamment les ressources du Québec, de l’Ontario, du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest. Les Américains ont déjà détourné le Colorado pour arroser la Californie. Ils parlent depuis longtemps de détourner les Grands Lacs. « Il faut une exception hydrique comme on a une exception culturelle », propose Louise Vandelac, inquiète des impacts de l’ALENA sur les ressources hydriques. 
 
En définitive, la gestion de l’eau, de pair avec les changements climatiques, sera l’un des plus grands défis de l’homme au cours des décennies à venir. 
 
 
Les invités 

  • Louise Vandelac, sociologue à l’Université du Québec et à l’Institut des sciences de l’environnement, chercheuse au Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l’environnement (CINBIOSE). 
  • Hélène Pedneault, auteure, communicatrice, cofondatrice de la Coalition québécoise pour une gestion responsable de l’eau Eau Secours! 
  • Sylvie Paquerot, professeure à l’école d’études politiques de l’Université d’Ottawa et chercheuse à l’Observatoire de recherches internationales sur l’eau
  • Frédéric Lasserre, professeur au Département de géographie de l’Université Laval, directeur de l’Observatoire de recherches internationales sur l’eau.


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