Saison
1999-2000
  Émission du mercredi 3 novembre 1999
   

De l’imbécillité

   


Une auditrice m’a donné l’étymologie du mot " imbécile " et j’ai trouvé l’information plutôt tripative.

Apparemment, le mot vient du latin imbecille  qui signifie " qui n’a pas de bâton ". " Allusion, dit-on, au fait qu’il est toujours nécessaire d’être soutenu par une béquille si on ne veut pas choir. "

Vivre sans s’appuyer sur rien, c’est avancer dans la vie en prenant de grands risques. J’y reviendrai à la fin de l’émission.

 

  


   
   

L’industrie des animaux :

D’après :
DANTEN, Charles.
Un vétérinaire en colère – Essai sur la condition animale,
VLB éditeur, Montréal, 1999.
 

Un vétérinaire en colère… non sans raisons

Sur la page couverture, il me semble bien triste ce basset, avec ses longues oreilles, ses yeux dont on voit le blanc et surtout sa patte attachée à un boulet… Vous avez probablement déjà entendu parler de cet ouvrage de Charles Danten qui s’intitule Un vétérinaire en colère. Je m’en voudrais de ne pas le mentionner parce que je suis connu pour entretenir des rapports affectueux et constants avec les bêtes, et en particulier avec les chiens.

Il est très en colère ce monsieur, c’est le moins qu’on puisse dire… Dans cet " Essai sur la condition animale ", paru chez VLB Éditeur, Charles Danten fait le procès de tout ce qu’il a découvert à propos des animaux domestiques et des humains en rapport avec eux.

Voici ce que l’on peut entre autres lire sur la quatrième couverture : " Ce phénomène engendre un commerce très lucratif qui fait son profit de nos bonnes intentions. En effet, compagnies pharmaceutiques, fabricants d’aliments, élevages industriels, cliniques vétérinaires et d’autres, sont au cœur d’une exploitation subtilement perverse. "

" Les animaux qu’ils produisent sont pour eux des objets, des marchandises qu’il faut vendre au plus vite avant qu’ils tombent malades et meurent. "

Charles Danten

 


  • Les industriels de la bête

À un moment, l’auteur parle de ce qu’on appelle en anglais les Puppy Mills – mais sans toutefois utiliser cette expression : il s’agit de l’industrialisation de l’élevage, autrement dit.

" La demande pour les animaux de compagnie est aujourd’hui phénoménale et les profits associés à ce commerce sont assez imposants pour attirer les hommes d’affaires du monde entier, écrit C. Danten. Une partie de plus en plus grande des bêtes vendues sur le marché vient désormais des élevages industriels. – On les fait se produire et se reproduire le plus rapidement possible, et pas toujours dans les meilleures conditions…

" Les industriels de la bête, âpres au gain, mettent sur le marché des animaux plus dénaturés et foncièrement viciés que ceux que produisent les amateurs et semi-professionnels, poursuit-il. Les géniteurs dans ces élevages industriels sont souvent anormaux à tous les points de vue et réservés pour cette raison à la reproduction. [] Les animaux qu’ils produisent sont pour eux des objets, des marchandises qu’il faut vendre au plus vite avant qu’ils tombent malades et meurent.

" Dans ces usines ou l’accouplement est une question de rentabilité et de reproduction, les éleveurs ne se font aucun scrupule à imposer un partenaire – à un animal. Par exemple, poursuit Danten, ils n’hésiteront pas à museler une chienne et à l’immobiliser dans une attelle pour la livrer au mâle – j’entends d’ici les dames crier d’horreur…

" Les jeunes animaux négligés, laissés seuls dans des cages, isolés, sans stimulation sensorielle, sans contact avec les humains et leur milieu d’adoption future, deviennent [ …] de véritables ‘ inadaptés sociaux ’. Anxieux, craintifs, mal éduqués et mal élevés, incapables de s’adapter à la vie en captivité, ils sont séparés de leur mère très jeunes, puis, entassés dans des cages et des boîtes, ils prennent la route des points de distribution. "



" Chaque jour, une espèce disparaît à jamais de la surface de la Terre… "

Charles Danten
 
  • La menace environnementale

" La forte croissance démographique de la population mondiale, la destruction des habitats par la pollution, la chasse et la pêche, la capture des espèces sauvages pour la médecine orientale, la recherche, l’alimentation, l’habillement et le marché des animaux de compagnie, l’introduction d’espèces étrangères dans les habitats naturels, voilà autant de menaces sérieuses pour l’environnement ", explique plus loin le vétérinaire et agronome qui nous apprend de bien tristes nouvelles. Par exemple…

" Sont désormais en danger :

  • 25 % des espèces de mammifères (46 % des primates, 26 % des chiens et des chats sauvages, des ours);
  • 11 % des oiseaux (25 % des perdrix et des faisans);
  • 20 % des reptiles (23 % des espèces de crocodiles);
  • 25 % des amphibiens
  • 34 % des poissons (30 % des espèces de poissons d’eau douce en Europe).

" La population des tigres est tombée depuis le début du 20e siècle de 100 000 à 5 000, une perte de 95 %. – Ce n’est pas un détail! – Il ne reste plus qu’environ 7 000 rhinocéros. En un siècle, 99 % de ces animaux ont été détruits, dont 70 000 depuis dix ans. On ne compte plus qu’une poignée de gorilles des montagnes, et les loups connaîtront le même sort avant longtemps. Chaque jour, une espèce disparaît à jamais de la surface de la Terre… "

Et à part ça : tout va très bien, madame la Marquise?

Il n’y a pas de quoi être fier…

D’un autre côté, je me dis que c’est tellement important dans la vie, les animaux de compagnie, et pour tant de gens.

Si je me réfère encore à Musashi, ce grand sage japonais, je vous dirai que : " En toute chose, il faut considérer les avantages et les inconvénients. "

Eh bien, quant à moi, les animaux de compagnie font partie des avantages.


" Aux États-Unis, 140 000 tonnes de volailles cancéreuses sont réutilisées pour nourrir les bêtes. "

Charles Danten

 
  • Les denrées animales : un amalgame de restes plus que douteux

À un moment, Charles Danten dénonce des faits troublants à propos de l’alimentation des animaux, et c’est le passage qui m’a le plus dérangé, je dois dire. Je pense qu’il a dû déranger beaucoup Foglia (Pierre Foglia, chroniqueur à La Presse) également, puisqu’il en a parlé dans sa chronique, ce qui a contribué à faire de cet ouvrage un succès rapide.

  


De quoi sont faits les aliments des animaux? D’un peu n’importe quoi…

" Tous les animaux impropres à la consommation humaine sont utilisés dans la fabrication des aliments pour les bêtes, écrit Danten. On ramasse tout ce qui traîne… Non seulement les abats, les pattes, les articulations, le contenu intestinal, le poil, les plumes, les têtes, les glandes, les fœtus riches en œstrogènes, les nageoires, les arêtes et les viscères des poissons sont recyclés, mais aussi les viandes et les poissons avariés et pourris, et toutes les autres denrées comestibles (y compris leur emballage en plastique). – Vraiment n’importe quoi!

" Aux États-Unis, 140 000 tonnes de volailles cancéreuses sont réutilisées pour nourrir les bêtes. En Suisse, jusqu’en 1996 – tenez-vous bien, c’est un bout que j’adore… – les placentas, les tumeurs excisées dans les hôpitaux et d’autres tissus humains étaient ‘ recyclés ’ de cette façon. "

Je m’étais toujours demandé où était passé mon prépuce? Peut-être est-il devenu un os? [rires] Pourvu qu’une jeune personne ne tombe pas un jour sur cet os et l’appelle Jacques…

  


   
    Multiculturalisme : métissage ou hybridation?
D’après :
GRUNZINSKI, Serge.
La pensée métisse,
Éd. Fayard, 1999.

 

 

Je suis tombé sur un livre tout à fait remarquable, que j’ai parcouru avec beaucoup d’intérêt. Il s’agit de La pensée métisse, de Serge Gruzinski. Comme l’ouvrage compte plus de 300 pages et que le contenu est assez " calé " – si j’ose dire –, je vais vous en communiquer l’essentiel à partir de l’introduction et de la conclusion.

Dans son ouvrage, Serge Grunzinski traite, entre autres, du triomphe de l’économisme dans sa version états-uniennes (le siècle est américain…) et de la mondialisation, de la globalisation.

" Avec le triomphe de l’économique [] prolifèrent des phénomènes qui brouillent nos repères habituels : mélange des cultures du monde, multiculturalisme, replis identitaires sous des formes allant de la défense des traditions locales aux expressions les plus sanguinaires de la xénophobie et de la purification ethnique ", écrit S. Grunzinski.

" À première vue les partages sont clairs, estime-t-il. À la fragmentation de l’État nation affaibli par le système global s’opposerait la réaffirmation d’identités ethniques, régionales ou religieuses, ainsi que le montrent les mouvements d’ethnicisation et de ré-identification qui affectent les populations indigènes, minoritaires ou immigrées. "

 Voir :
Globalisation n’est pas conscience planétaire

 

 

 

Si je comprends bien la pensée de l’auteur, il y aurait trois niveaux dans le multiculturalisme :

  • Le premier niveau est à l’échelle de la planète : mondialisation, globalisation.

  • Le deuxième niveau, c’est l’État nation, qui a bien des vertus, mais dont on observe la fragmentation et l’affaiblissement par le fait qu’il participe maintenant d’un système global dont il dépend aussi, et qu’il n’a plus la liberté qu’il avait autrefois de prendre certaines décisions si elles ne sont pas en accord avec l’ensemble. C’est justement le problème qui se pose à propos du commerce mondial. En effet, on se dispute beaucoup ces temps-ci pour faire respecter ce qu’on appelle " l’exception française ", mais qui pourrait tout aussi bien être " l’exception québécoise ", et " l’exception " de plusieurs autres à l’intérieur de cet organisme. Parce que, soutient-on, les produits culturels véhiculent un contenu et ne doivent pas être considérés comme une marchandise. On en est là.

  • Le troisième niveau concerne les régions, les ethnies, les religions. Il y a trente ans environ, Marshall McLuhan prévoyait déjà qu’à partir du moment où l’on mettrait l’accent sur la planétarisation – il était beaucoup plus porté sur la planète que sur la mondialisation, et ça ne revient pas tout à fait au même  – cela entraînerait nécessairement la réaffirmation d’identités ethniques, régionales ou religieuses. Il donnait même l’exemple du Québec en disant que ce n’était pas surprenant qu’il cherche à s’affirmer à un moment de globalisation qui dépasse même l’État nation.

Illustration :
La sibylle Europe,
Casa del Deán,
Puebla, Mexique
(c) G.Mermet.

 

 

  • Métissage, uniformisation et mondialisation :
    l’exploitation des industries culturelles

" Le lien entre crise locale et globalisation, poursuit Grunzinski, est même à l’occasion expressément revendiqué : comme au Mexique où les zapatistes du Chiapas ne cessent de proclamer le rejet de la mondialisation économique. On associe souvent métissage, uniformisation et mondialisation. En accélérant les échanges et en transformant n’importe quel objet en marchandise, l’économie-monde aurait enclencher des circulations incessantes qui alimentent un melting pot désormais planétaire.

" Les productions métisses ou exotiques distribuées par la World Culture – une expression employée en sociologie et non la raison sociale d’une compagnie… – constitueraient une manifestation de la globalisation, un filon systématiquement exploité par les industries culturelles de masse – industries à propos desquels l’auteur apporte la précision suivante : – Elles s’accommodent aussi bien des tendances ‘ New Age ’ qui prétendent que tout est ‘ fusion ’, que du cosmopolitisme multiculturel qu’affichent les nouvelles élites internationales.

  

 

  • Métissage VS identité : une opposition facile

" On a donc tendance à opposer métissage et identité : le métissage serait l’extension – calculée ou subie – de la mondialisation dans le domaine culturel, alors que la défense des identités se dresserait contre le nouveau Moloch universel. " Je trouve que c’est un peu court de le voir comme ça. D’ailleurs, l’auteur s’explique plus loin :

" Les revendications identitaires ne sont pas toutes des formes de rejet du nouvel ordre mondial. Beaucoup réagissent au démantèlement d’un ordre antérieur, de type national, néo-colonial ou socialiste : comme on le voit dans les guerres yougoslaves. []

" En somme, l’imposition d’une matrice universelle, l’uniformisation du monde, l’aplatissement de la réalité réduite à la marchandise et à l’abstraction des réseaux financiers et des liaisons électroniques s’accommoderaient parfaitement d’une pluralité imaginaire, d’une illusion de diversité maintenue envers et contre tout, voire de traditions construites ou reconstruites de toutes pièces. "

Puis, l’auteur fait observer que " le mélange des cultures recouvre des phénomènes disparates et des situations extrêmement diverses qui peuvent aussi bien s’inscrire dans le sillage de la globalisation que dans des marges moins étroitement surveillées. – Comme on peut le constater, lorsqu’on s’approche un peu de ce phénomène, on s’aperçoit que ce n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire.

  

 

  • Le métissage n’est pas nouveau

Un fait intéressant : Grunzinski explique que la situation n’est pas nouvelle. D’abord, parce que la planète a toujours vécu ainsi, mais pas à la même échelle, c’est évident. " Les phénomènes de mélange ou de rejet que nous observons à présent partout à l’échelle du globe n’ont guère la nouveauté qu’on leur prête habituellement, explique-t-il. Dès la Renaissance, l’expansion occidentale n’a cessé de susciter des métissages aux quatre coins du monde et des réactions de rejet dont la fermeture du Japon, au début du 17e siècle, n’est que l’exemple le plus spectaculaire. "

Aussi Grunzinski insiste-t-il beaucoup sur le métissage qui a entraîné l’expansion ibérique, de l’Espagne, dans l’Amérique du Sud. Pour lui, c’est surtout là que ça s’est passé, d’abord. Puis, il s’interroge : " Jusqu’à quel point une civilisation occidentale peut-elle tolérer l’éclosion proliférante d’expressions hybrides? À quel moment cherche-t-elle à les entraver, à quel prix parvient-elle à maîtriser le phénomène et à en faire la barre de sa suprématie? Quel sens, quelles limites et quels pièges recèlent la métaphore si commode du mélange? Enfin, comment se déploie, si tant est qu’elle existe, une pensée métisse? "

Ce directeur de recherche au CNRS consacre d’ailleurs une très longue page à expliquer toute cette question du métissage et donne des exemples de ce qui se passe à Hong Kong, qui lui semble être le lieu par excellence du métissage : métissage des croyances, des races, des systèmes économiques également ou hybridation.

  

 

  • Métissage et hybridation : définitions

Je suis allé consulter les dictionnaires pour ne pas confondre l’un et l’autre.

Hybridation : Croisement entre deux variétés, deux races d’une même espèce, ou entre deux espèces différentes ", écrit-on dans l’Universalis. Je me rends compte que l’auteur utilise davantage le mot hybride. Je lis ici que le deuxième sens du mot hybride c’est : " composé d’éléments disparates. " C’est vrai, si on écoute une musique World Beat, par exemple, on constate qu’elle est faite de plusieurs éléments différents : un instrument indien qui sera accompagné de marimbas mexicaines, etc.

Mais dans la mesure où l’on procède à une fusion véritable, on semble atterrir du côté du métissage. Quand ça fonctionne, en somme.

Le métissage est employé le plus souvent pour désigner une " union féconde entre hommes et femmes de groupes humains présentant un certain degré de différenciation génétique " (Universalis). Hybridation va surtout s’employer au sens d’une œuvre qui comporte deux inspirations. Par exemple, une hybridation de l’Espagne et de l’Amérique du Sud. Pourtant, le métissage culturel ressemble beaucoup à de l’hybridation. Ce n’est pas pour rien qu’il existe une confusion là. Métissage culturel ", quatrième sens du mot métissage : " production culturelle (musique, littérature, etc.) résultant de l’influence mutuelle de civilisations en contact. " (Universalis)

On peut suivre l’exemple de l’auteur et utiliser tantôt métissage tantôt hybridation, pour simplifier.

Ces réflexions sont importantes car il est intéressant d’observer le genre d’expérience qui nous est imposée par la réalité planétaire, à notre époque.  Ces réflexions sont importantes car il est intéressant d’observer le genre d’expérience qui nous est imposée par la réalité planétaire, à notre époque. Je suis convaincu que dans plusieurs générations mes descendants auront les yeux bridés et la peau légèrement basanée. C’est à cette époque-là que je compte me réincarner… pour tenir compagnie à ces jolies personnes, bien entendu. [rires]

Je crois que cet ouvrage de Serge Gruzinski, La Pensée métisse, paru chez Fayard, est un très beau livre : important, mais plutôt exigeant. La lecture n’est pas difficile comme telle, mais elle suppose qu’on remue beaucoup d’information sur l’esthétique, l’éthique, la politique, etc.

 Voir : La diversité culturelle menacée par la mondialisation

 

  


   
   

Réponse au courrier


 
  • De l’imbécillité : suite

Au début de l’émission, je mentionnais l’étymologie du mot imbécile, que nous a fait parvenir Liane par courrier électronique. Je n’ai pas précisé cependant qu’elle se réfère à un ouvrage de Bernard Werber qui s’intitule Le Père de nos pères.

Je disais tout à l’heure que le mot imbécile vient de imbecille : " qui n’a pas de bâton ". La lettre se poursuit ainsi :

" ‘ Allusion au fait qu’il est toujours nécessaire d’être soutenu par une béquille si on ne veut pas choir. Vivre sans s’appuyer sur aucun dogme, aucun principe rigide, aucun tuteur, c’est courageux, non? J’espère être un imbécile et le rester le plus longtemps possible ’ ", écrit Werber.

À un moment, un personnage entre en jeu : " Je me reconnais aussi dans le terme ‘ stupide ’, poursuivit Katzenberg. ‘ Stupide ’, du latin stupidus : frappé de stupeur. Le stupide est celui qui s’étonne de tout, et donc s’émerveille de tout. J’espère rester longtemps stupide [] . "

voir :Suite de la lettre

  

 

  • Des sujets traités à Par 4 Chemins :

Sombres, à la lumière de la réalité et de nos possibilités

Une lettre très importante nous vient de Nicole (ce n’est pas ma conjointe, je le précise) qui me dit :

" Cher monsieur Languirand. Depuis quelques mois, je n’aime pas les sujets que vous abordez. Est-ce vous qui avez changé ou moi? Je n’en sais rien, répond-elle. À cette époque-ci, la fin d’un millénaire, j’ai besoin d’entendre des thèmes qui donnent l’espérance, des thèmes où je peux être participante. Mais voilà, je vous trouve un peu sombre! "

Je dois vous avouer, Madame, que j’ai avalé le mot un peu de travers, parce que j’ai pensé que c’était peut-être vrai. Mais, en somme, j’ai trouvé votre critique très constructive. Je me suis donc employé à réfléchir à la question et j’ai pris la décision de répondre à cette critique qui me paraît intéressante.

Il y a peu, comme vous le savez peut-être, j’ai célébré mon 50ième anniversaire de carrière à la radio et l’émission Par 4 Chemins se trouve, par ailleurs, dans sa 29ième saison – ce qui revient à dire que la quantité d’articles, de journaux, de magazines ou de livres que j’ai lus et/ou parcourus et commentés en onde est considérable.

Ces temps-ci, en plus des quotidiens, je me familiarise chaque semaine avec le contenu d’une vingtaine de publications hebdomadaires ou mensuelles et de sept à huit livres – je dis bien " me familiariser ", car je ne fais pas une lecture intensive de tout cela –, et j’ai le regret de dire que le reflet du monde qui se dégage de toute cette information n’est pas souvent très rose.

  

 

  • Voyez, par exemple, cet article paru dans le New York Times en fin de semaine, qui confirmait que les glaces de l’Antarctique fondent rapidement, ce qui va entraîner une élévation du niveau des océans, avec tout ce que ça suppose de bouleversements pour les riverains dans le monde entier.
  • Voyez ce livre d’un vétérinaire, dont je parlais tout à l’heure, qui révèle qu’une espèce animale disparaît chaque jour. Ces scientifiques respectés qui parlent de la sixième extinction sur cette planète comme d’un phénomène qui est déjà amorcé.

(Ne quittez pas le site : je ne serai pas sombre jusqu’au bout, je vous le dis tout de suite. Parce que, après tout, je ne suis pas sombre jusqu’au bout. Il y a seulement l’écorce, certains jours, du côté du Nord, parce qu’il y a moins de lumière.)

Un article scientifique paru ces derniers mois faisait observer qu’on ne voit plus guère de papillons ces années-ci. J’en ai parlé d’ailleurs dans une émission. Effectivement, j’ai pu me rendre compte pendant l’été dernier que les papillons sont beaucoup moins nombreux que pendant mon enfance. Or, il se trouve que la sixième extinction – l’une des précédentes ayant entraîné la disparition des dinosaures –, serait en grande partie sinon complètement due à l’effet des interventions de l’homme sur son environnement.


La vérité, c’est que la plupart des scientifiques et des communicateurs de la profession (journalistes et autres), sachant le sort réservé aux messagers porteurs de mauvaises nouvelles, préfèrent se taire ou exprimer des opinions mitigées.
 


C’est aussi le cas, évidemment, de toutes ces guerres – une soixantaine présentement dans le monde –, avec tout ce qui en découle : la destruction matérielle, la souffrance des populations civiles, les réfugiés par millions, et toute la misère qu’entraîne la folie des hommes...

Mais je m’arrête ici. Et encore, vous avez de la chance, car j’aurais pu prendre des exemples qui sont plus proches de nous et parler de l’éclatement d’un système de santé et d’un système d’éducation, je ne dirai pas où…

J’avoue qu’il m’arrive parfois d’être dépassé par la folie des hommes et de ne pas parvenir à ne pas être sombre devant tout cela, pour reprendre le terme qu’emploie cette dame. La vérité, c’est que la plupart des scientifiques et des communicateurs de la profession (journalistes et autres), sachant le sort réservé aux messagers porteurs de mauvaises nouvelles, préfèrent se taire ou exprimer des opinions mitigées. Sans compter que le fait d’être plus informé, ou mieux informé que le citoyen moyen, a pour effet d’augmenter le sentiment d’impuissance, par ailleurs assez généralisé.


Si je pensais qu’il n’y a rien à faire, je n’exposerais pas publiquement mon aspect sombre. Sans compter que ce n’est jamais sans risque qu’on le fait.

 


On se dit alors que si on ne peut rien faire, mieux vaudrait peut-être se taire. Puis, que si on affiche trop son inquiétude, on risque de déplaire – surtout à notre époque où
le divertissement consomme une grande partie de l’énergie. À un degré tel que tout le reste de l’information s’apparente de plus en plus au divertissement. Rien n’est plus divertissant que les drames des autres… C’est aussi le moyen le plus sûr de ressentir par comparaison les bienfaits de son propre confort.

Que faire, alors? Si je pensais qu’il n’y a rien à faire, je n’exposerais pas publiquement mon aspect sombre. Sans compter que ce n’est jamais sans risque qu’on le fait. C’est ici qu’on se trouve, confronté à la nature ambivalente des prédictions et des prévisions. Je parle de prévisions et de prédictions, car j’estime que dans toute communication sur l’état du monde, sous quelqu’aspect qu’on le présente, sombre ou lumineux – car il comporte aussi un aspect lumineux, sur lequel je reviendrai – se trouve sous-jacente une prédiction ou une prévision : celle de la fin d’un monde, ou celle de la naissance d’un niveau de conscience plus élevé.

Toute prédiction ou prévision comporte une certaine ambivalence.

La prédiction peut-être auto-réalisatrice. Il suffit parfois de prédire telle situation pour contribuer à la créer; ou, au contraire, pour contribuer à un effet salutaire qui fera que la prédiction ne se réalisera pas. On peut être certain, quant à moi, que je n’affiche mes inquiétudes quant à l’avenir que dans l’espoir d’un revirement, auquel j’aimerais bien modestement contribuer dans la mesure de mes moyens, sur lesquels toutefois je n’entretiens guère d’illusions.

Il se trouve enfin que la situation comporte aussi un aspect lumineux dont je pense faire écho : c’est ainsi que j’estime que les découvertes scientifiques des 20 dernières années pourraient nous tirer de l’impasse où nous sommes. Il s’agit, en somme, ayant pris conscience de la menace qui pèse sur nous et sur nos enfants, de nous mobiliser pour nous tirer de cette impasse, de vaincre le sentiment d’impuissance.

L’entreprise est considérable, on ne peut pas se le cacher. Mais il n’y a pas de doute que si nous surmontons cette épreuve, nous aurons élevé notre niveau de conscience collectif.

En attendant, rien ne vaut un engagement personnel dans ce sens : penser globalement mais agir localement pour élever le niveau de conscience individuel.

 


 

 

  • Le rôle de l’information dans le développement de la conscience

J’ai reçu récemment le courriel d’un internaute qui s’interroge sur le sens de la vie.

" J’essaie, écrit Yves, d’en comprendre les mécanismes, de trouver leur place dans ma vie et de les utiliser consciemment. Je m’intéresse beaucoup aux découvertes de la science, précise-t-il, afin qu’un jour science et conscience puissent fusionner. "

Il se demande : " Quel est le rôle et la place de l’information dans nos vies (versus l’énergie)? "

Personnellement, je trouve que l’information est une forme d’énergie. L’information a pour objet, finalement, de nous transformer : formation, information, transformation ont tous la même racine, du reste. L’information doit apporter une transformation sur les formes, sur ce qui est.

Dans ce message, il dit avoir cherché dans notre site des commentaires sur Rupert Sheldrake et la théorie des champs morphogénétiques, et qu’il espère un échange instructif à ce niveau.

Je ne sais pas si vous êtes familier avec les problèmes liés à l’informatique, mais je vous informe que nous n’avons pas encore de base de données…. Éventuellement, nous l’aurons, et une simple recherche sous le mot " Sheldrake " vous dirigera rapidement sur tous les textes où il en est question. En attendant, toutefois, l’outil de recherche du site de Radio-Canada s’avère tout de même assez utile.

Pour le moment, il y a des structures qui permettent d’aborder la question. Par exemple, j’ai écrit un article sur l’astrologie dans lequel je mentionnais Sheldrake. J’ai aussi parlé de résonance morphique dans l’émission radio du 16 juin dernier.

Je vous suggère aussi d’aller voir du côté de Teilhard de Chardin qui parle d’évolution de la conscience.

Ce sont des pistes intéressantes.

  


Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.