Saison 1999-2000 |
Émission du lundi 29 novembre 1999 | ||
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Hommage à Josée Blanchette |
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Photo :
Jacques Grenier, Le Devoir |
Josée Blanchette est une consœur de qualité, et c’est pourquoi je tiens à souligner le fait qu’elle a reçu ce Prix qui est décerné chaque année par le Conseil de la langue française à un journaliste québécois au style particulièrement élégant. Heureusement, il y a encore au Québec des gens à qui on peut décerner cet honneur.
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La Saint Jacques de la Marche |
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" D’une façon générale, les Jacques refusent d’ailleurs ce qu’on veut leur imposer. " |
Une ancienne collaboratrice de l’émission Par 4 chemins, Claudette Gravel, nous a envoyé un message fort tripatif. Je vous signale qu’elle est l’animatrice de l’émission MusiMonde à Toronto. Elle m’écrit : " Cher Jacques, en préparant mon émission de ce matin, je trouve ceci dans le carnet du jour : c’est le jour de St-Jacques de la Marche. " Oh bien vous pensez, quand je vais raconter ça à Cybèle, elle va se dire : " Ça c’est sa véritable fête! Il ne faut pas qu’il célèbre sa fête le 1er mai, mais bien le 28 novembre, désormais. " Voyons ce qu’on dit du prénom Jacques : " Les Jacques sont avant tout des révoltés qui se battent contre le monde et la société qu’ils ne peuvent accepter tels quels. D’une façon générale, ils refusent d’ailleurs ce qu’on veut leur imposer. Cette intelligence et cette force de caractère leur permettent souvent de réaliser leurs ambitions, mais il arrive aussi qu’elles en fassent des personnages perpétuellement insatisfaits, inaptes à la réussite sociale et au bonheur familial. " Puis elle ajoute : " Comprenez-vous maintenant pourquoi vous êtes comme vous êtes? Tout ça à cause de vos parents qui vous ont nommé Jacques! " Chère Claudette, merci beaucoup de m’avoir donné l’occasion de me réjouir une fois de plus chaque année, puisque désormais je vais inscrire le 28 novembre comme " L’autre fête ". |
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Contre la mondialisation : la contestation |
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| Pendant qu’on se réunit pour franchir une nouvelle étape de la mondialisation, une nouvelle étape du commerce, des gens d’un peu partout se regroupent à Seattle pour protester, car ils voient dans la mondialisation un risque très grand pour la diversité, et en particulier, pour la culture locale, régionale, nationale. Ils sont donc plutôt inquiets devant ce phénomène qui ne serait pas assez canalisé, selon eux. Alors ça donne lieu à toutes sortes de manifestations. Jacques Attali, l’écrivain et économiste français, disait justement : " Certains développent maintenant une hystérie xénophobe qui va même dans une certaine métaphore jusqu’à assimiler le libérateur de l’Europe occupée par les nazis (c’est-à-dire les États-Unis) à un nouveau führer mondial. " Il y a tout de même des marginaux et des groupes de pression comme l’ATTAC, dont je vous ai parlé récemment et qui est favorable à une taxe sur les transactions financières internationales, pour exercer un certain contrôle et aussi récupérer une partie de l’argent qui circule pour l’utiliser à des fins de politique sociale. |
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Il n’est pas impossible qu’on assiste éventuellement à un déraillement du train de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Cela voudrait dire que la diversité culturelle tente de s’affirmer, de reprendre son souffle, face à une menace qui paraît peser sur tout ce qui n’est pas globalisation. Par ailleurs, il n’y a pas de doute, nous allons tout droit vers la mondialisation, mais le tout c’est de savoir comment on y va, avec qui, dans quel wagon et dans quelle classe… si ce n’est pas à pied. Ce qui préoccupe beaucoup de gens, évidemment, c’est la disparité entre la situation qui est faite aux gens bien nantis et celle qui prévaut pour le reste de la population dans le monde. Même si notre époque est florissante au niveau du progrès technologique, elle n’a pas encore tenu ses promesses comme celle, par exemple, de résoudre un problème majeur : la pauvreté dans le monde. |
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La sieste… pour étirer son capital d’énergie vitale |
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À certains moments de ma vie, je me suis dit : on dort trop, alors je me suis entraîné à dormir moins. Puis, à d’autres moments, je me suis dit : il faut dormir plus, mais pour ça je n’ai pas eu vraiment à m’entraîner… Ce n’est pas encore clair dans mon esprit mais je serais davantage enclin à penser qu’il faut dormir beaucoup.
On a constaté que 16 % de ceux qui dormaient de sept à huit heures par nuit s’assoupissaient en l’espace de cinq minutes pendant la journée, si on les faisait s’étendre dans une pièce obscure. Seuls, bien entendu, qu’est-ce que vous croyez? Des chercheurs ont aussi découvert qu’à d’autres époques – aux 18e siècle et 19e siècle – on dormait en moyenne neuf heures et demi par jour – obscurité oblige : le coût des chandelles et de l’huile à lampe, le manque de distractions, etc. On se faisait alors des petites vues tactiles, j’imagine [rires]; une bonne façon de contribuer à peupler les nations. On a constaté récemment que, dans les années 50 et 60, les gens ne dormaient plus que de sept heures à huit heures par nuit, contrairement à ce qui se faisait avant. Maintenant, on assiste encore à une réduction du temps de sommeil chez plusieurs qui vont s’enorgueillir de ne dormir que cinq heures et demi par jour. J’étais de ceux-là mais j’ai changé d’idée avec les années. Et aussi, je prends l’exemple de Cybèle qui dort ses dix-huit heures par jour comme tout bon chien qui se respecte. Est-ce qu’il y a encore beaucoup de gens qui se rendent jusqu’à l’hymne national joué à la télévision, à la toute fin de la soirée? Je ne pense pas. Au contraire, on prend conscience du fait qu’il nous faut dormir davantage. Il y a un truc extraordinaire à propos de la récupération physique et mentale par le repos et c’est là où je voulais en venir : la sieste. |
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J’apprends que vingt heures sur vingt-quatre, on somnole chez les opossums et les tatous. Quatorze heures sur vingt-quatre, chez le chat, ce Don Juan des radiateurs qui passe plus de la moitié de son temps de vie à dormir.
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Personne n’est égal devant le sommeil.
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L’homme, en principe, dort huit heures sur vingt-quatre, mais personne n’est égal devant le sommeil : Einstein dormait dix heures par nuit; Churchill et Napoléon, seulement trois. Du côté des animaux :
Étonnant! Et maintenant, dans l’infiniment petit, en 1966, on a découvert des bactéries " assoupies " dans les intestins d’une abeille fossilisée. Ces bactéries ont été ranimées après 25 millions d’années de sommeil. Cela me fait penser au tardigrade dont je vous ai déjà parlé, si vous vous souvenez. |
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Pour revenir à la sieste, il faut savoir que tous les animaux font la sieste dans le but de préserver leurs forces et s’assurer ainsi de vivre vieux. Certains auraient même besoin d’un oreiller. L’éléphant, par exemple, qui dort en déposant sa tête sur sa trompe repliée. Il y a ceux qui donnent l’impression de roupiller à longueur de journée, comme le chat avec ses quatorze heures de sieste quotidienne, dont quatre passées à rêver. La vie onirique des animaux est étonnante. QUAND CYBÈLE RÊVE…
- " On peut plus dormir tranquille, chef? "
Les ruminants, quant à eux, passent de longues heures à somnoler pour digérer, comme le fait remarquer l’auteure de cet article du magazine QUO : " Bêtes de sieste " (novembre 1999). L’orignal, par exemple, le plus gros des cervidés, dont l’activité de ses quatre estomacs chargés d’assimiler les feuilles, les tiges, les écorces fibreuses dont il se nourrit accapare le plus clair de son temps. |
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Après s’être longuement intéressés à l’activité animale, les scientifiques se penchent désormais sur les plages de repos. " Première constatation : le sommeil est une stratégie. La plupart des animaux économisent ainsi leur énergie. " C’est une manière d’éviter les coups de fatigue excessifs et, pendant les nuits trop noires, les prédateurs. Parce que parfois, la nuit, mieux vaut rester éveillé, on ne sait jamais… Alors on fait des petites siestes durant le jour, quand c’est calme. Les périodes de sommeil
des jeunes assurent également un répit aux parents.
Ce qu’on est bien quand ils dorment! |
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Pendant cette parade de la grande séduction, on voit les oiseaux mâles danser et tourner autour des femelles en battant les ailes, en esquissant des courbettes, etc. pendant que ces dames semblent les ignorer complètement. Vous savez, il n’y a pas que chez les hommes que la mâlitude souffre. En fait, c’est un problème qu’on retrouve chez toutes les espèces à travers le monde entier, et probablement dans tout l’Univers. Le mâle fait la parade, il fait l’imbécile, le clown! Il se déguise, il se fait pousser des crêtes terribles, un jabot proéminent, des plumes qui gonflent, l’autre qui montre son cul en dansant et tout ça pour des femelles qui ont l’air de s’en foutre comme c’est pas permis. Raison de plus pour se reposer car la parade, c’est fatiguant. |
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À propos de fatigue, il y a le petit colibri qui doit s’immobiliser en l’air pour sucer le nectar des fleurs et battre des ailes une soixantaine de fois par seconde! Il dépense ainsi une énergie faramineuse qui le contraint à passer la journée immobile sur une branche avant de recommencer à voler. La sieste, c’est le salut. |
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Si
vous vous activez profondément, sachez vous reposer tout autant.
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L’hippopotame, qui émerge de sa torpeur au crépuscule et rejoint la terre ferme pour aller brouter, dort 80 % de son temps. Et puis, chez les abeilles et les fourmis – cela m’a beaucoup étonné parce que généralement elles ont une réputation de travailleuses – elles passent la majorité de leur temps à ne rien faire. C’est un scandale! L’intense activité de la ruche n’est le fait que d’une petite partie du groupe. Je le savais bien : encore des esclaves qui travaillent pour les autres! Question de survie : contrairement à nous, l’abeille ne récupère jamais : elle serait génétiquement programmée pour s’activer un certain nombre d’heures. Une fois ce capital épuisé, elle meurt. Cette information me trouble beaucoup. Je me suis même demandé si ça ne rejoignait pas ce que disait Hans Selye, le " père " du stress, lorsqu’il soutenait que nous avons tous en naissant un certain capital d’adaptation. Il prétendait que lorsqu’on a épuisé ce capital, tout comme l’abeille, on meurt. Mais je n’en suis pas certain. En tous les cas, j’essaie d’étirer mon capital pour voir si je vais venir à bout de la vie ou si c’est elle qui va venir à bout de moi… [rires] Pour revenir aux abeilles, on dit ici qu’elles doivent se ménager de nombreuses plages d’inactivité pour s’assurer une longue vie. Plus les animaux s’activent profondément, plus ils se reposent intensément. Une règle qui peut s’appliquer aussi à nous : si vous vous activez profondément, sachez vous reposer tout autant. |
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Connaissez-vous l’expression " faire la méridienne "? Cela veut dire faire la sieste, peut-on lire dans les dictionnaires. Le mot " sieste " vient du latin sexta hora : la sixième heure. Approximativement donc, la moitié du jour. Dans les pays méridionaux, la sieste se faisait tôt; on mangeait une bouchée le midi puis on allait faire dodo, seul ou avec d’autres. Peut-être croyez-vous que la sieste est nécessaire à cause de la chaleur? Eh bien, c’est faux. Elle n’a rien à voir avec la chaleur. Même si dans certains pays chauds on tend à faire la sieste le midi, nous imputons généralement cette habitude aux seuls pays méridionaux. On commence à reconnaître les bienfaits de la méridienne, et ce n’est pas trop tôt. Combien d’accidents du travail et de la route aurait-on pu éviter si les gens se reposaient un peu? Les gens de la SQ pourraient eux aussi faire la sieste, d’une heure à deux heures, dans leur voiture; ce qui en accommoderait plusieurs. Après tout, ils ont de grandes tensions… [rires] |
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Il n’est jamais trop tard pour réviser ses jugements. La compagnie Apple, en France, a osé depuis juillet 1990 créer un centre-forme très avant-gardiste qui met à disposition de ses collaborateurs des chaises longues pour les petites siestes. Un commentaire d’un des patrons chez Apple : " S’ils [les employés] se reposent un quart d’heure, ils n’en auront que plus de mordant après coup. " L’initiative n’est donc pas désintéressé. Le but n’a rien de philanthropique : on essaie de gérer plus rationnellement les ressources humaines, comme chez les abeilles et chez les frémilles. |
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Pour libérer les enfants de l’esclavage : l’histoire de Iqbal Masih |
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J’avais pourtant mis cet ouvrage de côté en me disant que j’allais l’utiliser au moment de la Journée internationale de l’enfance, le 20 novembre. Il s’agit d’un ouvrage tout à fait remarquable de Craig Kielburger, ce jeune homme sympathique qui en fait enrager plusieurs, car il s’occupe activement de faire respecter les droits des enfants dans le monde et de voir, en particulier, à ce qu’ils ne travaillent pas comme des esclaves dans certains pays où ça se pratique encore. Craig Kielburger est devenu le porte-parole de cette vaste campagne qui vise à attirer l’attention sur le drame de ces enfants qui sont, à toutes fins pratiques, tenus en esclavage. Ce livre qui s’intitule Libérez les enfants(éd. Écosociété) vient de paraître avec la collaboration de Kevin Major, un romancier de langue anglaise, et raconte l’histoire de Iqbal Masih, un jeune garçon pakistanais assassiné en 1995, à l'âge de 12 ans, alors qu'il luttait au sein d'un Front de libération du travail des enfants. Dans le prologue, on le présente en ces termes : " C’est un ex-enfant ouvrier, champion de la lutte pour libérer ses semblables, venu du Pakistan aux États-Unis pour recevoir le Prix Reebok de Youth in Action (Jeunesse à l’œuvre) qui lui est décerné pour le courage dont il a fait preuve en dénonçant le travail des enfants. " Ce prix lui a été remis en 1994. |
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" Tant que l’emprunt
de sa famille, le peshgi, n’aura pas été remboursé,
Iqbal appartiendra au propriétaire de la fabrique. |
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" Les journées d’Iqbal sont longues : il commence tôt le matin et travaille jusqu’à 7 heures du soir, 12 heures par jour, 6 jours par semaine. " Dans l’ensemble, on ne peut pas dire qu’il y a beaucoup de progrès sur la planète. Quelque part dans cet ouvrage, on raconte que souvent
les jeunes qui travaillent dans ces fabriques " se coupent
avec les couteaux à tapis, surtout au début, quand ils apprennent
le métier. Le contremaître plonge alors la blessure dans
l’huile bouillante ou remplit la plaie de poudre à allumettes,
puis l’enflamme pour cautériser rapidement, après quoi les
enfants doivent se remettre au travail. " ...
IQbal, à 10 ans, a réalisé qu’il n’arrivera jamais à rembourser la dette de sa famille et que, comme tant d’autres de son village, il restera esclave toute sa vie. Il faut savoir que toute erreur est comptabilisée : " Tu as fait telle erreur, tu me dois un dollar de plus, ou deux dollars de plus. " Ainsi, à cause des amendes dues à ses erreurs et au bol de riz qu’il doit payer chaque jour – parce qu’il faut payer sa nourriture aussi – il n’a aucune chance de s’en tirer. " Avec l’aide d’un organisme de défense des droits de la personne, Iqbal réussit à s’enfuir et à fréquenter l’école où il fera deux années dans une. Il apprend à lire et à écrire et DEVIENT un dénonciateur intransigeant de l’esclavage des enfants, relate Craig Kielburger. […] Au printemps 1994, Iqbal participe à une conférence de presse organisée par le Syndicat de l’industrie suédoise : ‘ Maintenant, déclare-t-il aux journalistes, je n’ai plus peur du propriétaire de l’usine. C’est lui qui a peur de moi! ’ " Cet ouvrage est rempli d’informations très intéressantes comme, par exemple, Margaret Mead que l’on cite : " Il ne faut jamais douter qu’un petit groupe de citoyens réfléchis et engagés puisse réussir à changer le monde. En réalité, c’est la seule chose qui y soit jamais parvenue. " |
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