Saison 1999-2000 |
Émission du mardi 19 octobre 1999 | ||
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Homosexualité et taille du sexe… |
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Il est encore question de la longueur du pénis… mais cette nouvelle que je viens d’apprendre est bien plus étonnante que vous croyez. Et c'est une hypothèse que je ne peux m’empêcher de considérer, comme l'indique le titre de l'articulet de Marianne, comme " La découverte la plus idiote de l'année ". Un sexologue, qui n'a pas peur du ridicule, affirme que le penchant homosexuel chez les hommes serait lié à la longueur du membre. " Un centimètre de plus et tout bascule! ", écrit-on dans le magazine français. Le ridicule ne tue pas mais… Certaines recherches sont arrivées à la conclusion que la taille moyenne du pénis en érection est de 16,4 cm chez un homosexuel contre 15,6 chez un hétéro. Pas possible! Un pédiatre de l'Université de Toronto trouve dérisoire le fait de chercher la petite bête comme ça dans les culottes… Il n’est pas le seul, du reste.
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Les emplois atypiques: une tendance à la hausse |
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DYKE, Nathalie. " L'emploi atypique : une nouvelle réalité ", Interface, Vol. 20, N° 5, septembre-octobre 1999 |
Je suis étonné de découvrir jusqu'à quel point les emplois atypiques sont maintenant nombreux. Je veux parler du nombre de gens qui sont obligés, ou qui ont accepté, ou qui considèrent que c'est la solution dans leur vie que d'avoir un emploi inhabituel, irrégulier, à temps partiel, etc., comme graphiste à la pige, infirmière sur appel, programmeur autonome, consultant en formation… " Leur lieu de travail? C'est selon le contrat. Le temps accordé au travail? Il est peu comptabilisable. Leur salaire? Il s'agit d'honoraires à renégocier constamment ", écrit Nathalie Dyke dans la dernière édition d'Interface. " Ces emplois atypiques, poursuit l'auteure de " L'emploi atypique : une nouvelle réalité ", qu'il s'agisse d'emplois à temps partiel, temporaires, autonomes ou cumulés, touchent plus de 30 % de la population, selon les statistiques du ministère du Travail. " C'est justement la raison pour laquelle je vous en parle, car 30 % c'est une tendance plutôt lourde, je dirais, dans notre société. En tous les cas, ça doit être dérangeant pour ceux qui ont orienté le système vers l'idée d'emplois typiques plutôt qu'atypiques. " Si la tendance se maintient, note Nathalie Dyke, le nombre d'emplois atypiques sera supérieur à celui des emplois traditionnels en 2017. " En attendant, on étudie le phénomène. Par exemple, Brigitte Voyer est une candidate au doctorat qui a fait, dans le contexte de ses études en éducation à l'Université de Montréal, une recherche sur cette question. " Elle a voulu savoir comment les travailleurs intermittents perçoivent cette expérience. Elle a donc étudié le cas d'une cinquantaine d'entre eux, des diplômés universitaires – dans la trentaine pour la plupart –, des arts et des communications, de la santé et des services sociaux, de la formation aux adultes et des nouvelles technologies – c'est toujours dans le monde du tertiaire –, autant de secteurs où la croissance du travail atypique était très forte au cours des dernières années ", rappelle l'auteure de l'article. " Premier constat, ces travailleurs atypiques ne sont pas les ‘ victimes ’ dont parlent volontiers les syndicats – ce point m'a beaucoup intéressé : ‘ Ils ne ressentent pas, en général, les transitions fréquentes d'un emploi à un autre comme une rupture ou une perte d'emploi, explique Brigitte Voyer. La stabilité ne fait pas partie de leur attente de départ et ils perçoivent les changements comme plutôt stimulants. " Je dois dire que c'est beaucoup plus positif que je ne le pensais. Au fond, finalement, il y a peut-être quelque chose là qui laisserait à penser que ce pourrait être une option pour les gens qui s'embêtent à faire toujours la même chose et à se trouver toujours dans le même milieu, etc. Sauf qu'il y a de l'insécurité liée à ce choix de vie. |
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" Toujours en interrogation, les travailleurs atypiques ont un sens développé de l'autonomie et ils se projettent constamment dans le futur. " Brigitte Voyer, chercheure en fondements de l'éducation à l'Université de Montréal |
" Plusieurs ont d'ailleurs quitté des postes permanents bien rémunérés – pour aboutir dans des emplois atypiques. La plupart des intermittents se sentent relativement bien dans leur situation; ils tissent eux-mêmes les liens entre leurs expériences professionnelles pour leur donner un sens et sont peu enclins – en général – à l'oisiveté. " Le quart des répondants suivaient une formation professionnelle – cours d'anglais ou en multimédia […]. Les périodes sans emploi sont par ailleurs assez courtes. ‘ Toujours en interrogation, les travailleurs atypiques ont un sens développé de l'autonomie et ils se projettent constamment dans le futur ’, d'expliquer la chercheure. […] Pour d'autres, la liberté est essentielle – parce qu'il y a une tranche de liberté plus grande chez les atypiques – : ‘ Ces personnes perçoivent très bien les tensions liées au contact quotidien avec les mêmes gens pendant plusieurs années, à l'autoritarisme abusif de certains employeurs ou à la routine ennuyante ’, observe la chercheure. " Les travailleurs intermittents développent aussi une plus grande souplesse dans leur rapport au temps et à l'espace, note Nathalie Dyke. […] évaluer sa propre place, ‘ performer ’, sans jamais bousculer les gens déjà en place. – Cela prend une certaine stratégie pour s'insérer dans un système où l'on est parfois le seul atypique parmi des gens qui sont des typiques. " C'est sur le plan financier que le bat blesse, poursuit la journaliste. ‘ La très grande majorité de ces travailleurs, quel que soit leur domaine, éprouvent des difficultés financières qu'un salarié traditionnel ne rencontre pas ’, constate Brigitte Voyer. " Puis, il y a toute la question de l'assurance-emploi, des congés maladie, des vacances, de la retraite, etc. Dans le monde de la politique, on est à considérer cette nouvelle réalité du monde du travail. Lorsqu’on est rendu à 30 % de la population active, il est temps de s'en préoccuper, n'est-ce pas? " Ces travailleurs ne réclament pas forcément une permanence au sens habituel, mais des conditions de protection sociale de base, de dire la chercheure avant de conclure. C'est au gouvernement à y voir. " Je vous rappelle que je puise ces informations dans le dernier numéro de Interface, la revue de la recherche, dont c'est justement le 20e anniversaire. |
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Les 20 ans de la revue Interface |
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Dans la dernière édition de la revue interface, on trouve, entre autres, une entrevue exclusive avec Jean Rochon, et des informations sur l'éthique, sur l'éjaculation porcine, sur le dépistage de l'Alzheimer. C'est une publication fort bien faite que j'ai beaucoup de plaisir à parcourir. |
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La directrice, Danielle Ouellet, qui est rédactrice en chef également, affirme que depuis sa naissance, le magazine Interface est investi de la même mission : " Faire connaître à l'ensemble de la communauté scientifique ce que celle-ci produit elle-même. " Le miroir de la recherche et de l'innovation au service de la société, c'est ce que se veut être Interface, une revue scientifique que je ne saurais trop vous recommander.
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Une auditrice me demande si je suis sérieux lorsque je mentionne qu’un article de cette revue traite de l’éjaculation porcine. Sachez qu'il s'agit là d'une véritable course aux brevets. Je vous communique un paragraphe de cet article qui en montre bien le côté sérieux.
" Deux chercheurs de l'Université Laval ont remporté une course aux brevets qui pourrait leur rapporter beaucoup. Leur idée : utiliser le sperme d'un mammifère pour produire des protéines pharmaceutiques – par exemple, l'hormone de croissance humaine. "
Je vois un emploi atypique se profiler dans ce domaine, et dans un avenir pas très lointain… |
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Prédire l'avenir : des oracles à la prospective |
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| Pour tout vous dire, l'an 2000 et le troisième millénaire qui va s'ensuivre commencent à me tomber sérieusement sur le système avec toutes les prédictions qu'on nous rabâche, prophéties et autres formes de délire… Malheureusement, on va en entendre parler pendant encore trois mois, probablement. D'ailleurs, il n'est pas dit qu'il ne se
passera rien, car si vous vous rappelez – et j'ai eu l'occasion de
vous communiquer cette information à plusieurs reprises –
la prédiction porte en elle un pouvoir magique d'autoréalisation.
À force de dire que telle chose va arriver, cela risque de se réaliser
puisqu'on va créer les conditions pour qu’elle se produise. C'est
ce qui m'a amené à me replonger dans la lecture d'un ouvrage
remarquable, qui est devenu encore plus important qu'il ne l'était
il y a plusieurs années, qui s'intitule Histoire
de l'avenir : des prophètes à la prospective,
de Georges Minois, paru chez Fayard. |
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On y parle de tout : l'âge des oracles, les mythes, la divination, l'âge des prophéties, l'Apocalypse, le livre de Daniel, l'Apocalypse selon saint Jean… Une partie traite de l'âge de l'astrologie et fait un peu plus de 100 pages. Un passage traite de l'âge des utopies, également. Il est question du début de l'ère des masses, au 19e siècle, l'âge des prédictions scientifiques, etc. Si ces questions vous intéressent,
c'est un ouvrage vraiment complet. |
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Ce qui me rassure, à propos de notre attitude face à l'an 2000 et de ce qu'il nous inspire, c'est que cet auteur affirme en introduction que " prédire est le propre de l'homme. C'est même une dimension fondamentale de son existence. Nous avons tous un pied dans le présent et un autre dans l'avenir. Vivre c'est anticiper sans cesse, et chacune de nos actions tend vers un but situé dans le futur. Une part seulement de ce futur est connue, déterminée : demain, il fera jour et les saisons vont continuer à se succéder. " Mais il y a l'inconnu… " L'inconnu, poursuit Georges Minois, c'est le contenu de ce cadre fixe : de quoi demain sera-t-il fait? Cette question n'est pas une preuve de vaine curiosité, c'est une question vitale, à laquelle nous répondons sans cesse de façon implicite, car si nous faisons aujourd'hui les mêmes gestes qu'hier, c'est que nous supposons que demain sera comme aujourd'hui. " [rires] À moins que vous n'ayez un emploi atypique… |
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" La vie nous force à choisir continuellement et, par conséquent à prédire. " Georges Minois |
" Passé, présent, avenir forment un tout indissociable, et si nous pouvons agir dans le présent, c'est que nous nous souvenons du passé et nous entrevoyons le futur. Seul le futur donne un sens à nos actes, les justifie ou en révèle l'inutilité. " Plus loin, G. Minois fait observer que " pour être pleinement efficaces, il nous faudrait donc connaître ce futur. Cela était vrai pour l'homme préhistorique – d'ailleurs –, qui avait besoin d'anticiper les mouvements des troupeaux sauvages; cela reste vrai pour les responsables politiques et économiques de nos jours, qui ont besoin d'anticiper l'évolution de la conjoncture. […] La vie nous force à choisir continuellement et, par conséquent à prédire. " " Ne vous en faites pas, en fin de semaine il va faire beau ou il va pleuvoir. " En fait, il va faire beau et il va pleuvoir, c'est plutôt ça la vérité. Des prédictions sûres… " L'ennui – quand il s’agit de prédire – est que le futur nous est inconnu, poursuit l'auteur. Nos choix sont donc des paris ou des estimations, et plus ces estimations se révèlent exactes, plus notre action aura été efficace. "
À un moment, il est question de la recherche de ce que sera l'avenir, " recherche pathétique qui ressemble pourtant beaucoup à la poursuite d'une chimère ", comme le fait remarquer G. Minois. " Elle est viciée dès le début par une contradiction, dit-il. Chercher, en effet, à connaître le futur, c'est supposer qu'il est connaissable, autrement dit déjà déterminé à l'heure actuelle et inéluctable. " Mais il ne l'est pas, voilà le problème, bien qu'il ait une tendance dans ce sens. Il faut s'habituer aujourd'hui à jongler avec des paradoxes, par la force des choses. |
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" Prédire, c'est donc en même temps agir. " Georges Minois |
" Prédire, c'est aussi chercher à maîtriser le futur, à déterminer les événements avant qu'ils se produisent. D'abord, parce que la prédiction porte en elle un pouvoir magique d'autoréalisation. " Je le répète parce que c'est important. Je pense à tous ces gens qui ont répandu la rumeur que le prix du champagne allait augmenter considérablement d’ici le 31 décembre prochain. Eh bien, ce n’est pas le cas – pas encore du moins. Mais si on insiste trop là-dessus, le marché fera en sorte de réaliser cette prédiction. " Celui qui craint de ne pas dormir est mal disposé pour dormir ", disait Alain. " Prédire, c'est donc en même temps agir, poursuit G. Minois. Les deux termes sont indissociables et complémentaires. Il n'est pas d'action sans annonce d'un résultat; d'un autre côté, prédire c'est se donner les moyens d'accomplir ou d'éviter la réalisation de la prédiction – Ou d'arrêter la réalisation de la prédiction. – En ce sens, la meilleure prédiction c'est celle qui ne se réalise pas, celle qui a permis qu'on prenne des dispositions pour éviter la réalisation de la catastrophe prévue. – Parfois, je me dis que si l’on se met à penser qu'on est sur le bord de l'extinction de l'espèce humaine, on va peut-être finir par faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard. Et la prédiction ne se réalisera pas puisqu’on aura agi. " La prédiction efficace peut être autodestructrice autant qu'autoréalisatrice. Prévoir la paix mondiale peut inciter à prendre des mesures pour la favoriser. Prévoir la guerre mondiale peut inciter à prendre des mesures pour l'éviter. Dans un cas comme dans l'autre, la prédiction aura été salutaire. – Ça me paraît important car c'est un point de vue qu'on ne rencontre guère sur la prédiction. Le fait aussi que ce n'est pas tant l'exactitude de la prédiction qui compte mais son rôle de thérapie sociale ou individuelle. |
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" Annoncer des catastrophes, l'Apocalypse, c'est pousser le peuple des croyants à examiner sa conduite, à se repentir, à s'amender. " Georges Minois |
" Il n'est pas surprenant que des périodes troublées et instables comme la nôtre, où la vie est génératrice d'angoisse et de stress, voient proliférer des cabinets d'astrologues et de voyants. Ces professionnels sont en fait des médecins de l'esprit et leurs consultants des malades, estime Minois. D'une certaine façon, faire semblant de prédire, c'est guérir – ou du moins soulager. – Pendant très longtemps, la grande prophétie a joué ce même rôle. Annoncer des catastrophes, l'Apocalypse, c'est pousser le peuple des croyants à examiner sa conduite, à se repentir, à s'amender ", affirme Minois. Mais si on prédit l'Apocalypse maintenant, il me semble que les gens n'auront pas envie d'examiner leur conduite ou de s'amender. C'est le sentiment que j'ai, mais j'exagère peut-être un peu. " Le prophète peut d'ailleurs être de bonne foi, comme Jonas, qui prédit la destruction de Ninive, si les habitants ne se repentent pas ", remarque l'auteur. Puis, il explique que Jonas s’était installé sur une colline pour assister au cataclysme, mais voyant que rien ne se produisait, il s'est enragé de voir que Dieu aurait pardonné, le frustrant ainsi du spectacle attendu. [rires] C'est le type même de la prédiction autodestructrice qui réussit parce qu'elle ne s'est pas réalisée… |
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| " La prédiction ne nous éclaire pas sur le futur mais reflète le présent. " Georges Minois |
" La prédiction n'est jamais neutre ni passive, note l'auteur. Elle correspond toujours à une intention, à un souhait ou à une crainte; elle exprime un contexte et un état d'esprit. La prédiction ne nous éclaire pas sur le futur mais reflète le présent. – Oh que c'est intéressant! – En cela, elle est révélatrice des mentalités, de la culture d'une société et d'une civilisation. Faire l'histoire de la prédiction c'est contribuer à l'histoire des civilisations. " Il ne serait d'aucun intérêt de faire un catalogue des prophéties passées dans le seul but de décerner des blâmes et des brevets de clairvoyance en fonction du degré de réalisation, ou de chercher dans ces anticipations l'image du futur. Si tel était le cas, l'histoire des prédictions serait l'histoire des échecs de la prédiction. Car personne n'a jamais connu le futur. – C'est son opinion. Quant à moi, je n'en suis pas aussi sûr, mais je me contente de vous communiquer cette information-là. Je préfère rester dubitatif dans la vie, en général. [rires] – Pas plus les prophètes inspirés ou non que les oracles, les astrologues, les cartomanciennes, les auteurs de science-fiction, les utopistes, les philosophes, les futurologues – et alouette! " En tout état de cause, l'intérêt de ces prédictions réside dans ce qu'elles nous révèlent de l'époque et du milieu où elles ont été faites ", conclut Minois dans son introduction. Je trouve en exergue cette citation de Voltaire que je trouve bien tripative : " Le premier prophète fut le premier fripon qui rencontra un imbécile; ainsi la prophétie est de l'Antiquité la plus haute. "[rires] |
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Dans son ouvrage, Georges Minois parle de l'utopie et, bien sûr, de la prospective qui est l'une des nouveautés de la seconde moitié du 20e siècle. " Elle se caractérise par une institutionnalisation et une professionnalisation de l'activité de prévision, dans un but d'action et de préparation de l'opinion, écrit Minois. […] Il s'agit en fait d'un instrument au service des pouvoirs politiques, économiques, technocratiques. Plus que jamais, gouverner c'est prévoir, dans un monde instable où la technologie avance à une vitesse croissante. Il faut anticiper pour être efficace. " Puis, il y a ces passages que je trouve bien importants. Que reste-t-il de tout ça? " Les méthodes anciennes de prédiction sont en effet toujours utilisées, aux côtés des plus récentes, ce qui confirme que dans ce domaine ce n'est pas le contenu qui importe, mais la démarche. Ce n'est pas le futur qui est en jeu mais le présent. – C'est intéressant de voir qu'il revient à cette idée dans la conclusion de son ouvrage. – C'est d'ailleurs pourquoi la méthode la plus récente, la prospective, rejoint la plus ancienne, les oracles ", conclut Georges Minois. " En dernier ressort, ce n'est pas ce qui est prédit qui compte, c'est la réaction de celui à qui est faite la prédiction, et ce n'est pas la réalisation de la prédiction qui compte, mais l'action qu'elle va provoquer ", écrit Minois. L'auteur, qui est professeur d'histoire,
parle aussi des recherches du paradis terrestre : elles " n'ont
aboutit qu'à faire évaporer le mythe, et les tentatives
millénaristes de restauration se sont soldées par des tyrannies
sanglantes – des paradis
terrestres qui s'éventent… –
Au contraire, précise-t-il, l'enfer est palpable; l'homme
en fait depuis longtemps l'expérience. " C’est
évident, oui. |
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Je voudrais ajouter ce petit paragraphe parce que nous traversons une période importante de prédictions : " Pour ce qui est de la ‘ grande ’ prédiction, celle qui concerne l'avenir du monde, de la société, de l'économie, elle est entraînée dans le naufrage généralisé des idéologies, des religions établies et des valeurs. Les uns annoncent la décadence irrémédiable avec Spengler; d'autres prédisent le no future, la fin de l'histoire […]; d'autres encore voient venir un despotisme technocratique s'appuyant sur une science tellement complexe qu'elle confère la toute-puissance à la petite caste qui la maîtrise […]; de petits groupes continuent à attendre la fin du monde, qui finira bien par venir un jour; enfin, dit Minois, les gens sérieux font de la prospective économique. […] " L'ensemble donne l'impression d'une folie collective, d'une schizophrénie à l'échelle du monde. Les valeurs morales et les idéologies tombent; non seulement le monde est-il désenchanté mais il n'a plus de but, plus de sens, bateau ivre, perdu sans boussole sur l'océan de l'espace-temps. " " Comment prédire le futur d'une telle embarcation? et à quoi cela servirait-il s'il n'y a pas la volonté d'atteindre ou d'éviter ce qui est prévu? […] Ce n'est pas le contenu de la prédiction qui compte, c'est son rôle de guide pour l'action; la prédiction est là pour justifier ou modifier un comportement. […] " C'est maintenant que se construit le futur, qui n'existe nulle part. Or, pour construire le futur, il faut d'abord s'en faire une image, même fausse. C'est cette image qui manque, parce que le présent semble avoir rattrapé le futur et avoir fusionné avec lui. L'immédiat a absorbé l'avenir comme il absorbe le passé, en le reconstruisant. " Wow! C'est un cinq étoiles. D'une lecture pas toujours facile mais passionnant. |
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Tout un numéro de L'Agora sur la résilience |
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À plusieurs reprises, dans cette émission, j’ai parlé de résilience, de cette faculté qu'ont, en particulier de jeunes enfants, de survivre et parfois même de s'épanouir dans des conditions qui nous semblent insupportables. C'est avec joie que je découvre que L'Agora, que dirige Jacques Dufresne, consacre tout son dernier numéro à ce thème. On en considère plusieurs aspects, dont la résilience sur le plan individuel qui nous est un peu plus familière. Mais il y a aussi la résilience des communautés, celle des écosystèmes également, la résilience culturelle, etc. Ce qui m'attire finalement dans le concept de la résilience, c'est que c'est tellement en opposition avec la victimite qui se résume à dire : " Moi je ne suis plus capable, je n'en peux plus, je suis victime, j'ai des malheurs ", etc., en baissant les bras; alors que l'autre attitude, celle de la résilience, consiste à se relever, à repartir puis tenir le coup, en somme. Dans un article, Jacques Dufresne rappelle que " la résilience est en physique la capacité d'un matériau de résister à des assauts ou de retrouver son intégrité après lesdits assauts. Dans le cas qui nous occupe, on peut ramener à deux les divers sens du mot résilience : flexibilité et renaissance. " Demain , je vais donner suite à ce propos sur la résilience à partir des nombreuses sources offertes par ce numéro de L'Agora. |
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