Saison
1999-2000
  Émission du jeudi 11 novembre 1999
   

Le cycle de la vie

D’après :
HOUDE, Renée.
Les temps de la vie :
Le développement psychosocial de l’adulte,
Gaétan Morin Éditeur, 1991.
Préface de Jacques Languirand.

 


Le voyage dans le temps d’une vie, avec toutes les étapes qu’il comporte, doit bien nous mener quelque part, de la naissance à la mort? Quel en serait donc l’objet et le but? De bien grandes questions...

  • Un ouvrage majeur de Renée Houde

Je vous ai déjà parlé de cet ouvrage de Renée Houde qui s’intitule Les temps de la vie : Le développement psychosocial de l’adulte, publié chez Gaétan Morin Éditeur en 1991. Il y a quelques mois, a paru la troisième édition dont j’ai eu le plaisir de rédiger la préface, tout comme ce fut le cas pour la deuxième édition. C’est dire l’intérêt que je porte à cet ouvrage et aux travaux de recherche de cette auteure.

Ce livre s’adresse à un large public : non seulement répond-il aux besoins d’enseignants et d’intervenants de tout poil, mais il suggère au commun des mortels une démarche consciente, un projet de développement personnel, et de croissance tout au long du cycle de la vie. La dernière fois que je vous ai parlé de cette auteure, c’était à propos de mentorat, ce qui a beaucoup à voir avec l’âge et les temps de la vie puisque le mentorat consiste, pour des gens qui sont rendus à une certaine étape, à s’intéresser ou s’occuper de personnes qui sont à une étape antérieure.

D’une édition à une autre, cet ouvrage s’est affiné, s’est enrichi. En particulier, tout le chapitre qui concerne Carl Jung a été complètement revu. Étant quelque peu paresseux, je me suis dit : quel travail merveilleux Renée Houde a fait à travers la pensée de Jung, quand on sait à quel point son œuvre est considérable. Sans compter les nombreuses entrevues, les textes de ceux qui ont écrit sur ses théories ou à partir de sa pensée. De plus, il traite d’un thème dans un ouvrage puis en reparle dans un autre, et dans un autre encore.


Carl G. Jung
 

 

Heureusement, il existe des gens brillants et articulés pour faire le collage eux-mêmes à travers tout cela pour ne pas qu’on soit obligé de parcourir toute l’œuvre de Carl Jung lorsque, par exemple, il s’agit de trouver ce qu’il a écrit à propos du cycle de la vie.

L’auteure identifie trois niveaux de discours que l’on retrouve dans l’œuvre de Jung : d’abord, l’analogie entre le cycle de vie et le déroulement d’une journée; puis, il y a le processus d’individuation et ce sera le cœur de notre propos d’aujourd’hui; et les quatre temps de la vie soit l’enfance, la jeunesse, la maturité et la vieillesse.

  • L’analogie entre le cycle de vie et le déroulement d’une journée

" L’analogie suggère une montée progressive de la conscience, une présence continuelle de l’inconscient ", nous dit Renée Houde, qui nous invite à regarder une image qui illustre bien l’analogie de Jung :

   

 


Du lever du soleil à gauche à son coucher à droite, avec des étapes entre les deux, c’est-à-dire enfance, jeunesse, maturité au moment du zénith, la quarantaine si vous voulez, ensuite, la vieillesse et le coucher du soleil.

" Il semble que l’enfance et la vieillesse sont davantage submergées par des événements psychiques inconscients, tandis que les deux phases du milieu, soit la jeunesse et la maturité, sont davantage dominées par la conscience et par un travail psychique d’éveil et de prise de conscience, explique l’auteure. Jung reconnaît que l’enfance et la vieillesse baignent davantage dans l’inconscient. Quand j’ai lu cela, raconte-t-elle, la croyance populaire voulant qu’on retombe en enfance en vieillissant a pris à mes yeux une nouvelle dimension. Toutefois, si ces deux phases de la vie sont semblables par leur lien avec l’inconscient, elles diffèrent cependant par leur tâche. – Renée Houde se réfère alors à Jung :

‘ Les deux termes de la vie – l’enfance et la vieillesse – eux, sont semblables : ils détiennent, pour ainsi dire, le secret de notre existence. Seulement la symétrie est trompeuse : l’inconscience de l’enfance fait pendant à la sagesse de la vieillesse. ’

   

 

Le coucher du soleil, de poursuivre Renée Houde, correspond donc à la période où le soleil s’éclaire lui-même tout en éclairant le monde : ‘ […] après avoir répandu sa lumière sur le monde, [le soleil] voit la réverbération de ses rayons l’illuminer lui-même ’ (Jung, 1933, p. 17, traduction libre). " De bien belles images…

   
  • Le processus de l’individuation

Le processus d’individuation serait l’objet du cycle de vie dont je parlais au tout début de l’émission. À ce propos, Renée Houde fait observer que : " l’individuation est un processus qui dure toute la vie et qui permet à un être de devenir une unité autonome et intégrée; ce processus agit à travers les quatre phases du cycle de vie, mais plus particulièrement pendant la deuxième moitié de la vie. Dans un sens général, le processus d’individuation s’applique à toute la durée de la vie adulte. – Jung le précise en ces termes :

‘ J’emploie l’expression d’individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un in-dividu psychologique – le mot est séparé par un trait d’union pour bien marquer le sens qu’il donne à ce qu’il décrit c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité. ’

" Ce processus est largement inconscient, explique l’auteure; comme le dira Jung :

‘ Dans la mesure où [ce processus] se déroule de façon inconsciente, ainsi qu’il l’a toujours fait, il ne signifie ni plus ni moins que la transformation d’un gland en chêne, d’un veau en vache et d’un enfant en adulte. ’

" L’individuation conduit à l’individualité, poursuit Renée Houde; elle est aux antipodes de l’individualisme, comme le rappelle Nataf – dans Psychologie du Transfert  :

‘ L’individualité est le contraire de l’individualisme […]. Elle est un processus d’intégration intime qui permet – au contraire – l’ouverture à l’autre. Elle est le recentrage qui nous donne notre juste relation au monde. ’

" Ce processus est incessant, précise l’auteure, car l’individuation n’est jamais achevée. Devenir un individu exige de s’incarner, de passer à l’acte, de se réaliser. Bref, de s’actualiser. " Voilà un mot qui revient chez les psychologues humanistes, en particulier Abraham Maslow.

 

" Chez chaque personne, les possibilités et les potentialités sont toujours plus grandes que ce qu’une seule vie permettra jamais d’actualiser. "

Renée Houde

 


" Il faut comprendre que, chez chaque personne, les possibilités et les potentialités sont toujours plus grandes que ce qu’une seule vie permettra jamais d’actualiser,
de nous rappeler Renée Houde. Exprimé en termes jungiens, cela signifie que la totalité du Soi dépasse le Moi. Comme le dit Marie-Louise Von Franz –
une collaboratrice de Jung qui a écrit plusieurs ouvrages inspirés de la pensée du maître :

" La vie a une telle richesse et se transforme de façon si continuelle
qu’il faudrait à la conscience une très grande souplesse
pour être capable
d’exprimer tout ce qui se passe en elle.
[…]
L’individu, comme la conscience collective, a constamment besoin de s’adapter.
S’il tente de s’adapter au Soi,
le Moi ne coïncide jamais totalement avec le Soi;
en effet,
la personnalité consciente est en dysharmonie
avec la vitalité débordante de l’inconscient,
car la surabondance de ce dernier se déverse dans un vase trop étroit. ’

L’auteur se demande alors : " Quel est le but de ce processus? "
La réponse se trouve chez Jung :
" ‘ L’individuation n’a pour tout but que de libérer le Soi d’une part des fausses enveloppes de la persona, et d’autre part, de la force suggestive des images inconscientes. ’ "

 

" La persona n’est qu’une formation de compromis entre l’individu et la société ", écrit Jung.

 

 


Masques
(Photographie: Stéphanie Adam Le Roch)

 

  • La persona

Qu’est-ce que la persona? C’est un des éléments de la psyché, selon Jung, tout comme il y a l’inconscient collectif auquel nous participons tous, et l’inconscient individuel, etc. La persona c’est aussi l’ombre.

" On peut définir la persona comme étant la modulation de la personnalité en fonction de l’environnement, résume Renée Houde. […] Ainsi, il devient possible de comprendre que le répertoire des attitudes et des comportements d’un individu varie en fonction de la situation. – Autrement dit, on n’est pas la même personne selon les situations et l’ensemble de tout ça constitue un masque changeant qu’on prend pour soi, devant les autres, etc.

" Comme le dit Jung, poursuit R. Houde : ‘ La persona n’est qu’une formation de compromis entre l’individu et la société, en réponse à la question de savoir sous quel jour le premier (l’individu) doit apparaître au sein de la seconde (la société). ’ Si on se rappelle, commente l’auteure, que le mot persona désignait le masque de l’acteur dans le théâtre antique, masque à travers lequel portait sa voix (per-sonare, où per signifie à travers et sonare signifie sonner, retentir, faire entendre un son), on saisit la fonction imminemment communicatrice de la persona. "

Certaines personnes considéreraient que c’est l’être social, mais ce serait peut-être encore plus précis de dire qu’il s’agit de la mosaïque de l’être social dans sa diversité, selon les conditions et les différentes situations dans lesquelles il se trouve.

 

" La persona est ce que quelqu’un n’est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu’il est. "

JUNG

 

Les 2 fonctions de la persona

Renée Houde explique ensuite que la persona possède à la fois une dimension positive et une dimension négative.

  1. Sa fonction positive réside en ce qu’elle permet à chacun d’être présent à son environnement tout en demeurant, pour ainsi dire, caché, à distance, explique-t-elle; ainsi, les rôles sociaux (père ou mère, travailleur ou travailleuse, etc.) sont autant de rôles favorisant les modulations de la personnalité.
  2. La fonction négative de la persona se situe dans l’aspect ‘ masque ’ : en effet, la persona est l’image ou la perception que les autres ont d’une personne (l’image qu’une personne a d’elle-même appartient également à la persona). De là son caractère aliénant – comme le définit Jung – : ‘ Comme son nom l’indique, elle est un masque qui nous donne l’illusion d’être une individualité alors même que ce masque fait de nous un être sans épaisseur. ’ Toujours sous un aspect négatif, la persona se compare au faux self de Winnicott, dans la mesure où, comme le dit Jung : ‘ On peut dire sans trop d’exagération que la persona est ce que quelqu’un n’est pas en réalité, mais ce que lui-même et les autres pensent qu’il est. ’ " Troublant…
Reminescence archéologique
Salvador dali
 

 

" L’ombre est ce qui, pour chaque personne, aurait pu exister et qui n’existe pas présentement. " Renée Houde

 

 

  • La rencontre avec l’ombre

" Le processus d’individuation exige une confrontation avec l’ombre ", explique R. Houde, c’est-à-dire avec la persona. Il faut prendre conscience de cela, de la diversité de tous les personnages que l’on croit être et qui ne sont pas notre véritable individualité et d’une rencontre éventuelle avec l’ombre qu’est aussi la persona.

" Cette ombre a un double versant, si l’on peut dire, de poursuivre l’auteure. D’une part, elle se constitue de ‘ l’autre être en nous ’, qui n’est peut-être pas ‘ en accord avec nos intentions et nos plans conscients ’ et ‘ dont l’existence repose sur le fondement même de la nature instinctive ’, pour reprendre les paroles de Jung lui-même, ce que Humbert a décrit comme ‘ l’ensemble des personnages qui sont la contrepartie de la personnalité consciente, l’ensemble de ce que le sujet ne reconnaît pas – sous-entendu comme faisant partie de lui – et qui le poursuit inlassablement – précisément parce qu’il ne le reconnaît pas. – On reconnaît cette dimension de l’ombre à travers l’ensemble des possibilités à partir desquelles la personne se réalise. […]

" Les identifications imaginaires, rêvées, idéales, dans la mesure où elles sont le fond sur lequel se dessine la forme du Moi, sont l’envers, l’autre de ce que je deviens, explique l’auteure. […] L’ombre est ce qui, pour chaque personne, aurait pu exister et qui n’existe pas présentement. […] – Puis, citant Humbert – ‘ Elle représente ce qui manque à la personnalité; elle est pour chacun ce qui aurait pu vivre et qui n’a pas vécu. En cela, [l’ombre] met en scène la question de l’identité :

Qui es-tu par rapport à celui qui aurait pu être?

Qu’as-tu fait de ton frère? ’

" D’autre part, poursuit R. Houde, font aussi partie de l’ombre la noirceur, le vil, l’inadmissible qui existent à l’intérieur de la personne. " Quand on ne creuse pas en soi on ne découvre pas que tout cela existe...

Jung va jusqu’à dire : " Il n’est d’être qui se situe ou qui puisse se situer en-dehors de l’ombre collective de l’humanité et de sa noirceur. "

Bref, tout ce vous trouvez inadmissible et difficile à admettre dans le monde se retrouve aussi en chacun de nous : en possibilités et en potentialités, bien sûr, ou virtuellement, si vous préférez utiliser les termes d’aujourd’hui.

Renée Houde apporte cette précision : " Dépendant dans une certaine mesure des conditions de la vie et des valeurs qui peuvent exercer un contrôle sur le comportement ou non. " Ce qui explique que, parfois, il y aura des collectivités relativement éveillées qui vont sombrer dans des démarches particulièrement folles.

" En prenant conscience de la dimension positive de son ombre, chacun est amené à faire le tri entre l’illusion, la velléité et le possible, et à composer avec l’autre en lui-même. "

Jung dit : " ‘ Les illusions sur soi-même et sur le monde s’écroulent, les idéaux se révèlent être des désirs de puissance camouflés, les convictions sacrées apparaissent comme creuses.... le Moi se sent dépouillé de sa toute-puissance illusoire et confronté avec la puissance obscure et confuse, avec l’inconscient. ’ " Il me semble qu’on ne peut rester indifférent quand on lit des phrases comme celles que je viens de citer. Cela fait partie de l’examen psychologique qu’il faut faire en soi, pour arriver à devenir plus transparent. Dans le sous-chapitre suivant, l’auteure parle de la rencontre avec le Soi.

   
  • La rencontre avec le Soi

" La réalisation de son Soi, voilà ultimement à quoi conduit l’individuation ", de rappeler Renée Houde, qui estime que la formule n’est pas sans évoquer la réalisation du soi de Maslow. Ce pourrait même être une variante de cette théorie, bien qu’elle soit antérieure à l’actualisation puisque la voie de l’individuation est un concept qui remonte à très longtemps.

Qu’est-ce que le Soi? demande ensuite R. Houde. C’est la totalité de la psyché. En effet, pour Jung, le conscient et l’inconscient se complètent :

‘ […] car le conscient et l’inconscient ne s’opposent pas nécessairement, mais se complètent réciproquement, formant à eux deux un ensemble, le Soi. Comme le laisse entendre cette définition, le Soi est une entité sur-ordonnée au Moi. Le Soi embrasse non seulement la psyché consciente, mais aussi la psyché inconsciente, et constitue de ce fait, pour ainsi dire, une personnalité plus ample que ce que nous sommes aussi. ’

" Le Soi comprend la psyché à la fois consciente et inconsciente, bref, il correspond à la totalité de la psyché,
rappelle ensuite l’auteure.
Quant au Moi, il n’est pas identique à la totalité de la psyché,
il correspond plutôt au centre du champ de la conscience.
On comprend alors que Jung nous dise
que le Soi est ‘ sur-ordonné ’ au Moi :
le Soi est à la fois le centre et la totalité de la psyché, tandis que le Moi est le sujet de la conscience. "

C’est intéressant. Une chose est certaine, c’est un résumé qui va très loin, qui suppose une réflexion en profondeur. Je retiendrai que le Soi c’est à la fois le centre et la totalité de la psyché, comprenant le conscient et l’inconscient (individuel et collectif, etc.), et le Moi c’est le sujet de la conscience – ce que l’on prend généralement pour la totalité de soi, tandis que la vraie totalité de soi nous échappe, d’une certaine façon.

 

" Les intuitions de Jung sur le développement de l’adulte ont le mérite d’ouvrir la réflexion. "

 
  • L’individuation comme voie initiatique

La voie de l’individuation, comme on la comprend maintenant, pourrait être considérée comme une voie initiatique, en particulier du fait que Jung, comme nous le rappelle ici Coleman, " ‘ a caractérisé la seconde moitié de la vie en la décrivant comme ayant des buts différents de la première et étant par essence religieuse (non au sens de religion mais de reliée) – engagée dans la recherche du sens et entrant en contact avec les sources de signification de la vie, dont Jung croyait qu’elles s’exprimaient symboliquement à travers l’inconscient collectif ’ ".

" Les intuitions de Jung sur le développement de l’adulte, écrit Renée Houde à la fin de ce chapitre, ont le mérite d’ouvrir la réflexion, d’enclencher la systématisation. Elles seront influentes, reprises ultérieurement par divers théoriciens; d’ailleurs, elles ont encore audience de nos jours. En outre, elles font une place à un questionnement psycho-spirituel, piste qui ne se trouve pas toujours chez les différents théoriciens que nous allons aborder. "

Cet ouvrage nous permet de cheminer dans les recherches qui ont été faites par tous ces théoriciens qui se sont penchés sur l’étude du cycle de la vie.

   


     
   

La quatrième voie : celle de l’homme rusé

D’après :
ANÇARI, Kejttep Pir.
Psychologie spirituelle 2 – L’équilibre psychologique dans la recherche spirituelle
, Éd. de la Lumière, 1999.
 

Il sera maintenant question de la quatrième voie. Ne me dites pas que c’est tout à fait nouveau car nous en avons déjà parlé à l’émission, plus précisément à propos de Gurdjieff et de Ouspensky. Mais cette fois, il s’agit de l’ouvrage d’un enseignant qui s’est inspiré de cette démarche.

Je veux parler du livre étonnant de Pir Kejttep Ançari, qui s’intitule Psychologie spirituelle 2. Il s’agit d’un enseignement oral, enregistré, transcrit, corrigé et adapté, que l’auteur a regroupé par thèmes. Le sous-titre : L’équilibre psychologique dans la recherche spirituelle parle de lui-même. C’est l’occasion de se rappeler qu’une vraie démarche spirituelle n’est pas additive mais soustractive : il ne s’agit pas d’ajouter des dogmes, des croyances, des doctrines mais de soustraire nos bêtises, nos émotions et nos sentiments tout croches, etc. Et ce chemin passe par la psychologie, l’observation de soi, etc.

Kejttep Ançari, qui s’intitule Psychologie spirituelle 2. Il s’agit d’un enseignement oral, enregistré, transcrit, corrigé et adapté, que l’auteur a regroupé par thèmes. Le sous-titre : L’équilibre psychologique dans la recherche spirituelle parle de lui-même. C’est l’occasion de se rappeler qu’une vraie démarche spirituelle n’est pas additive mais soustractive : il ne s’agit pas d’ajouter des dogmes, des croyances, des doctrines mais de soustraire nos bêtises, nos émotions et nos sentiments tout croches, etc. Et ce chemin passe par la psychologie, l’observation de soi, etc.

   


  • Un héritage de Gurdjieff

Autant que je le sache, l’expression " quatrième voie" nous vient de Gurdjieff. Il expliquait qu’il y a la voie physique, celle du fakir qui domine son corps, qui émerveille les foules aussi. Il y a la voie mystique ou des sentiments, celle du moine, et la voie intellectuelle, celle du sage ou du savant. Finalement, la quatrième voie serait celle de l’homme d’aujourd’hui. J’allais dire : celle de l’insignifiant, comme chacun d’entre nous… ceux qui ne sont pas doués pour les trois autres voies, en somme. [rires]

Gurdjieff, lui, appelait cette quatrième voie celle de l’homme rusé. C’est l’individu qui va peut-être suivre une démarche en particulier à travers une école de pensée, mais qui ira, en même temps, emprunter des informations qui viennent d’autres écoles, etc. C’est peut-être un peu synchrétique, diront ceux qui ne sont pas d’accord avec cette vision mosaïque de la culture humaine mais tant pis, c’est un peu ça quand même.

   
  • L’importance du rappel à soi

Dans cet ouvrage, on explique les principes attachés à cette démarche comme, par exemple, le fait de découvrir jusqu’à quel point le rappel à soi peut nous être utile.

" Le rappel à soi peut se pratiquer à n’importe quel moment de la journée, comme nous l’avons vu à plusieurs reprises, dit l’auteur. Il faut essayer de le pratiquer fréquemment dans la journée, se dire : ‘ Maintenant j’existe ’ – je prends conscience d’être –, en essayant de percevoir comment on existe, comment on est en train de vivre les choses. C’est très physique au départ mais ça peut devenir psychique, quand tout à coup on prend conscience qu’on est en colère , qu’on est mauvais, ou qu’on est " hibou-gon " comme j’aime dire à la maison quand on n’est pas de bonne humeur. – Il est absolument nécessaire de faire cet effort ", dit l’auteur, c’est-à-dire se rappeler à soi.

 

" Être conscient de vous, c’est être conscient de votre respiration, de votre dos contre la chaise, de vos fesses sur le siège, de vos pieds par terre. "

Pir Kejttep Ançari

 
  • La conscience d’être par la connaissance de soi

Là aussi, on reconnaît l’enseignement de Gurdjieff. " Pour aller de l’état ordinaire à celui d’homme qui commence à développer l’esprit en lui, savoir et être davantage par la connaissance de soi. " Il y a derrière cela la pensée que l’esprit n’est pas entièrement là au moment où l’on est, ce qui arrive souvent d’ailleurs. Mais lorsqu’il est présent, c’est ce qu’on appelle la conscience d’être. Il faut développer cet état pour éveiller l’esprit qui s’exprime particulièrement par cette conscience d’être.

 


 
  • La volonté

L’auteur parle de la volonté comme étant au départ presque inexistante. " Des volontés qui ne sont que des désirs. Vous allez vous observer, être conscient de vous pendant trois minutes et [faire autre chose]. Être conscient de vous, c’est être conscient de votre respiration, de votre dos contre la chaise, de vos fesses sur le siège, de vos pieds par terre […].

" L’être humain a très peu de volonté, dit plus loin Kejttep Ançari. Ce qu’il prend pour de la volonté, ce sont quelques désirs. Il est important de réaliser cela. Vous savez bien qu’aujourd’hui vous avez envie de telle chose et qu’il n’est pas sûr du tout que demain vous ayez envie de la même. Pourquoi ces changements? Parce que nous sommes multiples. " Cela me fait penser à ce que dit Roberto Assagioli à propos de la volonté. Comme tout se tient!

 

La quatrième voie consiste à agir au milieu des hommes là où le destin nous a mis, finalement. Ne cherchez pas ailleurs.

Là où vous êtes, dans la situation où vous vous trouvez,

c’est là où vous êtes le mieux placé pour pratiquer la quatrième voie.

   


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.