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La saga de Youza
Youozas Baltouchis
[Beaux livres]

Au bout d'un champ de seigle, une rivière. Plus loin, la forêt puis les marais du Kaïrabalé, une longue étendue de vasières noires prêtes à engloutir tout intrus... Un seul homme sait comment contourner ces marécages, Youza le passeur solitaire, qu'un terrible chagrin d'amour a conduit à vivre là. Mais l'Histoire, celle de son pays, la Lituanie, vient le rattraper dans son sanctuaire. Les révolutions se succèdent, et qu'ils soient Russes blancs, bolcheviks, fascistes ou partisans, tous viennent se réfugier dans sa cabane.


Proposé par :
Guylaine Saint-Pierre, Québec
 
Son appréciation :
Un regard vers l'époque où l'on vivait encore pour l'essentiel : cultiver la terre, faire des conserves de toutes sortes, survivre avec la nature et par elle. Cet histoire d'un homme qui ne cherche qu'à vivre en paix, rattrapé par la société jusqu'au fond de son marais, fait étrangement écho à la vie occidentale actuelle : recherche de l'essentiel et de la simplicité dans un monde qui se complexifie sans cesse. Une écriture (et une traduction) comme on n'en voit plus : riches de mots rares et si beaux !

Son passage marquant du livre :
« Et Youza songeait : comme il l’avait parcourue, cette forêt, dans tous les sens, lorsqu’il était encore gamin. Pas seul, bien sûr. Avec le grand-père Yokoubas. « La ville, l’homme n’est pas obligé de la connaître. Mais la forêt, il doit la connaître. » avait déclaré le grand-père. Et prenant le jeune Youza par le bras, il l’avait fait passer partout, même à travers les hautes frondes touffues des fougères de Vidouguiré, il lui avait même montré le Kaïrabalé. Et lui avait raconté qu’autrefois, il y a bien longtemps, lorsque lui, Yokoubas, était encore jeune, on pouvait voir des élans débouler à travers la forêt de Vidouguiré et sur le Kaïrabalé, des sangliers gros comme des étalons fouir leurs bauges sur les bords du marais, le miroir blanc des chevreuils fuser en éclair à travers les branchages, tandis que des nuées d’oiseaux d’eau et d’oiseaux des forêts, battant des ailes, criant, chantant à tue-tête, faisaient un vacarme de tous les diables et que le lynx se glissait furtivement entre les troncs. Aujourd’hui, Vidouguiré se taisait. D’élans, plus question, les sangliers, un ou deux à tout casser, on entendait encore des oiseaux chanter, mais est ce que ça pouvait se comparer à autrefois ? Le grand-père Yokoubas lui avait parlé de tout. Et lui avait tout montré. Youza aurait pu marcher les yeux fermés d’une lisière de la forêt à l’autre. En long, en large, en diagonale –à vous de décider. Et quand revenait le printemps, Youza était heureux, en entrant dans la forêt, de voir se gonfler les bourgeons dans les arbres et les buissons, le merisier à grappes suffoquer sous le poids de ses fleurs, la filipendule balancer sa mantille jaune. Et chaque automne, il se réjouissait de ce que la forêt flamboie du rubis de l’obier s’illumine du vieil or rouge des planes, de voir le sorbier incliner le cuivre de ses corymbes et de sentir monter du sol un parfum de marasmes et de lactaires. Lui, Youza, n’avait pas oublié les leçons du grand-père Yokoubas : « Quand tu vas dans la forêt, n’y va pas en promeneur, mais pense que tu vas dans ta famille. Pas seulement pour rapporter du bois ou des champignons, mais pour regarder comment poussent les arbrisseaux, comment le sol se tapisse de mousse. » Tout cela, il le devait au grand-père Yokoubas –que la paix éternelle soit avec lui. »

 
Fiche de lecture (titre)