<>Saison 1999-2000 |
Émission du mercredi 22 septembre 1999 | ||
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La pomme |
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Il y a d'abord celle qui a été offerte
par Ève
à Adam, celle qui a été donnée par la reine-sorcière
à Blanche-Neige, la pomme de Newton qui,
supposément, lui permit de découvrir la gravitation universelle,
la pomme d'or, etc. La pomme, donc, possède une riche symbolique.
Un spécialiste de la mythologie médiévale a recensé
les divers thèmes mythiques associés à la pomme. " La pomme est d'abord conçue comme la matrice de tous les fruits. – C'est LE fruit. – Jusqu'au début de ce siècle, le mot pomme désigne non seulement la pomme au sens strict, mais aussi n'importe quel fruit rond. – Saviez-vous ça? – C'est pourquoi on retrouve le mot dans ‘ pomme de pin ’, ‘ pomme de terre ’ ou ‘ pomme d'amour ’ – la tomate : pomodoro en italien. – On retrouve cette identité entre fruit et pomme dans le mot pomologie, qui est la ‘ science des fruits ’. C'est cette association qui a conduit, au 18e siècle, à assimiler le ‘ fruit défendu ’ de la Bible à une pomme. " Le symbole de la connaissance, je suppose. " Comme beaucoup de symboles, celui de la pomme possède une double nature, à la fois bénéfique et maléfique – comme la pomme de la reine-sorcière. – Dans son versant positif, la pomme a été associée à la santé, la vitalité, la fécondité et la jeunesse éternelle. Le onzième des travaux d'Hercule, lorsqu'il part à la recherche des pommes d'or du Jardin des Hespérides, fut interprété durant tout le Moyen Âge comme la quête de l'éternelle jeunesse. Les arbres à pommes que l'on vénère au moment du solstice d'hiver (c'est notre sapin de Noël dont les boules remplacent les fruits), sont des signes de renaissance, de retour à la fécondité. " On donne aussi une autre explication : les pommes sur l'arbre, ce serait comme des planètes.
Bref, la pomme est le fruit défendu. Justement : " En latin, un seul mot, malus, désigne à la fois ‘ mal ’ et ‘ pomme ’. Ainsi, la pomme serait l'instrument de perdition. Par exemple, la belle pomme rouge que la sorcière offre à Blanche-Neige contient un poison. Ce thème de la pomme-poison se retrouve –étrangement – dans la mythologie grecque, celtique, et dans la littérature médiévale. Notons que c'est toujours une femme qui offre le fruit maléfique. " Voilà, tout s'explique! " Autre aspect maléfique, poursuit l'auteur : depuis que les déesses Athéna, Héra et Aphrodite se sont disputées la pomme d'or offerte par Eris – une vilaine, car c'était la déesse de la discorde. De nos jours, elle doit avoir élu domicile au Parlement à Québec, ou dans des hauts lieux comme ça [rires] – la pomme est le fruit de la dispute. Telle est l'origine de la fameuse ‘ pomme de discorde ’. " À un moment, l'auteur se demande quel est l'intérêt de couper la pomme dans un sens ou dans l'autre. Habituellement, on la coupe verticalement, mais si vous la coupez dans l'autre sens, vous obtenez un magnifique pentagramme, qui est le symbole du microcosme, de ce qui procède de l'intérieur vers l'extérieur, donc de la nature. C'est également le pentagramme auquel l'homme est associé. Prenez, par exemple, le dessin de Da Vinci qui montre un homme bras et jambes ouverts, au milieu d'un pentagramme. Si vous faites l'expérience devant les enfants, vous allez voir comment ils seront émerveillés devant cette belle étoile au milieu de la pomme. C'est une bonne façon de gagner deux minutes de leur attention par un beau dimanche après-midi. Pour le reste, je fais confiance à votre imagination créatrice.
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La révolution sexuelle |
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J'ai trouvé dans un numéro spécial de Les Collections de l'histoire portant sur l'amour et la sexualité un article fort intéressant qui pose une question que j'avais en tête depuis bien longtemps : " La révolution sexuelle a-t-elle eu lieu? " Ce phénomène part, bien sûr, des années soixante. Les Français vont la situer en 1968, les Américains en 1965. Une historienne, Anne-Marie Sohn, professeure d'histoire contemporaine à l'Université de Rouen s'est penchée sur le sujet. Elle écrit : " C'est une évolution de longue durée qui a conduit les individus vers une sexualité plus libre ". Cette émancipation, dit-elle s'est faite " à l'insu des observateurs, alors même que les discours officiels restaient ‘ victoriens ’ ".
" D'autre part, poursuit Anne-Marie Sohn, on a pris conscience de la généralisation des relations prénuptiales ", qui existaient déjà, mais on voyait de plus en plus de gens vivre en couple avant le mariage ou sans le mariage. Puis, à un moment, on a assisté à une chute vertigineuse pour ce qui est de l'âge du premier rapport sexuel chez les jeunes. Chez les filles, cinq ans, d'un coup sec, peu après l'avènement de la pilule. En d'autres mots, la grande moralité d'avant les années soixante a foutu le camp. On dit ici " six ans pour les garçons entre 1968 et 1981 ", mais je vous l'ai dit, ça ne compte pas. [rires] La libération sexuelle a connu quelques précurseurs. Par exemple, Wilhelm Reich qui était un disciple de Freud et dont il s'est séparé après un moment, accordait beaucoup d'importance à la sexualité, faisant valoir le fait qu'il s'agit de l'expression du Ça, l'aspect inconscient associé à l'instinct chez les humains. Et dans une société qui met beaucoup l'accent sur l'autorité parentale – et l'autorité tout court, avec Big Brother, le système, l'establishment –, on se retrouve avec un Ça plutôt ratatiné… |
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![]() Une scène de Les Amants, un film de Louis Malle avec Jeanne Moreau, Alain Cuny, Jean-Marc Bory, 1958. |
On a assisté à une " libération du regard ", à la même époque. C'est-à-dire en ce qui a trait aux films, aux affiches, etc., on s'est permis de représenter l'acte sexuel comme jamais auparavant. Il y a même Louis Malle qui a joué un rôle dans tout ça avec son film Les Amants qui a causé un énorme scandale. Pourquoi? Parce que l'on montrait Jeanne Moreau dans son bain… après-coup. Je ne comprends pas en quoi cela a pu paraître si dérangeant. Autre temps, autres mœurs, sans doute. " Aujourd'hui, écrit l'auteure, on représente l'acte sexuel, la fellation, toutes sortes de choses encore impensables il y a quelques années. " Justement, en parlant de fellation, avez-vous vu le film de Woody Allen dont le titre est Deconstructing Harry? Le comique de l'histoire, c'est que régulièrement dans le film, on voit une femme installée à genou devant un gars qui reste droit comme un piquet de clôture et à qui elle fait une " pipe ". Ce n'est pas très swing… Visuellement, ça ne fait pas de belles images, je vous dirai… [rires] Après deux, trois, quatre fois, on finit par comprendre qu'il s'agit d'un clin d'œil aux cinéphiles qui ont immédiatement pensé à Clinton. " Certaines pratiques restent-elles encore tabou? ", demande-t-on à Mme Sohn. " Les pratiques buccales devenues courantes ne se sont pas imposées du jour au lendemain : le tabou a résisté jusque entre les deux guerres ", répond la professeure. Mais depuis, il faut dire qu'il s'est pas mal dévergondé ce tabou-là. L'homosexualité est de mieux en mieux acceptée, également. Il ne faut pas oublier toutefois, qu'encore dans les années 70, on en parlait comme d'un vice et d'une maladie. Le nombre de partenaires au cours de la vie est plus nombreux. Depuis les années 70, c'est devenu plus stable de ce côté : douze (12) pour les hommes et trois (3) pour les femmes, en moyenne. Comment expliquer ce décalage entre les sexes? Comme disait cet humoriste de Jules Renard : " Avec qui tromperions-nous nos femmes si elles étaient toutes fidèles? " S'il y a plus d'hommes qui trompent leurs femmes avec qui donc les trompent-ils? Je note cependant que ce bilan qui va des années soixante à nos jours ne tient pas compte des dernières années, des dernières tendances un peu mystérieuses qui ne sont pas encore bien éclairées. Par exemple, dans le dernier numéro de Châtelaine, une dame fait l'éloge du retour à la chasteté… J'ai lu aussi plusieurs articles où il est question du retour à la virginité chez les filles, et même du renoncement volontaire à la vie sexuelle pour certains. Rien de religieux là-dedans. Remarquez, le sexe, c'est l'fun, mais pas obligatoire après tout. |
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Réponse au courrier |
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Quelqu'un me demande de parler un peu du bouddhisme. " J'aimerais que vous me référiez un livre ou plus sur l'enseignement des principes bouddhistes. Non pas que je sois attiré par la religion comme telle, mais surtout par la philosophie. " C'est, en fait, une philosophie qui a pris plusieurs visages à travers le monde en se greffant sur certaines religions ici et là, pour simplifier le discours. Je n'aime pas, en général, référer des ouvrages, car je ne vous connais pas. Cela tient à des tas de facteurs : quelle formation avez-vous? Quels intérêts avez-vous? Quel entourage est le vôtre? etc. Je vous demande de croire qu'il ne s'agit pas de paresse de ma part. C'est un fait que la formule la plus heureuse, la plus satisfaisante, c'est encore de vous rendre dans une librairie et de vous diriger vers ce qui vous paraît tout à coup l'ouvrage que vous avez envie de consulter. Un tout petit livre m'est parvenu récemment sur le bouddhisme. Il s'intitule : Le bouddhisme en nous, et a été publié aux Éditions 1, dans la collection " Les grandes conférences du Figaro ". On a demandé à Jean-Claude Carrière de prononcer une conférence sur le bouddhisme. Je rappelle que Carrière est un scénariste français très connu qui a écrit, entre autres, les scénarios de Belle de jour, Le charme discret de la bourgeoisie, La terrasse, L'aide-mémoire, et Les oiseaux de Mahabarata pour Peter Brook. Récemment, puisque Jean-Claude Carrière s'intéresse au bouddhisme depuis une quarantaine d'années, il s'est interrogé sur la place du bouddhisme dans le monde d'aujourd'hui. Il s'est entretenu à ce sujet avec le Dalaï-Lama, ce qui a donné lieu à un ouvrage dont le titre est La force du bouddhisme, dont je vous ai déjà communiqué quelques passages. D'ailleurs, dans tous les livres auxquels le Dalaï-Lama a collaboré, ou qu'il a écrit, vous pouvez trouver des tas d'informations intéressantes, mais vous n'êtes pas obligé d'adopter la culture tibétaine pour autant. Je crois qu'il faut faire une distinction entre pensée philosophique et culture, quelle qu'elle soit. " Est-ce que le bouddhisme est à la mode? Est-ce que c'est une mode passagère? J'entends toujours cela autour de moi, fait observer Jean-Claude Carrière. Est-ce une vogue? À quoi est-elle due? Pourquoi? […] Une chose est certaine c'est que le bouddhisme est une tradition, au double sens du mot. C'est une façon de penser et de vivre ancienne sur la terre, profondément enraciné et, d'autre part, qui se transmet – ce qui est le sens du mot tradition – sans discontinuité depuis plusieurs milliers d'années. Une tradition, cela peut comporter beaucoup d'éléments bons, moins bons, satisfaisants, esthétiques, moraux. " Ce que l'on peut dire d'abord dans les rapports entre le bouddhisme et nous – Occidentaux –, c'est que de toutes les grandes traditions qui ont fleuri, qui se sont perpétuées un peu partout sur la planète, le bouddhisme a été pour nous – c'est-à-dire pour l'Occident – la religion la plus tard connue, la plus tard venue, bien après l'islamisme avec lequel nous avons bataillé pendant des siècles et, bien après le taoïsme, la shintoïsme japonais et même l'hindouisme indien. " Je me reporte un peu plus loin, pour trouver certains des principes qui peuvent vous intéresser. " Une autre méthode tout à fait différente, écrit Carrière, consiste à aller au bouddhisme tout simplement par le cœur, par le sentiment – au lieu de l'étude –, c'est-à-dire à chercher dans un centre bouddhique un moment de paix et de bien-être, un moment différent ", suggère-t-il. Carrière parle aussi d'une parole fondamentale très simple qui est la suivante : " Cherchez tout en vous-même. Autrement dit, ne cherchez rien ailleurs. Si vous avez un malaise, un sentiment de mal-être, des désirs insatisfaits, des interrogations profondes sur votre place ici-bas, à supposer que la question vaille la peine d'être posée, ne cherchez pas une réponse dans un hypothétique au-delà qui vient probablement de nous-mêmes, cherchez-la d'abord en vous-même. " Et c'est là que se trouve sans doute aujourd'hui, pour nous tous, la première surprise lorsqu'on rencontre un groupe de bouddhistes, je dirais sincères et exercés. Ça ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu au cours de l'histoire du bouddhisme des tentations de faire appel à des révélations ou à des catéchismes divers. " Mais c'est finalement l'ouverture qui semble retenir le plus l'attention des gens. On est toujours prêt, dans le bouddhisme, à
changer certaines croyances ou certains principes. C'est le Dalaï-Lama
lui-même qui le disait récemment : si on peut trouver
la preuve que la vision suggérée par le bouddhisme n'est
pas conforme à la réalité telle que la science la
définit, les bouddhistes seront obligés de changer les livres
sacrés. |
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Un correspondant nous écrit : " Hier, soit le 18 mai 1999 – il y a un moment déjà, pardonnez-moi pour ce retard – vous avez mentionné un texte dont vous avez commencé la lecture en nous promettant de nous en faire part dans l'avenir. J'aimerais grandement que vous nous fassiez le plaisir de lire en entier ce texte sur l'hymne à l'amour. " Je vais le faire maintenant. Je vous informe en passant que ce texte est attribué à Saint Paul. |
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" Quand je parlerai
la langue des anges, |
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| Les montres molles, de Salvador Dali |
Daniel B. et Daniel O. me parlent du temps, me font part de leur réflexion sur le temps. Daniel O a écrit : " Le temps est si puissant qu'il réussit même à vaincre les éléments. L'homme n'a jamais pu l'influencer, le conquérir, ni même le maîtriser. " J'ai envie de terminer avec cette citation de Simone Weil : " Ce que je suis, je cesse déjà de l'être. […] Le temps est la préoccupation la plus profonde et la plus tragique des êtres humains, on peut même dire la seule tragique. Toutes les tragédies qu'on peut imaginer reviennent à une seule et unique tragédie, l'écoulement du temps. " |
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