Saison
1999-2000
  Émission du mardi 9 novembre 1999
   

Relativité du temps : le mirage de la file d’à côté

 


Je suis sûr que vous avez déjà remarqué que, lorsque vous êtes coincé dans un embouteillage, ça roule toujours plus vite dans la file d’à côté. Il y a une raison à cela…

En effet des chercheurs de l’Université de Toronto affirment qu’il s’agit d’un mirage. (Vous ne pourrez pas dire que l’argent de nos taxes n’est pas investi correctement dans des recherches sérieuses…)

Ils ont démontré que les conducteurs sont victimes d’une erreur d’appréciation. Lors de la projection vidéo d’embouteillages, 70 % des personnes interrogées ont affirmé que la file d’à côté était toujours la plus rapide, alors qu’elle circulait, en fait, à la même vitesse. Cette illusion résulte d’une frustration : immobilisé que vous êtes, vous avez l’impression que vous vous faites continuellement doubler, alors que, en réalité, vous rattrapez le retard à la première occasion.

Mais le temps passé à attendre nous semble toujours plus long que celui passé à doubler, n’est-ce pas?

  


   
   

Des insectes au menu de l’écologie

Toutes les photos reproduites ici sont de Peter Menzel et ont été publiées dans le magazine Ça m’intéresse.N° 224, octobre 1999.

 

Je me suis trouvé tout à coup devant des photographies tout à fait remarquables, qui proviennent de divers pays où l’on mange régulièrement des insectes. Je dis " régulièrement " car nous ici, à l’Insectarium, nous ne le faisons qu’à l’occasion. Une bonne cuillerée de chenilles dans le miel, c’est tellement bon!

 

Un ouvrage qui a été salué par la critique s’intitule Man Eating Bugs : The Art and Science of Eating Insects, de Peter Menzel et Faith D’Aluisio (Material World Books, distribué par Ten Speed, Berkeley).

 

 

Tout ça c’est culturel, évidemment, mais il faut savoir que les insectes constituent l’une des sources de protéines les plus sûres dans le monde. Et je ne blague pas ici.

 

 

Pourquoi sommes-nous réticents à manger des insectes?
Voyez ce qu’en dit Bruno Comby :

http://www.comby.org
/insect/interview_insectes.html

 

 

  • À chaque pays son insecte
  1. Chine : Hannetons en sauce
  2. Dans un article de Ça m’intéresse, on rapporte que, à Canton (Chine), " des cousins aquatiques du hanneton se dégustent marinés avec une sauce au soya et gingembre. Ce qui prouve finalement que ce qui compte, dans la vie, c’est la sauce… [rires] – À l’apéritif, le scorpion se mange vivant, privé de son dard, après une ‘ anesthésie ’ dans un bain d’alcool de riz. – Que c’est délicat… – Mais en soupe, il est servi entier, sauté vivant, puis cuit avec du persil, du gingembre, des carottes et du porc. "

    Bien des peuples se délectent de ces bestioles juteuses et croustillantes. Autres exemples.

  3. Japon : larves, vers à soie, etc.
  4. Au Japon, c’est le Zaza-mushi qui a la cote (tiens j’ai manqué ça quand j’étais là-bas), de même que d’autres amuse-gueules : " Spécialités de la région de Nagano, larves de trichoptères, criquets, vers à soie et larves d’abeilles sont préparées sautées avec une sauce soya et du sucre, d’où leur goût… de sauce soya et de sucre! vous aviez deviné. Servies à l’apéritif dans certains restaurants, ils suscitent chez la plupart des Japonais la même aversion que chez les Occidentaux. "

  5. Ouganda : coléoptères sautés
  6. Ici c’est extraordinaire : le masinya est un régal des îles Sese. " Cette larve de coléoptères se développe dans les troncs de palmiers. Après en avoir extrait l’intestin, on la consomme sautée avec curry et oignons ou encore en soupe. Un mets rare! " dit-on ici.

  7. Botswana : chenilles longue conservation
  8. " Le ver de mopane, manne du veld africain, est la chenille de l’un des plus grands papillons de nuit, Imbrasia belino – quand elle ne se fait pas bouffer. Avant la formation du cocon, l’animal aux épines coupantes est riche en graisses savoureuses. Salé et séché au soleil et se conserve des mois. " Ah que j’aimerais en retrouver une dans mon assiette!

  9. Indonésie : punaises grillées au menu

Très riche en protéines, la punaise grillée est un complément essentiel à l’alimentation des indonésiens qui est faite principalement de taro et de patates douces. Dans une peuplade de la vallée du Baliem, les jeunes mangent aussi des araignées. J’imagine qu’ils gardent une patte pour se récurer les dents…

 

D’après :
DIRICQ, Agnès.
" À quand les mouches chez le boucher ?",
Ça m’intéresse
, N° 224, octobre 1999.

 

  • L’insecte : une source de protéines écologique

Les écolos sont d’accord, les nutritionnistes aussi : " mieux vaut manger des insectes que du poulet! " Les sauterelles, pour ne nommer que celles-là, ont une teneur en protéines qui varie de " 50 à 75 %, contre 23 % pour le poulet et seulement 17 % pour le porc ", fait remarquer Agnès Diricq dans un court article intitulé " À quand les mouches chez le boucher? ". Étonnant! Ça a peut-être l’air dégoûtant, mais leur potentiel nutritif est important.

 

Hotlix Candy :
http://www.hotlix.com/
bugpops.htm

 


" En Amérique,
l’entomophagie
a une longue histoire puisque sauterelles et chenilles, étaient pour les Indiens des régions désertiques, un aliment essentiel. Aujourd’hui, les Natives comme les autres Américains, sont à l’ère du Big Mac. Pourtant les insectes peuvent encore redouter de passer à la casserole. À Pismo Beach, en Californie, Larry Bitterman a fondé la Hotlix Candy en 1991. Ses produits (sucettes aux grillons ou aux vers, scorpions au chocolat, etc.) Ce serait agréable à offrir aux amis pour fêter le millénaire, non? s’arrachent ‘ parce qu’ils sont incroyables et dégoûtants ’, affirme-t-il. Il voit même l’avenir en rose (bonbon) car, selon lui, les insectes auront, comme les vins, leurs connaisseurs. Les écologistes, eux, pensent que les insectes sont l’aliment du futur qui ne nécessitera ni hectares de terre ni insecticide – par la force des choses puisqu’on les mange. – […] Les spécialistes affirment qu’une ferme pourrait produire près de deux millions de tonnes par jour. Et que cent fermes d’élevage d’insectes suffiraient à alimenter six cents millions d’humains! "

Quand je vous dis qu’ils ont de l’avenir les insectes. Les acariens aussi, mais il en faut beaucoup.

  


Insectarium de Montréal :

http://www.chin.gc.ca/Exhibitions/ Canadiana/Frhigh/content/institut/13/mushome.htm

  


   
   

Pour une retraite socialement active

 

D’après :
CARETTE, Jean.
L’âge dort : Pour une retraite citoyenne
,
Éd. Boréal, 1999.

 

 

" Pour commencer, il faut cesser de voir les retraités comme des acteurs ‘ en retrait ’ de la société. "

 

 

L’Âge dort?, voilà un ouvrage qui tombe bien! J’en ai fait la découverte avec beaucoup de plaisir, car je souhaitais depuis longtemps voir aborder avec intelligence et profondeur la question de la retraite socialement active. Enfin, voici qu’un ouvrage vient de paraître et le fait très bien. Il s’agit du livre de Jean Carette, un spécialiste en gérontologie, professeur au département de Travail social de l’Université du Québec à Montréal.

En présentation de l’ouvrage, sur la quatrième couverture, on fait observer que " les aînés doivent aujourd’hui affronter des problèmes de pauvreté, de marginalisation, de dépersonnalisation qui ne découlent que de la façon dont notre société perçoit le troisième âge. Pour Jean Carette, c’est tout le processus du vieillissement qu’il faut reconsidéré. Pour commencer, il faut cesser de voir les retraités comme des acteurs ‘ en retrait ’ de la société. Il faut également cesser de considérer la productivité et la consommation comme des valeurs fondamentales, seules justifications de notre existence, et revoir aussi le partage de la richesse dans notre société. Il faut enfin cesser de considérer les problèmes du troisième âge comme des problèmes particuliers touchant une tranche précise de la population, mais élaborer plutôt une sociologie du vieillissement qui embrasse toute la durée de la vie. " Car tout se tient finalement dans la vie.

Le seul reproche que je fais Jean Carette – et ça ne m’a agacé que pendant quelques secondes – c’est le titre qu’il a trouvé : L’âge dort?…

Je vous ai à quelques reprises de cette question. Et en particulier du fait que, au moment de la retraite, les gens s’éloignent de leur identité sociale et cessent d’être actifs dans la sphère sociale. Ce n’est pas le cas de tout le monde, heureusement.

  
  • Des exemples de retraités actifs

Dans un chapitre qui s’intitule " Pour une retraite socialement active ", J. Carette écrit : " Après des années d’engagement syndical, Marcel milite dans l’AQDR pour la défense des droits des retraités. Sa femme, Ginette, donne son temps et son énergie à la section locale d’Amnistie internationale. Pierre, un préretraité de l’enseignement, passe le plus clair de ses journées en compagnie des jeunes en vue de leur insertion en emploi. Anciens préposés des hôpitaux, Gérard et Bénédicte administrent ensemble un programme de la Croix-Rouge destiné à l’accueil des réfugiés de l’Europe de l’Est. Quant à Sylvie, 85 ans, elle ne peut plus guère se déplacer, mais elle accueille jour après jour chez elle des jeunes en difficulté ou des voisins en mal de confidence. Sa fille Mado, toujours au travail, revendique la mise en place de la taxe Tobin sur les mouvements spéculatifs des capitaux. "

  

De la taxe Tobin

Vous savez ce que c’est que cette taxe Tobin? C’est, en rapport avec tous les mouvements spéculatifs des capitaux qui circulent dans le monde, à l’effet que ces placements devraient être taxés. Je reviendrai bientôt sur cette question.


Jean Carette
 

 

  • Le prêt-à-porter gérontologique

L’auteur de L’Âge dort? ne vise pas les individus, mais la société qui entretient un tel climat. L’obstacle majeur à cette renaissance qu’il souhaite se situe, affirme-t-il, au niveau de la perception qu’entretient notre société.

" Nos universités et les technocraties qui les régentent ont laissé se développer une discipline – la gérontologie – autonome, en marge des autres, tombant ainsi dans le piège de l’âgisme dominant, explique J. Carette. […] Mal partis dans l’approche de la problématique, nos gérontologues se sont refusés, sauf exceptions, à risquer les débats de fond… Ils se sont la plupart du temps contentés de promouvoir un prêt-à-porter gérontologique [rires] politically correct – évidemment –, inadéquat sitôt conçu… Dans ces conditions, comment s’étonner que la gérontologie stagne? "

Je rappelle que l’auteur, Jean Carette, est lui-même est un spécialiste en gérontologie.

 

" Les préjugés discriminatoires et les attitudes disqualifiantes tendent à faire des aînés des citoyens et des citoyennes de seconde zone. "

Jean Carette, L’Âge dort?

 


" Les préjugés discriminatoires et les attitudes disqualifiantes tendent à faire des aînés des citoyens et des citoyennes de seconde zone. La dévalorisation dont ils sont l’objet les frustre, les démobilise, souvent les confine dans une ‘ mort sociale ’ ou handicape leurs démarches pour se rendre activement présents aux profonds changements sociaux actuels et futurs et pour collaborer à de nouvelles mises au monde. Quand on est en retraite du monde du travail rémunéré, que faire? Par où commencer? Quel chemin défricher? Comment se faire une place? "

Telles sont les grandes questions traitées dans cet ouvrage intitulé L’âge dort : pour une retraite citoyenne, paru chez Boréal.

 

" Il arrive à certains de commencer leur retraite sans même le savoir. "

 

 

  • Le paradoxe de la préretraite

Selon Jean Carette, il s’agit d’apprendre à vivre en harmonie avec deux données contradictoires : la mise à la retraite de plus en plus jeune – volontaire ou pas –, et l’augmentation de l’espérance de vie. Il y a entre les deux un décalage considérable car on peut avoir encore de 20 à 30 ans à vivre, mais vivre c’est quoi, sinon vivre actif dans la société, avoir un rôle social, etc.? Il y a vraiment une vision absolument tronquée de la réalité chez ceux qui prennent les décisions.

" Chaque jour, rappelle l’auteur dans l’introduction, pour des centaines de femmes et d’hommes, la retraite sonne comme une libération, mais aussi comme une contrainte. Depuis la multiplication des départs anticipés, la plupart des ‘ bénéficiaires ’ se retrouvent en retraite sans avoir disposé du temps nécessaire pour en décider, ni des moyens concrets d’y réfléchir. Car la retraite, même devancée, est souvent imposée par l’évolution rapide du marché du travail, par l’incursion accélérée de nouvelles technologies réductrices de main-d’œuvre, quand elle n’est pas dictée par une aubaine souvent trompeuse par un gouvernement qu’obsède le déficit zéro.

" Il arrive même à certains de commencer leur retraite sans le savoir : licenciés, sortis du marché du travail, ils épuisent leurs prestations de chômage en espérant toujours retrouver un salaire, puis basculent dans les régimes d’assistance en attendant leur 65e anniversaire, âge légal ou réglementaire d’accès à des revenus publics de retraite. Pour ceux-là, et ils sont très nombreux, la retraite n’est que le prolongement inévitable du chômage et de l’invalidité sociale qui les frappe. " Et le climat qui règne, la perception qu’ils en ont, c’est d’être définitivement expulsés du système et pour le reste de leur vie, au fond.

 

Un peu comme un yaourt passé date, les retraités ont souvent l’impression que leur " ticket n’est plus valide "…

 
  • Le sentiment d’expulsion et d’exclusion des retraités

" Pour tous, poursuit plus loin l’auteur, y compris la minorité de ces derniers ‘ privilégiés ’, pour peu qu’ils s’interrogent ou qu’ils observent leurs aînés qui sont passés là avant eux, même si l’euphorie domine la proximité et les premiers moments de la retraite, d’autres sentiments divisent leur esprit : l’impression plus ou moins claire qu’on se débarrasse d’eux, même en douceur, le sentiment diffus que désormais leur ‘ ticket n’est plus valable ’ – un peu comme un yogourt qui est passé date –, que leur expérience est désuète et que leur utilité sociale est diminuée; la crainte secrète de ne pas savoir gérer leur vie de couple – ensemble enfin mais aussi tous les jours – et leur vie familiale, avec peut-être même encore des adolescents ‘ prolongés ’ à la maison; l’appréhension des difficultés liée à un rétrécissement budgétaire je peux vous dire que les premiers temps où les gens arrivent à la retraite, ils ont l’impression (pas tous mais certains d’entre eux) d’être à l’aise. Mais en quelques mois, ils s’aperçoivent qu’ils le sont beaucoup moins qu’ils croyaient l’être ; la peur, amplifiée par la vue de leur entourage plus âgée, de mal vieillir, de perdre progressivement santé, validité. "

C’est ce que Jean Carette souligne dans un chapitre qui s’intitule " Réveillons-nous ", et qui justifie le titre de son bouquin : L’âge dort?

Comme le mentionne la citation en exergue de ce chapitre, Jean Carette est d’avis qu’il faut sortir de la définition de la retraite qu’en donne le dictionnaire historique de la langue française, Le Robert :

" En contexte militaire, retraite désigne encore l’action de se retirer du champ de bataille lorsqu’on ne peut s’y maintenir. "

Puis, en exergue d’un autre chapitre, il fait apparaître cette citation tirée des Cahiers de Paul Valéry :

" Âgé de 70 ans, le peintre Degas disait au peintre Ernest Rouart :
‘ Il faut avoir une haute idée non pas de ce qu’on a fait, mais de ce qu’on pourra faire un jour : sans quoi, ce n’est pas la peine de travailler…" "
À retenir donc… pour chacun d’entre nous.

 

" Vieillir, et en meilleure santé, c’est gagner sur le temps et non le perdre. "

 
  • La retraite : temps en avant, fatigue en arrière

" Vieillir, et en meilleure santé, c’est gagner sur le temps et non le perdre, d’où l’intéressante suggestion du professeur Albert Jacquard de compter notre âge à partir des années dont nous disposons encore et non à partir de celles qui sont déjà écoulées ", écrit Carette. Puis, citant une réflexion de Jacquard :

" ‘ Chaque borne est une conquête, je progresse, je m’enrichis, toute heure de plus est une fête; j’ai déjoué le temps; j’ai gagné; j’ai vieilli. Devenir vieux c’est ne plus être obsédé par le nombre des années écoulées depuis le début, mais par le nombre de celles qui sont encore disponibles. ’ "

Puis, une information intéressante sur le rapport qui existe entre les préretraités et les retraités : " À l’espérance de vie s’ajoute l’espérance de la retraite, puisque la majorité d’entre nous prend [sa retraite] dans la fleur de l’âge, au bout de la cinquantaine. Volontaire ou le plus souvent imposée, la préretraite est tellement développée ces dernières années, qu’il y a au Québec plus de préretraités de moins de 65 ans que de retraités au sens des conditions d’accès réglementaires à la pension fédérale […]. "

 

" Avec la préretraite, une nouvelle période de vie commence qui n’est pas réduite à l’invalidité et à l’attente de la mort. "

 

 

Cet ouvrage est très intéressant car l’auteur n’hésite pas à soulever les vraies questions. Il dira, par exemple que " La retraite qui s’étale désormais sur plusieurs décennies, et touche au moins deux générations à la fois, ce qui ne manque pas d’inquiéter certains actuaires mais doit nous réjouir. Finies l’usure et la fatigue liée au travail, finies les contraintes de temps, d’espace et de relations qui encadraient la vie de travail, finis les soucis et le stress qui aggravaient les journées. Avec la préretraite, une nouvelle période de vie commence qui n’est pas réduite à l’invalidité et à l’attente de la mort, mais qui, par sa durée même, assure une ouverture et une chance renouvelée de vivre au plus grand nombre. "

 

" En atteignant une certaine maturité, nous acquérons une densité de vie et nous gagnons en profondeur ce que nous perdons en surface. "

 

 

  • La fin des illusions

Plus loin, Jean Carette rappelle que " au fil des ans, nous perdons quelques-unes de nos illusions, de nos amitiés et des qualités de vigueur qu’on prête, parfois un peu trop précipitamment, à la jeunesse, Mais nous renforçons aussi nos racines, nous gardons nos projets et nos rêves, nous nous intégrons de nouveau aux groupes sociaux, nous cultivons nos valeurs et nos exigences; en atteignant une certaine maturité, nous acquérons une densité de vie et nous gagnons en profondeur ce que nous perdons en surface. – Tiens, c’est joli ça!

 

" On dit parfois que la vie ‘ laisse à désirer ’ : cette expression est ambivalente, parce qu’elle signifie que nous avons subi beaucoup de contradictions et de frustrations, mais aussi que la vie a laissé en nous nombre de désirs inassouvis qui sans doute aident à la poursuivre et en nourrissent le cours. "

" Je veux croire que si le temps nous vieillit, il est, dans le même mouvement, susceptible de nous faire croître et il nous aide à nous rejoindre nous-même,
à nous écouter, à nous accomplir. "


Une autre belle phrase de Jean Carette à retenir.

  

 

  • On vieillit comme on a vécu : les deux vitesses de la retraite

" Les chercheurs en gérontologie sociale ont naguère découvert ce que le bon sens savait déjà : on vieillit comme on a vécu, ou plutôt comme on a pu vivre, explique Jean Carette. […] Mais les jeux ne sont pas complètement faits. J’ai connu des centaines de retraités prématurément vieillis et abîmés par une vie difficile, mais pour qui la retraite était l’occasion d’engagements multiples et féconds. " Au fond, l’idée c’est de saisir l’intérêt, lorsqu’on se libère relativement du travail, de jouer un rôle actif dans la société.

" À l’autre bout de la vie, explique plus loin l’auteur, la retraite se vit à deux vitesses : d’un côté, les ex-travailleurs bien protégés jouissent d’un repos bien mérité et bien rémunéré […]; de l’autre, la masse des retraités végète au minimum de la pension vieillesse, privée d’une retraite décente après avoir été flouée dans son droit au travail. "

Il y a du mordant dans cet ouvrage. Le lion semble dormir mais il a toujours ses dents…

  
  • Un contrat social à renouveler

Jean Carette parle ensuite de l’ancien contrat social qui s’effrite et du nouveau qui ne parvient pas à s’élaborer : " Les injustices et les inégalités s’aggravent, l’exclusion à la violence prolifèrent, et nos pouvoirs locaux et autres, soumis aux cotes souveraines des agences de crédit ou aux technocraties de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international sont incapables de réagir autrement qu’en démantelant l’État providence, en charcutant les services et les institutions laborieusement mises en place hier par les retraités d’aujourd’hui. – II me semble avoir déjà entendu cette réflexion quelque part… 

" Après la Révolution tranquille, poursuit Jean Carette, voici venus les temps sombres d’une Restauration tranquille, dont les promoteurs comptent sur notre passivité pour la remettre en place. Nous assistons, impuissants, à la détérioration du champ politique, non seulement parce que nos politiciens nous paraissent souvent démagogues, creux ou corrompus, mais surtout parce que nous constatons l’incapacité des politiques et de l’État à proposer et à animer les changements qui s’imposent, face au développement des inégalités et de la violence, face au pouvoir démesuré et incontrôlé des marchés. "

Si on vous demande de trouver quelqu’un pour prononcer des conférences sur ce sujet, vous saurez où vous adresser…

J’ai retenu ce petit paragraphe : " Retraités ou plus jeunes, allons-nous assister sans rien faire à la destruction de ce que nous-mêmes avons mis tant d’années et d’efforts à bâtir au prix de luttes acharnées? "

La question est posée, c’est à vous d’y répondre…

  


   
   

L’amitié plus lucide que l’amour?


Ça m’intéresse, N° 224, octobre 1999.

 

 

 

 


Des auteurs se prononcent

L’amitié serait beaucoup plus lucide que l’amour. L’amour serait aveugle, comme on dit, en ce sens qu’il permet de parer l’être aimé de qualités réelles ou imaginaires, alors qu’en amitié, c’est exactement l’inverse : les qualités doivent exister pour que le sentiment puisse naître.

Il y a cette citation de Madame de Lambert, une femme de lettres du 18e siècle – et laissez-moi vous dire qu’elles étaient mordantes les femmes de lettres du 18e – qui fait réfléchir :

" Le bandeau qu’on donne à l’amour
pour ne pas voir –,
on l’ôte à l’amitié
pour tout voir. "

" Affection pure, normalement dénuée de tout désir sexuel, qui rapproche comme d’une sœur ou d’un frère ceux qui ne sont pas de notre famille, l’amitié nous fait généreux, attentif, confiant ",
écrivent les auteurs d’un dossier sur l’amitié paru dans Ça m’intéresse,
N° 224, octobre 1999.

Si je vous sermonne sur ce plan-là, c’est que j’ai moi-même besoin d’être sermonné : le temps devient rare à certains moments et on s’aperçoit tout à coup que l’on est en manque d’amitié. Quand on n’a pas le temps de consacrer du temps à l’amitié, c’est terrible...

 

" C’est le meilleur de soi-même que l’on donne à un ami, le meilleur de lui que l’on compte recevoir. "


Bien sûr, on va se référer à nul autre que Boris Cyrulnik
" ‘ L’amitié est un contrat très solide qui se fonde sur la tolérance et l’aide réciproque ’, dit-il. Mais avant cela, poursuivent les auteurs, il faut oser. Car l’amitié débute toujours par un saut inexplicable, un élan de sympathie pour quelqu’un que l’on connaît ou pas. "

Dans cet article, on cite également l’essayiste Francesco Alberoni qui écrivait dans l’Amitié, à propos de celui ou celle que l’on connaît ou pas, " mais qu’on semble remarquer pour la première fois ".

Pourquoi celui-là plutôt qu’un autre? On pourrait ici citer Montaigne qui disait à propos de son amitié avec La Boétie, quand on lui demandait : " Pourquoi êtes-vous amis? " " Parce que c’est lui, et parce que c’est moi. "

" D’abord, on trouve l’autre ‘ sympa ’, c’est-à-dire qu’il crée autour de lui une impression que j’aime, explique Boris Cyrulnik. Puis on devine qu’on peut partager avec lui des mondes mentaux, affectifs, d’action. "

" L’amitié n’a pas besoin de se projeter dans le futur, un point intéressant que rapporte les auteurs de l’article. ‘ Son temps, assure Alberoni, est granulaire : c’est une succession de moments présents juxtaposés. "

On peut dire que notre émission est granulaire aussi. Elle est faite d’éléments juxtaposés que nous parcourons ensemble.

 Voir :
L’essence de la philia,
par Jacques Dufresne
 

 

  • Dans l’Antiquité des philosophes

Dans un articulet du dossier de Ça m’intéresse, on donne quelques précisions sur la philia, un mot latin qui signifie la sagesse mais aussi l’amitié. Il faut se rappeler que l’amitié a été l’une des notions philosophiques majeures de l’Antiquité gréco-romaine. Plusieurs penseurs, plusieurs grands sages, se sont penchés sur cette question.

Pythagore

" On trouve l’amitié entre l’âme et le corps, entre les parties du corps, entre les sciences entre elles… "

Cicéron

" Rien ne convient mieux au bonheur et au malheur que l’amitié. "

Platon

" L’amitié joue un rôle déterminant dans la formation et le maintien des cités. "

Épicure

" L’amitié libère de la peur et de la servitude : c’est la sagesse même. "

Aristote

" L’amitié représente une forme d’égalité comparable à la justice : chacun rend à l’autre des bienfaits semblables à ceux qu’il a reçus. "

  


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.