Saison
1999-2000
  Émission du mercredi 24 novembre 1999
   

Quel climat laisserons-nous à nos enfants?

   

 

Les adultes d’aujourd’hui ne connaîtront probablement pas la déstabilisation climatique, mais c’est moins certain pour leurs enfants.

 

  • Les pays les plus pollueurs

J’apprends que nous sommes, le Canada, le huitième des pays les plus pollueurs du monde.

Vous vous demandez sans doute quels sont les sept premiers.

  • Le plus pollueur ce serait les États-Unis, avec une augmentation de 9 % du taux de pollution au cours des six premières années de la présente décennie – ce sont des chiffres qui se rapportent aux années 1990 à 1996.
  • Ensuite vient la Chine avec une augmentation de 33 % en six ans;
  • La Russie : 32 %;
  • Le Japon, une augmentation de 11 %;
  • L’Allemagne : 8 %;
  • L’Inde : 44 %;
  • Le Royaume-Uni est resté presque stable pendant ces années-là;
  • Et enfin, le Canada, qui présente une augmentation de la pollution égale à celle des États-Unis, soit 9 %.


(Source : Libération, 14-15 novembre 1999)

 

D’après :
Environnement Canada.
" Notre climat change ", Gouvernement du Canada, 1999.

 
  • Les changements climatiques

On a distribué ces derniers temps, dans plusieurs journaux, un cahier spécial provenant de Environnement Canada dans lequel on indique que la température du globe est en train de monter. Ici, tout le monde s’en réjouit . Que c’est donc merveilleux ce long été des Indiens! " Saviez-vous que le 20e siècle a été, dans l’ensemble, le plus chaud des six derniers siècles? ", demande-t-on dans un article de ce cahier. Plus précisément, au cours de la décennie 1980 à 1990, ce sont les plus chaudes années que nous ayons jamais connues.


Pour conculter le dossier :
http://www.changementsclimatiques.gc.ca/info/f/home.html

" Les scientifiques se demandent si une tendance à la hausse des températures moyennes signifie que le climat de la Terre change, un changement qui pourrait influencer notre environnement et notre économie au cours des années qui viennent ", prévient-on dans le document.

" Les scientifiques sont d’avis que les températures mondiales moyennes pourraient augmenter de 1 à 3,5° C au cours du prochain siècle. "

 

On parle également des GES, les gaz à effet de serre : " La plupart des scientifiques sont d’avis que les températures mondiales moyennes pourraient augmenter de 1 à 3,5° C au cours du prochain siècle. Cela pourrait signifier pour le Canada une augmentation de 5 à 10 degrés des températures moyennes annuelles dans certaines régions. "

   
  • Comment polluer moins l’atmosphère

On donne des tas de conseils comme, par exemple, on souligne que " un moteur de voiture qui n’est pas au point peut consommer 50 % plus de carburant et produire jusqu’à 50 % plus d’émissions qu’un moteur qui tourne rond ". D’où l’importance de vous assurer de la santé du moteur de votre véhicule.

" Rendre votre maison plus étanche à l’air, par exemple en calfeutrant portes et fenêtres, est un bricolage peu coûteux qui peut réduire vos factures de chauffage et les émissions de GES. "

Tous ces conseils s’adressent aux individus et sont utiles. Mais, en même temps, j’éprouve une grande frustration quand je pense à ce que continuent de faire à l’environnement certaines grandes industries. Ce qui est toute autre chose.

À propos des États-Unis, on dit qu’il est le principal pollueur dans le monde, alors qu’il ne représente que 4 % de la population mondiale : on dit que ce pays rejette 25 % des gaz à effet de serre mondiaux.

D’après :
" Buenos Aires ne pas fait baisser la température de la planète ",
Libération, 14-15 novembre 1999.
 


Plusieurs pays se sont réunis, comme ils le font à certains moments, pour étudier ce dossier " chaud " à propos du climat. " Buenos Aires –
où se tenait la rencontre – ne fait pas baisser la température de la planète " titre Libération des 14 et 15 novembre 1999. La correspondante du quotidien français à Buenos Aires relate que " aucun état n’a encore mis en pratique ses engagements de réduire les émissions de gaz à effet de serre ".

À part ça tout va très bien, Madame la Marquise…

 

D’après :
BISSON, Bruno.
" Les entreprises n’ont pas la fibre écolo au Québec ",
La Presse, 2 juin 1999.

 
  • Le Québec industriel est peu écolo

Au mois de juin dernier, on apprenait dans La Presse que les entreprises canadiennes se soucient moins de l’environnement que les firmes européennes et américaines. Et pourtant les Américains sont les principaux pollueurs de la planète, c’est tout dire! Le titre d’un article parle de lui-même : " Les entreprises n’ont pas la fibre écolo au Québec ". Qui blâmer?

Dans son article, Bruno Bisson parle de " fort vent de déréglementation [qui] a soufflé sur les politiques environnementales, depuis des années, au point que le ministère de l’Environnement a rétréci comme une peau de chagrin. Ses fonctionnaires, qui sont de moins en moins nombreux, ont des règlements à faire respecter, mais ils font peu d’inspections et d’enquêtes, faute de personnel et de temps. "

À propos de
l’
Éthique environnementale
 
  • Nous avons tous une part de responsabilité

En abordant ce sujet, je fais mon devoir. Voyez, si vous êtes président d’une de ces grandes compagnies qui polluent, à faire également le vôtre. J’ai rempli mon rôle de communicateur, comme je le fais à l’occasion avec un bel acharnement, en ce qui me concerne. Ce n’est pas facile pour nous, des communications, de ne pas revenir constamment sur ces informations-là qui sont, pour ne rien vous cacher, désastreuses. Ceux qui en prennent connaissance dans les magazines, dans les journaux, etc. savent que c’est une véritable catastrophe qui nous pend au bout du nez. Il n’y a dans mon esprit aucun doute là-dessus.

À quoi me servirait-il de vous culpabiliser ou de me culpabiliser moi-même? Déjà, je me sens assez coupable parce que je me rends bien compte que j’ai une voiture qui pourrait être moins polluante, et je ne suis pas très fier de l’avouer. En fait, je n’ai rien à dire pour ma défense. Pour vous, la question est là.

Je pense qu’il faut tout de même s’engager sur la voie du discours pour amener de plus en plus de gens qui sont dans la sphère politique à prendre des décisions qui sont celles que nous souhaitons voir prises.

C’est avec joie, par exemple, que j’ai appris que Québec Central, la ligne de chemin de fer suspendue il y a cinq ans, va reprendre ses activités dans la région de la Beauce pour aller jusqu’à Sherbrooke, etc. Cela me réjouit parce que le chemin de fer est beaucoup moins polluant que le camionnage.

Que chacun d’entre nous soit très éveillé et suive attentivement la question, car elle peut beaucoup intéresser nos petits-enfants qui pourraient bien venir cracher sur nos tombes quand nous ne serons plus là pour les soutenir dans l’épreuve de la situation que nous aurons créée.

   


     
   

Un revenu de citoyenneté
Pour que le progrès technologique profite à tous

   

 

Je voyais dans un journal récemment qu’une banque canadienne annonce une augmentation de ses profits de 11 % et, en même temps, dans le même titre, on annonce la mise à pied de milliers de travailleurs. Où est la logique dans tout ça? Je comprends que l’argent travaille pour l’argent, mais une des explications de ce phénomène, de l’injustice dans tout cela, viendrait de l’absence de taxation des capitaux à travers le monde.

J’en ai parlé dernièrement à propos de la taxe Tobin , si vous vous souvenez. L’éternel discours qu’on tient depuis le début de la révolution industrielle à propos du salaire des machines, des robots…

Le progrès technologique qui ne cesse de croître n’a-t-il pas été fait par l’humanité? Alors dans quelle mesure les individus ne devraient-ils pas toucher eux-mêmes une allocation universelle de revenu de citoyenneté? En tout cas, je ne vois pas pointer à l’horizon de solution qui rendrait plus justice à chacun que de considérer que le progrès technologique c’est, en somme, le progrès que l’humanité entière a fait en matière de technologie; il n’y a donc pas de raison pour qu’il ne profite qu’à quelques personnes et non à tout le monde.

Ce n’est pas encore le vrai progrès, celui de la conscience qui s’élève, mais pour ce qui est du progrès technologique, c’est considérable depuis la révolution industrielle, dès la fin du 17e siècle, lorsque les machines ont commencé peu à peu à remplacer les humains, à faire le travail mieux, plus vite et moins cher, etc. Je crois qu’en toute logique, il serait nécessaire que le travail des machines soit également porteur d’une taxe particulière qui servirait à constituer un fonds social, qui permettrait de créer une allocation universelle au revenu de citoyenneté. Cela assurerait à chacun un revenu minimum que l’on travaille ou non, et ce serait ainsi beaucoup plus équitable.

 

D’après :
DOMECQ, Jean-Philippe.
" L’argent va-t-il tuer le travail? ",
Marianne, 15-21 février 1999.

 


  • L’injustice à compenser

En 1993 : le salaire des patrons était de 143 supérieur à celui des ouvriers. En attendant que cela existe, les injustices deviennent criardes. Autrefois, le patron gagnait plus que ses ouvriers, mais ça n’a aucun rapport avec la situation actuelle. La crise, semble-t-il, creuse les écarts.

" La rémunération moyenne des PDG américains correspondait à 43 fois le salaire moyen de l’ouvrier dans les années 60, note Jean-Philippe Domecq dans un article du magazine Marianne. Elle lui était 100 fois supérieure en 1990 et 143 fois supérieure en 1993. " Et l’écart continue de se creuser…

 


Yves Michaud,
Robin des banques

http://www.planete.qc.ca
/politique/michaud/
mich36.htm
 


Je suis très déchiré dans tout ça parce que je n’ai jamais été en faveur d’une société farcie de règlements, d’un tas de lois etc. Mais aujourd’hui, je me surprends à dire qu’il faudrait bien établir des règles pour permettre d’assurer davantage la transparence des revenus dans l’entreprise. Ce dont mon ami Yves Michaud s’occupe dans le monde des banques, mais il ne doit pas être le seul Robin des banques, comme on l’appelle. Je crois que tout le monde devrait devenir un peu plus éveillé à ces injustices qui sont la clé, sans doute, de cet écart effarant que l’on observe entre les riches et les pauvres, ces années-ci.

   


  • Plaidoyer d’un sociologue pour le revenu de citoyenneté

Je me suis encore plongé dans l’une des filières de mon bureau où s’entassent de bien tripatives informations que j’ai recueillies au cours des années de vulgarisation à la radio. Cette fois, pour y consulter des articles qui parlent de ce revenu au citoyen.

D’après :
VAQUIN , Henri
(Propos recueillis par DE LINARES, Jacqueline et FIONG, Dominique).
" Inventer un salaire citoyen ",
L’Événement du jeudi
, 23-29 octobre 1997.

 

Dans un article de L’Événément du jeudidatant de 1997, Henri Vaquin, un sociologue du travail, expliquait ceci : " On a basculé dans un autre univers du travail et de l’emploi. On fait du chômage la cause de tous les maux; en réalité, c’est le symptôme d’une crise de civilisation. Les dirigeants politiques et syndicaux ne dirigent plus rien. C’est face à cette impuissance qu’il faut sortir de la panne de pensée qui nous a amenée là.


" La production de richesses, c’est un individu confronté à un certain contenu du travail, à une certaine relation du travail, à un certain temps et au prix qu’on le paie. "
Henri Vaquin

 

" Aujourd’hui on vit dans un temps ‘ du ’ travail, né à la fin du siècle dernier. Il est devenu obsolète. Ces trente dernières années, on a multiplié par trois les richesses produites dans le monde, et diminué de 20 % le volume global du temps de travail nécessaire pour ce faire. Le débat autour du temps de travail est inadapté. La production de richesses, c’est un individu confronté à un certain contenu du travail, à une certaine relation du travail, à un certain temps et au prix qu’on le paie. La richesse de la production a plus à voir avec ces quatre éléments qu’avec le seul temps. – Parce qu’on a tendance à faire du travail le seul facteur de reconnaissance sociale des individus.

 

" On ne travaille plus pour vivre, mais qu’on vit pour travailler. "
Henri Vaquin

 

 

" Depuis deux siècles, on a fait du travail le tout-à-l’égoût de l’identité, disait le sociologue. Ce qui fait qu’on ne travaille plus pour vivre, mais qu’on vit pour travailler. – Je reconnais que cette formule va trouver preneurs en grand nombre. – Il est vrai également que personne ne peut vivre sans éprouver son utilité sociale et savoir se faire reconnaître par la société. Mais cela peut se jouer sur dix mille autres terrains que celui du travail marchand. "

Le sociologue propose donc de remettre en question l’idée du travail à vie.

" La rémunération du travail marchand ne peut satisfaire à tous les besoins, explique H. Vaquin. C’est pour cela qu’on ne peut plus fonder la protection sociale universelle sur le travail. Il va bien falloir remettre en cause les grandes inégalités hexagonales (hexagonales au sens de françaises) qui se sont bâties au fil du temps, comme les régimes spéciaux de retraite. […]

" Il serait bon d’arriver à un vrai partage du travail, tant marchand que non marchand et citoyen, propose le spécialiste avant de conclure : Il faudrait parvenir à créer les conditions d’une forme de salaire citoyen, avec un plancher a minima permettant à chacun de casser la croûte. "

Comme quoi il y a bien du pain sur la planche, pour le présent et pour l’avenir.

   


     
   

Réponse au courrier

D’après :
JUNG, Carl Gustav.
Synchonicité et Paracelsia
,
Éd. Albin Michel, 1988.

 

 

  • Yi King : Extraits de la préface de Carl Jung

" J’ai pratiqué moi-même depuis plus deux décennies déjà cette technique oraculaire, qui me paraissait présenter du point de vue psychologique un intérêt considérable ", écrit Carl Jung dans la préface du Yi King, l’un des six livres de la Sagesse chinoise. Il en a été question la semaine dernière parce qu’une personne, en mentionnant Jung, m’avait demandé quel ouvrage devait-on de préférence consulter pour interroger Le Livre des Transformations. Comme j’avais promis de revenir sur ce propos de Jung sur le Yi King, je le ferai maintenant.

Je rappelle que le Yi King est fait à partir d’hexagrammes constitués de six lignes qui sont tantôt continues, tantôt discontinues. Le choix de ces lignes, à savoir si elles seront complètes ou pleines, dépend de ce qu’on a lancé des pièces de monnaie qui vont tomber du côté pile ou du côté face.

Il faut savoir que Jung a écrit cette préface dans le contexte de ses recherches et de ses réflexions sur la synchronicité. Une entreprise considérable dans laquelle il s’était associé à un physicien qui avait fait la même observation : certains événements sont perçus comme étant reliés, subjectivement, alors qu’on ne peut pas le faire dans ce qu’on appelle le rapport de cause à effet. Vous savez, ces constatations que l’on fait lorsque des événements se produisent en même temps et semblent avoir entre eux un autre lien qu’un simple rapport de cause à effet?

Dans cette introduction, Carl Jung fait observer que cette démarche avait été d’une très grande utilité pour lui parce qu’elle rejoint le monde de l’inconscient. Je pense que, dans son intimité, un scientifique sérieux pourrait accepter l’idée de la synchronicité, ou même reconnaître la valeur du Yi King comme exemple de synchronicité. Mais officiellement, vous pensez bien que la science ne peut reconnaître une chose comme celle-là, qui ne découle pas d’un principe admis dans le monde de la science…

" Au fil du temps, explique Carl Jung,
il est apparu qu’entre la situation faisant l’objet de la consultation
et le contenu des hexagrammes
existaient de façon pour ainsi dire régulière certains rapports
 –
au-delà de l’idée du hasard.

   


" […] Que de phénomènes psychiques, par exemple, définissons-nous comme ‘ fortuits ’ alors que celui qui
sait ne voit que trop clairement qu’il ne s’agit de rien de moins que d’un hasard! […] Il me semble que le nombre des réponses manifestement justes (quand on interroge le Yi King) atteint un pourcentage qui se situe très au-dessus de toute probabilité. Je crois qu’il ne s’agit absolument pas d’un hasard mais d’une régularité. […]

" Ce que nous sommes, dans le même temps, au niveau inconscient, se soustrait à notre contrôle, écrit Jung. – À travers nos gestes, peut-être bien que l’inconscient s’exprime... – Notre conscience doit être honnête et de bonne volonté, mais l’inconscient sait peut-être, au-delà, que précisément notre apparence d’honnêteté et de bonne volonté est une façade qui dissimule le contraire. " C’est-à-dire qu’on est tout croche et qu’on trouve dans les réponses du Yi King celles qu’on veut bien y trouver. C’est un peu comme les gens qui tirent aux cartes vont essayer de trouver ce que vous voulez bien entendre, dans une certaine mesure. Je précise " dans une certaine mesure " parce que je suis un peu sceptique quant à la distribution généreuse de ce pouvoir à travers le monde. En fait, je crois que ce pouvoir existe mais qu’il est distribué d’une façon extrêmement parcimonieuse.

   


D’après Jung, la méthode n’est pas faite
pour les êtres immatures, puérils ou enclins au jeu,
et il ne convient pas d’interroger le Yi King pour des raisons rationalistes.

La méthode serait faite pour les " natures réflexives ",
pour ceux qui sont prêts à considérer que ça va leur fournir
une grille de réflexion,
qu’à partir de ce qui est dit, ils seront peut-être capables de voir un rapport qui leur a échappé jusqu’ici.

   

Personnellement, c’est un exercice qui m’a été très bénéfique. Parfois, le rapport est tout à fait évident. J’ai beaucoup interrogé le Yi King dans le passé. Si je le fais moins maintenant, c’est que j’accorde tellement d’importance à ce que le Yi King va dire que j’agis conséquemment à ce qu’il m’a indiqué. C’est grave, parce que parfois cela m’oblige à agir contre ce que je souhaiterais. [rires]

Jung revient sur la définition du Yi-King en précisant qu’il faut bien supposer l’existence d’un parallélisme inattendu entre l’événement psychique et l’événement physique. L’événement psychique c’est ce qu’on vit à l’intérieur, dans sa tête si vous voulez, alors que l’événement physique, c’est de la façon dont les pièces vont tomber. Si vous vous demandez si les pièces tombent deux fois de la même façon, je vous le dis tout de suite : non. Parce que vous n’êtes pas deux fois dans un état d’esprit identique.

" Tout ce que je peux faire, c’est de constater que quiconque interroge l’oracle agit comme s’il existait un parallélisme nécessaire entre l’événement intérieur, psychique, et l’événement extérieur, physique, et, s’il accorde au résultat de son interrogation une importance – si réduite soit-elle –, c’est déjà décidé en faveur d’une telle possibilité, estime Jung. […] Dans son foisonnement irrationnel, la vie m’a enseigné à ne rien rejeter, même de ce qui va à l’encontre de toutes nos théories (hélas tellement éphémères) ", ajoute-t-il.

En terminant, je vous indique que cette préface au Yi King a paru dans certaines éditions et pas dans d’autres éditions. Il s’agit donc pour vous de vérifier si cette préface s’y trouve.

   

 

  • Médecins sans frontières mis sur la sellette

Un de nos correspondants qui a recouru à l’Internet me rappelle que, dans le cadre d’une émission, j’ai parlé de Médecins sans frontières. Il dit m’avoir trouvé " un peu trop élogieux ". Là-dessus, il révèle plusieurs faits à propos de manœuvres que Médecins sans frontières n’aurait pas dû entreprendre, etc.

Nous avons reçu trois lettres à ce sujet, trois lettres qui sont très importantes. J’ai bien pris connaissance des informations car je n’ai aucun doute que tout cela est transmis dans un esprit de grande honnêteté. Guillaume, par exemple, de l’Université Laval, nous parle de la situation au Congo, les pillages, et tout ça.

Personnellement, je ne suis pas en mesure de défendre cette organisation dans des cas particuliers. Ce que je tiens à dire, c’est que la cause elle-même est magnifique et que l’idée sur laquelle elle se fonde est généreuse. Devant le fait que des gens partent dans des pays de misère et de guerre pour rendre service et faire honneur à la profession de médecins, je ne peux que les féliciter d’une telle démarche. Qu’il se produise des écarts, qu’il y ait des difficultés en cours de route… vous savez, la nature humaine est riche en hommerie, disait Rabelais (" Où il y a l’homme, il y a de l’hommerie ").

Personnellement, je crois que Médecins sans frontières représente une vision très positive de l’intervention. Il y a le droit d’ingérence par exemple, qui est récent et qui s’est imposé grâce à des gens qui ont pris conscience du fait que nous disposions maintenant d'informations qui nous parviennent rapidement sur la situation dans différents pays, ce qui nous permet de voir à ce qu’au moins le minimum de droits soit respecté dans ces pays.

Bien sûr, le droit d’ingérence est un sujet très discutable, et très discuté du reste, mais il demeure essentiel pour tâcher de changer l’image souvent bien souillée que l’on a de l’être humain. Dans certains cas, c’est très important et très urgent de faire en sorte d’empêcher certaines personnes de se conduire comme des salauds.

S’attarder sur le fait que des entreprises, des démarches ou des institutions comme Médecins sans frontières présentent quelques failles, c’est un peu comme de se concentrer uniquement sur le doigt qui montre la lune.


 

Sur ce sujet, j’aimerais ajouter une dernière chose. Je vois dans ce genre d’action humanitaire un autre objectif, plus global, plus planétaire : celui de donner éventuellement naissance au gouvernement mondial, par exemple. Alors, de s’attarder sur le fait que des entreprises, des démarches ou des institutions comme Médecins sans frontières présentent quelques failles, c’est un peu comme de se concentrer uniquement sur le doigt qui montre la lune.

Cela me fait penser à ce qu’on entend dire parfois à propos de tel ou tel maître spirituel : " On l’a trouvé saoul dans le fossé! " La réponse, en fait, c’est de ne pas regarder le doigt qui pointe, mais bien ce qu’il vous montre; de ne pas regarder le maître spirituel comme tel, mais plutôt ce qu’il révèle.

Dans le cas de Médecins sans frontières, considérons d’abord ce qu’il véhicule en notre nom à tous, même s’il y a des imperfections dans l’application de certains principes.

   


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.