<>Saison
1999-2000
  Émission du mardi 21 septembre 1999
   

Les seins : ils rebondissent comme des vrais, pour seulement 29,95$

   

La saison qui s'achève en est une où les seins se sont portés hauts et volumineux, plus qu'au cours des étés précédents, m'a-t-il semblé. Je ne blague pas. C'est vraiment l'impression que j'ai eue, ou alors c'est moi qui ait l'œil ou le désir plus aiguisé avec les années…

Vous savez que plusieurs dames ont eu beaucoup de difficultés avec certains implants mammaires, alors on trouve maintenant sur le marché des technologies plus simples et comportant moins de risques. Par exemple, des espèces de boules de silicone qui ont une forme naturelle et se moulent à la silhouette de la femme pour donner l'apparence désirée.

On dit ici, dans un petit dépliant publicitaire : " Ils rebondissent comme des vrais. " Et comment se comportent-ils à la piscine? La publicité avance aussi qu'ils sont à l'épreuve de l'eau et se portent " autant à la plage qu'à la piscine ". Encore un peu et on avouerait que ça flotte…

Il n'y a pas de message sous-entendu dans mon propos, je tiens à le préciser. Si ça peut faire plaisir aux dames que d'en porter et à leurs compagnons que de sortir avec des compagnes " bien garnies ", ça ne m'embarrasse pas du tout. Tant mieux pour vous!

 

  

   
   

Le libéralisme dans les écoles

D'après : MAILLARD, Cécile.
" Le ras-le-bol des profs ", L'Événement, 2-8 septembre 1999.
 

 

Je vais maintenant vous parler un peu d'éducation. Ce qui me frappe ces années-ci, et de plus en plus, car j'ai l'occasion de le constater régulièrement, c'est de voir à quel point les difficultés, les épreuves, les problèmes que nous connaissons ici, et dans quelques domaines que ce soient, sont les mêmes qui se produisent dans tous les autres pays occidentaux où le niveau socio-économique est plus ou moins le même. C'est fascinant de voir comme la mondialisation est parvenue à une étape où l'on peut dire que même la bêtise devient mondialisée . J'en veux pour preuve les extraits suivants qui sont parus dans L'Événement à propos d'éducation.

À propos d'un ouvrage sur l'éducation dont le titre est À bas les élèves! et qui est paru en France, on peut lire dans cet article de Cécile Maillard que l'auteur " fait un portrait au vitriol des élèves, mais aussi des profs ". L'auteur du livre en question, Philippe Milner, va jusqu'à affirmer : " Les ados sont des êtres monstrueux." On lui demande alors dans une entrevue : " Pourquoi vous énervent-ils autant? 

Tous les ados sont énervants! de répondre Milner. D'abord, parce qu'ils nous renvoient l'image de nous-mêmes à leur âge. Et ce sont des modèles de malhonnêteté intellectuelle, leurs attitudes sont cimentées par la mauvaise foi. Ils nous traitent de vieux cons, mais ils sont parfaitement réac[tionnaires]. Ils ont des constructions intellectuelles faites d'incohérences. En fait, ils cherchent leur voie. "

D'après : MAILLARD, Cécile.
" ‘ Ils font les caïds et se croient à la télé ’ ",
L'Événement, 2-8 septembre 1999.
 

Il ajoute : " La majorité des élèves écoutent, ils sont normaux. Mon livre est la caricature d'une minorité d'entre eux, mais dont deux ou trois spécimens arrivent à vous pourrir la vie." J'ai l'impression d'avoir déjà entendu le même discours ici, bien que Milner est plus cassant dans ses propos, me semble-t-il.

Dans un encadré, un autre professeur, Nicolas Revol, raconte que des élèves lui ont rendu la vie impossible, jusqu'à l'agresser carrément : " Il est finalement assez indulgent pour ces jeunes qui lui ont rendu la vie impossible, écrit Cécile Maillard. Il les dit ‘ gentils, chaleureux, humains quand ils sont pris individuellement ’. Mais dès qu'ils sont plus de trois, ‘ ils deviennent insupportables ’. " Ce qui me fait penser irrésistiblement aux paroles d'une chanson de Georges Brassens : " Quand on est plus de trois, on est une bande de cons." (" Le Pluriel ")


" Quand on est plus de trois, on est une bande de cons." Georges Brassens
 

Plus loin dans l'articulet, on trouve une observation de ce professeur, découragé de voir à quel point on est obligé de laisser les jeunes passer des examens sans se soucier du fait qu'ils savent à peine lire et écrire. Car, maintenant, on ne corrige plus les fautes de français, de langue ou les incorrections du langage dans des textes d'examen qui ne portent pas sur le français. Comme on peut le voir, le problème existe aussi en France. " ‘ Sous prétexte qu'ils ont un programme à respecter, explique Nicolas Revol, les profs, comme tout le monde, se désintéressent de ce problème. ’ "

On souligne un point, en particulier, qui personnellement m'agace beaucoup, c'est le " jargon du business " qui est adopté à propos de l'éducation comme il l'est, du reste, dans le monde de la santé. Par exemple, une dame qui enseigne les mathématiques au lycée Voltaire dit :" Nous en avons assez de l'orientation libérale que les différents ministres essaient d'imposer. Cette idée d'adapter l'école à une nouvelle forme de société est pour nous inacceptable. Le vocabulaire du secteur privé commence à gangrener le jargon du ministère. On parle désormais de direction des ressources humaines, de compétence, de clients pour les élèves, du marché éducatif. – C'est à peu près la même chose ici. – Le libéralisme entre dans les écoles et ceci doit devenir une machine rentable. "

Cela prolonge les propos que j'ai tenus l'autre jour au sujet de la publicité dans les écoles .

" Le grand mot désormais c'est ‘ l'employabilité ’ de nos jeunes, résume cette professeure. Or, notre mission est plutôt d'amener nos élèves à développer une culture générale et un esprit critique. "

Le phénomène se répand…

Ce qui prouve que la mondialisation est une réussite… [rires]

  

   
   

Marshall McLuhan

D'après : CIVARD, Alexandrine. " Marshall McLuhan : l'explorateur des médias ", Sciences Humaines, N° 36, février 1994.
 

Il y a longtemps que je ne vous ai parlé de McLuhan et je vais le faire aujourd'hui. Ce qui m'a amené à prendre cette décision, c'est le fait que, l'autre jour, j'ai aperçu dans la rue une voiture qui portait une plaque d'immatriculation – avec les fameux carreaux jaunes et noirs des taxis de New York – sur laquelle apparaissait une formule que j'ai trouvée amusante : " Mom's Taxi " (Le taxi de maman). J'avais alors fait remarquer à ma compagne qui était avec moi que c'était exactement ce que Marshall McLuhan avait prédit pour les gens qui s'installent en banlieue, loin des centres, c'est-à-dire que la mère de famille allait devenir un véritable chauffeur de taxi.

Comme vous le savez, c'est exactement ce qui se produit. Maman va reconduire les enfants à l'école et le grand-père chez le médecin, qui va chercher la petite à ses cours de ballets, etc. Hallucinant! Une grande partie du problème de l'éducation des enfants tourne autour de leur transport individuel et collectif. Je me disais que c'est tout à fait étonnant de constater que McLuhan avait prévu, 30 ans plus tôt, que le véritable conflit de la banlieue serait un nouveau mode de vie.

J'ai trouvé un article fort intéressant de Alexandrine Civard paru dans Sciences Humaines, article qui résume assez bien la pensée de Marshall McLuhan. Il est connu, entre autres, pour ses formules heureuses comme " Village planétaire ", " Le médium est le message ", etc.

  
  • Son postulat de base

On dit ici que l'on peut tirer trois observations à partir du postulat de base de McLuhan, qui est celui-ci : " Ma définition des médias doit s'entendre dans un sens très large; elle inclut toute technique quelle qu'elle soit, susceptible de créer des prolongements du corps humain ou des sens, depuis le vêtement jusqu'à l'ordinateur. " Ce sont, justement, ces techniques qui structurent notre mode de vie et le médium qui devient le message.

Mais en quoi le médium est-il le message? C'est dans la structuration de notre mode de vie que se trouve, en fait, le message de chaque technologie. Prenons, par exemple, la télévision qui se trouve dans la plupart des foyers. Ce qui compte ce n'est pas le médium comme tel, c'est la façon dont vous vivez la télévision chez vous. C'est l'effet qu'elle a sur la vie que vous menez depuis que vous avez la télévision à la maison. Bref, le message d'un média, c'est la façon dont il influence la vie quotidienne.

Trois observations sont relevées ici en fonction du postulat de base de McLuhan :

1) Toute technologie est liée à l'extension d'un sens. Ainsi le livre est-il l'extension de l'œil, de même que la radio – que McLuhan appelle le tam-tam tribal – est l'extension de l'oreille. Les médias sont ainsi de véritables prothèses, des prolongements des individus;

2) Toute modification technique des mass médias (l'apparition de la presse, puis celles de la radio et de la télévision comme celle, postérieure à McLuhan, de la télématique) entraîne une transformation de l'environnement social, mais aussi du mode de perception du psychisme individuel et collectif; – Plus exactement, la perception de la réalité change. Je le répète : si on est influencé par tel mode de transmission ou d'information ou de communication, cela transforme l'environnement social et aussi la perception du psychisme individuel et collectif. J'ajouterais que cela se traduit par une perception différente de la réalité. Par exemple, voyez comment la réalité n'est plus la même depuis l'arrivée de la télévision et surtout d'Internet. Ce que McLuhan entend par là, c'est que " ce que véhicule l'instrument de communication, c'est d'abord lui-même ".

3) Le mode de communication, le médium, importe davantage que le message. C'est ce qu'exprime McLuhan lorsqu'il affirme, dans Pour comprendre les médias, que ‘ le médium est le message ’. Avant de communiquer un message, il exprime un certain rapport au monde. – Si je pense aux formules que j'ai employées tout à l'heure, lorsque je disais que " ça change le mode de vie, le mode d'être, la façon de penser, le rapport au monde, le fait d'avoir ou de ne pas avoir, d'être ou de ne pas être, l'âge de la télévision, l'âge de la radio ", etc., on voit bien l'influence que les médias ont sur nous.


L'imprimerie est la technologie de l'individualisme. "

Marshall McLuhan

 

La semaine sans télé

Et j'en parle d'autant plus volontiers que, pour certaines personnes, une semaine sans télévision est une expérience à tenter; car si vous décidez de ne pas vivre pendant un temps avec la télévision, vous allez constater à quel point cela peut changer votre vie, vos rapports aux autres, etc. Mais peut-être que vous n'y tenez pas. Certains psychologues prétendent que c'est intéressant la télévision, car cela permet à beaucoup de gens de continuer de vivre ensemble. Que s'ils vivaient sans télévision, ils ne pourraient pas se supporter mutuellement. [rires] Remarquez, je ne suis pas contre la télévision. Ce que je dis, c'est qu'il peut être instructif d'observer comment la télévision nous transforme.

 

 

" Le contenu d'un nouveau médium est généralement le contenu d'un médium plus ancien, explique McLuhan : le contenu de l'écriture est la parole; celui de l'imprimerie, l'écriture; celui du télégraphe, l'imprimerie; celui du cinéma, le roman; et celui de la télévision, le film. " Jusqu'à ce que ces nouveaux médias puissent enfin véhiculer leurs propres contenus. Comme, par exemple, la télévision qui a trouvé une façon d'être qui ne tient pas nécessairement et exclusivement du film.

  

  • Les trois âges de l'humanité

McLuhan identifie trois âges de l'humanité, que résume l'auteure de l'article duquel je m'inspire :

  1. L'âge pré-alphabétique : l'homme, ne sachant ni lire ni écrire et vivant en tribu, communique sur un mode oral et gestuel. Il pratique l'artisanat dans un ‘ espace acoustique ’ où toutes les relations sont simultanées. Les cinq sens humains sont sollicités.
  2. L'âge de l'écriture : la naissance de l'alphabet met fin à l'expression orale. ‘ La plume d'oie mit fin à la parole – et il ajoute, je ne sais pas trop pourquoi – elle supprima le mystère. " Plus tard, l'imprimerie de Gutenberg ‘ est, selon McLuhan, la phase extrême de la culture alphabétique. Dans sa première phase, cette culture détribalise ou décollectivise l'homme. L'imprimerie est la technologie de l'individualisme. " En somme, on n'attend plus après le crieur du coin pour connaître les nouvelles, on prend le journal.
  3. Par rapport à l'époque où nous vivons maintenant, avec l'électricité, les médias électroniques et tout ça, ce n'est plus la même chose qu'il y a trente ans, bien entendu. " Avec l'avènement de la ‘ Galaxie Marconi ’, nous entrons dans l'ère de l'électricité et de l'électronique qui met fin à la suprématie visuelle qui a caractérisé l'âge mécanique et façonne et modèle l'appareil sensoriel tout entier, marquant ‘ un retour au concept tribal de la discontinuité du temps et de l'espace ’. Le monde était éclaté, il redevient ‘ planétaire ’, global. Chaque famille est, en effet, isolée devant son poste de télévision ou son transistor de radio par lequel est retransmise une information qui arrive à tous en même temps, faisant ainsi de chaque téléspectateur un membre du ‘ village planétaire ’. " Il faut y voir une nouvelle forme de tribalisme, que les jeunes d'aujourd'hui comprennent bien, du reste, car on voit qu'ils aiment vivre en tribu.
  
  • La vision d'avenir

Marshall McLuhan était vraiment un grand visionnaire. Nous sommes arrivés à ce tournant de l'histoire de l'humanité qu'il avait prévu au début des années soixante lorsqu'il soutenait que : " Le désarroi et l'inquiétude de l'homme du 20e siècle proviennent de ce qu'il vit au confluent de deux âges, explique l'auteure : l'âge visuel de l'écriture et de la typographie, et l'âge auditif de l'électricité et de la télématique. "

l'âge visuel de l'écriture?

À un moment, McLuhan a parlé de " l'âge visuel de l'écriture ". Qu'entendait par là McLuhan? C'est-à-dire qu'on prend, avec l'écriture et l'apprentissage de la lecture, l'habitude de considérer que l'information est à l'extérieur de nous, car elle est perçue par les yeux, par opposition à ce qu'on entend et qui pénètre à l'intérieur. Il faut être prudent lorsqu'on fait de la radio à cause de cette dimension intime. La télévision, c'est autre chose. Généralement, d'ailleurs, quand on veut parler de " l'âge auditif de l'électricité et de la télématique ", on utilise plutôt le terme " audio-tactile "; car l'auditif est, en quelque sorte, associé au toucher. On est touché par le son. J'irais jusqu'à dire que nous sommes beaucoup plus rejoints par ce que l'on entend que par ce que l'on voit. On peut s'isoler de ce qu'on voit mais on peut moins bien s'isoler de ce qu'on entend. Par exemple, les cris, les bruits, etc.

 


 
  • Médias chauds, médias froids

Pour McLuhan, il y a les médias chauds et les médias froids. C'est un point sur lequel je ne suis pas d'accord – moi qui ai tant de respect et d'admiration pour Marshall McLuhan et dont je me vois comme l'un des nombreux petits-fils, si j'ose dire, parce que j'ai eu le plaisir de travailler avec l'un de ses amis, Don Teal qui a écrit des ouvrages sur lui, et que je considérais un peu comme son fils. Car le grand-père n'a pas toujours raison… Lorsque McLuhan soutient, par exemple, que les médias chauds (la presse écrite, la radio et le cinéma) sont ceux qui délivrent un message achevé, exigeant moins de participation de la part du récepteur. Je le cite…

" Les médias chauds ne laissent à leur public que peu de blancs à remplir ou à compléter. Les médias chauds, par conséquent, découragent la participation et l'achèvement alors que les médias froids (la télévision, les bandes dessinées, les dessins animés, la parole, le téléphone), au contraire, les favorisent ", dit McLuhan. S'il estime que le message est vraiment achevé à la radio autant qu'il peut l'être dans la presse écrite ou au cinéma, c'est qu'à l'époque où il exprimait cette pensée, la radio était pratiquement de l'écriture orale. On ne pouvait se présenter devant le micro sans avoir le texte absolument arrêté de ce qu'on allait dire.

La radio véhiculait donc sincèrement l'écriture. Par exemple, quand on venait pour une entrevue, on avait préparé d'avance les questions et les réponses. À un moment, c'était vraiment textuel. Je n'ai pas connu ce moment-là, mais je me souviens que, à mes débuts à la radio, les notes étaient assez élaborées. Mais, au moins, on pouvait un peu improviser.

Aujourd'hui, selon moi, la radio est devenu un médium aussi relativement froid, en ce sens que le message diffusé reste souvent très inachevé. C'est un peu la raison pour laquelle il m'arrive de dire pendant une émission : " Bon, on en a fini avec ça, je déchire la page, c'est de la radio participative ", etc. Comme vous le savez, on la fait ensemble cette émission et c'est un peu autour de cette théorie, que j'ai bâti un certain style d'animation… parfois un peu relâché, vous me direz, mais plus mcluhanien.

Je me réjouis de vous avoir parlé de ce personnage tout à fait remarquable qu'on présente parfois comme un philosophe, parfois comme un sociologue, et qui était un professeur d'anglais au début de sa carrière. C'était un homme d'une culture extraordinaire qui a marqué profondément les sciences de l'information depuis les années soixante. Il a été, de toute évidence, l'un des grands visionnaires de notre époque.

  

   
   

Alain Finkielkraut et la culture marchandise


 

" Ce n'est pas tant la création qui est en danger que la réception. "



Alain Finkielkraut

 

 

Il me semble que je ne vous ai pas parlé souvent d'une revue remarquable, la revue québécoise du cinéma 24 images. J'ai sous les yeux le numéro de l'automne 1999. J'y ai retenu des tas de choses qui peuvent vous intéresser.

D'abord, cet entretien avec Alain Finkielkraut intitulé " Quand la culture devient marchandise ", qui est une réflexion sur l'état de la culture et du cinéma, de la culture et de l'argent, etc. On y questionne le philosophe sur des sujets qui nous sont familiers, en lui posant des questions : " Allons-nous vers une culture mondiale? Que va nous imposer Hollywood et l'Amérique? Est-ce qu'on va pouvoir conserver des cultures distinctes à travers le monde? ", car ces cultures distinctes sont un facteur de richesse pour l'humanité. C'est la directrice Marie-Claude Loiselle, qui s'entretient avec Alain Finkielkraut le philosophe français.

Finkielkraut parle, entre autres, de repli identitaire qu'il déplore : " Je crois, dit-il, qu'aucun artiste n'est hors sol. […] Il faut savoir d'abord ce qu'on a à dire et c'est tout; et ce qu'on à dire dépend justement de l'expérience qui nous a constituée. Dans cette optique, la volonté de créer des produits internationaux me paraît totalement absurde. – Tiens, justement, j'ai revu dimanche matin Guerre et Paix, cette production hollywoodienne de quatre heures adaptée du roman russe.

" Même les meilleurs écrivains américains n'écrivent pas une littérature internationale. […] Il existe aussi des expériences transversales, des expériences errantes. […] Selon moi, ce n'est pas tant la création qui est en danger que la réception. La question qu'il faut se poser est la suivante : s'il y a l'art, est-ce que nous savons quoi en faire et est-ce que nous savons encore le recevoir? Voilà la question que je trouve la plus angoissante, précisément parce que nous vivons dans une société qui favorise l'expression au détriment de tout autre mode de communication entre les hommes.

" Avec une telle philosophie, je ne vois pas quelle place peut être faite aux œuvres. Tout se passe comme si nous n'en avions plus besoin, comme si nous étions entrés dans un autre monde, régi avant toute chose d'un côté par le divertissement pur et de l'autre par l'expression des identités ", estime Finkielkraut.

Quand je vois, par exemple, le choix qu'on a fait d'un communicateur brillant pour donner les nouvelles – mais dont la communication tient beaucoup du divertissement – dans une station de télévision, je me dis qu'on est vraiment en train de passer à la télévision de divertissement.

Voir La diversité culturelle menacée

 

  

Accès aux versions enregistrées des émissions "Par 4 chemins" de Radio-Canada.