Saison
1999-2000
  Émission du jeudi 2 décembre 1999
   

Jeanne Guesné : sur les traces de la conscience

 

D'après :
GUESNÉ, Jeanne.
" La voie mystique ", Nouvelles Clés, N° 20, hiver 1998-1999.

 

 

" Il arrive un jour où l’on sent que l’on est deux, dit Jeanne Guesné : un personnage dans un corps en correspondance avec son environnement et ‘ quelque chose autre ’ comme un témoin invisible et indicible. "

Selon cette auteure, il s’opérerait, à un moment, comme une mue : " L’existence continue, apparemment sans changement, mais plus rien n’est pareil à partir du moment où l’on a pris conscience qu’on est habité par un témoin au-dedans de soi. – Les drames actuels des sociétés humaines résultent de la disparité énorme entre l’évolution accélérée des technologies et le manque de maturité psychologique de l’homme. Et cependant, dans la nature universelle, dans les formes qu’elle crée se révèle une intelligence, une intention de perfectionnement qui nous interpelle ", explique-t-elle.

Dans un petit exposé qui est paru dans le N°20 de Nouvelles Clés, Jeanne Guesné fait allusion à l’enseignement qu’elle a reçu de Gurdjieff : " Je ne peux avoir qu'une immense reconnaissance pour l'enseignement de G.-I. Gurdjieff auquel je dois tant. Il enseigna la méditation sous forme du ‘ rappel à soi-même ’. "

À propos du rappel à soi

Le rappel à soi est une formule qu’on a souvent employée. Je vous rappelle en quoi elle consiste : si je regarde ma montre, par exemple, je ne suis pas nécessairement conscient de moi-même, mais le rappel à soi, qui est une forme de méditation, consisterait à regarder ma montre tout en étant conscient que je regarde ma montre. Cela fait peut-être une cinquantaine de fois au cours des vingt-neuf dernières années que je parle de cette technique que l’on doit à Gurdjieff, qu’on retrouve du reste, mais d’une façon moins explicite, dans d’autres écoles de pensée, entre autres chez Dürckheim.

  Une technique de rappel à soi

 

  
Chez Gurdjieff, c’est clair : il faut apprendre à être conscient d’être. C’est extrêmement important dans son enseignement et ça l’est tout autant pour quiconque veut faire ce genre d’expérience parce que ça nous permet de prendre une distance par rapport à l’autre –
le personnage qui est en correspondance avec son environnement – que nous sommes aussi. Il s’agit donc ici d’une dimension qui suppose une forme très évidente de survie, puisqu’on pourrait dire que le personnage en correspondance avec son environnement disparaît à un moment mais que le quelque chose autre, ce témoin dont elle parle, subsiste.

 

Aimer, au fond, c’est s’ouvrir à la vie.

 
  • La conscience après la mort

C’est assez différent de ce que je vous ai communiqué hier à partir de la pensée du philosophe français André Comte-Sponville qui, lui, est d’une très grande rigueur. Dans la mesure où on ne le sait pas rationnellement, il préfère prendre la position qui ne supposera pas une continuité dans une autre dimension après la mort du corps physique. J’avoue que cette façon d’aborder la chose me paraît très intéressante parce qu’elle nettoie toutes les bavures qui sont venues avec tous les enseignements à propos de l’au-delà, au point de ressembler à une espèce de cour des miracles.

Ce que Comte-Sponville nous dit, c’est tout simplement : vivez donc le moment présent le plus possible et essayez de compenser le manque d’explications à certains phénomènes ou l’explication en profondeur sur la réalité du monde par l’amour qui peut tenir lieu de tout, qui nous permet d’évoluer et d’être correct avec soi-même et les autres, si on se place dans la position de dire : moi, je m’ouvre à la vie. Car aimer, au fond, c’est s’ouvrir à la vie.

 
  • L'énergie

En parlant de l’énergie, J. Guesné précise que la médiation enseignée par Gurdjieff était liée " au processus par lequel l’énergie supérieure contenue dans l'air que nous respirons est assimilée. […] C'est elle qui assure la gestation intemporelle de la transformation : l’état de transmission. De très profonds secrets sont liés à la transmutation de ces énergies supérieures. Les paramètres que je peux donner sont : vigilance, patience et persévérance. "

Je suis bien conscient que ce n’est pas un programme facile à suivre. Mais il est encore temps d’ajouter cette dimension à la réalité, si on veut trouver un sens à sa propre vie.

 

D'après :
GUESNÉ, Jeanne. " Prêter attention ", Nouvelles Clés, N° 7, automne 1995.

 
  • L'éveil de la conscience

Dans son livre testament qui est Le troisième souffle, elle parle " du saut qualitatif que doit opérer l’espèce humaine à travers l’expérience de chacun de nous, pour passer du corps grossier au corps subtil ", écrit-on en introduction d'un article qu'elle signait dans le N° 7 de la revue Nouvelles Clés : " Prêter attention ". Il s'agit donc de l’éveil spirituel, autrement dit, qui donne lieu à la prise de conscience d’une énergie qui est notre essence.

" Chacun de nous s’est imposé inconsciemment un masque pour se protéger de l’inconnu, écrit-elle. Or, le propre du travail intérieur est de gommer ce masque avec patience et persévérance – car il se reconstitue inlassablement. Tant qu’il n’aura pas reconnu son esclavage imposé par les autres invisibles (pensées négatives, désirs insatisfaits, angoisse, peur, etc.) qui envahissent son personnage habituel et gouvernent toutes ses réactions, l’homme ne pourra faire allégeance à l’Être qui habite son ultime profondeur et attend son ‘ retournement ’, c’est-à-dire son éveil ", donc la prise de conscience.

 

" Notre corps recèle une masse d’énergie qui réclame notre participation consciente pour se libérer. "

 


Plus loin, elle fait observer que " notre corps recèle une masse d’énergie qui réclame notre participation consciente pour se libérer. Lorsque nous sommes totalement à l’écoute – corps, sentiments, pensées –, cette énergie devient ‘ dynamique ’ et le corps vivant. Goûtez-en la saveur une seule fois et vous en retrouverez le goût dans la vie quotidienne. […]

" Arrive un jour où l’on sent que l’on est deux. "

 – J’aime le dire à son sujet comme j’aime le dire à propos du mien (mieux vaut se répéter que de se contredire, quand on prend connaissance de l’autre, du témoin à l’intérieur de nous)

" À partir de là, s’opère une rupture qui brise un rythme "

 – entre les deux personnages avec distance continue, apparemment sans changement, mais plurielle et semblable. On le fait souvent de façon inconsciente mais il faut arriver à être conscient qu’il y a en nous cette dimension du " témoin invisible et indicible ", pour reprendre ses mots.

" On sait que le corps va mourir un jour, poursuit-elle, mais ce qui le sait en est indépendant, et la mort ne le concerne pas – c’est de nature spirituelle. – Cela est une certitude inexprimable mais qui ne demande aucune explication pour être. Il suffit de demeurer disponible à son expression en soi, disponible à son écoute. "

 

" Le réel est l’intervalle entre deux existences. "

 


Un peu plus loin dans ce texte, Jeanne Guesné parle de quelque chose que je trouve très intéressant : " Le réel est l’intervalle entre deux existences ", affirme-t-elle. Selon elle, tout se trouve dans l’intervalle, et c’est cette idée que je trouve extraordinaire.

Dans la méditation, par exemple, l’espace qui existe entre l’inspiration et l’expiration, pendant qu’on est suspendu entre ces deux moments, c’est cela l’intervalle, un vide plein. Et si l’on se trouve dans un état réceptif, la paix devient accessible pendant ce court intervalle.

" Nous existons au dixième de nos potentialités. Je comprends l’émotion que j’ai ressenti au cours d’une émission télévisée lorsque Bernard Pivot posa la dernière question à son invité : ‘ À la fin de votre existence, lorsque vous arriverez devant Dieu, que souhaiteriez-vous qu’il vous dise? ’, relate-t-elle. Peter Brook – l’homme de théâtre britannique qui vit en France – répondit : ‘ Les répétitions sont finies. ’ " C’est le temps de passer aux choses sérieuses, autrement dit.


D'après :
GUESNÉ, Jeanne.
La conscience d'être ici et maintenant,
Éd. Arista, 1983. Préface de Daniel Jeandet.
 


  • De la conscience d'être

Jeanne Guesné est l’auteure de plusieurs ouvrages dont, le plus connu est Le grand passage – en tous les cas, il a soulevé pas mal de poussière… Dans ce livre, elle raconte plusieurs de ses expériences, ce qui lui a valu une correspondance de nombreux lecteurs, comme en témoigne Daniel Jeandet dans la préface de La conscience d'être ici et maintenant, un autre de ses livres paru chez Arista.

" Elle dit être parvenue volontairement, à plusieurs reprises, au dédoublement de sa personne, relate le préfacier : la conscience existant hors du corps dont elle devenait le spectateur, et accomplissant d’ineffables voyages dans une éblouissante clarté. La sincérité de son témoignage est pour moi hors de doute. "

" Ma vie ne se termine pas en cessant de participer à celle de mon corps. Elle peut exister hors de lui. "

 

 

Dans l’avant-propos de son ouvrage, Jeanne Guesné écrit : " Ma vie ne se termine pas en cessant de participer à celle de mon corps. Elle peut exister hors de lui. Telle est l’évidence que quarante années d’expérience me confirmèrent. Le fait de prendre contact avec les différents modes de manifestation de la vie en-dehors de notre monde physique représente pour moi une certitude d’une valeur inexprimable. "

Vous accorderez l’importance que vous voudrez à un témoignage comme celui-là. Certains diront que c’est une folle, d’autres seront d’avis que c’est intéressant de visiter ainsi des contrées qui ne sont pas accessibles au commun des mortels. Madame Guesné est une femme extrêmement sensée qui a les pieds sur terre et c’est loin d’être une personne éclatée, croyez-moi. Elle donne encore sans doute des conférences, anime des ateliers, etc.

 

La pensée principale de Jeanne Guesné : " Être à l’écoute de son être sans référence d’aucune sorte, et voir. "

 

 

C’est toujours la même pensée qui revient dans son œuvre : " Être à l’écoute de son être sans référence d’aucune sorte et voir. Peut-être pour un instant aurez-vous connaissance du témoin immobile et muet, plus réel que vous-même, plus proche de votre propre raison, qui, immuable, jouxte votre existence de sa naissance à sa mort. Ce témoin je l’appelle LA PRÉSENCE. – Je m’aperçois que j’ai emprunté beaucoup du vocabulaire de Jeanne Guesné au cours des années. Il faut dire qu’on y retrouve, en grande partie, celui de Gurdjieff et d’autres enseignements.

" [La présence], elle est sagesse, elle est silence, elle est action pure. "

" Pour moi, poursuit-elle, la vie intérieure est aussi réelle, plus réelle même que l’être, dont tant de nous se suffisent. Je la nomme souvent ‘ la vie dans la vie ’. C’est à sa découverte sans cesse renaissante au sein de notre intériorité que je vous invite au cours de ces pages. "

Dans le premier chapitre de son ouvrage, " L'ascèse ", elle écrit : " J’ai remarqué le rapport existant entre mon ‘ humeur ’ psychologique et l’atmosphère des paysages parcourus durant l’expérience hors corps. – Qui est assez semblable à celle de l’expérience onirique du rêve, mais on parle ici du rêve conscient. La différence chez elle, c’est qu’elle est parfaitement consciente de vivre des expériences dans une autre dimension, de la même conscience qui vous habite maintenant à l’état de veille. C’est la particularité de ce type d’expérience.

Carl Jung disait d’ailleurs que " la structure et la physiologie du cerveau ne permettent pas d’expliciter le phénomène de la conscience ". Je sais des scientifiques qui ne seraient pas d’accord avec ça en disant : Jung ne savait pas tout ce qu’on sait maintenant! Mais la chose n’est peut-être pas aussi claire dans un sens comme dans l’autre.

" La vie universelle est continue; la vie personnelle est discontinue. "

 

 

" Qui est l’observateur? Qui voit? Voilà la grande question… La personnalité Jeanne Guesné ‘ regarde ’. Mais la ‘ conscience ’ en Jeanne Guesné voit, et l’Être est. La vie universelle est continue; la vie personnelle est discontinue. C’est pour moi une évidence, affirme-t-elle. Le passage hors de mon corps, la vie vécue hors de mon organisme habituel, c’est aussi le passage de ma petite vie individuelle à la vie universelle.




" La goutte d’eau
Jeanne Guesné prend conscience d’elle-même
dans l’océan mais ne disparaît pas en lui, seules ses limites
personnelles disparaissent. J’avais voulu passionnément
comprendre la mort, et c’est l’universalité de la vie qui m’apparut. "
  


Je trouve cet ouvrage absolument remarquable.

On a donc cheminé un peu en compagnie de Jeanne Guesné à partir de son ouvrage La conscience d’être ici et maintenant, aux éditions Arista, ainsi que de quelques extraits d’articles parus dans le magazine Nouvelles clés.

  


   
   

Le temps atomique


D'après :
XUAN THUAN, Trinh.
La mélodie secrète, Éd. Fayard, Coll. " Le temps des sciences ", 1988.

" Une équipe de physiciens a démontré que la gravité ralentit le temps. "

 


Je viens de prendre connaissance, une fois encore, de l’expérience qui a été faite avec les horloges atomiques qui mesurent le temps de la manière la plus précise qui soit. Un physicien en explique le principe :

" Synchronisez deux horloges atomiques, laissez-les côte à côte et demandez à vos descendants lointains de revenir plusieurs milliards d’années plus tard. Ils constateront que les deux horloges ne différeront que de moins d’une fraction de seconde. Utilisant ces produits fabuleux de la technologie moderne, une équipe de physiciens a démontré que la gravité ralentit le temps. Une horloge atomique a été emportée dans l’espace où la gravité terrestre est plus faible qu’au sol. Au retour, on a comparé l’heure qu’elle indique à une horloge restée au sol et l’horloge restée au sol retarde de quelques milliardièmes de seconde : le temps de l’horloge restée au sol dans un champs de gravité plus lent a passé plus lentement. De nouveau, la relativité triomphe sur le bon sens. "

Ce que je vous communique est tiré d’un chapitre d’un ouvrage que j’intitule pour mon plaisir " Feu le bon sens ", car le bon sens, explique le physicien, est mort en 1917 avec la découverte de la relativité.

L’ouvrage que j’ai sous les yeux s’intitule La mélodie secrète, paru chez Fayard, et ça en est un de vulgarisation scientifique, relativement lourde cependant, de l’auteur vietnamien Trinh Xuan Thuan. J’y reviens de temps en temps parce que ça me paraît rassurant de fréquenter la lecture d’un être comme celui-là. C’est un scientifique de grand abattage, un astrophysicien et dans ce livre, il parle du temps, de l’espace, de la gravité, etc.

À propos du temps, par exemple, il écrit : " Le temps qui a perdu son caractère universel, qui se dilate ou se contracte selon mes mouvements. Et l’espace qui en fait de même. Et la gravité qui se mêle à la danse et déforme aussi l’espace et le temps. – Et cette pensée date de 1917, vous vous rendez compte? Le bon sens se porte mal… Et ces trous noirs où toute l’éternité peut passer en un clin d’œil. Tout cela met à mal mon intuition et mon bon sens. – D’où cette formule que j’adore : Feu le bon sens!

" ‘ Je ne comprends pas! ’ Cette réaction est bien naturelle, dit notre physicien Trinh Xuan Thuan : nous éprouvons tous un besoin instinctif de ramener dans le cadre du bon sens quotidien des concepts nouveaux et étrangers, de réduire la réalité à des images familières. Quand ça ne marche pas, quand notre intuition est bafouée, quand nos idées et nos croyances les plus chères sont foulées aux pieds, quand notre ‘ bon sens ’ est balayé d’un revers de main, alors nous levons les bras au ciel et nous crions : ‘ Je ne comprends pas! ’

" Et pourtant, il n’y a rien à comprendre.
La nature est ainsi faite.
Il faut l’accepter comme elle est. "

" Notre intuition et notre bon sens fondés sur les événements quotidiens sont de bien mauvais guides quand il s’agit de l’infiniment petit ou de l’infiniment grand, de l’atome ou de l’univers. Einstein a pu (car c’est lui, évidemment, qui a démarré le bal en 1917), en rejetant le bon sens quotidien, construire cet immense monument de la pensée qu’est la relativité. "

Je ne sais pas pour vous ce qui en est mais, personnellement, je suis dépassé par tout ça lorsqu’on parle du temps qui se dilate et se contracte...

  


   
   

Le principe anthropique fort

 

D'après :
XUAN THUAN, Trinh . Trinh Xuan Thuan un astrophysicien – Entretien avec Jacques Vautier, Éd. Beauchesne-Fayard, Coll. " Scientifiques et croyants ", 1992.

voir:

L'homme dans le
cosmos : Entretien
avec Trinh Xuan
Thuan
 

Tout ça pour en venir à un autre livre de cet auteur vietnamien qui est tiré d’un entretien avec Jacques Vautier, paru chez Beauchesne-Fayard, dans la Collection " Scientifiques et croyant ". Trinh Xuan Thuan est de l’opinion que le principe anthropique est défendable (et non l’entropie). Pour faire la différence entre ces deux mots, je préciserai que l’entropie, c’est la décélération, quand le mouvement s’arrête. On parle de force entropique quand le froid arrive et que le chaud cède, etc. Anthropie vient d’anthropos qui veut dire homme.

  • L’univers avait un projet

" Le principe anthropique comme l’a nommé l’astrophysicien britannique Brandon Carter parle du lien qui unit l’homme à l’Univers, explique l'astrophysicien. Il s’élève contre la vision désespérante de penseurs comme le biologiste Jacques Monod, pour qui ce lien n’existe pas : ‘ L’homme a émergé par hasard dans un Univers qui lui est indifférent. ’ – C’est la phrase très célèbre de Jacques Monod, au sujet de laquelle bien des gens ont discuté à savoir si la formule est fondée ou pas.

  • Les principes anthropiques faible et fort

Trinh Xuan Thuan est d’avis qu’elle n’est pas fondée parce qu’il y a une intention dans la nature, comme si l’Univers avait un projet. Puis il explique qu’il existe un principe anthropique fort (celui qui est reconnu par plusieurs scientifiques) et le principe anthropique faible, plus facile à comprendre je vous dirai. Dans le premier cas, l’effort rationnel qui est exigé des gens est plus grand que dans l’autre [rires].

L’anthropique faible, c’est quand un projet assez vague d’évolution contient la dynamique d’un projet allant dans le sens d’une évolution. Tandis que l’anthropique fort, c’est beaucoup plus que ça : " Il suppose une intention dans la nature; il dit que l’Univers tend vers l’homme ", ou vers l’existence de créatures qui sont susceptibles d’avoir un niveau de conscience qui leur permettent de se poser le genre de questions qu’on se pose maintenant. Ça me chagrine de penser que mon chien ne peut pas entrer dans notre univers. Mais lui, ce qu’il aime le plus c’est la musique.

" La version faible du principe anthropique est évidente, explique l'auteur : les propriétés de l’Univers doivent être compatibles avec notre existence. " C’est-à-dire que si les propriétés de l’Univers n’étaient pas compatibles avec notre existence, nous n’existerions pas. Là-dessus, Trinh Xuan Thuan dit : " Nous savons que nous existons et les propriétés de l’Univers doivent être réglées de façon à favoriser notre présence. Le principe anthropique faible est tellement évident qu’il est accepté par tous les scientifiques. Ce qui est beaucoup plus controversé, c’est la version forte. Le principe anthropique fort suppose une intention dans la nature. L’Univers tend vers l’homme. "

Là-dessus, il cite le physicien anglo-américain Freeman Dyson. C’est très important et je suis sûr que vous n’avez pas l’impression qu’un scientifique réputé peut dire une phrase comme celle que je vais vous communiquer :

" Quelque part, l’Univers savait que l’homme allait venir. "

 

 


 
  • Pour l'élargissement du principe anthropique fort à la conscience

Notre auteur commente : " Je voudrais ici élargir ce principe d’anthropie. Je parle de l’homme mais il est probablement plus exact de parler de ‘ conscience ’ ou d’‘ intelligence ’ capable d’appréhender la beauté et l’harmonie de l’Univers. – En effet, parce qu’il y a peut-être dans l’Univers d’autres êtres qui sont conscients de l’Univers et qui sont très différents de nous.

" Jusqu’à nouvel ordre, l’homme (avec peut-être quelques espèces animales qui lui sont proches) c’est très bouddhiste comme pensée mais il faut dire qu’il est bouddhiste, justement représente la seule forme de conscience et d’intelligence que nous connaissions. Mais une intelligence extra-terrestre sur une autre planète, autour d’une autre étoile, pourrait aussi bien faire l’affaire. – J’aime bien son discours car il est modeste.

" Je suis toujours stupéfait quand je pense que les 100 milliards de neurones qui sont dans mon cerveau ont pu atteindre un degré d’organisation suffisamment complexe pour découvrir les lois physiques et mathématiques qui gouvernent l’Univers. Comment ce système neuronal a-t-il été agencé pour que nous puissions prendre conscience de l’Univers qui nous a produit? Car nous ne sommes que poussières d’étoiles, faits d’éléments chimiques élaborés dans les creusets stellaires, expulsés dans le milieu interstellaire par les supernovas. – Quel trip de l’infiniment petit dans l’infiniment grand!

" Ces éléments se sont agglomérés pour former les planètes, havres de la vie. Il n’y a aucune raison, a priori pour que ne puissions découvrir des lois qui semblent si bien épouser les contours sinueux de la nature. Et ces lois que nous mettons en place dans un petit coin du monde, sur ce petit grain de sable de l’Univers, peuvent expliquer des phénomènes qui se passent à des milliards d’années-lumière. […]

" C’est cet étonnement que Einstein a voulu exprimer en disant que ‘ ce qui est incompréhensible, c’est que l’Univers soit compréhensible ’, ou encore le physicien hongrois Eugène Wigner lorsqu’il parlait de ‘ l’efficacité invraisemblable des mathématiques ’ à décrire le monde.

" Le principe anthropique repose sur le constat que l'Univers semble être réglé avec une précision extraordinaire pour que la conscience apparaisse. "

  


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