Saison
1999-2000
  Émission du lundi 8 novembre 1999
   

Québec Sciences fête 100 ans de science


Québec sciences
100 ans de sciences

 

 

Photo :
Les fresques de Lascaux.
Elles ont été l'objet des premières datations par carbone 14.

 

Je vois ici, sur la page couverture du dernier numéro de Québec Sciences – lequel cette fois-ci tient plutôt de l’album – un montage de photos dont celle, fameuse, de Einstein que vous connaissez, une autre représente l’être humain qui met pied sur la lune, une photo amusante de Dolly qui se regarde dans un miroir, une illustration des cavernes de Lascaux, etc.

C’est un numéro spécial, tout à fait remarquable, qui a pour titre : " 100 ans de science ". Au fond, on résume la grande aventure du 20e siècle.

Je garderai pour d’autres jours les commentaires que pourraient susciter certains articles de ce cahier pour m’en tenir simplement à la préface rédigée par Hubert Reeves, que je trouve remarquable, et qui va tellement dans le sens de mon intérêt pour l’évolution.

 

  


   
   

Hubert Reeves : La science sur la piste de nos origines

D’après :
REEVES, Hubert.
" Sur la piste de nos origines ",
Québec Sciences
, Hors série " 100 ans de sciences ", septembre 1999.
 

 

Dans la préface du numéro spécial de Québec Sciences dont je vous entretenais, Hubert Reeves souligne, entre autres choses, que " le sentiment d’appartenance dont nous avons tant besoin [aujourd’hui], la science nous le donne dans un sens tellement plus satisfaisant que nos manuels d’Histoire ". Car c’est grâce à la science que nous prenons conscience de nous appartenons au cosmos – rien de moins que le cosmos. H. Reeves dit aussi que " l’histoire de la science, c’est aussi celle de nos racines ".

" La science s’intéresse à une réalité qui nous touche de toutes parts, estime l’astrophysicien. Certaines découvertes scientifiques ont des implications qui dépassent de loin son propre domaine. " Et là-dessus, il commence à nous parler de la création de l’Univers – mais je n’aime pas beaucoup utiliser le mot "création", car il me semble que cela suppose que quelqu’un soit intervenu et je ne voudrais pas prêter à Hubert Reeves une opinion quant à cela. Alors, disons que c’est tout simplement du début de l’Univers dont il est question.

 

" C’est notre généalogie que la science aujourd’hui nous révèle. "

 

 


" Il y a quinze milliards d’années,
explique-t-il, le monde nous apparaît comme une gigantesque purée incandescente. C’est le chaos primordial. Il n’y a aucun système organisé. Pas de galaxies, d’étoiles, de planètes. Pas de molécules, d’atomes ou de nucléons. On y trouve des quarks, des électrons, des photons et une panoplie d’autres particules élémentaires. " Et c’est avec tous ces éléments qu’on va bâtir un Univers qui va se complexifier de plus en plus.

Puis, Hubert Reeves attire notre attention sur le fait suivant : " Maintenant, regardons notre Univers aujourd’hui dans son extraordinaire diversité et variété. Une collection impressionnante de structures organisées se présente à nos yeux. Je pense à l’ensemble des espèces végétales et animales et, en particulier, aux six milliards d’êtres humains qui habitent maintenant notre planète. Comment cette métamorphose de la matière, cette croissance de la complexité est-elle advenue?

" Les sciences, chacune dans son domaine, en étudient les divers chapitres, explique l’astrophysicien.
Les observations astronomiques, couplées aux expériences de laboratoire, nous donnent déjà une bonne perception,
mais de nombreux chapitres restent encore dans l’ombre.

 

" La dignité humaine peut trouver une assise nouvelle dans la prise de conscience de notre participation à la saga de la complexité cosmique. "

 


La physique nucléaire élucide pour nous les diverses réactions qui permettent aux quarks de se combiner en nucléons aux premières microsecondes, puis aux nucléons de se fonder en noyaux atomiques dans les creusets stellaires. –
C’est étonnant de lire des propos aussi tripatifs sous la plume d’un être qui est aussi, comme vous le savez, un scientifique remarquable. La chimie nous renseigne sur l’élaboration des molécules – on passe au vivant interstellaires, observées au radiotélescope dans les nuages moléculaires de notre galaxie. La planétologie décrit la formation des socles planétaires sur lesquels les atmosphères et les océans peuvent résider en permanence. La biochimie tente de décrire les réactions chimiques qui ont présidé à l’apparition des phénomènes vivants, vraisemblablement dans les nappes aquatiques initiales de notre Terre. La biologie cherche à élucider les phénomènes par lesquels les différentes formes végétales et animales se sont succédées sur notre planète jusqu’à l’apparition d’un être conscient, apte à se demander d’où il vient.

  


" Notre présence ici et aujourd’hui est ainsi liée à un ensemble de phénomènes dans lequel tout le cosmos est impliqué. C’est notre généalogie que la science aujourd’hui nous révèle. Notre appartenance au monde. Elle nous situe dans ce grand mouvement d’organisation cosmique qui se poursuit depuis des milliards d’années, sur des milliards d’années-lumière.

" La dignité humaine peut trouver une assise nouvelle dans la prise de conscience de notre participation à la saga de la complexité cosmique. Le sentiment d’appartenance dont nous avons tant besoin, la science nous le donne dans un sens tellement plus satisfaisant que nos manuels d’Histoire – comme je le rappelais au début de ce propos.

  


" Avant d’être Anglais, Français ou Canadiens, noirs ou blancs, hommes ou femmes, nous sommes Terriens, solaires, ‘ Voie lactiens ’, fils et filles de l’Univers. Nos racines sont dans les étoiles. "

" Dans ce contexte, l’album que présente aujourd’hui Québec Sciences, trouve aujourd’hui une grande pertinence. Le lecteur pourra découvrir et se familiariser avec les grandes étapes de la science du 20e siècle, un siècle déterminant dans la compréhension de nos origines. "

 

C’est un numéro spécial de Québec Sciences que je vous suggère de vous procurer, si vous voulez vous offrir un tour d’horizon rapide, excitant et très intéressant des grandes découvertes scientifiques du siècle qui s’achève.

  


   
   

Une émission, trois magazines



 


J’ai décidé de vous offrir cette émission à partir de trois magazines.

  1. Le premier, c’était le Québec Sciences.
  2. Maintenant, nous allons du côté de ce mensuel qui est l’un des magazines du Monde : Le Monde de l’éducation, dans lequel on trouve une entrevue avec Jean Baudrillard, qui est l’un de plus brillants interprètes de notre modernité et qui vient justement de faire paraître un autre bouquin.
  3. Et je vais terminer avec un magazine de chez nous, tout aussi remarquable et il l’est de plus en plus : Interface (numéro de novembre-décembre 1999), la revue de la recherche.

 

  


   
   

Jean Baudrillard : Réflexions sur la fin du siècle

" Le système de l’école de l’information et de la culture de masse permet de fabriquer des êtres qui deviennent une copie conforme les uns des autres. "

Jean Beaudrillard
(Photo : Gérard Rondeau. Source : Le Monde de l’éducation, octobre 1999)

 

 

Dans cet entretien paru dans Le Monde de l’éducation, Jean Baudrillard parle un peu d’éducation. Vous allez voir, ses propos sont assez étonnants.

  • L’éducation

Voici ce qu’il dit au sujet du clonage : " D’une manière ou d’une autre, tous les jours les médias parlent de cela mais je ne crois pas que l’on ait repéré ce qui était en jeu là-dedans. Par exemple, on ne parle de clonage qu’en termes biologiques. Or, il me semble qu’il a déjà été précédé par un clonage mental : le système de l’école de l’information et de la culture de masse permet de fabriquer des êtres qui deviennent une copie conforme les uns des autres. " [rires]

  

 

Les gens deviennent tellement malades de cette normalité,
que j’appelle ça souffrir de la
normose

" De quoi souffrez-vous? "

– " Je suis trop normal : je pense comme tout le monde, je fais tout comme tout le monde. "

Autrement dit, je n’existe plus. Tout le monde le fait, fais-le donc!

D’après :
BAUDRILLARD, Jean (Propos recueillis par BONCENNE, Pierre). " ‘ Viral et métaleptique ’ ",
Le Monde de l’éducation, octobre 1999.

" La seule manière de résister au mondial, c’est la singularité. "

 

Baudrillard donne également son opinion sur la mondialisation.

  • La mondialisation

" Que l’on accepte pas la mondialisation, dit Baudrillard, je suis le premier à être d’accord mais que l’on confonde la mondialisation avec l’Amérique, c’est une stupidité. L’Amérique est autant victime de la mondialisation que n’importe quel autre pays : personne n’est bénéficiaire de cette opération vertigineuse. – Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ces derniers temps la mondialisation en prend un coup. Au niveau, en tous les cas, des interrogations dont on fait état dans une émission comme celle-ci. La seule manière de résister au mondial, poursuit-il, c’est la singularité. " Et pour que notre culture survive, il faudra qu’elle soit de plus en plus dynamique, riche, vigilante, etc.


BAUDRILLARD, Jean. Cools Memories, Éd. Galilée, 1987.
 

 

" Né avec la première grande crise de la modernité, j’espère vivre assez longtemps pour assister à son tournant catastrophique avec la fin du siècle ", écrivait Baudrillard en 1987 dans Cool Memories.
" J’espère toujours et malheureusement, les espoirs sont minces "
,
dit-il maintenant.

 

" La radicalité ce n’est pas en savoir toujours davantage sur le réel mais passer de l’autre côté "
 
  • La radicalité comme privilège

Quand on lui cite ce passage qu’il a déjà écrit : " La radicalité est un privilège de fin de carrière ", il commente : " Et on ne peut le dire que passé un certain âge! D’habitude, on pense plutôt le contraire : la radicalité semble être un privilège de la jeunesse ou de son illusion. En fait, la radicalité c’est aller à la racine des choses – radical, c’est la racine –, mettre en doute et décaper la réalité. Je ne parle pas d’accumulation d’expérience : la radicalité ce n’est pas en savoir toujours davantage sur le réel mais passer de l’autre côté. Et cet état d’esprit, on ne l’acquiert qu’assez tard. " Je ne l’aurais pas admis il y a quelque temps…

Pour ne rien vous cacher, je suis particulièrement sensible à cet aspect-là car je me rends compte que je suis beaucoup plus radical maintenant que je ne l’étais plus jeune. C’est vrai que lorsqu’on est jeune, on a plus à perdre, au fond. Quand on est radical, on prend des risques. Adolescent, tu te fais écarter, rabrouer, etc. Plus tard, pour gagner ta vie, tu fermes ton bec. Mais vient un moment où la radicalité devient possible. On prend position de façon plus carrée, plus nette sur certaines questions.

 

 

" La seule nouveauté intéressante quand on parle de l’an 2000, c’est le bogue de l’an 2000. "

 

 

  • L’an 2000

Interrogé à propos de l’an 2000, il explique : " Depuis plus de 10 ans déjà, je me suis efforcé de dépasser le cap de 2000 et de penser au-delà. – Il suggérait d’ailleurs, à un moment, de passer de 1989 à l’an 2000 tout de suite pour ne pas avoir à vivre les dix années qu’on est en train de vivre. Sauter à 2000 d’un coup sec, ou presque. Comme de se dire la veille : 1989 c’est fini, on passe d’un coup sec à 2000 puis on n’en parle plus.

" En tant qu’allégorie, la seule nouveauté intéressante quand on parle de l’an 2000, d’ajouter Baudrillard, c’est le bogue de l’an 2000. D’abord, parce qu’on en fait un événement dont personne n’arrive à savoir s’il est réel ou pas, ensuite, parce qu’on semble fasciné par cet ‘ accident total ’ […]; enfin, si on ne réussit pas à remettre les ordinateurs sur 00, cela signifie métaphoriquement que l’on n’arrive pas à repartir de zéro pour entrer dans le 21e siècle. [rires] Et il est paradoxal de constater que c’est la technologie elle-même, en principe la dimension du dépassement, qui nous enkyste et nous piège. J’y vois une sorte de bogue mental et collectif. " Cette idée m’intéresse beaucoup…

 

" Il y a une tactique de la déception et de la dissuasion qui, dans l’art, est devenu un mode de gouvernement des esprits. "

 

 

  • Le complot de l’art

Il y a quelques jours de cela, j’étais au cinéma quand, tout à coup, on nous a montré sur l’écran une image d’une matière quelconque en décomposition : l’horreur! Quelque chose d’absolument " dégeugeu "… Je ne vous dirai pas de quel film il s’agit, car ça pourrait vous en donner une mauvaise opinion. Puis, devant cela, un protagoniste dit :

 " Tiens, on dirait de l’art contemporain! "

C’est un fait que certains artistes ou des pseudo artistes abusent de leur morbidité en se vidant l’esprit en art comme on tire une chasse d’eau. [rires]
En voilà un exemple de ma radicalité…
[rires]

Baudrillard s’est, lui aussi, prononcé sur la question de l’art, en particulier dans un article intitulé " Le complot de l’art ". L’intervieweur, Pierre Boncenne, lui fait alors remarquer : " Vous vous interrogiez sur la ‘ nullité ’ revendiquée d’un certain art contemporain? " " […] Dire qu’il suffit de manifester un peu d’humeur pour encore se faire traiter d’imposteur fasciste! de répondre Baudrillard. Sans intention de provocation délibérée, depuis quelque temps, j’avais envie de parler de la nullité prétentieuse de l’art contemporain. Au cours de la Biennale de Venise, j’avais été frappé par le côté autodafé de certaines ‘ performances ’, ce parti pris de jouer le culte du déchet ou de la mutilation du corps. Et cette ablation exigeait du spectateur une lobotomie égale du jugement esthétique…[rires] – Vive le beau vocabulaire et la pensée articulée!

  


" Voilà pourquoi je parlais de ‘ complot ’ de l’art : réussir, d’une part, à effacer toute originalité artistique et, d’autre part, à tétaniser le spectateur qui, de peur de passer pour un idiot, doit l’accepter avec tolérance ou, plutôt, servitude mentale.
Ce n’était pas le choix des créateurs qui me gênait,
mais cette servilité générale. "

" […] Pourquoi me refuse-t-on le droit de déceler l’intoxication esthétique au même titre qu’il peut exister une intox politique ou médiatique? Il y a une tactique de la déception et de la dissuasion qui, dans l’art, est devenu un mode de gouvernement des esprits. Je suis désolé, j’ai du mal à l’accepter. Mais qu’on se rassure, mon intervention n’a rien changé. "

Ce qui m’intéresse particulièrement dans cet interview, c’est que le journaliste oriente ses questions à partir des énoncés de Baudrillard tirés de certains de ses livres. On soulève plusieurs points qui sont controversés et cela donne une entrevue très riche, avec des thématiques.

  
  • L’intelligence artificielle

À propos de l’intelligence artificielle, par exemple, l’intervieweur lui pose la question : " Dans L’échange impossible (le titre d’un de ses livres), vous consacrez de nombreuses pages aux machines, à l’intelligence artificielle ou à la confrontation au jeu d’échecs entre Kasparov et Deep Blue de IBM – je me souviens que l’on avait suivi ça avec beaucoup de passion à l’émission Par 4 chemins –. Pour dire au bout du compte : ‘ Il faut réviser notre jugement vis-à-vis de cette technique aliénante que notre philosophie critique s’épuise à dénoncer. ’ Bref, laissons les machines gagner sur le terrain où elles vont forcément vaincre et accentuons ce qui nous en distingue : le plaisir, l’ivresse de vivre, l’ironie. "

" Toute la fin de L’échange impossible se joue sur ce jeu de bascule que j’ai intitulé : ‘ Transfert poétique de situations ’, explique Baudrillard. Je prends le contre-pied du jugement critique pour passer du côté ironique, paradoxal et paroxystique. […] Qu’est-ce qui est irréductible à l’intelligence artificielle dont la superstition, malheureusement, est de croire qu’elle peut tout absorber?

" Sur un certain plan, mieux vaut, je pense, ne pas résister au virtuel pour passer plus vite à autre chose. […] Mais je reconnais que je ne sais pas du tout où cela peut nous mener. "

 

" Je pense que l’on peut exploiter cette situation d’incertitude où des données contradictoires sont vraies en même temps. "
 

 

  • L’irruption de l’incertitude

Dans le même ouvrage, Baudrillard parle aussi de l’irruption de l’incertitude un peu partout. Deux mots très importants de notre époque sont à retenir : complexité, d’une part – qui vient de Edgar Morin en particulier – et incertitude – qui vient de la science, de la physique quantique en particulier et de certains penseurs tels Baudrillard. Complexité et incertitude… l’avenir est prometteur. [rires]

" Il y a maintenant une remise en cause de tous les systèmes de vérification et même de tous les systèmes de valeurs, fait remarquer Baudrillard. Je pense que l’on peut exploiter cette situation d’incertitude où des données contradictoires sont vraies en même temps. – C’est très important de reconnaître que ça existe et qu’il ne faut pas toujours voir les choses comme blanc ou noir, parce que parfois le blanc vaut le noir ou le noir vaut le blanc. Il est très difficile de trancher dans certaines questions. – Aujourd’hui, il faut savoir gérer la coexistence d’innombrables vérités antinomiques – en opposition ", de souligner Baudrillard.

  


  • Le clonage mental

Tout à l’heure, je vous ai parlé du clonage et j’aimerais revenir à la position de Baudrillard qui considère que cela a été précédé par une sorte de clonage mental et collectif.

" Le système de l’école, de l’information et de la culture de masse permet de fabriquer des êtres qui deviennent la copie conforme les uns des autres ", disait-il. D’où la question suivante : " Dans quelle mesure, vous, Jean Baudrillard, réchapperiez-vous à ce clonage mental et à la massification? "

Sa réponse : " Je fais quelques efforts pour y parvenir sans avoir la prétention d’y réussir. [rires] […] Tout ce que j’ai pu écrire, j’ai essayé de le penser dans ce monde-ci, pas du tout par rapport à une histoire des idées ou à la philosophie. Croyez bien que je suis conscient de mes contradictions et qu’il y a de quoi faire un petit livre noir! "

Dans cet article, il y a parfois des formules étonnantes, des petits raccourcis comme, par exemple, lorsqu’on lui rappelle qu’il écrivait dans un texte que " le sexe s’était libéré de la reproduction, aujourd’hui, c’est la reproduction qui se libère du sexe ".

 

" Au-delà d’un certain point dans l’Histoire, on passe un moment où il devient impossible de distinguer ce qui est vrai ou faux. "
 

 

  • Les antinomies

Autre question : " Vous notez aussi qu’après avoir exercé sa violence contre les autres, l’espèce humaine, avec la biotechnique semble retourner cette violence contre elle-même. Mais vous traitez le travail des comités d’éthique de ‘ spéculation pseudo morale ’. " " N’allez pas imaginer que je ne suis pas un peu terrifié aussi, précise Baudrillard. Mais je dis qu’on ne peut pas se contenter de comités d’éthique qui ramènent l’affaire à une morale conventionnelle. " Puis il ajoute qu’il y a du nouveau et qu’il va falloir le traiter comme tel.

" Au-delà d’un certain point dans l’Histoire, on passe un moment où il devient impossible de distinguer ce qui est vrai ou faux. Tant qu’on n’aura pas trouvé un autre point en deçà, on ne pourra que persévérer dans la destruction. Et ce que Canetti décelait dans l’histoire moderne s’est généralisé, me semble-t-il, dans tous les domaines jusque dans l’esthétique, on ne peut plus distinguer le beau du laid.

" À travers tous les trafics, manipulations et transmutations génétiques de l’espèce, on est arrivé à un point de non retour où l’on ne peut plus déterminer ce qui est humain ou non humain. En nous séparant de l’animalité, rangée à un état inférieur, nous avions tracé des limites et créé une zone de privilège sur laquelle on pouvait fonder une définition de l’humain. Nous sommes en train de sacrifier cette dimension."

  


" Peut-être assistons-nous à une opération au cours de laquelle l’espèce se détache de ce qu’on croyait être humain. Du point de vue humain, précisément, cela paraît désastreux. Mais, au fond, on n’en sait rien et je crois qu’il n’y a pas de morale à opposer au désir immoral et technique d’immortalité. "

Que ce soit à travers le clonage ou d’autres questions comme, par exemple, la cryogénie où des gens se font congeler pour être décongelés à une époque future dans l’espoir de guérir de la maladie dont ils souffrent...

 

 

(Quand il est question de la foule, souvenez-vous, qu’à chaque fois, un mécanisme se déclenche chez moi qui me rappelle cette phrase de Brassens : " Quand on est plus de trois, on est une bande de cons. ")
 

 

  • Les phénomènes de foule

À un moment de l’entretien, il parle aussi de Diana, du pape, du Mondial de football et des phénomènes de foule. Le journaliste lui pose alors la question suivante : " Vous dites que ‘ la contagion pathétique immédiate et universelle qui s’empare des foules n’est pas une affaire de voyeurisme ou de défoulement ’. Et vous ajoutez que l’immoralité de nos sociétés créée par l’excès d’information, suscite automatiquement l’envie d’un événement ‘ fatal ’ – Autrement dit, avec autant d’information, il faut bien qu’il finisse par se passer quelque chose. Baudrillard de commenter : 

" Nous avons tous été complices de cet événement immoral et grandiose, parce qu’immoral, dit Baudrillard en prenant l’exemple de Diana. […] Il y avait là quelque chose de faste et de sauvage, injustifiable et imprévisible, qui dépasse les catégories de l’entendement et du jugement. N’y voyez pas une forme de cynisme mais seulement une tentative de prendre un point de vue, disons oméga – vers la fin – qui permet de libérer une certaine façon de penser.

" De même, face à toutes les histoires de dopage ou de corruption, je crois qu’il faut essayer de voir non pas en quoi c’est utile au deuxième degré mais comment il s’agit d’un processus absorbant, telle une purge, le principe du mal. "

Ainsi parlait Jean Baudrillard dont on se plaît à dire qu’il est l’un des plus grands interprètes de notre vécu contemporain, de notre modernité.

  


   
   

Le régime Montignac, une escroquerie?

D’après :
GALIPEAU, Silvia.
" Montignac sur la sellette ",
Interface, Vol. 20, N° 6, novembre-décembre 1999.

 

 

Depuis quelque temps, à la publication de chaque numéro d’Interface, je trouve toujours beaucoup de choses que je pourrais utiliser pour l’émission, et je ne me gêne pas pour aller chercher des informations tripatives dans ces articles. Dans le dernier numéro, il est question, par exemple, de la fertilité des hommes qui est menacée, des recherches qui ont été faites sur la méthode Montignac, etc.

À propos du régime Montignac, Silvia Galipeau, de l’agence Science Presse, écrit :

" Le régime Montignac repose sur trois principes.

  1. Ce n’est pas la trop grande consommation de calories qui fait grossir, mais les combinaisons glucides/lipides – donc de sucre et de gras – dans un même repas. Les pommes de terre au beurre sont à proscrire.
  2. Il faut manger davantage de protéines car elles donnent un effet de satiété prolongé.
  3. Il faut consommer plus de fibres, de céréales complètes, de fruits et de légumes crus.

" En respectant ces principes, nous assure [Michel Montignac], tout le monde peut perdre ses kilos en trop. Mieux : désormais chacun peut cesser de compter ses calories, et pourtant maigrir. "

De toute façon, vous avez sûrement entendu parler de Montignac et de sa méthode, depuis son premier livre Je mange donc je maigris, alors je préfère ne pas m’engager plus loin sur cette voie. J’ai bien assez de m’occuper de ma propre graisse sans me préoccuper de la vôtre!

" Effectivement, poursuit la journaliste, le régime semble avoir fait ses preuves. Mais pour des raisons contraires à celles prônées par son auteur! ‘ C’est une escroquerie de croire qu’on peut oublier les calories, dénonce Dominique Garrel, endocrinologue à l’Hôtel Dieu de Montréal. Il est impossible de se soustraire à la loi de la thermodynamique : l’énergie ne se perd pas, ne se gagne pas, elle se transforme. La masse corporelle est le résultat de l’énergie que l’on ingère, par rapport à l’énergie que l’on dépense. ’ Pour perdre du poids, il n’y a qu’une solution : manger moins ", de conclure Silvia Galipeau. Ou alors dépenser plus d’énergie, faire plus d’exercice, j’ajouterais.

 

Selon une spécialiste, ce serait le message que Montignac transmet qui aurait un effet sur la perte de poids, et non pas les combinaisons alimentaires.  


" ‘ Ce ne sont pas les combinaisons alimentaires qui ont un effet sur la perte de poids, mais le message que Montignac transmet,
explique une professeure au département de nutrition de l’Université de Montréal. Si on ne peut plus manger de gras avec ses féculents, cela veut dire : plus de beurre sur son pain. Les gens vont donc manger moins de pain! ’

" Il a été prouvé qu’en suivant le régime Montignac les gens consomment 700 calories de moins par jour […]. Par ailleurs, ils consomment davantage de protéines connues pour leur effet de satiété. ‘ Les gens ont moins de variété dans leur assiette et ils se sentent rassasiés. […] 15 % des calories consommées dans une journée doivent être constituées de protéines. Dans le régime Montignac, ce chiffre passe à 30 % ’, précise Karine Tremblay, de l’Université Laval, auteure de Analyse de la méthode Montignac. "

À la fin de cet article, on dit : " L’homme serait donc moins un savant qu’un excellent communicateur : si lire Montignac permet aux gens de changer leurs habitudes alimentaires, de manger moins tout en consommant davantage de fruits et de légumes, c’est tant mieux! Mais on le dit depuis dix ans! "

Il y aurait encore tellement à lire et à dire mais, après tout, ces revues pour le moins tripatives sont disponibles en kiosque.

  


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.