Saison
1999-2000
  Émission du mardi 28 décembre 1999
  


SEMAINE THÉMATIQUE :

L’héritage du 20e siècle

Émission N° 2

Il s’agit de la deuxième de quatre émissions d’une mini-série portant sur l’héritage d’une époque et la vision de la réalité qu’elle suggère. Ce qui revient à dire que nous allons esquisser un bilan modeste des grandes découvertes à portée philosophique, au sens large du terme, de notre siècle.

 

   

Le ou les secrets de la vie

   


Dans la première émission de cette série, nous avons parlé de la découverte de la planète et aujourd’hui, il sera question du secret de la vie. Le secret ou les secrets de la vie, je ne saurais dire, j’hésite entre les deux. Nous allons, entre autres, jeter un coup d’œil rapide du côté de l’infiniment petit, de la physique, de l’infiniment grand, de l’astrophysique, de la biologie qui a rattrapé le retard qu’elle avait pris par rapport à la physique à un moment, de l’évolution de la vie, et de Einstein, le personnage central de toute cette démarche, pour ainsi dire.

Il y a un certain nombre de grandes questions qu’on peut soulever qui constituent notre héritage et qui, curieusement, ont en commun ceci – et je m’excuse d’avoir à le préciser : tout cela témoigne que le bon sens disparaît [rires], c’est-à-dire que tous ces secrets que nous avons découverts ne peuvent pratiquement plus être exposés au niveau du discours ordinaire. Comme, par exemple…

Je constatais récemment avec beaucoup d’amusement que, dans un concours de fin d’année, de siècle et de millénaire, le magazine L’Actualité a fait un sondage pour demander à ses lecteurs quelle était selon eux la personne la plus importante du 20e siècle. Einstein s’est classé en haut de la liste. Pourtant, il n’y a pour ainsi dire personne y compris moi-même qui puisse exposer d’une façon simple, dans les mots de tous les jours, ce qu’est en fait la relativité. En tout cas, nous savons que c’est la clé d’un grand nombre de découvertes dans le monde de l’infiniment petit et aussi dans le monde de l’infiniment grand et que ça a contribué à éclairer beaucoup de secteurs.

 

  


   
   

Dans le monde de l’atome

 

Le négatif, le positif et le neutre : ce sont les éléments qui entrent dans la composition de toute la matière.

 

 

Je ne sais pas pourquoi mais, dans le monde des sciences, il semble difficile de trouver des explications claires et simples. En physique, par exemple, on pourrait nous dire que la matière est faite d’atomes et que ce sont les atomes qui composent la pierre, la fleur, l’animal et l’homme; que chaque atome comporte un noyau, des électrons plus ou moins nombreux qui tournent autour de lui comme les planètes tournent autour du soleil. Ça c’est la matière. Où ça se complique, c’est lorsqu’on se demande, par exemple, comment se fait-il que cette table devant moi soit solide?

L’électron est une particule simple, on ne peut pas le briser en particules plus petites. Le noyau lui-même est composé de nucléons – il en existe deux types : le proton à charge positive et le neutron qui est électriquement neutre. Le proton, lui, peut être brisé. On obtient alors parmi les morceaux un neutron et un positron. Le positron est la même particule que l’électron, mais sa charge électrique est inversée, donc un électron positif. Le neutron aussi peut être brisé. Les morceaux contiennent, entre autres, un positron et un électron. Curieusement, on y trouve les trois fils de tout raccord électrique complet : le négatif, le positif et le neutre. Ce sont les éléments qui entrent dans la composition de toute la matière.

Or, les électrons ont une durée pratiquement éternelle : des milliards et des milliards d’années. Je peux donc en arriver à dire qu’étant constitué de ces matériaux, je suis riche de toute l’expérience de l’Univers et suis à toutes fins pratiques éternel – de ce point de vue-là. Mais ce discours n’est pas idéal pour alimenter une conversation du samedi soir en prenant une bière, je vous l’accorde. C’est un peu difficile à admettre, et à saisir également, que toutes ces découvertes ne sont pas du niveau du bon sens. D’où l’idée que le gros bon sens s’est évanoui.

D’après :
PARÉ, Jean.
" Les personnalités
du millénaire ",
L’Actualité
,

décembre 1999.
 
  • L’apport de Einstein

J’ai sous les yeux l’article de Jean Paré dans ce numéro spécial de L’Actualité de décembre 1999, dans lequel il parle de Einstein, " en tête de la brochette de génies qui ont fouillé les secrets de la nature pour en révéler les lois et avec une année-lumière d’avance ".

 

" La théorie de la gravitation de Einstein est la réussite absolue de l’esprit humain et de l’imagination en ce siècle. "

voir:
Einstein,
le génie engagé
du siècle

 


" Prononcez le mot ‘ savant ’ et une image vous vient à l’esprit : celle d’un vieux bonhomme hilare qui amuse les enfants, la langue sortie, les cheveux un peu fous. Une binette inoubliable. Une sorte de professeur Tournesol ",
ainsi Jean Paré décrit-il Einstein. C’est incroyable de voir à quel point cet homme-là, considéré comme le scientifique le plus important du siècle, est peut-être surtout connu des gens par cette grimace qu’il a fait un jour à un photographe…

" Einstein a doté l’espace de propriétés auxquelles ni Euclide ni Newton n’avaient pensé, écrit John Maddox, ex-rédacteur en chef de la célèbre revue anglaise Nature. Il [Einstein] a redéfini la nature de l’Univers pour la première fois depuis l’accoucheur de la science, Isaac Newton (lequel soit dit en passant s’est classé dixième au palmarès de L’Actualité). Cela faisait trois siècles que les scientifiques cherchaient à expliquer la gravitation découverte par le monsieur à la pomme. La théorie générale de la relativité, qui est une théorie de la gravitation, a survécu à toutes les vérifications. Selon Maddox, l’opinion générale, chez les scientifiques comme dans le grand public, est que la théorie de la gravitation de Einstein est la réussite absolue de l’esprit humain et de l’imagination en ce siècle. "


" Si j’avais su, je me serais fait horloger. "
Einstein

 


On rappelle son parcours : " Né en 1879, il incarne la génération qui a presque tout inventé. Qui a fait presque toutes les grandes percées techniques (physique nucléaire, électricité, téléphone, cinéma, rayons X, avion, automobile…), qui a bouleversé le siècle, la vie de nos parents et celle de nos grands-parents. Élève quelconque, employé de bureau ayant élaboré la première théorie scientifique à peu près impénétrable pour le commun des mortels normalement intelligents et instruits – c’est tout de même extraordinaire! – il apparaît comme une sorte d’ange, de dieu de la science. On ne comprend pas mais il faut croire : l’éclair et le champignon de la bombe A ayant rendu sa théorie difficile à rejeter.

" Et ce Tournesol incarne aussi la conscience, de conclure Paré : ‘ Si j’avais su, je me serais fait horloger ", allait-il dire après Hiroshima. "

 Albert Einstein et la transmission des valeurs

 

  


   
   

Des origines extraterrestres de la vie

D’après :
MUZERELLE, Sophie.
" Les origines
extraterrestres
de la vie ",

Sciences et Avenir
,
novembre 1997.

 

Voilà une autre chose qui échappe au commun des mortels. Pendant tellement de temps, on a cru qu’il n’y avait rien autour de la Terre, et que nous étions tous seuls dans cet Univers immense... Puis, on a découvert tout à coup que la vie a évolué sur cette planète et qu’il est très possible, même vraisemblable, que la vie soit venue de l’extérieur de la Terre.

Évidemment, pas sous la forme d’êtres à deux pattes ou à quatre pattes, mais sous la forme d’acides aminés qui ont constitué, par la suite, la chaîne des végétaux, des animaux, etc. Ces acides seraient venus de météorites, comme l’aurait montré l’étude de nombreux acides aminés provenant de la météorite de Murchinson qui confirme que ces éléments de base du vivant constituant des protéines viennent, pour une grande part, de l’espace.

On dit ici que " les acides aminés analysés ont bien montré un excès d’énantiomères lévogyres, mais [que] ces résultats ne constituaient pas une preuve suffisante : la météorite pouvait avoir été contaminée par l’environnement terrestre. " On poursuit en donnant des explications scientifiques auxquelles je ne comprends rien – pour vous dire la vérité. Soyons donc simple et admiratif.

" Cette série d’expériences, dit le professeur Bernard Barbier du Centre de biophysique moléculaire du CNRS à Orléans, confirme bien l’idée d’une origine extraterrestre des acides aminés. Nos acides aminés ont plusieurs provenances possibles mais l’origine extraterrestre reste prépondérante. " Pendant ce temps-là, d’autres chercheurs sont partis à l’aventure mais il s’agit d’un périple qui ne relève pas de la science comme telle car il est plutôt de nature mystique.

Hartmann et la musique de Gurdjieff

Je pense, par exemple, aux pièces musicales composées par M. Hartmann qui était un scientifique, un conférencier, un homme d’une très grande valeur en soi, et qui a été le disciple de Gurdjieff à un moment de sa vie. Il a beaucoup appris de lui sur la musique, sur la théorie des sons, l’agencement des harmonies, etc.

Ce n’est pas une musique facile, mais à l’émission, on aime de temps en temps vous confronter avec des choix musicaux stimulants, si parfois ils ne sont pas écrasants. Ça dépend… [rires]

J’ai parlé de Gurdjieff à plusieurs occasions. Je rappelle qu’il a vécu des expériences nombreuses en Inde, en Chine, au Tibet, chez les soufis, dans les Balkans, etc. et, entre autres choses, il est arrivé à une théorie sur les sons et les harmonies. C’est donc à partir de certains principes recueillis au cours des voyages de Gurdjieff que Hartmann a trouvé la matière qui lui a permis de composer des hymnes sacrés.

Dans une publication récente, j’ai vu qu’on avait repris cette vieille formule qui consiste à demander aux gens : Si vous partiez sur une île déserte, quels livres, quelles pièces musicales… emporteriez-vous? Mais cette fois, la question s’adressait à des scientifiques et l’un d’entre eux a répondu, à propos de la musique, qu’il partirait justement avec les enregistrements de Hartmann inspirés par les théories des sons de Gurdjieff.

  


   
   

L’évolution telle qu’on la comprend aujourd’hui

D’après : "
 La théorie de Darwin
a-t-elle été
confirmée? ",
Eurêka
,

N° 46H, 1999.

 

 

Parmi les choses avec lesquelles il va falloir apprendre à vivre, il y a la théorie de Darwin qui a été confirmée. Mais je crois important d’apporter une précision : ce n’est pas vrai que Darwin a dit que nous descendions du singe.

En fait, Darwin a affirmé que nous étions, les singes et nous, descendants d’un ancêtre commun; ce qui n’est pas la même chose. On sait maintenant, par exemple, que 99 % des gènes des singes bonobos sont semblables aux nôtres dans l’ADN… Donc il existe encore 1% de différence, pour le temps où ça va durer… [rires] L’intelligence est un grand risque, comme chacun sait.

Si je vous pose la question : l’homme et la vache ont-ils un ancêtre commun?, que répondrez-vous? Dans le sondage d’un magazine, 21 % des Français ont imaginé l’existence d’un lien biologique entre ces deux mammifères, plus de la moitié d’entre eux (51 %) s’y refusent, donc 1 % au-dessus de 50 ça fait la majorité, d’après ce qu’on comprend ici. Et ceux qui avouent ne pas savoir : 28 %. " C’est dire si l’idée de l’évolution des êtres vivants au cours du temps, l’évolutionnisme et particulièrement la théorie de l’évolution telle qu’elle a été proposée par Charles Darwin en 1859, est encore loin de couler de source ", écrit-on dans cet article de Eurêka dont je vous ai déjà rapporté l’essentiel.

Encore là, le bon sens est dépassé et comme, habituellement, le bon sens nous apparaît comme la bouée de sauvetage de tous les raisonnements, on se dit : Avant qu’on puisse me trouver un ancêtre commun avec les vaches, il faudra se lever de bonne heure. Eh bien c’est une erreur! Darwin postulait l’existence d’ancêtres communs à des formes présentant des ressemblances; c’est le cas notamment de l’homme et des autres primates, mais aussi de l’homme et des autres mammifères, et ensuite de l’homme et des autres formes de vie. Un autre chercheur, Lamarck, a fait appel dans sa démarche à l’action de l’environnement. C’est ainsi que le cou des girafes s’est allongé pour mieux atteindre les hauts feuillages, dit-on.


" Au fur et à mesure des générations, ce principe de sélection naturelle conduit à un changement graduel des populations. "

 

 

" La lutte pour l’existence, la survie (ou survivance) n’est pas complètement le fait du hasard car elle dépend aussi de la constitution génétique des survivants, c’est-à-dire les caractères avantageux. Inégale, cette survivance constitue un processus de sélection naturelle. Au fur et à mesure des générations, ce principe de sélection naturelle conduit à un changement graduel des populations, à une évolution avec création de nouvelles espèces (spéciation) et la disparition d’autres espèces (extinction) – quand elles ne peuvent pas s’adapter à un nouvel environnement, etc.

Ceci amène Darwin à formuler le concept d’ancêtre commun à des formes qui, dans le passé ou le présent, offrent entre elles des ressemblances, comme le loup, le renard et le chacal. Concept qu’il applique aussi à l’homme en 1871 dans De la descendance de l’homme en liaison avec la sélection naturelle – un grand classique. – Il affirme dans cet ouvrage que l’homme et les autres primates doivent avoir un ancêtre commun. Cet épisode de l’histoire de l’évolution fit scandale à l’époque. Ce qui donna lieu à de nombreuses caricatures de Darwin dans les journaux victoriens. – Évidemment, Darwin déguisé en gorille, etc. Vous vous rendez compte… en 1871! C’est à peine si on arrive à gober ça aujourd’hui. Et encore, le gober, c’est une chose mais être capable de le comprendre, c’est une toute autre histoire.


" L’apparition de nouvelles espèces pourrait se faire de manière brusque, par sauts. "

 


Je lis ici : " La découverte vers 1900 des mutations ouvre la voie à l’idée selon laquelle l’apparition de nouvelles espèces pourrait se faire de manière brusque, par sauts. Un processus qui ne s’accorde guère avec l’évolution graduelle de Darwin. " Si je donne ces détails, c’est pour montrer jusqu’à quel point la théorie darwinienne s’est enrichie depuis le temps. Peut-être aussi va-t-on vers un autre stade de cette théorie?

" L’alliance de la biologie de développement et des immenses progrès de la génétique moléculaire (découverte de l’ADN, de l’ARN, déchiffrage du code génétique, du séquençage des gènes...) ont fait avancer la compréhension des changements morphologiques et fonctionnels intervenant entre ancêtres et descendants. […] Véritable révolution, ces gènes contrôlent la formation des organes et organismes. Une mutation sur un seul d’entre eux peut avoir des conséquences morphologiques immenses, comme l’apparition d’une multitude d’yeux sur un segment donné du corps ou la disparition de la queue d’un invertébré marin. "

Bref, la transformation se fait au niveau des gènes. Il y a un gène qui tout à coup arrive, un peu différent des autres, et hop! l’individu qui le porte apparaît sous une forme différente.

Pour terminer, voici ce qu’en conclut l’auteur de l’article : " Il n’empêche que, globalement, la théorie de l’évolution de Darwin, elle-même fille du transformisme de Lamarck, s’est trouvée confortée depuis près de 150 ans. Darwin est bien l’un des grands visionnaires de la science moderne. "

 

  


   
   

La légende de la vie d’Albert Jacquard

D’après :
JACQUARD, Albert.
La légende de demain
,
Éd. Flammarion, 1992.

 

 

Dans une collection constituée de grands livres reliés, magnifiques, chez Flammarion, on trouve cet ouvrage intitulé La légende de demain, de Albert Jacquard.

Il fait observer que : " La diversité des êtres vivants est une constante interrogation. L’hypothèse ‘ fixiste ’ supprime tout problème. Mais elle n’est guère satisfaisante pour ceux qui savent discerner, derrière la multiplicité des apparences, la présence de solutions adoptées à la fois par des espèces marines et des espèces terriennes. " Il cite Empédocle, qui admirait Darwin tout en précisant que ce dernier n’avait pas pu trouver l’explication au phénomène de l’évolution car il lui manquait une connaissance de la biologie moléculaire.

Puis, au bout du compte, arrive l’homme dans cette évolution. " Une femme, un homme. Deux objets faits des mêmes constituants que ce qui les entoure, ainsi s’exprime Jacquard. Mais ils se regardent et s’émerveillent. Le regard qu’ils portent l’un sur l’autre les transforment, les construit : chacun est un être capable de faire des projets et de s’interroger sur lui-même. Pendant des milliards d’années, l’évolution des êtres vivants est passée par les voies les plus étranges, mais cette exploration a toujours suivi le même processus. Chaque jour résultait du jour précédent.


" Cette femme, cet homme sont merveilleux non par leur beauté apparente, mais par leur appartenance à l’espèce qui sait façonner son avenir. "

 


" Les lois de l’Univers imposaient les transformations, le présent se construisait à partir du passé. Ce cheminement aveugle a fait surgir un être capable d’inverser les causalités : l’homme sait que demain existera, et agit aujourd’hui en fonction de demain. Cette femme, cet homme sont merveilleux non par leur beauté apparente, mais par leur appartenance à l’espèce qui sait façonner son avenir. "
Je trouve que c’est un très beau texte.

Il y a plusieurs échelles possibles pour considérer l’évolution. On peut oublier l’étude des roches et de l’eau, ce qui est beaucoup à mettre de côté, pour remonter aux acides aminés pour expliquer la vie (natura naturans) sur la planète Terre. On a même parlé d’origine extraterrestre possible, probable.

Mais d’où venaient ces acides aminés?
C’est la grande question de l’évolution de l’Univers.

  


   
   

Hubert Reeves : notre vie dans le Cosmos

D’après :
REEVES, Hubert.
" Nous avons acquis
une conscience
accrue des dangers ",

Ça m’intéresse.

 

 

 

Darwin, lui, ne s’attacha qu’à l’évolution de la vie sur la planète. Hubert Reeves quant à lui, parle d’observation astronomique et des dernières décennies qui ont largement contribué à confirmer la théorie du Big Bang. C’est là, à cette étape peut-être, que la vie aurait vraiment commencé.

" L’apparition et le développement de la vie sur la Terre nous étaient déjà familiers, ainsi, d’ailleurs, la naissance et la mort des étoiles, explique Hubert Reeves dans Ça m’intéresse. À cela, l’astronomie contemporaine a ajouté une nouvelle dimension : l’Univers lui-même est globalement soumis au changement. Nous vivons dans un cosmos qui est apparu il y a environ 15 milliards d’années. À cette époque, il était dans un état totalement instructuré. Au cours des ères, on a vu se former un ensemble de structures toujours plus complexes. Les atomes et les molécules, d’une part; les galaxies et les étoiles d’autre part, et les êtres vivants des cellules jusqu’aux humains. – On voit que maintenant toutes les échelles se complètent.

" L’histoire de l’Univers est celle de la croissance de la complexité à partir d’un ‘ chaos ’ initial jusqu’à la structure la plus performante à notre connaissance : le cerveau humain. Pendant ces mêmes années, nous avons acquis une conscience accrue des dangers qui pèsent sur l’humanité. La menace d’une guerre nucléaire mondiale s’est largement estompée depuis le démantèlement de l’Union soviétique. Mais la prolifération des arsenaux nucléaires qui se poursuit activement pourrait encore provoquer des catastrophes redoutables. "

On se trouve à regrouper un peu les conclusions qu’on a communiquées dans la précédente émission sur l’écologie et sur la découverte de la planète Terre.
Pour combien de temps, disions-nous?
Reeves parle aussi de
la détérioration de la biosphère.


" La crise que nous vivons en ces décennies pose une question fondamentale : la complexité a-t-elle un avenir? "

 

 

" La juxtaposition de ces deux thèmes : croissance de la complexité d’une part  et donc de la connaissance en général, pourrions-nous ajouter et menace sur la vie, d’autre part, met en relief l’importance de la crise que nous vivons en ces décennies. Cette crise pose une question fondamentale : la complexité a-t-elle un avenir? – Comme on se demandait hier, en fin d’émission, si l’intelligence en a un… Ou bien, est-elle irrémédiablement destinée à s’annihiler quand elle a atteint un certain niveau d’efficacité? La réponse n’est écrite nulle part; elle dépend de nous seulement. C’est nous qui en déciderons ", affirmait Hubert Reeves, astrophysicien, dans une entrevue qui portait sur la question de notre rôle dans l’Univers.


" Le 21e siècle sera vert où il n’y aura pas de 22e siècle. "

 

 

J’ai trouvé aussi ce petit extrait d’une lettre qu’il a lue sur les ondes depuis Paris, le 28 février 1999 : " À propos du 21e siècle, André Malraux écrivait : ‘ Il sera spirituel ou il ne sera pas. ’ En le paraphrasant, je dirais : le 21e siècle sera vert où il n’y aura pas de 22e siècle. "

 

  


   
   

Pierre Teilhard de Chardin et l’évolution de la conscience

D’après :
MICHELET, Sylvain.
" Teilhard de Chardin et
la matière consciente ",

Nouvelles Clés
,
février-mars 1994.

 

 

Cela nous amène, à propos de la complexité, à parler brièvement de ce rapprochement entre une pensée scientifique et une certaine pensée spirituelle ou mystique auquel nous assistons.

Pierre Teilhard de Chardin affirmait : " Pressés les uns contre les autres par l’accroissement de leur nombre et la multiplication de leurs liaisons, serrés entre eux par l’éveil d’une force commune et le sentiment d’une angoisse commune, les hommes de l’avenir ne formeront plus, en quelque manière, qu’une seule conscience. "

Pour Teilhard de Chardin, on a d’abord des particules, puis l’atome et ensuite des groupements d’atomes sur les corps simples du fameux tableau de nos classes de chimie. " En multipliant les assemblages, en les complexifiant, la matière devient molécule, puis cellules, bactérie, végétal, animal, explique Sylvain Michelet dans un article de Nouvelles Clés qui porte sur la pensée de Pierre Teilhard de Chardin. Cet axe vers toujours plus de complexité dont l’être humain n’est que le degré ultime actuel, a une particularité importante : l’évolution n’y est pas régulière mais procède par une série de sauts quantitatifs et qualitatifs. "

" Il nous faut décider à faire dans la physique de l’Univers
une place aux puissances de la conscience, de spontanéité, d’improbabilité,
que représente la vie "
,
affirme Teilhard de Chardin.

 

" Il existe un autre principe fondamental de l’organisation de l’Univers, une autre dimension : l’infiniment complexe. "

 

 

" Pour cela, commente l’auteur de l’article, Teilhard de Chardin propose une nouvelle direction de recherche. En plus de l’infiniment grand que nous explorons avec nos télescopes, de l’infiniment petit que nous tentons de déceler avec les accélérateurs de particules, il existe un autre principe fondamental de l’organisation de l’Univers, une autre dimension : l’infiniment complexe. En partant de la particule la plus élémentaire pour arriver à l’organisme le plus sophistiqué, on peut aligner toute la matière inerte ou animée le long d’un axe, du plus simple au plus complexe. "

C’est le grand thème qu’on peut extraire de la pensée de Teilhard de Chardin : la complexité débouche sur plus de conscience.
Aurons-nous assez de nos vies, de celles de nos enfants, d’
un troisième millénaire pour accomplir un tel programme?

  


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