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Le scaphandre et le papillon
Jean-Dominique Bauby
[Biographies]

En 1995, un accident vasculaire plonge J.-D. Bauby, père de deux enfants, dans un coma profond. Quand il en sort, toutes ses fonctions motrices sont détériorées, il est atteint du `locked in syndrome`, enfermé à l'intérieur de lui-même. De ce corps inerte, seul un oeil peut bouger. Avec cet oeil, il cligne une fois pour oui et deux fois pour non. Avec cet oeil, il arrête l'attention de son interlocuteur sur les lettres de l'alphabet qu'on lui dicte et forme les mots, les phrases, les pages de ce livre qu'il a mémorisées avant de les dicter.


Proposé par :
Anne-Marie Goggin, Edmonton, Alberta
 
Son appréciation :
Il s'agit davantage d'un récit que d'une autobiographie. Sous sa bulle de verre, son scaphandre, Bauby décrit son monde intérieur. Son corps est immobilisé mais son esprit vagabonde comme un papillon. Son ton est parfois sarcastique, parfois désenchanté, parfois candide, jamais misérabiliste et toujours d'une intensité qui serre le coeur. Cette oeuvre démontre bien comment la richesse et la force de notre monde intérieur peuvent nous permettre de survivre aux situations les plus éprouvantes. Un hommage à la résilience de l'être humain.

Son passage marquant du livre :
« C'est dimanche. Effrayant dimanche où, si par malheur nul visiteur n'a annoncé son passage, aucun événement d'aucune sorte ne viendra rompre le mol enchaînement des heures. (...) Une traversée du désert avec pour seule oasis une petite toilette encore plus succinte qu'à l'ordinaire. (...) C'est dimanche. (...) Par quel paradoxe le temps qui est immobile, ici, mène-t-il, là, une course effrénée? Dans mon univers rétréci les heures s'étirent(...) Amis, femme, enfants se sont dispercés au vent des vacances. (...) C'est dimanche. Je scrute les volumes qui s'empilent sur le bord de la fenêtre et forment une petite bibliothèque assez inutile puisque aujourd'hui personne ne viendra m'en faire la lecture.(...) Une mouche toute noire se pose sur mon nez. Je tortille la tête pour la désarçonner. Elle se cramponne. Les combats de lutte gréco-romaine qu'on a vus aux Jeux olympiques n'étaient pas aussi féroces. C'est dimanche. »

Commentaire des internautes :

Commentaire
Un livre très touchant et qui nous incite à nous dépasser constammment malgré les limites que notre corps nous imposent. Ce passage est particulièrement touchants :"Je reçois des lettres remarquables. On les ouvre, les déplie et les expose sous mes yeux selon un rituel qui s’est fixé avec le temps et donne à cette arrivée du courrier le caractère d’une cérémonie silencieuse et sacrée. Je lis chaque lettre moi-même scrupuleusement. Certaines ne manquent pas de gravité. Elles me parlent du sens de la vie, de la suprématie de l’âme, du mystère de chaque existence et, par un curieux phénomène de renversement des apparences, ce sont ceux avec lesquels j’avais établi les rapports les plus futiles qui serrent au plus près ces questions essentielles. Leur légèreté masquait des profondeurs. Étais-je aveugle et sourd ou bien faut-il nécessairement la lumière d’un malheur pour éclairer un homme sous son vrai jour? D’autres lettres racontent dans leur simplicité les petits faits qui ponctuent la fuite du temps. Ce sont des roses qu’on a cueillies au crépuscule, l’indolence d’un dimanche de pluie, un enfant qui pleure avant de s’endormir. Capturés sur le vif, ces échantillons de vie, ces bouffées de bonheur m’émeuvent plus que tout. Qu’elles fassent trois lignes ou huit pages, qu’elles viennent du lointain Levant ou de Levallois-Perret, je garde toutes ces lettres comme un trésor. Un jour je voudrais les coller bout à bout pour faire un ruban d’un kilomètre qui flotterait dans le vent telle une oriflamme à la gloire de l’amitié. Ça éloignera les vautours. »

Anne Duquette, Montréal


 
Fiche de lecture (titre)