Saison
1999-2000
  Émission du jeudi 30 décembre 1999
  


SEMAINE THÉMATIQUE :

L’héritage du 20e siècle

Émission N°4

Et voici donc la quatrième d’une série d’émissions sur le virage de notre époque. Comme les précédentes, il s’agit d’une émission mosaïque constituée d’éléments divers, avec différents aspects menant à autant de pistes d’exploration..

   

Sortir du 20e siècle

 

Il nous faut constater que ce 20e siècle est de loin celui qui a été le plus créatif dans l’histoire de l’humanité.

 

 

Un de nos invités favoris pourra s’exprimer dans cette émission, bien qu’il ne sera pas avec nous en chair et en os, mais en pensée, puisqu’on va faire état de ses réflexions. Je veux parler de Edgar Morin, sociologue et philosophe, qui a écrit un ouvrage qui se situe très bien dans le sens de la présente émission, dont le titre est : Sortir du 20e siècle. Et c’est bien là où nous en sommes.

J’aimerais d’abord vous citer une réflexion de Arthur C. Clarke, cet auteur de science-fiction à qui nous devons, entre autres, Odyssée 2001, puisque que nous allons parler du présent en fonction de l’avenir, et aussi de ce passé dont il faut se libérer. Il dit :

" C’est la première époque où l’on prête autant d’attention à l’avenir. Situation un peu ironique quand on pense que
nous n’en aurons peut-être pas… "

Remarquez, je ne vous dis pas cela pour vous inquiéter et il faut dire cependant que la pensée intuitive est plus optimiste sur ces questions-là. D’autant plus qu’il nous faut constater que ce 20e siècle est de loin celui qui a été le plus créatif dans l’histoire de l’humanité. C’est facile de dire ça même si on n’a pas le souvenir précis de tout ce qui s’est passé dans les siècles qui ont précédé la naissance de l’Homo sapiens, mais c’est très évident qu’il y a eu dans ce siècle un apport technologique extrêmement important. Et cette technologie interagit maintenant avec nous d’une manière telle que c’est nous qui allons être transformés ou bien c’est le monde qui sera transformé par nos interventions appuyées par une technologie aussi riche, créative que celle dont nous disposons maintenant.

 

  


   
  
  • Dompter la machine plutôt que de se faire dompter par elle
  


À une étape antérieure,
l’homme s’adaptait à son environnement. Il faut dire que l’homme est un animal extrêmement adaptable, ce qui est une grande qualité, mais ce qui représente peut-être aussi un défaut, parce qu’on dit que si on s’adapte trop facilement à des conditions qui nous sont funestes, nous allons périr la gueule ouverte ou sécher au soleil, pour ainsi dire. Tout cela pour attirer l’attention sur le risque que représente aussi cette créativité appuyée par la technologie.

D’abord, l’homme crée son environnement puis, à son tour, c’est l’environnement qui va façonner l’homme dans une très grande mesure. Peut-être pas à une époque où c’était les arcs, les flèches, le marteau ou le tournevis, mais à une étape comme la nôtre où c’est devenu très évident que la technologie, qui a toujours influencé le processus d’évolution de l’humanité, agit encore davantage maintenant.

D’où viennent ces interactions entre l’homme et les outils qui le prolongent, l’outil ou la technologie au sens large du terme? À un moment, on a voulu prolonger les sens, pour ainsi dire. La roue, par exemple, pour prolonger le pied, l’action de marcher, le marteau pour prolonger le poing, l’action de frapper, comme la grue mécanique prolonge le bras et la main, etc. Dans le cas du téléphone, il s’agit de prolonger le sens de l’ouïe et la faculté de communiquer par la parole.

À un moment, la vapeur prolongeait les muscles, la force musculaire (la capacité de pousser, de tirer, de soulever, de creuser), mais maintenant, on en n’est plus là : on en est venu à prolonger la mémoire humaine, le cerveau autrement dit. La difficulté et le risque viennent sans doute de ce que l’utilisation constante de ces machines, en particulier tout ce qui découle de l’informatique, tend à prolonger un aspect de notre fonctionnement qui relève de l’hémisphère gauche du cerveau, dirions-nous, alors que l’autre hémisphère – celui de l’intuition, de la créativité – est peu ou pas sollicité. Non pas que l’outil ne puisse servir à une très grande créativité.

Alors qu’autrefois on partait de la page blanche, aujourd’hui, quand les artistes travaillent avec un ordinateur et utilisent un logiciel comme Photoshop, par exemple : ils partent d’une structure qui existe déjà pour produire une création tout à fait originale, mais en transformant les formes proposées. Ils font alors ce qu’on appelle de la modélisation et du morphing. Voilà une première étape que je voulais parcourir avec vous concernant la civilisation de la technologie.

Au fond, si nous ne domptons pas la machine, c’est elle qui risque de nous dompter en nous transformant peu à peu en cyborg, en êtres-machines.

  


   
  
  • Utiliser la technologie pour développer une conscience planétaire

 

Selon Pierre Teilhard de Chardin, l’évolution va de la matérialité à la spiritualité.

 

 

Il ne s’agit pas de craindre cette éventualité, mais de prendre conscience de ce que ces outils qui nous prolongent sont d’une puissance telle qu’ils puissent agir sur nous et nous transformer en profondeur. Pourtant, en même temps, cette technologie est en train de nous donner l’occasion d’accoucher d’une conscience planétaire. C’était d’ailleurs le sujet de la première émission de cette mini-série.

J’y reviens en m’appuyant sur cette citation de Teilhard de Chardin, qui me permet de corriger le tir et de ne pas me transformer en individu inquiet et apeuré : " Il y a une sorte de conscience humaine à l’échelle planétaire qui est en train de naître ", dit-il. L’évolution va de la matérialité à la spiritualité, selon lui. C’est-à-dire que la conscience se libère de plus en plus de la matière pour se spiritualiser à chaque instant.

Curieusement, quand on parle des nouvelles technologies, il est souvent question de technologies immatérielles, ou même d'économie de l'immatérielle, comme s’il y avait déjà une sorte de spiritualisation de la matière qui soit devenue perceptible.

  


À un moment de l’évolution, la conscience est née,
l’homme est devenu conscient d’être et aujourd’hui,
nous sommes peut-être en train de franchir une nouvelle étape :
celle de parvenir à un niveau de conscience un peu plus élevé.
Conscience planétaire, bien sûr.

  
Il faut dire aussi que notre conception de l’Univers évolue très rapidement. À une époque, on était géocentrique, c’est-à-dire qu’on se représentait la Terre au centre de l’Univers avec la Lune et les planètes qui tournaient autour. Il y a pourtant eu dans le passé et à toutes les époques des penseurs qui n’ont jamais accepté une telle vision de l’Univers. C’est une pensée qui a survécu comme elle a pu, transmise dans le plus grand secret, car elle véhiculait certaines informations à travers des époques où les gens n’étaient pas prêts à les accepter.
À chaque étape, la nouvelle conception de l’Univers englobe la précédente, et c’est ainsi qu’on a découvert d’autres systèmes comme le nôtre.

 


Comme cette idée que la Terre n’était pas le centre de l’Univers qui ne plaisait pas à tout le monde, à une époque ultérieure, on est devenu héliocentrique, c’est-à-dire qu’on se représentait le Soleil au centre de l’Univers, avec les planètes et les satellites qui tournaient autour. Une conception plus élargie. On se rend compte qu’à chaque étape la nouvelle conception de l’Univers englobe la précédente, et c’est ainsi qu’on a découvert – ou plutôt sans doute redécouvert – d’autres systèmes comme le nôtre : quelques-uns d’abord, puis des milliers, des millions, et des milliards contenus dans ce qu’on appelle une galaxie.

Puis, plus récemment, on a pris conscience de milliers puis de millions, de milliards d’autres galaxies. Alors on sait maintenant qu’on se trouve quelque part dans un immense Univers, qu’on n’est le centre de rien du tout et qu’on participe de quelque chose d’extrêmement vaste. L’astronaute Edgar Mitchell chef de l’expédition Apollo XIV disait à un moment :

" C’était clair et net que l’Univers avait une signification et une direction. Ce n’était pas perceptible par les organes des sens mais c’était cependant présent, une dimension invisible derrière la création visible qui lui donne un dessein intelligent et apporte un sens à la vie. L’humanité doit s’élever de l’homme au genre humain, du personnel au transpersonnel, de la conscience de soi à la conscience cosmique. "

On voit que l'expérience de Mitchell dans l’espace
a aussi été d’un point de vue mystique.

 

  


Je vous disais plus tôt qu’il s’agissait d’une émission mosaïque, alors je vais maintenant vous parler d’un des phénomènes les plus importants que nous vivons au moment de ce grand virage, et qui a peut-être la plus grande incidence sur l’orientation que nous sommes en train de prendre :
le féminisme, la place de la femme dans le monde.

  


   
   
  • <>Renouer avec le principe féminin

 

Au moment où je vous parle, il y a environ 54 guerres, ou guérillas à travers le monde. Si vous voulons survivre, nous devrons désormais mettre l’accent sur les valeurs féminines.

 

On ne peut pas dire que la libération de la femme soit devenue un acquis, en ce moment-ci de notre évolution sur cette planète, mais il y a tout de même un pas de géant qui a été fait.

Effectivement, dans certains milieux, certains pays, certaines cultures on assiste à une forme de libération de la femme, comme dans notre société par exemple. C’est le premier volet du féminisme. Cette libération de la femme doit entraîner aussi la libération (c’est une façon de parler) du principe féminin. Ce qui serait le second volet du féminisme.

Il s’agit non seulement de libérer la femme mais de favoriser dans notre évolution les valeurs propres à la femme et à la féminité qui sont des valeurs susceptibles d’assurer notre survie. Et non pas les valeurs masculines.

Redécouvrir la femme, c’est une chose; redécouvrir le principe féminin, c’est une étape qui nous entraîne plus loin. C’est une question de survie : ou bien l’humanité se tourne vers les valeurs féminines de coopération, d’entraide, de communauté, ou nous sommes condamnés à disparaître à plus ou moins brève échéance.

Je tiens des propos passablement utopistes, je m’en rends compte,
mais au moment où l’on se trouve dans un virage aussi périlleux pour l’humanité que celui dans lequel nous sommes engagés présentement,
la morale naturelle est un facteur de survie et d’évolution.

Il y a beaucoup de gens que je n’ai pas cités à travers les propos tenus jusqu’ici mais vous avez sûrement reconnu un certain nombre de sources auxquelles je fais appel régulièrement à l’émission pour étayer mes réflexions… ou mes radotages. [rires]

 Le principe féminin

   
   
  


   
   
  • Edgar Morin :
    la crise de l’humanité et l’émergence de l’humanité planétaire

D’après :
MORIN, Edgar.
Pour sortir du 20e siècle,
Éd. Nathan, Coll.
" Point ", 1981.


 

" Tout dans ce monde est en crise, nous dit Edgar Morin qui a beaucoup réfléchi à ce virage dont nous parlons. Dire crise, c’est dire progression des incertitudes. Partout, en tout, les incertitudes ont progressé. C’est dire que si les prophètes peuvent prophétiser, si les voyants peuvent voir, les diagnostiqueurs ne peuvent plus bien voir et les pronostiqueurs ne peuvent plus prédire. [rires]

 –C’est ce que Morin appelle " le futur perdu "…

" Le présent est en perdition. La planète vit, titube, roule, rote, hoquette, pète au jour le jour. Tout se fait, se vit, à court terme. Le futur s’efface d’autant plus qu’il dépend, non seulement d’aléas et de bifurcations (qui peut-être ont déjà eu lieu…) mais aussi d’un éventuel tout ou rien. Mais nous ne sommes pas pour autant dans la confusion. Nous avons perdu l’évolution linéaire, le devenir pré-programmé, le futur robotisé, mais nous avons gagné un complexe d’idées crisiques – Tiens, je ne connaissais pas ce mot-là, je pense qu’il vient d’être inventé.

 

 

" Si cette évolution comporte effectivement développement et progrès, les développements comportent des sous-développements et les progressions comportent des régressions. "


 

" Nous savons que les enchaînements et les multiplications de crises sont inséparables d’une évolution que nous avions cru nommer développement et progrès; nous avons vu que si cette évolution comporte effectivement développement et progrès, les développements comportent des sous-développements et les progressions comportent des régressions. Nous savons aussi que cette évolution comporte ruptures et transformations radicales et qu’elle produira des transformations encore plus radicales, et que nous sommes au siècle même des révolutions.

" Nous savons en fait que notre évolution tend peut-être vers son autodestruction. Ainsi, nous nous trouvons dans un monde qui nous apparaît à la fois en évolution, en révolution, en progression, en régression, en crise, en péril.

" Il nous faut donc associer ces notions de crise, évolution, révolution, régression, au lieu d’en sélectionner une et éliminer les autres. Nous vivons tout cela à la fois et notre incertitude est de ne savoir lequel de ces termes sera finalement décisif.

À propos de la crise de l’humanité, il ajoute plus loin : " Si tout continue, si tout recommence, il y a une dimension radicalement nouvelle dans l’histoire : l’émergence planétaire de l’humanité (on y revient tout le temps) – ou l’émergence de l’humanité planétaire. Toutes les crises [ actuelles] comportent intrinsèquement en elles la dimension planétaire. Tous les désordres et crises de notre présent comportent et prolongent tous les désordres et crises historiques du passé, mais l’état de désordre présent ne leur est pas réductible par son caractère proprement planétaire. […]

 

 

" Désormais, le premier tissu conjonctif d’un grand corps planétaire se trouve tissé. "

 

" Au 20e siècle, deux guerres mondiales à la fois déchirent et unifient la planète. Désormais, le premier tissu conjonctif d’un grand corps planétaire se trouve tissé et retissé par les myriades d’intercommunications, interconnexions, interdéterminations, interdépendances, inter-rétroactions non seulement techniques, économiques, informatiques, idéologiques, culturelles, mais aussi biologiques (unification microbienne du monde, caractère planétaire des épidémies annuelles de grippe, métissages multipliés, etc.)

" Aujourd’hui, un temps commun synchronise les différents temps. De multiples boucles bio-anthropo-culturelles constituent les premières émergences de l’humanité dont les fragments diasporés (éclatés dans le monde) se retrouvent un. Et une première fois devant les écrans de télévision, la planète s’est contemplée elle-même, vue de la Lune – (ce dont on a parlé dans la première émission de cette mini-série) Ce qu’on est cohérent! Je tenais à le souligner… [rires]

" Une conscience planétaire, une conscience d’humanité, se forme et se reforme, bien que les internationales se soient brisées et aient été dévorées par les nationalismes. [ ] Il est pratiquement aisé que l’humanité se fédère, devienne une sans cesser d’être diverse. Chacun de nos organismes est une république de trente milliards de cellules; pourquoi une fédération de quelques centaines de nations et de trois à six milliards d’homo sapiens ne parviendrait-elle pas à s’auto-organiser?

" Il est non seulement raisonnable, il est vital de l’envisager : le péril mortel que font courir à tous les humains les affrontements entre empires et puissances nous pousse à concevoir une confédération d’humanité qui, englobant les États-nations, respectant leur originalité et leur singularité, leur supprimerait leur omnipotence, les freinerait et les régulerait. Et c’est là justement où tout piétine, patine, dérape, décolle, déconne…  – Je trouve la phrase amusante; il y a du jus là-dedans.

" La crise planétaire, dès lors, c’est la crise de la planétarisation.
[]
Ainsi, nous voyons que la crise de la planétarisation,
c’est la crise de l’humanité qui n’arrive pas à se constituer en humanité,
et du coup,
la crise du monde encore incapable de devenir monde,
la crise de l’homme encore impuissant à s’accomplir comme homme. "

C’est ce que nous dit Edgar Morin,
admirablement selon moi,
dans cet ouvrage qui s’intitule Pour sortir du 20e siècle,

collection " Point ", Éd. Nathan

 

  


   
   
  • L’âge de la médiété : pour dépasser la dualité

D’après :
MORIN, Edgar.
Pour sortir du 20e siècle,
Éd. Nathan, Coll.
" Point ", 1981.


 

" Tout dans ce monde est en crise, nous dit Edgar Morin qui a beaucoup réfléchi à ce virage dont nous parlons. Dire crise, c’est dire progression des incertitudes. Partout, en tout, les incertitudes ont progressé. C’est dire que si les prophètes peuvent prophétiser, si les voyants peuvent voir, les diagnostiqueurs ne peuvent plus bien voir et les pronostiqueurs ne peuvent plus prédire. [rires]

 –C’est ce que Morin appelle " le futur perdu "…

" Le présent est en perdition. La planète vit, titube, roule, rote, hoquette, pète au jour le jour. Tout se fait, se vit, à court terme. Le futur s’efface d’autant plus qu’il dépend, non seulement d’aléas et de bifurcations (qui peut-être ont déjà eu lieu…) mais aussi d’un éventuel tout ou rien. Mais nous ne sommes pas pour autant dans la confusion. Nous avons perdu l’évolution linéaire, le devenir pré-programmé, le futur robotisé, mais nous avons gagné un complexe d’idées crisiques – Tiens, je ne connaissais pas ce mot-là, je pense qu’il vient d’être inventé.

  


Un peu comme les deux hémisphères du cerveau sont complémentaires, doivent travailler ensemble et ne pas être conflictuels, nous entrons probablement dans un âge de la médiété, par opposition à celui de la dualité. À partir de la dualité homme-femme, on tend le plus possible à aller vers une forme d’
androgynie, puisqu’on sait que normalement les hommes doivent avoir certaines qualités féminines et les femmes certaines qualités masculines. On assiste également à un rapprochement de l’Orient et de l’Occident.

C’est un événement très étonnant que Marshall McLuhan appelait le fait de " s’Orienter ". Également, la conception corps-esprit n’a plus vraiment prise sur nous. On sait maintenant que l’esprit intervient sur le corps, que les états d’esprit sont très importants pour notre équilibre, pour l’harmonie du corps physique, etc. et qu’être en forme physiquement a nécessairement un effet sur le fonctionnement de l’esprit.

On a découvert aussi, avec la physique très avancée, nucléaire et autre, que la matière était en fait de l’énergie : cela peut sembler drôle, présenté comme tel, mais on a dit dans la dernière émission que le bon sens prend un solide coup dans l’aile, et c’est encore un exemple de cela. Il faut comprendre les choses comme elles sont.

J’ai trouvé une citation qui pourrait illustrer admirablement ce que je suis en train de vous raconter et qui pourrait vous rassurer pour le cas où vous croiriez que je suis en train de battre la campagne en donnant dans le moyen-âgisme délirant. Voici ce que dit le professeur Wiener, prix Nobel de physique, dans un ouvrage intitulé Symmetries and Reflexions, publié par les presses de l’Université de l’Indiana, à Bloomington en 1967 :

" L’évidence que les objets physiques et les essences spirituelles ont une forme de réalité très semblable a beaucoup contribué à ma paix intérieure, et de toute façon, on ne connaît aucune autre conception qui satisfasse à la mécanique quantique. "

Je ne me lancerai pas dans de longues explications scientifiques là-dessus mais disons qu’à partir des découvertes faites par Einstein, et des autres qui ont suivi en ajoutant ceci ou en complétant cela, on a abouti à ce qu’on appelle en physique la mécanique quantique. Et, selon Wiener, c’est ce qui fait qu’à un moment on ne peut plus faire une distinction entre l’esprit et la matière à propos de la réalité puisque les deux se retrouvent dans la même réalité et participent des mêmes lois.

Si vous avez autre chose de mieux à proposer,
je vais vous écouter avec énormément d’intérêt,
mais il faudrait pour cela que vous ayez un prix Nobel de physique…

Comme conclusion à tout cela, je vous dirai que plus rien n’est aujourd’hui comme c’était autrefois et que plus rien ne sera demain comme c’est aujourd’hui, car ça c’est la loi. Bien qu’on ait l’impression que l’évolution procède surtout par cycles ou encore à la façon d’une spirale, à certaines époques, l’humanité passe par des périodes semblables à celles qu’elle a déjà traversées mais à un autre niveau de son développement. Chaque spire repassant au-dessus la précédente et dans un parcours élargi. C’est l’idée d’un élargissement de la conscience.

Et quoiqu’il en soit, tout est en transformation et il n’y a en somme de permanent que la transformation.

Que voilà une belle péroraison, Monsieur Languirand,
que ça se présente donc bien!
Et c’est ainsi que je vais terminer cette émission.

 

  


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