Saison 1999-2000 |
Émission du lundi 25 octobre 1999 | ||
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Rémunérer les machines pour leur faire payer des taxes |
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Dans les affres de l’horreur économique où les humains sont remplacés par des robots, il y a de moins en moins de travailleurs pour alimenter les caisses de retraite et d'assurances. Alors, si on taxait les robots, et s’ils payaient de l’impôt sur le revenu… C’est toujours la question du salaire des machines qui revient, en somme. Peut-être devrait-on faire de tous les citoyens les bénéficiaires du surplus de la productivité attribuable aux machines, sous forme de revenu minimum garanti – une vieille idée qui traîne dans les couloirs également –, ou carrément décider que les machines recevront un salaire et leur imposer une taxe. Avez-vous autre chose de mieux à proposer? [rires] En tous les cas, on ne peut pas rester longtemps comme ça… Il va falloir agir!
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Un Prix Nobel pour Médecins sans frontières |
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(Propos recueillis par BACKMANN, René). " Le sacre des rebelles ", Le Nouvel Observateur, 21-27 octobre 1999 |
Avez-vous autre chose à proposer? C’est sans doute à cette question que les Médecins sans frontières (les MSF) ont voulu répondre lorsqu’ils ont affirmé un jour que seul l’engagement peut permettre d’aider à s’en sortir. Vous savez probablement que le Prix Nobel de la paix a été attribué, cette année, à Médecins sans frontières! |
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Est-ce une victoire du droit d’ingérence? " Non, répond Rony Brauman qui est l’un des présidents de Médecins sans frontières. […] Le Comité Nobel a récompensé, à travers MSF [Médecins sans frontières], une certaine idée de l’humanitaire. Une manière d’agir sur le terrain en déjouant les obstacles, en franchissant les barrières légales, en prenant publiquement position parfois à contre-courant. Rien d’autre, ajoute-t-il, mais c’est déjà beaucoup. " Je suis toujours étonné de constater que très souvent, pour faire avancer la société, il faut franchir les barrières légales. Sans tomber nécessairement dans l’illégalité. C’est extrêmement curieux de voir comment s’y prennent les grands mouvements de protection de l’environnement, ou autres regroupements tels Médecins sans frontières, pour atteindre leur but. |
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| Photo : Rony Braumann (source : Le Nouvel Observateur, 21-27 octobre 1999) |
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Profitons de l’occasion pour faire un peu l’histoire de l’humanitaire. Quand le travail humanitaire a-t-il commencé? Avec Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge, en 1859. Bouleversé qu’il était par le spectacle d’abandon où se trouvaient les blessés sur le champ de bataille de Solferino, ce sentiment provoqua chez lui une espèce de sursaut de conscience d’où sont sorties deux initiatives majeures, comme le fait remarquer Jacques Julliard dans un autre article du Nouvel Observateur : d’abord, la Croix-Rouge (1859), puis les Conventions de Genève pour la protection des blessés de guerre en (1864). Plus tard, en 1929, fut établie une Convention pour la protection des prisonniers de guerre, suivie d’une autre pour la protection des populations civiles, en 1949. Comme on le sait, bien des choses n’ont pas marché. Tout de même, le message à retenir de tout cela c’est qu’il faut nous entraîner à envisager d’autres solutions, à voir autrement. |
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Dans cet article du Nouvel Observateur, Jacques Julliard fait remarquer, à propos de l’humanitaire du deuxième type, que ce siècle a commencé avec le Prix Nobel de la paix décerné en 1901 à Henri Dunant et qu’il se termine avec le même Prix Nobel, décerné en 1999 à Médecins sans frontières. " C’est, explique-t-il, que l’humanitaire du deuxième type est né quelque temps après la Seconde Guerre mondiale – autre chose que la Croix-Rouge donc – quand il est apparu que, les grandes guerres internationales, étant pour le moment interdites, le fléau principal, notamment dans le tiers-monde, prenait la forme de guerres sans nom et sans visage, guerres civiles atroces, guérillas inexpiables. " " L’humanitaire de deuxième type est inséparable des progrès techniques du siècle, poursuit Julliard : l’avion qui permet de se porter en moins de 24 heures à n’importe quel point du globe; et surtout la télévision – Ah la télévision! On a parfois regretté son invention. Bernard Kouchner a réagi à cela par un ouvrage intéressant qui s’intitule La loi du tapage dans lequel il est question de l’obligation où l’on se trouve de faire du tapage pour faire avancer la société. La télévision, donc – qui nous rend contemporains de l’événement. Et cette contemporanéité crée dans les consciences un délit de non-assistance ", explique J. Julliard. Au fond, Jacques Julliard fait observer que l’action repose sur notre sentiment de culpabilité. On voit ce qui se passe dans le monde, alors on se dit qu’il faudrait absolument faire quelque chose, trouver des solutions, etc. Mais, en même temps, on est très content du fait qu’il existe des médecins, des infirmiers et des infirmières qui se rendent dans ces pays en souffrance pour nous représenter, en quelque sorte. En fait, ils représentent notre part de conscience. " L’urgence est fille de la télé ", poursuit plus loin le journaliste. Quand la télé s’empare d’un sujet, elle revient dessus pendant quelque temps, puis l’on finit par vouloir réagir. On peut donc dire que Médecins sans frontières a, entre autres mandats, celui de représenter notre bonne conscience. L’action humanitaire tient de l’opinion publique internationale également, qui " a constaté que l’ONU, indispensable dans les préventions de crises majeures entre puissances, fut longtemps, par là même, contrainte de fermer les yeux sur les crimes intérieurs ", d'expliquer Julliard à propos des politiques internes des gouvernements. Or, l’humanitaire exige qu’on aille au-delà des lois et qu’on intervienne. Les organisations non gouvernementales (ONG) qui sont aussi des organisations non onusiennes (ONO) ont vu naissance ces dernières années. |
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| " La seule critique légitime des insuffisances de l’ONU est celle qui appelle non à son élimination mais à son développement, estime Jacques Julliard. Le ‘ devoir d’ingérence ’ implique non pas moins d’ONU, mais au contraire plus d’ONU. " |
Voilà l’idée qui nous permet de saluer aujourd’hui ce grand moment de la conscience humaine, un Prix Nobel de la paix décerné à un organisme comme Médecins sans frontières. |
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Refonder le monde selon Jean-Claude Guillebaud |
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Gordon Moore |
" La loi de Gordon Moore, constamment vérifiée depuis un quart de siècle, montre bien que les progrès de cette technologie informatique permettent de doubler tous les 18 mois la densité des microprocesseurs , c’est-à-dire leur vitesse et leur puissance de calcul, explique Jean-Claude Guillebaud. ‘ De 1956 à 1996, les disques durs des ordinateurs ont vu multiplier par 600 leur capacité de stockage, et par 720 000 la densité de l’information enregistrée. En revanche, le coût du mégaoctet [a diminué considérablement] ’, écrivait Pierre Lévy dans La Cyberculture. " Si l'on en croit les experts, poursuit Guillebaud, ce taux de croissance phénoménal des capacités informatiques, qui va de pair avec une réduction des coûts, se poursuivra sans doute bien au-delà de 2010 ou 2050. Il s’accompagne d’un progrès correspondant à des ‘ outils ’ de transmission, ces colporteurs de la cyberévolution planétaire. Communication et stockage progressent ainsi à la même vitesse. Et ce n’est pas fini. " Je suis d’avis que le progrès technologique que nous connaissons maintenant est inévitable. Comme le dit Jean-Claude Guillebaud, l’auteur dont je vais vous entretenir aujourd’hui, " la rapidité du changement échappe non seulement à notre contrôle, mais à la simple capacité que nous avions d’en évaluer – même approximativement – la portée ". Maintenant il nous faut vivre avec cela et en tirer le meilleur profit possible. " Il ne faut pas confondre, encore une fois, les valeurs sur lesquelles une société doit prendre appui, se bâtir, se fonder pour ainsi dire, et un projet technologique ", écrit Guillebaud. D’où le titre de son ouvrage paru aux éditions du Seuil : La refondation du monde, pour tenter de trouver sur quoi une société, la nôtre, peut prendre appui. |
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GUILLEBAUD, Jean-Claude. La refondation du monde, Éd. du Seuil, 1999 |
À un moment, il est question du cyborg, ce qui me fait beaucoup penser à ce que Jacques Dufresne explique dans son livre paru récemment (Cyborg : portrait de l'individu du 21e siècle). " Le cyborg, l’homme cybernétique, symbolise l’humanité de demain et remplace, au chapitre des représentations futuristes, l’homme nouveau des anciennes idéologies. Contraction des mots ‘ cybernétique ’ et ‘ organisme ’ – un cyberorganisme donc –, le cyborg fut d'abord le titre d'un roman de Martin Caidin, publié en 1972, qui servit de base à la série télévisée, The Six Millions Dollars Man (L’homme qui valait trois milliard), explique l'auteur. Doté d’oreillettes et de microphones miniaturisés, équipé de lunettes avec écran à cristaux liquides et de micro-caméra – comme vous et moi quoi! [rires] - , relié au web en permanence et pouvant accéder, en temps quasi réel, à toute la connaissances et la mémoire humaines, le cyborg se meut tout à la fois dans le virtuel et le réel. " Son corps a incorporé des ‘ extensions ’ qui décuplent ses facultés physiques et mentales. Il est homme et machine. Il est pourvu à la fois du don d’ubiquité, de la science absolue, et de la puissance cérébrale. Il pousse jusqu’à ses extrémités le mythe de la nouvelle frontière technologique, en mariant l’humanité et l’électronique à l’intérieur d’une créature hybride, munie de pouvoirs nouveaux. Il réactive la volonté de puissance en l’accomplissant in concreto. L’homme symbiotique, indéfiniment réparable et améliorable, avec ses microprocesseurs et ses gènes manipulés. " Il y a des jours où ça me ferait du bien d’être aussi bionique…[rires] Le cyborg, c’est l’enfant prodige, le surhomme, pour ainsi dire. " Cette émergence du cybermonde, poursuit J.-C. Guillebaud, […] l’informatisation de la planète, la numérisation du social entraînent quantité d’injonctions culpabilisantes – vous savez, quand on nous dit : " Pressez-vous de vous brancher, il le faut absolument ", etc. – On stigmatise tel ou tel ‘ retard ’ […]. La lenteur et la prudence sont assimilés à l’incivisme, pour ne pas dire au mal. " On est entraîné un peu malgré nous dans cette aventure qui, selon moi, peut être une belle aventure, mais encore, il ne faut pas que ça devienne celle d’une technologie qui est en train de conquérir la planète. Son but principal devrait être de véhiculer et faciliter la réalisation d’un projet de société qui ait pour objet de créer du lien social, et même du sens. |
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Je voudrais rappeler que l’auteur, Jean-Claude Guillebaud, écrivain, journaliste et éditeur, est l’un des essayistes parmi les plus importants de l’édition française. Je crois que c’est aussi l’un des grands écrivains de notre époque. Il a publié notamment La trahison des lumières, qui lui a valu le Prix Jean-Jacques Rousseau en 1995, et La tyrannie du plaisir, qui s’est vu mériter le Prix Renaudot de l’essai en 1998. Cette fois, il attire notre attention sur cette question de la nécessité de refonder le monde. " Refonder le monde, ce n’est pas seulement résister à la barbarie, précise-t-on sur la quatrième couverture, c’est redéfinir loyalement ce qui nous rassemble et vers quel futur nous voulons marcher." À un moment où nous sommes comme pris de court avec l’évolution de la technologie qui nous entraîne et qui nous fait oublier qu’elle doit véhiculer un projet qui est autre que celui du triomphe de la technologie. |
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| À force de mettre l’accent sur le contenant, sur l’instrument, on oublie la culture. |
Guillebaud parle aussi de l’Internet qui, selon lui, " illustre bien ce nouveau ‘ progressisme scientiste ’ qui confond un instrument avec une culture, une information avec un savoir, une logorrhée avec une parole et un outil technologique avec un destin. " Il faut retenir cela, il me semble que c’est une critique qui paraît tout à fait fondée. Je ne dis pas que ça se passe exactement comme il le décrit, mais on doit admettre une tendance à se négliger. À force de mettre l’accent sur le contenant, sur l’instrument, on oublie la culture; sur l’information, on oublie le savoir; sur la logorrhée, on oublie le sens de la parole; et sur l’outil technologique, on néglige notre destin collectif. Ce qui a fait naître, entre autres, ce que l'auteur appelle " une nouvelle génération de golden boys du Net, milliardaires instantanés et virtuoses du software ". " Un étrange délire s’est emparé des décideurs, pressés d’expliquer aux masses que la cybernétique tombe à point nommé pour les arracher aux pesanteurs du vieux monde, explique-t-il. Courez citoyens, le réel est derrière vous, avec ses lourdes matérialités et ses incarnations démodées! […] On voudrait nous convaincre que l’irruption du cyberespace, du virtuel et du numérique périment d’un seul coup toutes nos représentations du monde, démonétise nos croyances et disqualifie nos certitudes. […] Du vieux réel et du passé faisons table rase. Partout s’affichent une forme d'ingénuité moderniste dont la candeur n’a plus d’équivalent. " |
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À un moment, Guillebaud nous offre un néologisme : " la cyberbéatitude ". [rires] Il me semble y déceler un parfum quelque peu nouvel-âgiste. " Les véritables chercheurs ne sont pas les derniers à ironiser sur ce qu'ils appellent la cyberbéatitude. Ils dénoncent cette fantasmagorie et cette prévalence, dans les médias, d’une sorte de religion ou de gnose technoscientifique. Ils s’inquiètent de ce mysticisme cybernétique presque aussi redoutable […]. ‘ Il est de plus en plus difficile de faire le tri entre le bluff, les concessions convenues à la modernité et ce qui va s’avérer décisif, fondateur. (…) Il faudrait que nous soyons capable de renouer avec une vision de la communauté, physique ou virtuelle, composée d’individus ayant conscience de partager un destin commun ’, disait un certain Pierre Bongiovanni dans Libération. |
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| " Le prochain siècle sera sans aucun doute cybernétique, connecté et numérisé. " Jean-Claude Guillebaud |
" ‘ Chaque connexion supplémentaire ajoute encore de l’hétérogène, de nouvelles sources d’information, de nouvelles lignes de fuite, si bien que le sens global est de moins en moins lisible, de plus en plus difficile à circonscrire, à clore, à maîtriser, écrivait encore P. Lévy […] On ne résout pas un problème de destination en changeant de véhicule, poursuit Guillebaud. Aucun outil, fût-il cybernétique ne fournit le sens et l’usage. Ni le ‘ réseau ’ ni le numérique n’ont modifié les données de l’équation humaine. La prochaine planète ressemble à l’ancienne… " |
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Bref, cet auteur s’emploie à remettre les horloges à l’heure. Quant à moi, j’ai une vision très encyclopédique du Net. Le site même de Par 4… se veut un collage d’informations diverses qui se trouvent là regroupées. Mais il ne s’agit pas seulement de penser que ce sera exclusivement encyclopédique. Ce sera aussi ludique, économique, commercial. Ce sera aussi un instrument de diffusion de l’information, de classification, etc. Mais, au-delà de la dimension encyclopédique, il se veut devenir de plus en plus un instrument de culture. |
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| " L’Internet, en d’autres termes, n’abolit ni les questions ni le rôle de ceux qui savent encore les poser. " Pierre Bongiovani, cité par Jean-Claude Guillebaud |
" Pas plus que le ‘ déluge ’ informationnel ne tient lieu de connaissance et de culture, nous dit Guillebaud, l’Internet, en d’autres termes, n’abolit ni les questions ni le rôle de ceux qui savent encore les poser. – Puis, citant à nouveau Pierre Bongiovani – ‘ La clarté, l’intelligibilité du monde ne viennent pas du flux continu des informations ni de leur accessibilité supposée. L’information est trop dense, trop bruyante, trop fluide, trop rapide, trop frivole pour être éclairante et opératoire. ’ Pour pêcher un peu de sens dans ce déluge, il faut encore des pêcheurs… " C’est vrai, il ne faut pas s’imaginer que les contenants règlent tous les problèmes de sens. J.-C. Guillebaud souligne plus loin que les cybernautes " disposeront – à court terme – d’un accès possible à la totalité des données humaines, grâce à ce qu’on appelle la ‘ déterritorialisation ’ du concept de bibliothèque. Celle-ci ouvrira la voie à un type nouveau de relation à la connaissance, une forme dite d’encyclopédisme, portée non plus par des ‘ savants ’ au sens ancien du terme mais par des ‘ collectivités humaines vivantes ’. " Pour évoquer cet agglomérat de savoir spontanés et évolutifs, les cybernautes les plus militants parlent d’arbres de la connaissance – tiens c’est joli… c’est même initiatique cette idée, n’est-ce pas? – qui réunissent des intelligences multiples sous la forme d’une arborescence en évolution continuelle. Des arbres qui, en d’autres termes, poussent, grandissent et se ramifient. " Comme vous le savez, je parle souvent du modèle hollandais car j’ai un faible pour les Pays-Bas et l’intelligence hollandaise qui préside à tellement de leurs décisions collectives. Aussi, je ne fus pas surpris que l’on mentionne " le cas de certaines villes, comme Amsterdam, qui ont créé sur le Net une cité digitale complète, capable d’offrir – gratuitement – tous les services d’une ville normale ". " Cette possibilité nouvelle enflamme un utopiste de l’Internet comme Pierre Lévy, à qui j’emprunte ces exemples, poursuit Guillebaud : ‘ Je suis profondément convaincu, écrit-il, que permettre aux êtres humains de conjuguer leurs imaginations et leurs intelligences au service du développement et de l’émancipation des personnes est le meilleur usage possible des technologies numériques. – Je suis tout à fait d’accord avec lui, mais encore faut-il le faire. – Le projet de l’intelligence collective est, en gros, celui des premiers concepteurs et défenseurs du cyberespace. En un sens, le projet prolonge, tout en le dépassant, celui de la philosophie des Lumières ’ – qui, entre autres choses, veillait à la diffusion du savoir. On se rappellera que ce sont les grands penseurs des Lumières qui furent les pères de L’Encyclopédie. " Cette intelligence collective serait d’ailleurs rendue non seulement souhaitable mais nécessaire par les impératifs nouveaux propres à l’époque : maîtrise d’un savoir complexifié, problèmes technologiques inédits, etc., poursuit J.-C. Guillebaud. Il est de fait que la plupart des grands projets technoscientifiques contemporains ne sont plus maîtrisables sans le secours des nouveaux outils cybernétiques. " C’est exact, mais il s’agit surtout d’y mettre du contenu et particulièrement des projets de société. C’est finalement l’idée qui éveille, enrichit, et anime Jean-Claude Guillebaud dans son ouvrage La refondation du monde. Avant de terminer ce propos, je tiens à vous communiquer un passage de ce livre où il est question des "six fondements ébranlés" dans notre société occidentale. |
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Quels sont-ils? Voici ce qu'écrit Guillebaud :
L'ouvrage de Jean-Claude Guillebaud est une invitation à réexaminer ces fondements et à les réactualiser, ou plutôt à les actualiser, de manière à réaliser La refondation du monde. |
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Les hommes forts d’aujourd’hui : des bouffons colorés et violents |
Louis Cyr |
Je dirais que la mâlitude est malade. Ce n’est plus ce que c’était en tous les cas. Quand je passe par un certain tunnel, et que je vais au sud de la ville, du côté de Saint-Henri, il y a un parc qui se nomme " Le Parc des hommes forts ". C’est un petit parc au centre duquel on trouve le monument de bronze illustrant Louis Cyr (1863-1912) grimpé sur son socle. Des cuisses comme de vrais jambons et des bras comme ça… en train de lever des poids que plus personne ne serait capable de lever actuellement, etc. Cela correspond en partie à l’idée que l’on se faisait du mâle, à l’époque où les muscles avaient encore un sens : celui de la force physique, de la puissance et non des préoccupations esthétiques d’aujourd’hui. Cela me rappelle que pendant ma jeunesse on entendait parler de Victor Delamare qui venait du Lac-Bouchette : un petit bonhomme pas très gros, pas très grand mais solide comme tout. Il était extrêmement puissant. Parmi ses tours de force, il s’attachait un cheval sur le dos et montait dans un poteau. C’était l’un des modèles masculins qu’on nous proposait, dans le sens des valeurs d’une société, d’une époque.
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| Voilà
que l’homme musclé, l’homme fort d’autrefois, est devenu un bouffon
violent aux allures de bambin de garderie géant affublé de
petites culottes brodées rouge et or. |
Nous assistons à tout le ridicule de cela justement. Avez-vous été assez exaspéré dans votre vie lorsque vous avez vu de ces lutteurs maquillés, aux cheveux teints en bleu, en vert ou arc-en-ciel, avec des costumes sortis tout droit des bandes dessinées, gagner leur vie à faire semblant de se taper sur la gueule, au nom du spectacle? Voilà que l’homme musclé, l’homme fort d’autrefois, est devenu un bouffon violent aux allures de bambin de garderie géant affublé de petites culottes brodées rouge et or. Quand le sang qui coule est artificiel, la caméra s’attarde sur les lutteurs. Mais quand il leur arrivent de saigner pour vrai, on nous montre la scène très rapidement au cas où ça arrêterait, etc. C’est le show… Aux États-Unis, Susan Faludi en parle comme d’une véritable male crisis. Louis Cyr doit en trembler dans ses cendres… Quand je vois des situations comme celle-là, je dois vous avouer que certains jours ma propre mâlitude me pèse… |
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