Saison 1999-2000 |
Émission
du jeudi 14 octobre 1999 Redifusée le jeudi 16 décembre 1999 et le jeudi 27 avril 2000 |
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Le courage… malgré tout |
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" Ne nous laissons pas abattre. Désespérer, c'est déserter. " Victor Hugo |
Tiens, si nous parlions de courage… Qui suppose toujours " malgré tout ", " malgré que " ou " en dépit de "… Bien sûr, il y a une volonté de dépassement
dans le courage et même, d’après Abraham
Maslow :
ce grand psychologue, ce serait un besoin biologique que de vouloir se
dépasser en faisant appel au courage. |
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J'ai enfin retrouvé ce bout de papier sur lequel j’avais noté des dates concernant le vécu d'un personnage qui a fait preuve de beaucoup de courage au cours de sa vie. Le jeu consiste pour vous à essayer de deviner de qui il s’agit. Je vous fournis quelques indices : C’est une personnalité politique américaine qui a vécu au 19e siècle.
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Vous avez deviné qui est notre personnalité mystère? La réponse au personnage mystère ici C'est intéressant, non? On voit que les catastrophes se sont succédées longtemps autour de lui mais qu'il a persévéré avec courage. Je vous ai parlé du courage à plusieurs reprises. Par exemple, le 27 janvier 1992 , où il a été question du courage d'être, du courage de s'affirmer en dépit du destin et de la mort, etc. Mais pour m’en tenir à ma résolution, je vais faire en sorte de me renouveler… " Le courage est la vertu du commencement ", disait Vladimir Jankélévitch. Plus exactement, il affirmait : " Il faut commencer par le commencement. Et le commencement de tout est le courage. " |
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KLEIN, Michel. Le courage – En connaissance de causes, Éd. Autrement, Série " Morales ", N° 6, 1992. |
" Quel commencement? s'interroge Michel Klein dans la préface du numéro de Autrement intitulé " Le courage – En connaissance de causes ", publié en 1992 dans la collection " Morales ". Il ne faut pas de courage pour naître, ni pour être. Il en faut pourtant, parfois, pour continuer d'être, ou pour cesser d'être. Mourir, nous n'y pouvons rien! Peut-être y pouvons-nous malgré tout quelque chose, faire face, ou bien garder la face sans se laisser envahir au moment d'être anéanti. Le courage, vertu inaugurale : ce qu'il faut faire ne va pas de soi, mais provient de nous-mêmes, nous instaurons cela quand, sans notre intervention, les choses n'iraient que par la force des choses. " Intervenir, donc, dans son destin. " Or, commencer – commencer de lutter, commencer de résister – non seulement ne va pas de soi, mais peut aller aussi contre soi-même, malgré soi. Malgré la peur, malgré l'inertie, malgré ce qui en nous permet et pousse aux douces lâchetés, aux serviles abandons. Sans doute, ce qui se nomme ‘ lâcheté ’ nous propose-t-il de ne rien commencer quand il faudrait commencer quelque chose, ou bien de suivre ses propres pesanteurs en un gras laisser-aller de soi-même en soi-même, en dépit de tout, comme aspiré par sa propre nuit. " Que j'aime cette formule! Ce propos est de Michel Klein. Pourquoi ai-je tenu à aborder de nouveau cette question du courage? C'est parce que c'est tellement important. Il faut parfois tellement de courage dans la vie pour ouvrir le deuxième œil. Ou pour mettre le premier pied en bas du lit le matin. |
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" Le fait d'être nous est donné, écrit-on en introduction du 3e chapitre, " Identité et vérité ". Mais l'existence dure alors, et chacun se voit pris dans de multiples embarras, aventures ou accidents où il faut se tenir, ou se perdre. Les images qu'on a de soi, les idéaux autorisés, les valeurs apprises font aussi ce que nous sommes; mais en y adhérant, on risque aussi de s'absorber, on s'y abandonne : on se ‘ lâche ’. Une sorte de courage alors s'exige pour ne pas cesser de comprendre, pour entreprendre des ruptures, pour dissiper des mythes, renouveler des contrats […]. " Entre autres choses… |
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" De Socrate à Nietzsche " IN Le courage – En connaissance de causes, Éd. Autrement, Série " Morales ", N° 6, 1992. |
À un moment, on explique qu'il y aurait comme une " adéquation entre le courage et la sagesse ". On en trouve un exemple chez les philosophes stoïciens, qui considéraient ces mots presque comme des synonymes. " Le courage, c'est la force d'âme qui, est la sagesse, explique Sylvain Matton dans un article intitulé " De Socrate à Nietzsche ". […] Pour les Stoïciens, toutes les vertus sont liées et qui en possède une possède les autres – et le courage est la première des vertus. […] Dès lors, le courage ne saurait avoir aucun lien, entretenir aucune connivence avec les passions : il ne relève pas de la colère ou d'une partie irascible de l'âme, mais de la seule raison : il est la condition et la marque de cette vie raisonnable, ‘ selon la nature ’, que mène le sage. " |
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Traité des devoirs |
Plus loin, j’ai retenu cette citation de Cicéron qui, lui, était de la troisième vague des Stoïciens : " On reconnaît une âme courageuse et grande surtout à deux choses : d'abord, au mépris qu'elle a des choses extérieures dans la conviction où elle est que l'homme ne doit rien admirer, souhaiter ni rechercher que l'honnêteté et la convenance, et qu'il ne doit céder ni aux hommes, ni aux passions, ni à la fortune, écrivait Cicéron dans son Traité des devoirs; ensuite, quand on a cette qualité d'âme dont j'ai parlé, à ce qu'on accomplit de grandes actions sans doute très utiles, mais surtout pleines de difficultés et de labeur, qui mettent en danger la vie même, et bien des choses qui servent à la vie; c'est dans celle-ci [la vie] qu'apparaît tout l'éclat de cette vertu, toute sa grandeur, et j'ajoute son utilité; mais c'est dans celle-là qu'est la cause et le principe qui fait la grandeur des hommes; en elle est ce qui fait les âmes supérieures et leur inspire du mépris pour les choses humaines. "
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" ‘ Si la raison, dit Sénèque, est le seul attribut appartenant à l'homme en tant qu'homme, la raison sera alors son seul bien, valant tout le reste mis ensemble ’, explique Paul Tillich dans Le courage d'être. […] On ne peut jamais écarter l'angoisse en l'écartant par des arguments. Ce n'est donc pas là une découverte récente de la psychanalyse : les Stoïciens, lorsqu'ils magnifiaient la raison, le savaient déjà. Ils savaient que l'angoisse ne peut être dépassée que par ce pouvoir de la raison universelle qui, chez le sage, l'emporte sur les désirs et les craintes. Le courage stoïcien présuppose que le centre de la personne s'abandonne au Logos de l'être – au Soi. Il est participation du divin pouvoir de la raison, pouvoir qui l'emporte sur l'empire des passions et des angoisses. " Je suis en train de parcourir ici et là
certains textes qui proviennent d'émissions antérieures,
ou de certains ouvrages que j'ai lus sur cette question-là. |
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Le courage d'être, en somme, c'est " l'affirmation de notre être essentiel, en dépit des désirs et des angoisses qui donnent naissance à la joie, écrit plus loin Paul Tillich. Sénèque exhorte Lucilius à se donner pour tâche ‘ d'apprendre à éprouver la joie ’. Ce n'est pas à la joie des désirs comblés qu'il fait allusion, car la vraie joie est une ‘ affaire difficile ’ : elle est le bonheur d'une âme qui s'est ‘ haussée au niveau de toutes les circonstances. ’ " La joie accompagne l'affirmation de soi dans notre être essentiel, en dépit des interdictions qui proviennent de ce qui est accidentel en nous, trouve-t-on aussi dans l'enseignement stoïcien tel que le rapporte Tillich. La joie est l'expression, sur le plan émotionnel, du Oui courageux à notre être propre et véritable. Cette union du courage et de la joie manifeste avec la plus grande évidence le caractère […] du courage. – Autrement dit : – […] le courage et la joie ne font qu'un. " |
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Le mot courage vient de cœur. Au sens figuré, le mot a le sens de " ardeur ", " énergie " qui sont des qualités de cœur. Cela tient de la force morale dans les situations. Ce peut être une situation provisoire qui entraîne tout à coup une réaction prompte, ou alors dans la continuité. Alors là, c'est de la détermination dans la durée qu'il faut avoir. Cela suppose, pour faire appel au courage, de voir la situation. Voir c'est la clé de tant de choses… Voir ce qui nous blesse, voir ce qui blesse les autres, voir ce qui nous empêche d'évoluer. Curieusement, ce qui s'impose à un moment est plus visible que ce qui s'impose dans la durée car, avec le temps, on finit par s'habituer, par perdre de vue ce qui nous blesse ou qui blesse les autres, ou ce à quoi nous devrions réagir. Au début de l'émission, je citais Abraham Maslow qui estimait que le besoin de dépassement chez l’humain est biologique. Autrement dit, c'est dans notre nature d'aller plus loin que l'ordinaire, que le quotidien. |
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On dit ici qu’il y a trois étapes possibles dans le courage : avoir le courage d'entreprendre, avoir le courage de poursuivre et avoir le courage de recommencer. " Vaincre l'obstacle, cela suppose le courage, mais cela peut aussi vouloir dire se vaincre à soi-même, car souvent ce qui fait obstacle à la volonté de poursuivre une démarche, c'est la peur, la timidité, la difficulté. " C'est la raison pour laquelle il faut toujours associer dans notre tête le mot courage avec les termes " malgré tout ", ou " en dépit de ". Donner un sens à l'action pour donner un sens à la vie, dans le moment et dans la durée. |
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![]() Carl G. Jung JUNG, Carl Gustav. Problèmes de l'âme moderne, Éd. Buchet/Chastel, 1994. |
JUNG : |
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J'ai sous les yeux un livre de Carl Jung qui s'intitule Problèmes de l'âme moderne, paru chez Buchet/Chastel. C'est un ouvrage très intéressant qui est constitué de ses articles et de ses conférences portant sur des sujets qui, rassemblés, font le tour de cette problématique de l'âme moderne.
Il dira, par exemple, dans ce chapitre qui parle de la personnalité, que " ‘ l'éducation de la personnalité ’ est devenue aujourd'hui un idéal éducatif qui s'oppose à cet homme standardisé, collectif ou normal qu'exige le caractère de masse. – Au fond, la personnalité s'oppose à ce que j'appelle parfois l'homme de la foule envahi par la normose – Il y a là une juste reconnaissance du fait historique que les grandes actions libératrices, dans l'Histoire universelle, ont pour point de départ des personnalités de premier plan, jamais la masse – toujours secondaire et paresseuse […]. " " La nostalgie de la personnalité est devenue un véritable problème qui préoccupe aujourd'hui bien des cerveaux. […] On dit continuellement qu'il faut développer la personnalité de l'enfant. – J'arrive à un passage qui va vous intéresser si vous avez des enfants, mais vous allez peut-être m'en vouloir pour le reste de vos jours ou des miens… – J'admire, bien entendu, ce haut idéal d'éducation, écrit Jung. Mais qui éduque en vue de la personnalité? La première place, la plus importante, est occupée par des parents d'ordinaire incompétents qui, bien souvent, restent toute leur vie à moitié, sinon tout à fait, des enfants. – [rires] Il mord ce Jung, vous allez voir… " Et qui donc finalement pourrait attendre de tous les parents ordinaires qu'ils soient des ‘ personnalités ’? C'est pour cette raison que l'on attend tout naturellement du pédagogue, spécialiste formé, à qui on a appris tant bien que mal la psychologie, c'est-à-dire les points de vue de celui-ci ou de celui-là, le plus souvent d'opinions fondamentalement différentes, comment l'enfant est présumé constitué, comment il faut le traiter. " Des jeunes gens qui ont choisi la pédagogie oublient a priori qu'ils ont eux-mêmes été éduqués. Sont-ils tous, tant qu'ils sont, des ‘ personnalités ’? Nul, sans doute, ne voudrait l'affirmer. Ils ont, l'un dans l'autre, reçu la même éducation défectueuse que les enfants qu'ils doivent éduquer et ne sont pas davantage des ‘ personnalités ’ que ne le sont ceux-là. " [rires] |
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Jung précise plus loin : " Notre problème éducatif souffre en somme
de ne viser unilatéralement que l'enfant qu'il faut élever
et de négliger aussi unilatéralement le fait que les
éducateurs adultes n'ont pas été eux-mêmes
éduqués. " " Après avoir terminé le cycle de ses études,
chacun a l'impression d'en avoir fini avec l'éducation, d'être,
en un mot, un adulte. Il ne peut certes en être autrement; il faut
soi-même être persuadé de sa propre compétence
pour affronter la lutte pour l'existence. Le doute et le sentiment d'incertitude
paralyseraient et entraveraient; ils enfouiraient la foi si nécessaire
en sa propre autorité et rendraient inapte à l'exercice
de sa profession. On veut entendre dire qu'on connaît son affaire
et qu'on en est sûr, et non qu'on doute de soi-même et de
sa compétence. Le spécialiste est condamné de façon
absolue à la compétence! Chacun le sent, et ce ne sont pas
là des situations idéales, mais elles sont, dans les circonstances
données, les meilleures possibles. " " Le haut idéal d'éducation de la personnalité, on ferait mieux de ne pas l'appliquer aux enfants, poursuit Jung; car ce que l’on entend communément par ‘ personnalité ’ (je sens que sa définition va tout foutre par terre…), c'est-à-dire une totalité psychique déterminée, capable de résistance et dotée de forces – Oh pardon! –, est un idéal d'adulte que l'on n'a pu attribuer à l'enfance qu'à une époque où l'individu adulte est encore inconscient du problème de sa prétendue maturité ou, ce qui est pis encore, s'il en est semi-conscient, il projette la notion sur l'enfant, pour pouvoir se permettre d'y couper lui-même. – C'est souvent ce qu'on fait, finalement. On souhaite que nos enfants sachent faire ceci ou cela alors que nous, on ne sait pas le faire. " Je soupçonne, en effet, poursuit Jung, notre enthousiasme contemporain pour la psychologie et la pédagogie de l'enfant d'une intention malhonnête : on parle de l'enfant alors qu'on devrait entendre : l'enfant en l'adulte. Car il y a dans l'adulte un enfant, un enfant éternel toujours en état de devenir, jamais terminé, qui aurait constamment besoin de soins, d'attention et d'éducation. C'est cette partie de la personnalité humaine qui voudrait se développer en entier. Or, l'homme de notre temps est à une distance astronomique de cette totalité. |
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" La personnalité est en germe dans l'enfant et n'atteint son plein développement que peu à peu au cours de la vie. " Carl Gustav Jung, Problèmes de l'âme moderne |
" Dans l'obscur pressentiment de ce qui lui fait défaut, il s'empare de l'éducation de l'enfant, il s'enthousiasme pour la psychologie infantile parce qu'il aime à supposer que, dans sa propre éducation et dans le développement de son enfance, quelque chose doit avoir marché de travers, quelque chose qui pourrait être extirpé dans la génération prochaine. Cette intention est louable, certes, mais elle échoue contre le fait psychologique que je ne puis corriger chez l'enfant aucune faute si je continue à les commettre moi-même. " Le psychanalyste rappelle que " la personnalité est en germe dans l'enfant et n'atteint son plein développement que peu à peu au cours de la vie. Sans détermination, totalité et maturité, nulle personnalité ne se manifeste. (Par totalité, il entend que les différents éléments de l'être doivent former un tout et ne pas se déchirer les uns les autres.) Ces trois qualités ne peuvent et ne doivent pas être le propre de l'enfant : elles le priveraient de sa qualité d'enfant. Il deviendrait un substitut d'adulte, sans naturel et prématurément mûr; l'éducation moderne a déjà produit des monstres de ce genre, notamment dans les cas où les parents mettent un véritable fanatisme à faire, en toutes circonstances, de leur mieux pour les enfants et à ne ‘ vivre que pour eux ’. |
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" Personne ne peut développer la ‘ personnalité ’ qui n'en a pas lui-même. " Carl Gustav Jung, Problèmes de l'âme moderne |
" Cet idéal, que l'on entend souvent énoncer, empêche de façon absolue les parents de se développer eux-mêmes et les rend capables d'imposer aux enfants leur propre ‘ mieux ’. Or, qu'est en réalité ce prétendu ‘ mieux ’? Voilà ce dont les parents ne se sont jamais préoccupés pour eux-mêmes. Et ainsi, on stimule les enfants à des travaux que les parents n'ont jamais faits, on leur impose des ambitions que les parents n'ont jamais réalisées. Ces méthodes et ces idéaux ne produisent que des monstruosités pédagogiques. – Ah! la responsabilité parentale… " Personne ne peut développer la ‘ personnalité ’ qui n'en a pas lui-même. Et ce n'est pas l'enfant, c'est uniquement l'adulte qui peut atteindre à la personnalité comme fruit mûr d'une activité de vie orientée vers ce but. Car dans l'accès à la personnalité, il n'y a rien moins que le déploiement, le meilleur possible de la totalité d'un être unique et particulier. " Quand Jung parle d'être unique et particulier, peut-être serait-il bon de rappeler ici que le danger qui nous menace, c'est de vouloir tellement être " normaux ", que l'on épouse la norme, quitte à devenir une partie de la foule et à adopter les avis de la plupart. La personnalité est en opposition à cela, bien sûr. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne puisse partager les avis de la masse! Mais elle doit faire en sorte de se créer une opinion personnelle sur les choses. |
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" La personnalité, c'est la suprême réalisation des caractéristiques innées de l'être vivant particulier. " Carl Gustav Jung, Problèmes de l'âme moderne |
" Toute une vie humaine, avec ses aspects biologique, social et psychique y est nécessaire, poursuit Jung. La personnalité, c'est la suprême réalisation des caractéristiques innées de l'être vivant particulier. La personnalité, c'est l'action du plus grand courage de vivre – le courage aura vraiment été le thème de cette émission, tripative j'espère… –, de l'affirmation de l'existant individuel et de l'adaptation la plus parfaite au donné artificiel, avec la plus grande liberté possible de décision personnelle. Élever quelqu'un en vue de cela me semble n'être pas une petite affaire. C'est sans doute la tâche la plus haute que se soit donnée le monde moderne de l'esprit. " (Heureusement qu'il le précise, car si c’était à la portée de tout le monde, je me serais senti terriblement écrasé. Soyons modestes mais pas écrasés tout de même!) Jung dit aussi : " Personne ne développe sa personnalité parce qu'il lui aura été dit qu'il serait utile et opportun de le faire. Jamais encore la nature ne s'en est laissé imposer par des conseils bienveillants; seule la contrainte d'action causale met la nature en mouvement, même la nature humaine. – Avoir une motivation, être poussé à quelque chose, etc. – Sans nécessité, rien ne change, surtout pas la personnalité humaine. Elle est immensément conservatrice pour ne pas dire inerte; il faut une grave nécessité pour la stimuler fortement. Ainsi le développement de la personnalité n'obéit à aucun désir, aucun ordre, aucun avis; il n'obéit qu'à la nécessité. Il faut qu'il soit motivé par la contrainte d'une nécessité interne ou externe. […] |
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" Le développement de la personnalité qui sort de ses dispositions germinatives pour arriver à sa conscience totale est un charisme en même temps qu'une malédiction. La première conséquence en est la conscience d'un inévitable isolement de l'individu qui se sépare du troupeau indistinct et inconscient. C'est la solitude; il n'est point pour cela de désignation plus consolante. Même l'adaptation la plus réussie n'en délivre pas, ni l'ajustement sans la moindre friction au milieu, nulle famille, nulle société et nulle situation. Le développement de la personnalité est un bonheur tel qu'on ne peut le payer que très cher. Mais celui qui parle le plus de cet épanouissement est aussi celui qui réfléchit le moins à ses conséquences si radicalement effrayantes pour les esprits trop faibles. " L'épanouissement de la personnalité, c'est plus encore que simple crainte de création anormale ou de solitude, c'est aussi fidélité à sa propre loi. " Wow! Comme on peut le constater, les propos de Jung sont toujours d’actualité! |
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